Les familles Anctil en Amérique ©
DEUXIÈME GÉNÉRATION
Jean-Baptiste Anctil et Élisabeth Fournier
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Les foins
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JEAN-BAPTISTE (1745-1820)
*
NAISSANCE
ET JEUNESSE
Jean-Baptiste est le seul descendant masculin de la première génération des
Anctil en Amérique. Il est le fils unique de Jean Anctil et de Marguerite
Lévesque, les fondateurs de la lignée des Anctil en terre nord-américaine. A
l'instar de son père, Jean-Baptiste peut donc revendiquer le titre d'ancêtre de
tous les Anctil d'Amérique.
Jean-Baptiste est né à Sainte-Anne le 23 septembre 1745. Baptisé le jour de sa
naissance, c'était coutume à l'époque, ses parrain et marraine sont des voisins,
Joseph Lizotte et Angélique Bérubé, femme de François Lévesque.
Né dans une famille de cultivateur où le rôle des garçons est essentiel à cause
des durs travaux de la terre, l'arrivée de ce fils unique a dû encourager ou du
moins soulager ses parents.
Jean-Baptiste a été précédé par trois filles et sera succédé par trois autres. Ses
père et mère ont maintenant une relève sur qui ils peuvent compter pour leurs
vieux jours et pour continuer à cultiver la terre familiale.
Nous savons peu de choses sur la jeunesse de Jean-Baptiste. Fils unique, il est
certainement resté chez son père pour l'aider à défricher, à cultiver, à pêcher
et à subvenir aux besoins de ses parents vieillissants et de ses soeurs.
Comme la population de Sainte-Anne, Jean-Baptiste a connu, dans sa
jeunesse, les horreurs de la guerre de la Conquête qui fit de son pays une
possession anglaise, en 1760. Avec sa famille, il a dû se cacher dans les bois,
probablement dans les montagnes avoisinantes pendant que les soldats anglais
dévastaient les fermes de la paroisse.
Fait à souligner, Jean-Baptiste, comme son père et certaines de ses soeurs, sait
signer son nom. Il a probablement appris à lire et à écrire, ce qui est inusité à
une époque où la quasi-totalité de la population signe d'un simple X.
Jean-Baptiste a donc une avance sur ces concitoyens et, par conséquent jouit
d'un certain prestige auprès d'eux.
MARIAGE AVEC ELISABETH FOURNIER
Le 18 février 1765, Jean-Baptiste n'a pas encore vingt ans lorsqu'il épouse
Elisabeth Fournier, fille de François et de Geneviève Gagnon de
Saint-Jean-Port-Joli. Au cours de la même cérémonie qui a lieu en l'église de
L'Islet, la paroisse de Saint-Jean n'existe pas encore, Judith, la soeur cadette
de Jean-Baptiste, convole avec François Fournier, le frère d'Elisabeth.
Il est intéressant de constatter qu' Elisabeth et son frère François sont par leur
arrière-grand-mère paternelle, Geneviève Hébert épouse de Guillaume
Fournier, les descendants de Louis Hébert et de Marie Rolet, respectivement
premier colon en Nouvelle-France et première institutrice à Québec.
L'épouse de Jean-Baptiste apporte en mariage quelques animaux, son coffre
comprenant des vêtements personnels, son habillement de noces, son lit garni,
son rouët, quelques linges de maison et une promesse d'argent payable dans
quelques années1. En retour, Elisabeth et son époux renoncent à leurs droits
dans la succession des parents Fournier.
Jean-Baptiste reçoit aussi de ses père et mère certains biens dont des animaux,
entre autres, une jument et une paire de boeufs, des instruments de ferme, ses
vêtements, son habit de noces et aussi du linge de maison et des ustensiles de
cuisine.
De plus, ses parents lui donnent la terre de l'ouest du bien paternel, située
dans le premier de La Pocatière. On y trouve des bâtiments de ferme et une
maison.
Cette propriété, rappelons-le, avait été amené en mariage par le mère de
Jean-Baptiste, Marguerite Lévesque, en 1738. A l'origine, elle allait du fleuve
à la petite rivière Saint-Jean, sur une largeur de deux arpents sur environ
quarante de profondeur.
