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Raid Ukatak International HAUTES-GORGES-DE-LA-RIVIÈRE-MALBAIE — Le raid a tourné au cauchemar pour Frédéric Guay, de Québec, Sandra Houle, de Victoriaville, ainsi que les frères Jérémie et Martin Forgues, de La Malbaie. Lundi soir le 20 janvier 2003 à 22 h 35, au quartier général du raid international Ukatak, une voix féminine a tout juste le temps de dire ces mots : « À l'aide, à l'aide ! Il y a quelqu'un qui est tombé à l'eau et nous sommes perdus ! » Plus de 14 heures s'écouleront avant qu'on puisse évacuer par hélicoptère les membres de l'équipe charlevoisienne BCG-ING. Ils ont été secourus par l'équipage d'un appareil Griffon de la 3e Escadre Bagotville. Le raid Ukatak, un mot inspiré du terme "nunatak", qui veut dire «la montagne qui dépasse le glacier», en langue inuit. Il s'agit plutôt d'un enfer glacé, dans lequel plongent volontairement un groupe de dérangés. Les courses d'aventures n'existeraient pas sans les médias, qui les financent et leur procurent souvent le seul accès au public. L'enrobage médiatique est déterminant dans ce type de course. Il faut qu'il rende intéressant un événement qui est plate en soi. Y–a-t-il un intérêt pour le commun des mortels? Il est probablement plus passionnant d'observer un voisin construire sa maison que d'attendre une équipe à un point de compte-rendu. À la télé, une course de 10 jours est réduite à quatre heures qui paraissent dramatiques. C'est ainsi plus excitant que la réalité. Les organisateurs doivent planifier un parcours suffisamment difficile pour que les participants soient admirés, sans qu'il ne soit trop dur, ce qui les découragerait. Les traversées en tyrolienne ainsi que les descentes en rappel sont seulement pour le show, pas difficiles du tout. Les raideurs affirment qu'ils aiment avoir mal. Certains disent qu'ils ont besoin de souffrir pour se sentir bien. Du masochisme? Probablement pas. De l’héroïsme? Mal défini! Un héros s'expose en accomplissant un acte altruiste. Pas ceux-là… Ils veulent pousser les limites au maximum, et ça c'est tout à fait égoïste. Les amateurs de raids sont davantage attirés par un style de vie que par un sport en lui-même. Une partie de l'attraction qu'exerce ce sport est due au fait que la majorité du monde ne le fait pas. Les participants aiment avoir l'air de freaks. Il y a des jeunes dans la vingtaine, mais aussi des hommes dans la trentaine ou plus, qui veulent prouver qu'ils peuvent encore épater. Près de 60 % des participants viennent du milieu corporatif. Des gens qu'on ne croirait jamais voir dans la nature. Outre les guides de montagne et autres instructeurs de ski auxquels on peut s'attendre, la course accueille des professeurs, policiers, pompiers, courtiers, entrepreneurs, ingénieurs... et même une hôtesse d'Air France, qui avoue être totalement atypique. Seul un membre de chaque équipe - le minimum requis par les organisateurs de Ukatak - est féminin. Ils ne devraient pas dépendre de l’Armée Canadienne ou de la Sûreté du Québec pour leur sécurité, mais les organisateurs ont oublié de prévoir ces coûts dans leur budget, donc les contribuables ont dû payer pour une activité qui ne les intéresse même pas, en admettant qu’ils en soient au courant. Car ils ont eu besoin d’hélicoptères cette année 2003. La facture uniquement pour l’opération de ces appareils a monté aux environs de trente milles dollars, pour une journée de sauvetage. Transis de froid, les quatre participants ont dû puiser au fond de leurs ressources pour survivre, en plein cœur de la ZEC des Martres, dans une profonde vallée difficilement accessible, à proximité du parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. Martin Forgues, après une nuit pénible, s'est lui-même rendu alerter les secouristes, incapables de les localiser. Il raconte le fil des événements : « À 20 h hier (lundi), nous avons eu des petits ennuis d'orientation, nous avons dû réajuster notre trajectoire, sauf que la nuit tombait et ma lampe frontale et celle de mon frère ne fonctionnaient plus. Nous avions tiré un azimut pour nous rendre à un certain endroit mais un chemin forestier semblait se diriger dans la même direction et nous avons décidé de le prendre. Le chemin a dévié à un certain moment et quand nous avons voulu nous rediriger, un petit blizzard s'est levé et nous n'étions plus capables de situer où nous étions. Au lieu de continuer, nous avons décidé de couper vers la rivière des Martres, qui passait pas loin. Nous avons pu descendre jusqu'à la rivière mais nous avons brisé beaucoup d'équipement pour y aller. Trois membres de l'équipe ont brisé des raquettes et Sandra a brisé un bâton de ski de randonnée. En arrivant en bas, Fred a défoncé la glace et Sandra était gelée. Nous n'avons pas couru de risque et nous avons monté la tente. Sandra est descendue plus bas sur la rivière pour lancer l'appel à l'aide. Une fois arrivés en bas, nous avons décidé de marcher sur la rivière. À un certain moment, la glace a cédé et Frédéric est tombé dans l'eau jusqu'aux genoux. Il était environ 22h00, lundi soir. Nous ne savions pas quelle distance il nous restait encore à faire et nous avions encore quatre heures pour rejoindre le point de contrôle sinon nous étions disqualifiés de la course. Comme nous étions devenus très lents en raison des bris d'équipement, que les bottes de Frédéric étaient des blocs de glace depuis qu'il était tombé dans la rivière et que nous commencions à avoir très froid, nous avons décidé que la course était terminée.» Le quatuor a donc mis fin à sa marche et installé son