Université de Montréal
Faculté de médecine vétérinaire
Le 4 mars 1999
Objet : La dirofilariose au Québec en 1998.
Docteure, Docteur,
En novembre dernier, nous avons fait parvenir un questionnaire à 570 cliniques et hôpitaux vétérinaires du Québec dans le but de récolter des données sur la dirofilariose. Comme par le passé, cette enquête a été entreprise en collaboration avec docteur Slocombe de Guelph et sa réalisation a été rendue possible grâce à une subvention de la compagnie Novartis. A ce jour, nous avons reçu 371 réponses, pour un taux de participation de 65%. Voici la compilation des résultats.
Il y aurait eu environ 92 500 chiens testés au Québec en 1998 (102 000 en 1997) ; 68 d’entre eux (84 en 1997) se sont avérés porteurs du parasite tel que démontré par les méthodes de dépistage usuelles. Les résultats selon les méthodes utilisées se répartissent comme suit :
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Présence de microfilaires...31% Présence d’antigènes...5% Présence d’antigènes, présence de microfilaires...48% Présence d’antigènes, absence de microfilaires...13% Absence d’antigènes, présence de microfilaires ...3% Déterminé par la nécropsie...0% |
Environ 69% du dépistage se fait par une méthode de concentration de microfilaires seulement, 29% par une méthode de recherches d’antigènes seulement, et 2% par une combinaison de deux techniques. Dix-neuf pour cent des chiens infectés ont présenté des signes cliniques. L’âge des chiens infectés s’est réparti comme suit : 3% avait moins d’un an, 33% entre un et trois ans, 60% plus de trois ans, et pour 4% d’entre eux, l’âge n’a pas été déterminé. Et 51% de ces chiens ont été traités. Autres statistiques : 30% des chiens infectés habitaient en région rurale, et 15% ont été euthanasiés.
En 1998, 39 cliniques et hôpitaux vétérinaires, situés dans 31 municipalités différentes, ont rapporté des cas de cette infection ; ces cas se répartissent comme suit :
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Berthierville...1 Blainville...1 Boisbriand...1 Boucherville...1 Buckingham...1 Dorion...2 |
L’Assomption...4 Joliette...2 Laval...6 Le Gardeur...2 Levis...1 Mascouche...5 |
Rigaud...1 Roxboro...1 St-Antoine...1 St-Jérôme...6 St-Lin...1 Ste-Anne-des-Plaines...1 |
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Gatineau... 2 Hull ...1 Iberville... 2 Ile Perrot ...1 |
Mont St-Grégoire...1 Montréal ...11 Napierville...1 Quyon...5 Rawdon...1 |
Terrebonne...1 Tracy...1 Varennes...2 Ville Mercier...1 |
Cette année, suite à une nécropsie, un coyote provenant de St-Jean-sur-Richelieu a été trouvé infecté. Il semble que personne n’ait pu identifier un chat infecté, cette année.
La prévalence au Canada à ce jour s’établit à 0,16%. Six cent chiens ont été trouvés infectés (812 en 1997). Les principaux foyers d’infection demeurent le sud de l’Ontario, le sud du Manitoba et la vallée d’Okanagan. Les personnes intéressées à connaître la localisation des cas en Ontario pourront nous contacter pour obtenir une copie du rapport du Docteur Slocombe.
Voici des éléments de réponse aux questions que beaucoup de gens se posent, sur le sujet des vers du cœur.
COMMENT TRAITER UN CHIEN INFECTÉ? (Voir Miller, 1998. Clinical Techniques in Small Animal Practice 13 : 113-118).
