MS Aventure Spirit of the Wolf

LÉGENDE URBAINE GRANDEUR NATURE

Comme on pourra constater, il y existe une difference entre les faits et les affirmations gratuites de Jean O'Neil.

À l'évidence Géo plein Air cible une clientèle lucrative et parfois ignorante, qui ne se posera pas toujours de question sur la véracité des faits énoncés. Toutefois, le lecteur averti notera rapidement le manque de substance, et l'intention de l'auteur, vendre a des écolos. Malheureusement, la position privilégiée de l'écrivain donne a celui-ci un pouvoir d'influence non négligeable. Tout comme le caribou a la tête du troupeau, il peut entraîner les lecteurs ignorants a "traverser" le courant au mauvais endroit. Il est a espérer que l'écrivain usera donc de son " pouvoir " a bon escient, et sera un bon guide, s'il y a lieu. Le mouvement environmentaliste vend bien. Malheureusement, les conséquences a long terme ne sont pas prises en ligne de compte. Les adeptes de ces "sectes" ne comprennent pas quel tort irréversibles ils ont sur notre accès au plein air. Pour obtenir l'effet escompté, la consommation du plein air doit se faire dans la liberté. Ils ne verront que trop tard que ces mouvements n'influencent pas fort sur les grands développements. Déjà, les grandes entreprises adoptent des politiques de protection d'environnement. Et comme toujours, l'argent parle!


Paru dans géo plein air hiver 2001 et février 2002

Texte de Jean O'Neil (l’art de parler à travers son chapeau pour vendre un magazine à tout prix… ou quand l'écrivain se fait caribou aveugle…)

Le 2 octobre 1984, une harde de caribous s'apprêtait à traverser la rivière Caniapiscau dans l'une de ces migrations annuelles qui, depuis des millénaires, leur font parcourir le nord de bout en bout pour des raisons connues d'eux seuls.

Or, le vaste aménagement hydroélectrique de la baie James a créé une chaîne de six lacs qui sont à cheval sur la ligne de partage des eaux. Le dernier, le réservoir de Caniapiscau, devrait normalement se déverser dans la baie d'Ungava par la rivière du même nom et par la Koksoak, sauf que, grâce à l'ingénierie humaine, totalement ignorée des caribous, les barrages font que l'eau du grand réservoir coule elle aussi vers la baie d'Hudson en activant toutes les turbines qu'elle trouve sur son chemin.

Quand il y a trop d'eau pour les turbines et les barrages, il y a cet élément magique au bout de la chaîne, un évacuateur de crues. Il suffit de l'ouvrir et l'eau retrouve le chemin de la baie d'Ungava. Forcément, le niveau de la rivière grimpe de plusieurs centimètres et le courant galope pas mal plus vite qu'à l'accoutumée, mais cela ne dérange ni notre grille‑pain ni nos jeux questionnaires à la téloche.

Pour le caribou, c'est autre chose. Il ne se doute de rien et quand il traverse la rivière sur sa route, pas aussi fin que l'homme, il ne fait pas son stop, ne regarde ni à gauche ni à droite et, s'imaginant que la rivière est, comme lui, fidèle à ses habitudes séculaires, il passe son chemin.

Or, on ouvrit l'évacuateur de crues en ce début d'octobre 1984. Le lendemain matin, on dénombrait 9604 carcasses de caribous noyés sur les berges de la Caniapiscau, mais nos rôties étaient chaudes et Bonjour la gang!était à l'antenne grâce à la sacro‑sainte énergie qui est le sang de notre « civilisation ».

À part nourrir une poignée d'Amérindiens qui s'entêtent à vivre au nord avec quelques granules d'Inuits, on se demande bien à quoi servent les caribous. Leur peau n'a plus qu'une valeur artisanale pour les vêtements de touristes millionnaires et leurs os ne serviront plus jamais à fabriquer les outils que les peuplades nordiques utilisaient pour l'ordinaire de leur quotidien: chasse, pêche, cuisine, couture et quoi encore…

Notre société empiète de plus en plus sur le nord pour se tenir au chaud, s'éclairer et se déplacer dans le sud.

géo plein air - hiver 2001


Lettre 1 à Jean O'Neil (quand on ne sait pas de quoi on parle…)

J'ai adoré le texte de Jean O'Neil sur les caribous dans le numéro d'hiver 2001. Félicitations à toute l'équipe pour votre excellent travail.

Isabelle Chotard, Québec


Lettre 2 à Jean O'Neil (quand on parle en connaissance de cause…)

Monsieur Jean O'Neil,

C'est avec intérêt que j'ai lu votre article dans le numéro d'hiver 2001. Votre scénario expliquant la mort de ces 9,604 bêtes peut convaincre les gens qui ignorent tout de cette situation, mais sur quelles preuves s'appuie‑t‑il? Les ouï-dire rapportés par les Autochtones? Un rapport officiel? Un reportage de journaliste?

J'étais présent lors de la collecte des cadavres de caribous. J'ai suivi de près les reporters de David Suzuki, du Shtern, etc. J'étais aussi avec de grands spécialistes d'hydrologie ainsi que des biologistes compétents. Dans les années précédant cet incident, je travaillais régulièrement avec les techniciens en hydrologie pour accumuler des données sur le débit de la rivière Caniapiscau.