campement. Vers 22h30, les aventuriers ont également réussi à établir un premier contact avec les organisateurs. «Nous étions bien équipés, mais la nuit a tout de même été très pénible. Nous nous sommes collés, nous avons sorti les couvertures d'aluminium et allumé un petit réchaud», raconte Martin Forgues, reconnaissant que l'équipe s'était aventurée dans un endroit où il ne fallait pas. Ils ont passé la nuit dans leur tente en essayant le mieux possible de se garder au chaud. Nous avions un peu de linge pour se changer, a encore noté Jérémi Forgues. Pour certains membres, ce ne fut pas si pire. Pour d'autres, ce fut plus difficile. Dans mon cas, j'ai beaucoup mangé pour produire le plus de chaleur possible. Mais c'était quand même très froid. C'était dur pour les pieds, les mains, les bras et les jambes. «Nous n'avions pas les moyens de savoir que les secours s'en venaient. Nous avons tous pensé au sérieux de la situation mais nous l'avons fait chacun notre tour. Je pense que nous avons bien réagi. Nous nous sommes motivés entre nous. Nous avons vécu la pire situation possible et, malgré cela, nous en sommes sortis sans blessure majeure. Nous avons agi le mieux possible selon nos connaissances. Je considère que nous avons agi comme nous devions le faire, surtout en niveau moral.» Mardi matin, comme les secouristes n’étaient toujours pas là, Martin Forgues a quitté ses coéquipiers pour trouver du secours. Ça lui a pris une heure et quart pour atteindre le point de contrôle 5. «Nous devions partir tous les deux s'il était incapable d'utiliser la radio, a poursuivi Jérémi Forgues. Pour une raison que j'ignore, il a peut-être vu les traces de d'autres concurrents, il a probablement jugé qu'il était moins long de filer jusqu'au point de contrôle que de revenir me chercher.» À 9 h 54 mardi, le jeune homme était retrouvé, au barrage des Érables, à plus de six kilomètres de leur campement de fortune. Une heure plus tard, il arrivait au Relais des Hautes-Gorges, devenu le centre de coordination pour la circonstance. Peu avant midi, l'endroit de recherche était enfin ciblé et, en mi-journée, les trois autres membres de BCG-ING étaient rescapés par un hélicoptère Griffon des Forces armées canadiennes, en poste à Bagotville. En raison du froid intense, des forts vents et de l'impossibilité de se poser, l'opération de sauvetage n'a cependant pas été facile pour le major Michel Pilon et ses collègues Yvon Larose, Bob Chrétien et Réal Baril. Ils ont dû utiliser le treuil de l'appareil pour tirer les aventuriers de leur mauvais pas. Hospitalisés dans la région de Saguenay, Sandra Houle souffrait d'hypothermie, et a subi des engelures au deuxième degré aux pieds qui ne nécessiteront pas de traitements particuliers. Frédéric Guay devra recevoir quelques soins pour des engelures au troisième degré. Jérémie Forgues affichaient plusieurs engelures, mais tous étaient hors de danger. Les frères Forgues se sont tirés indemnes de l'aventure. Pendant toute la durée des recherches, la Sûreté du Québec, les gens d'Ukatak et les nombreux bénévoles venus prêter main-forte aux secouristes ont eu de la difficulté à communiquer en raison du relief de l'endroit, ce qui a eu pour effet de retarder la recherche en forêt. Au moment où l'appel de détresse était reçu, les organisateurs du raid Ukatak suspendaient la course en raison des forts vents qui déferlaient sur la région. L'organisation a alors dépêché trois équipes, mais peine perdue. «Vers 2 ou 3 h de la nuit, il était clair que les six personnes sur le terrain épuisaient leurs forces inutilement et que la situation dépassait les limites de ce que nous pouvions faire», a indiqué Martin Nieto, promoteur de l'événement. A 5 h, la Sûreté du Québec a pris les choses en main. L’organisateur Martin Nieto était certes abattu au terme de l'opération de sauvetage, mais a répété que le risque est connu de tous. «Les équipes s'embarquent dans une expédition de calibre international. Cette équipe connaissait bien la région, était bien équipée et avait la formation voulue pour survivre en forêt. Ca fait partie du raid», a-t-il dit, ajoutant qu'il fallait néanmoins tirer une leçon de cet événement. Il a insisté sur le fait que l’équipe en difficulté se trouvait dans un secteur interdit, se retenant de donner plus d’explication. Les questions que tout bon reporter ou journaliste aurait dû poser : 1- À M. Forgue : la vallée des Martres est impossible à confondre, qu’entendez-vous par petits ennuis d’orientation? Tentiez-vous de tricher? 2- À Sandra : lors de votre appel de secours, sachant qu’il pourrait n’être capté qu’une fois, avez-vous tout de suite mentionné être sur la Rivière des Martres? 3- À l’attaché de presse de la Sûreté du Québec : quel type d’hélicoptère avez-vous dépêché sur les lieux? Quelle est la différence entre un Bell 412 et un Bell Griffon? Les journalistes ne se sont certe pas forcés pour donner l'information correcte. Après que le porte-parole de la Sûreté du Québec leur ait affirmé que l'appareil n'était pas assez puissant, ils se sont contenté de noter sans chercher. En fait, le Griffon utilisé par l'équipe de Sauvetage militaire est la version militaire du Bell 412 version civile de la Sûreté, acheté au coût de huit millions de dollars. Une formation convenable en recherche et sauvetage serait coûteuse. Ainsi, l'équipe de la Sûreté ne possède pas la capacité pour effectuer les manoeuvres de treuillage nécessaires en région montagneuse Ils se garderont bien d'en informer le public… Marc Savard, pilote |
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