Lorsqu’un animal est trouvé porteur du parasite, il existe maintenant un certain choix quant au traitement. Pour faciliter ce choix, la classification de Di Sacco et Vezzoni s’avère d’une bonne utilité (voir Proceedings of the Heartworm Symposium, 1992, Austin, Texas, pp. 209-214). En voici les grandes lignes :
I - INFECTIONS SUBCLINIQUES
Absence ou présence d’un faible nombre de microfilaires
Test de Snap non ou faiblement réactif
Absence de signes cliniques
Bonne tolérance à l’exercice
Aucune anomalie cardiaque ou respiratoire décelée
Lésions absentes ou minimes à la radiographie thoracique
Il - INFECTIONS CLINIQUES
Absence ou présence de microfilaires, parfois en nombres élevés
Test de Snap réactif
Signes cliniques peu marqués
Toux occasionnelle après l’exercice
Anomalies cardiaques ou respiratoires modérées
Lésions présentes à la radiographie thoracique
III - INFECTIONS SÉVÈRES
Absence ou présence de microfilaires, parfois en nombres élevés
Test de Snap fortement réactif
Signes cliniques présents même au repos
Toux persistante, intolérance à l’exercice
Insuffisance cardiaque , dyspnée
Lésions évidentes a la cardiographie
La première catégorie nous intéresse particulièrement puisqu’elle regroupe probablement autant que 80-90% de nos chiens infectés en se fiant aux réponses de l’enquête postale (84% en 199S). Le test de Snap est utile pour déterminer de façon semi-quantitative la charge parasitaire chez le chien et il est le seul test actuellement sur le marché à pouvoir le faire (Goodwin JK. 1998. Clinical Techniques in Small Animal Practice 13 : 83-87). Pour les chiens de cette catégorie, docteur David Knight, membre du comité exécutif de l’American Heartworm Society a proposé de placer ces animaux uniquement sous traitement préventif douze mois par année. L’ivermectin et la milbemycine, administrés aux doses préventives, rendent les vers mâles infertiles. Ceci a pour efFet d’éliminer progressivement, sur une période de six à neuf mois, la production de microfilaires par les femelles. Les arguments sur lesquels docteur Knight base sa recommandation sont les suivants : 1. La gravité de la maladie dépend du nombre de vers adultes et du degré d’activité de l’animal ; avec cinq vers et moins, le chien ne présentera vraisemblablement jamais de signes cliniques. 2. Les signes cliniques atteignent leur maximum au moment où les vers deviennent matures, soit environ six à huit mois après l’acquisition de l’infection. 3. Le traitement adulticide comporte des risques de toxicité importants et son efficacité est peu élevée. A cette liste d’arguments, il est possible d’en ajouter un quatrième. Les résultats des recherches de McCall et de ses collaborateurs permettent de croire que l’administration mensuelle d’ivermectin pourrait détruire les vers adultes. Ces chercheurs ont administré, à des chiens porteurs de vers adultes, de l’ivermectin mensuellement pendant une période de seize mois consécutifs et ont détruit la majorité de ces vers. Ces résultats ont été présentés en avril 1998 au symposium de l’American Heartworm Society et devraient être publiés bientôt. Donc, il semble qu’il y ait peu d’avantages à utiliser le traitement classique chez les chiens ne démontrant aucun signe clinique. Cependant, chez certains de ces animaux, les microfilaires en circulation peuvent permettre pour quelques temps la transmission de l’infection. L’administration, dès le début juin et même plus tôt, d’une dose préventive d’ivermectin ou de milbemycine détruit environ 90% des larves présentes dans le sang à chaque administration. Une dose augmentée à 0,05 mg/kg d’ivermectin pourra détruire une plus forte proportion de ces larves. Cependant, dans l’intervalle entre les traitements, les femelles continuent à produire plusieurs milliers de microfilaires qui sont relâchées dans le sang à chaque jour. Dans les cas où le nombre de vers dépassent plusieurs centaines par millilitres de sang, il faudra probablement diminuer l’intervalle entre les traitements. Docteur Slocombe suggère de traiter alors aux deux semaines (ivermectin ou milbemycine), pour au moins les deux premiers mois. Avant de revenir au programme mensuel normal, on peut effectuer un test de filtration sanguine pour vérifier l’absence des microfilaires. Pour les chiens des deux autres catégories, l’adulticide est à recommander. Deux médicaments sont à notre disposition, le caparsolate et la mélarsamine. Le deuxième médicament est disponible uniquement à titre expérimental et on peut