L'évacuateur était effectivement ouvert le 2 octobre 1984, sinon le lit de la rivière aurait été complètement à sec. Le débit, en ce début d'octobre, était le même que les moyennes enregistrées pendant les années précédentes. De plus, sachez que le débit d'un cours d'eau varie d'une saison à l'autre et, évidemment, les caribous doivent en juger par eux-mêmes.

Dans la nature, il y a toujours eu des incidents de ce genre, bien que celui-ci soit de grande envergure. Une explication a été donnée par des biologistes spécialistes: les hordes de caribous sont anormalement nombreuses, plus que jamais auparavant. Et c'est là le hic. Si les premiers jugent mal le débit de la rivière, le reste du troupeau est malheureusement condamné. Quand une centaine de bêtes meurent (troupeau de taille courante), on n'en fait pas de cas. Quand 10,000 bêtes périssent, ce n'est pas normal. Il s'avère que votre scénario « vert » penche vers l'excès. Sous‑entendez vous qu'on devrait tous s'éclairer à la chandelle et se chauffer au bois?

Mark Savard, pilote d'hélicoptère (à l'emploi de Golfe Hélicoptère Service de Sept‑Iles au moment des faits)


Réponse de Jean O’Neil ( quand on se rend compte qu’on a parlé trop vite…)

J'apprécie cette réponse d'un travailleur in situ et je ne me chauffe pas au bois.

Jean O'Neil, écrivain


Lettre 3 à Jean O'Neil (quand on sait de quoi on parle…)

L'article de Jean O'Neil soulève de façon fort pertinente une réflexion sur la protection de l'environnement et de la faune devant l'avancée de la civilisation industrialisée. Notre société a besoin d'énergie. Nous la dévorons à un rythme effréné. Notre petite planète a du mal à répondre à la demande.

Je ne m'en cache pas: j'ai écrit cette note sur un ordinateur et non à la main. Certains indices suggèrent que notre niveau de croissance du développement n'est plus «durable». Saura‑t‑on exploiter les ressources du nord sans commettre les erreurs commises au sud? je laisse à d'autres le soin de lancer ce débat. Chose certaine, je veux apporter certains éclaircissements sur les éléments de l'article de Jean O'Neil paru dans Géo Plein Air, qui parle de la noyade des caribous survenue en 1984 dans la région du Nord du Québec.

Au matin du 29 septembre 1984, 9,604 caribous mouraient en tentant de traverser une section dangereuse de la riviere Caniapiscau. Au début d'octobre 1984, J'étais sur place pour étudier la condition physique des bêtes noyées.

Il faut d'abord savoir que l'eau déversée dans la rivière Caniapiscau par les évacuateurs de crues du réservoir Caniapiscau est perdue puisqu'il n'y a pas de turbines à faire tourner. La production d'électricité se fait avec l'eau qui coule vers la baie James et non avec celle qui se dirige vers la baie d'Ungava. Il ne faut donc pas croire que la soif de produire de l'électricité à tout prix a causé la noyade des caribous ce matin là. L'intention n'était pas d'alimenter les grille-pain coûte que coûte.

Des analyses indépendantes des données hydrologiques ont montré que le 29 septembre 1984, le débit et la vitesse de la rivière auraient été supérieurs n'eut été de la présence de l'ouvrage régulateur exercé par Hydro‑Québec en amont. En effet, le réservoir Caniapiscau a retenu une partie des précipitations exceptionnelles de la fin de septembre 1984. Une fois que le réservoir eut presque atteint sa capacité maximale, les surplus, et seulement les surplus pour ne pas gaspiller cette précieuse eau, ont commencé à être retournés à la rivière Caniapiscau.

Le débit mesuré le 29 septembre 1984 par le ministère de l'Environnement du Québec atteignait 3130 mètres cubes par seconde. De ce débit, des experts ont estimé que 1,655 m3/s provenaient du bassin versant de la rivière et 1,475 m3/s arrivaient du réservoir Caniapiscau avec une semaine de délai, en raison de la distance à parcourir. La rivière n'aurait donc pas été à sec même si on avait fermé complètement l'évacuateur de crues du réservoir Caniapiscau. En l'absence d'ouvrage régulateur, soit en conditions naturelles, si nous n'avions pas tous cruellement besoin de cette énergie, les hydrauliciens ont estimé que le débit de la rivière aurait été de 3,500 m3/s.

Cette noyade n'avait d'exceptionnel que le nombre. 10,000 bêtes qui meurent ainsi demeure encore maintenant du jamais vu. Par contre, des noyades du même genre surviennent régulièrement.

Le caribou est le marathonien de la toundra. Il excelle aussi dans le duathlon et n'hésite donc jamais à traverser des plans d'eau qui s'étendent parfois sur plus de 10 km de largeur. Il lui arrive cependant de mal choisir ses lieux et ses moments de traversée et plusieurs doivent alors en payer le prix.

Depuis 1991, un projet de suivi par satellite des migrations du caribou est réalisé par la Société de la faune et des parcs du Québec, en collaboration avec le gouvernement de Terre‑Neuve, Hydro‑Québec et le ministère de la Défense nationale. Ces deux dernières organisations veulent savoir où se trouvent les caribous pour mieux les protéger durant leurs activités, les uns au moment de produire de l'hydroélectricité, les autres pour permettre l'entraînement aux militaires des pays alliés aux vols aériens à basse altitude. Le résultat de ce suivi unique des migrations peut maintenant être consulté chaque semaine en tapant www.fapaq.gouv.qc.ca.

Serge Couturier, biologiste, Société de la faune et des parcs du Québec

géo plein air ‑ février 2002


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