se le procurer après l’obtention d’un permis émis par le Bureau des médicaments vétérinaires à Ottawa ($50 de frais uniquement pour le permis, un permis requis pour chaque animal à traiter). La compagnie Mérial serait à négocier une entente avec le Bureau des médicaments vétérinaires afin de faciliter ces démarches. La mélarsamine est administrée par injection dans les muscles lombaires épiaxiaux, à deux reprises en 24 heures. Si on soupçonne la présence d’une forte charge parasitaire, on peut utiliser un programme de traitement différent : une première injection à la dose habituelle, suivie d’une période d’attente d’un mois, pour revenir ensuite avec le programme usuel de deux injections à intervalle de 24 heures
différent : une première injection à la dose habituelle, suivie d’une période d’attente d’un mois, pour revenir ensuite avec le programme usuel de deux injections à intervalle de 24 heures. L’efficacité et l’innocuité de ce nouveau médicament semblent supérieures à celles du caparsolate
QUEL TEST UTILISER POUR LE DÉPISTAGE DE LA DIROFILARIOSE
Les buts poursuivis dans notre programme de prévention sont au nombre de trois: l. empecher la propagation de l'infection; 2. protéger la santé de nos clients animaux, 3. protéger la santé des humains. Autour de nous, on retrouvera des chiens infectés avec des microfilaires dans le sang, des chiens infectés mais sans microfilaires dans le sang (infections occultes) et des chiens susceptibles à l'infection. Le groupe le plus significatif est sans aucun doute celui présentant des microfilaires dans le sang puisque ce sont eux qui transmettent l’infection. Notre préoccupation majeure devrait donc être d’identifier ces chiens pour enrayer l’épidémie.
Quel test préférer pour trouver les chiens microfilarémiques? Nous disposons de quelques tests que l’on peut regrouper en deux catégories : les tests de filtration sanguine et les tests antigéniques. Les tests de la première catégorie démontrent la présence de microfilaires dans le sang tandis que les tests de la deuxième catégorie vont chercher en plus la présence d’infection occultes. Pour démontrer la présence de microfilaires, les tests recherchant les microfilaires et ceux recherchant les antigènes semblent à prime abord équivalents. Les infections occultes ne doivent pas nous préoccuper outre mesure dans notre contexte de faible enzootie. Ces cas, même s’ils représentent généralement autant que 25% de toutes les infections, comportent habituellement de faibles charges parasitaires n’entraînant l’apparition d’aucun signe clinique ni de transmission à un autre animal. En nombre absolu, on peut estimer à un par 2500 le nombre de chiens présentant une infection occulte au Québec. En plus, la très grande majorité des infections occultes chez nous seront en fait des infections avec des vers de même sexe (aucune des infections unisexuées mâles ne sera détectée par les tests antigéniques actuellement disponibles commercialement). Il n’y a pas vraiment d’intérêt à dépister ces chiens puisqu’ils n’auront vraisemblablement pas de signes cliniques et qu’ils ne peuvent transmettre la maladie ; cependant il est important de les protéger pour empêcher l’acquisition de vers additionnels.
Ainsi, les tests de concentration de microfilaires continuent à nous permettre de faire un excellent travail de dépistage et de prévention. Toutefois, il peut s’avérer profitable de préférer les tests antigéniques dans certaines conditions, en particulier pour tester un grand nombre d’animaux sur une courte période de temps. La lecture au microscope pour les tests de concentration de microfilaires peut s’avérer laborieuse sinon très difficile à effectuer à répétition pour une même personne. Il faut cependant garder à l’idée qu’un résultat positif à un test antigénique doit toujours être confirmé. La faible valeur de prédiction associée à une réaction positive, comme ce sera le cas dans la majorité de nos tests, ne permet pas de prendre le résultat en valeur absolue. Il faut toujours tenter de confirmer le résultat par un test de concentration de microfilaires, un examen physique général et une radiographie s’il y a lieu. D’après les résultats de l’enquête postale des chiens infectés ont été dépistés seulement par le test antigénique, tandis que 13% des chiens infectés ont présenté une réaction à un test antigénique en absence de microfilaires. Probablement que la majorité des ces cas n’ont pu être confirmés et leur statut demeure quand même douteux.
QUEL TEST PRÉFÉRER CHEZ UN CHIEN SOUS PROGRAMME PRÉVENTIF L’ANNÉE ANTÉRIEURE ?
L’administration mensuelle des médicaments préventifs chez des chiens infectés entraîne la disparition des microfilaires graduellement, sur une période de six à neuf mois. Cette suppression de production de microfilaires n’est pas permanente et chez une proportion d’entre eux, les microfilaires réapparaissent après l’arrêt de la médication. Donc, dans plusieurs de ces cas, le test de concentration de microfilaires pourra les dépister tandis que dans les autres cas, seul un test antigénique pourra détecter la présence des adultes. En nombre absolu, ces cas demeurent marginaux et ne doivent pas nous préoccuper outre mesure. Encore une fois, la présence de microfilaires dans le sang semble plus préoccupante que la présence d’adultes seulement.
DOIT-ON TESTER À TOUS LES ANS?
Dans ses recommandations officielles, la Société américaine pour les vers du cœur (American Heartworm Society) affirme que l’on peut tester les chiens sous programme de prévention aux deux ou aux trois ans, sous certaines conditions. Les éléments pris en considération sont les suivants : 1. Peu de gens administrent sans faute le médicament tel que prescrit ; 2. Les médicaments préventifs sont très efficaces et peuvent même détruire des vers âgés de deux à trois mois, ce qui compense pour les oublis occasionnels d’une ou deux administrations consécutives ; 3. Les chances de s’infecter pour un animal demeurent faibles dans ces conditions et même si l’infection a lieu, ce sera avec un faible nombre de parasites, ne donnant pas lieu à l’apparition de signes cliniques. Il est bien indiqué que, devant le doute raisonnable que ces conditions aient été respectées, il est préférable de tester annuellement.
Est-ce qu’on peut appliquer cette recommandation chez nous ? Probablement, surtout que la période de transmission de l’infection semble se limiter aux mois de juillet et août (Slocombe et al, 1995, Proceedings of the Heartworm Symposium, Auburn, Alabama, pp.43-48) et que la majorité de nos chiens infectés semble n’héberger que de faibles charges parasitaires. D’ailleurs, encore une fois cette année, l’enquête postale rapporte que seulement 19% des chiens infectés démontraient des signes cliniques. Donc, scientifiquement, il semble y avoir peu d’arguments contre l’augmentation des intervalles entre les tests de dépistage. Pourtant, il faut rappeler certains arguments à prendre en considération avant de décider de l’intervalle : l. A chaque année, environ 10% des chiens infectés recevaient le médicament préventif selon les dires du propriétaire (en nombre absolu, ce chiffre demeure quand même minime et ne représente que 8 à 10 chiens par année pour l’ensemble de notre région) ; les erreurs humaines, le rejet du médicament par le chien, ou une malabsorption digestive sont souvent mis en cause ; 2. La prescription d’un médicament doit faire suite à un examen de l’animal ; 3. L’étiquette des médicaments préventifs mentionne que l’on doit faire un test avant de prescrire ; ne pas se conformer à ces indications devient un usage hors étiquette (off label use) et le vétérinaire demeure alors le seul responsable des conséquences.
Toutefois, si on augmente l’intervalle à deux ou trois ans ou plus, l’enquête postale sera moins significative. Comment allons-nous nous convaincre et convaincre les gens de l'importance de notre mission sans chiffre à l’appui? Ensuite, le fait d’adopter des programmes de prévention différents d’une clinique à l’autre contribue de plus en plus au désengagement des gens et nuit à tout le monde. Il ne faut pas oublier qu’un arrêt généralisé du programme de prévention pourrait se traduire, à brève échéance, en une situation semblable à celle qui s’est produite dans la région d’Hudson et St-Lazare en 1984, région où 10 à 20% des chiens se sont infectés, à cette époque. Il est toujours souhaitable d’appliquer le programme de prévention dans tous ses éléments. Administrer des médicaments sans vérifier périodiquement leur efficacité peut permettre l’infection d’animaux et pire, la propagation de l’infection à d’autres animaux, Il serait préférable de faire la prévention selon les règles de l’art ou de ne pas la faire du tout. Et ce n’est pas au client à décider comment on fait la prévention ; on peut décider avec lui si on la fait ou non, mais c’est uniquement à nous de décider de la façon dont on le fait. Il n’en demeure pas moins que si vous décidez d’augmenter l’intervalle entre les tests de dépistage, il y a des précautions à prendre. Il faudra absolument imposer le test dans les conditions suivantes : 1. Lors d’une première prescription à un chien susceptible d’être infecté (sauf chez les chiots nés après septembre dernier) ; 2. Pour tous les chiens recevant du diéthylcarbamazine (dans les quelques jours avant de débuter une saison de traitement) ; 3. Pour tous les chiens ayant voyagé dans une région fortement enzootique comme la moitié est des États-Unis ou dans tout pays côtier à travers le monde ; 4. Pour tous les chiens n’ayant pas été protégés pendant plus d’une saison des moustiques ; 5. Pour tous les chiens après une première année de traitement préventif.
QUAND COMMENCER À TESTER ?
Comme la période d’acquisition de l’infection se situe aux mois de juillet et août dans nos régions, il faudrait attendre une période de six mois et demi avant de tester, soit le temps que tous les vers acquis durant une saison deviennent matures. Les vers commencent à produire des microfilaires entre six et sept mois après l’infection ; donc les tests de concentration de microfilaires devraient pouvoir détecter ces infections dès le mois de mars de l’année suivante. Pour ce qui est des tests de détection antigénique, il n’atteignent leur maximum de sensibilité que vers huit mois après l’infection, soit vers avril. En conclusion, si on veut donner le maximum de sensibilité à nos tests de dépistage, on ne devrait pas commencer les tests de concentration de microfilaires avant le début mars et les tests antigéniques avant avril
PEUT-ON TRAITER POUR UNE PÉRIODE DE TEMPS PLUS COURTE QUE S1X MOIS ?
(Voir aussi Knight et Lok, 1998. Clinical Techniques in Small Animal Practice 13 : 77-82) Comme la période de transmission des vers du cœur déborde peu les mois de juillet et août, certains pourraient être tentés de diminuer la période de traitement. Ainsi, on pourrait théoriquement commencer la médication seulement en août et terminer en début octobre, en ne donnant des médicaments qu’à trois reprises seulement. Toutefois, il faut se garder quand même une certaine marge de sécurité, surtout en cas d’oubli d’administrer le médicament de la part du propriétaire et en cas de variations climatiques imprévisibles. De diminuer le nombre de traitements ou d'augmenter l'intervalle entre les traitements, ou encore d'utiliser des formulations différentes des comprimés et des cubes à croquer, augmentent le risque d’erreurs et de voir de plus en plus d'animaux s'infecter en dépit du traitement. Il faut également considérer que les produits disponibles pour prévenir la dirofilariose traitent aussi pour des infections avec des parasites du système digestif. Cet avantage n'est pas à négliger avec les jeunes chiens et avec ceux fortement exposés à la réinfection. Quelqu’un qui voudrait quand même diminuer le nombre de traitements pourrait enlever celui du début juin et celui du début juillet ; enlever les administrations des derniers mois porte plus à conséquence
PEUT-ON UTILISER LES AUTRES FORMULATIONS D’IVERMECTIN POUR PRÉVENIR LA DIROFILARIOSE ?
Certains vétérinaires se voient refuser le traitement préventif conventionnel sous prétexte que le coût en est trop élevé pour les chiens de grande race ou par les propriétaires de plusieurs chiens. Il semble intéressant, dans ces situations, d’utiliser les formulations injectables ou orales destinées aux animaux de consommation, beaucoup moins dispendieuses. Il existe des précautions à prendre dans ces cas. L’injection d’un petit volume de médicament risque d’en diminuer l’absorption par enkystement du liquide. Il est difficile de diluer le médicament de façon à obtenir la dose utilisée dans les cubes à croquer, c’est-à-dire 0,006 mg/kg ; il serait plus prudent de viser plutôt une dose de 0,05 mg/kg. A cette dose, il ne semble y avoir de danger pour aucune race, y compris le Colley. Cette approche au traitement n’est pas homologuée et il pourrait s’avérer risqué d’utiliser systématiquement, toutes races confondues, une dose de 0,200 mg/kg à cause de la rare possibilité de réaction idiosyncrasique. Les doses ultérieures laissées au client doivent être bien étiquetées, gardées dans des conditions adéquates, et surtout, protégées de la lumière.
QU’EN EST-IL DU TEST DE DÉPISTAGE ANNUEL EN ZONE NON ENZOOTIQUE ?
Depuis les débuts de l’enquête postale sur les vers du coeur, les données récoltées nous indiquent que la répartition géographique de la dirofilariose ne dépasse guère la ville de Québec. En fait, sur une carte géographique de la province, la distribution des cas recoupe une région située au sud d’une ligne horizontale tracée juste au dessus de cette ville. Pourtant, il y eu un cas de déclaré à Roberval au Lac St-Jean en 1995. Ce chien provenait de Montréal où il avait vraisemblablement acquis l’infection. La maladie est en expansion, le tourisme amène des chiens infectés dans ces régions, les animaux de la faune peuvent faire encore progresser la maladie vers le nord. Il serait imprudent de ne pas faire de prévention. La sagesse nous recommande d’exercer une surveillance étroite. Au moins quelques animaux fortement exposés devraient être testés à titre de sentinelle, à chaque année, dans ces régions.
QU’EN EST-IL DE LA DIROFILARIOSE CHEZ LE CHAT ?
(Voir aussi Manella et Donoghue 1998. Feline Practice 26 : 5-9 ; Miller, 1998. Clinical Techniques in Small Animal Practice 13 : 99-108 Depuis tout récemment, la milbemycine est homologuée au Canada, pour prévenir les vers du cœur chez le chat. La plupart des praticiens se demandent comment l’utiliser. Dans plusieurs pays, il a été démontré que l’infection chez le chat pouvait être beaucoup plus fréquente qu’on ne le croyait à prime abord. Malheureusement, nos connaissances sur le comportement du parasite et sur la réaction du chien à l’infection ne peuvent être appliquées à l’espèce féline. Le chat est un hôte anormal de Dirofilaria immitis avec les conséquences suivantes : le parasite réussit moins souvent à infecter le chat, son développement est anormal, mais il cause énormément de dommages, mettant même la vie de l’animal parasité en danger. Ces observations nous posent un dilemme de taille : la rareté de l’infection nous dit qu’il n’est pas nécessaire de traiter, tandis que la gravité de l’infection nous recommande d’agir. Essayons de préciser chacun de ces points.
L’infection du chat est rare.Nos dossiers nous ont permis d’identifier moins de dix chats infectés au Québec, depuis le début de l’épidémie. Trois cas ont été rapportés chez nous en 1997 et aucun en 1998. Ailleurs dans le monde, la littérature mentionne que l’incidence féline varie de 10 à 50º/o de celle observée chez le chien dans la même région. Appliqué à notre situation, où environ un à deux chiens sur 1000 sont infectés, nous aurions alors un à deux chats sur 10 000 qui pourraient avoir été infectés. Expérimentalement, entre 66 et 90% des chats soumis à l’infection vont effectivement s’infecter mais seulement 1 à 25% des larves infectantes vont devenir adultes. En accord avec ces observations, une nécropsie effectuée dans la région de Montréal et portant sur 200 chats adultes exposés à l’infection, n’a permis d’identifier aucun porteur. Il est vrai cependant que les localisations ectopiques s’observent plus fréquemment chez le chat que chez le chien. Partant de ce principe, des études ont été entreprises un peu partout dans le monde, pour identifier des chats porteurs de l’infection. On a soumis à la nécropsie des chats réputés avoir souff'ert de problèmes chroniques d’ordre respiratoire ou d’ordre digestif, Plusieurs chats infectés ont ainsi pu être identifiés. Il faut cependant faire attention à la fausse image de prévalence générée par ces chiures ; il faut les prendre en valeur absolue seulement car il est impossible d’extrapoler ces données à l’ensemble de la population féline.
L’infection chez le chat est grave. La charge parasitaire se situe généralement entre 1 et 9 vers ; leur taille peut atteindre 21 cm chez le ver femelle. La survie du parasite adulte ne dépasse guère deux ans. Pourtant, la réaction de l’hôte à la présence du parasite semble très marquée : hypertrophie très marquée de la couche musculaire des petites artères ; dilatation marquée des artères pulmonaires ; formation d’embolies. Les signes cliniques apparaissent habituellement à deux périodes importantes du cycle du parasite : à l’arrivée des adultes dans les artères pulmonaires, induisant l’apparition d’une pneumonie éosinophilique ; à la mort du parasite adulte, formant des embolies avec collapse circulatoire et insuffisance respiratoire. La mort peut survenir de façon soudaine, sans être précédée de signes cliniques. Les signes les plus fréquemment observés sont les suivants : toux, dyspnée, vomissement, léthargie, anorexie, perte de poids, convulsions, cécité, diarrhée, tachycardie, et syncope.
Recommandations quant au dépistage.La fertilité du parasite n’est atteint qu’après huit mois chez le chat et n’entraîne qu’une production minime et de courte durée, de microfilaires (1-2/mL de sang). Les microfilaires ne peuvent être détectés que chez 20% environ des chats infectés et les tests recherchant les antigènes produits par les vers femelles ne sont guère plus sensibles. Des tests recherchant des anticorps anti-Dirofilaria ont été mis sur le marché aux États-Unis et semblent plus prometteurs malgré leurs limites importantes dans la sensibilité et la spécificité (ils ne font que signaler le passage du ver chez l’animal ; ils ne donnent aucune information sur la présence actuelle du ver). Donc, ces tests ne pourront déterminer la présence ou l’absence du parasite (le taux d’anticorps est particulièrement élevé suite à la mort d’un parasite adulte), à moins d’être interprété en utilisant d’autres éléments tels la présence de microfilaires, et la provenance de l’animal d’une région d’enzootie élevée. La radiographie semble être le moyen de diagnostic le plus sûr présentement (vue ventro-dorsale : artères pulmonaires dilatées avec bordures mal définies, atélectasie, inflammation diffuse). L’échographie semble également très sensible : elle génère une image de deux lignes parallèles sur une courte distance, à l’endroit où se situe le ver ; un seul ver peut être ainsi détecté, à condition qu’il soit situé dans les cavités cardiaques ou dans le cône artériel
Recommandation quant au traitement : Le traitement du chat contre la dirofilariose ressemble en tout point à celui du chien. Toutefois, les réactions suite à la formation d’embolies risquent d’être plus fortes après la mort de l’ensemble des vers que s’ils meurent de façon naturelle, les uns après les autres. Pour cette raison, il est impératif de bien évaluer les risques encourus par l’animal avant de décider de traiter. Dans beaucoup de cas, il sera préférable de laisser l’animal sans traitement, la mort naturelle des parasites survenant dans un délai inférieur à deux ans. On choisira d’intervenir dans les cas où les signes cliniques actuels font craindre le pire, à brève échéance. L’usage de l’aspirine n’est pas recommandé chez le chat. Les risques de formation d’embolies durent trois à quatre semaines après le traitement et le chat sera maintenu en cage, sous étroite surveillance, pour toute cette période
Recommandation quant à la prévention : L’American Heartworm Society a publié en juin 1996 ses recommandations quant à la dirofilariose féline (American Heartworm Society Bulletin, volume 23 no 2 ; copie disponible sur demande) : les tests de diagnostic ne sont utilisés que pour la confirmation des cas et non comme dépistage ; l’ivermectin est utilisé à la dose de 0,024 mg~kg (0,012 serait une dose suffisante), de même que la milbemycine à la dose de 0,5 mg/kg ; l’utilisation du diéthylcarbamazine chez le chat n’est pas recommandée. Au Québec, à cause de la rareté des cas, la pertinence de la prévention de la dirofilariose chez le chat est à discuter avec le client. Les tests de dépistage semblent peu sensibles et ne seront que de peu d’utilité.