Lorsque Jean-Baptiste en prend possession, elle va jusqu'au pied du grand
côteau, pour une distance d'environ trente arpents. Le haut de la terre avait
été cédé par ses parents à sa soeur Josephe et son époux Joseph Dionne.
En retour de cette donation, Jean-Baptiste s'engage à certaines obligations
envers ses père et mère dont leur fournir six cordes de bois de chauffage par
année et s'occuper éventuellement de leurs funérailles.
Après leur mariage, Jean-Baptiste et Elisabeth s'installent donc dans leur
nouvelle maison, à proximité de leurs parents Anctil qui habitent toujours la
terre située immédiatement à l'est.
Sept ans plus tard, le 15 mai 1772, Jean-Baptiste reçoit de ses parents âgés la
terre de l'est2. En retour, il doit s'assurer de leur bien-être matériel jusqu'à
leur mort. Il doit également garder avec lui sa soeur Louise.
C'est donc sur le bien paternel, obtenu de ses parents, que Jean-Baptiste et son
épouse élèveront leur nombreuse progéniture.
UNE FAMILLE NOMBREUSE
Entre 1766 et 1789, Jean-Baptiste et Elisabeth ont quinze enfants, dix garçons
et cinq filles. En voici la liste avec le nom des conjoints, ainsi que leurs dates
de baptême (B), mariage (M) et sépulture (S):
1- Jean-Louis, B. 1er janvier 1766, Sainte-Anne.
M. Josephe Miville-Deschênes, 12 novembre 1787, Saint-Jean.
S. Josephe Miville-Deschênes, 23 juin 1803, Saint-Jean.
M. Geneviève Bélanger, 3 août 1807, Saint-Jean.
S. Geneviève Bélanger, 27 juillet 1826, Saint-Jean.
S. Jean-Louis, 6 janvier 1836, Saint-Jean.
2- Elisabeth, B. 5 octobre 1766, Sainte-Anne.
M. Charles Guy, 13 novembre 1786, Sainte-Anne.
3- Félicité, B. 5 juillet 1767, Sainte-Anne.
S. Félicité, 20 octobre 1770, Sainte-Anne.
4- Catherine, B. 29 octobre 1768, Rivière-Ouelle.
5- François, B. 15 septembre 1770, Sainte-Anne.
M. Françoise Martin, 11 juin 1803, Sainte-Anne.
S. François, 23 novembre 1830, Sainte-Anne.
S. Francoise Martin, 31 mai 1848, Sainte-Anne.
6- Joseph, B. 11 février 1772, Sainte-Anne.
M. Claire Pelletier, veuve de François Ouellet, 28 février
1791, Sainte-Anne.
S. Claire Pelletier, 23 juillet 1815, Sainte-Anne.
M. Marguerite St-Pierre, veuve de J.N. Castonguay, 19
novembre 1816, Saint-Roch.
S. Joseph, 7 janvier 1858, Sainte-Anne.
7- Noël, B. 25 décembre 1773, Sainte-Anne.
M. Modeste Lévesque, 6 juin 1796, Rivière-Ouelle.
S. Noël, 10 juillet 1854, Saint-Denis.
8- Henri-Benoit, B. 23 mars 1775, Sainte-Anne.
M. Julie Ouellet, 20 janvier 1800, Sainte-Anne.
S. Julie Ouellet, 7 novembre 1804, Rivière-Ouelle.
M. Charlotte Ouellet, 13 juillet 1807, Sainte-Anne.
S. Henri-Benoit, 19 mars 1867, Saint-Denis.
S. Charlotte Ouellet, 15 décembre 1873, Saint-Philippe.
9- Théotiste, B. 26 janvier 1777, Sainte-Anne.
M. Jean Dubé, 25 novembre 1793, Sainte-Anne.
S. Théotiste, 7 juillet 1828, Sainte-Anne.
10- Louis, B. 22 octobre 1778, Sainte-Anne.
M. Perpétue Ouellet, 20 janvier 1800, Sainte-Anne.
S. Perpétue Ouellet, 1836-1838, Sainte-Anne.
M. Julie Ouellet, veuve de Raphaël Petit, 19 février 1844,
Sainte-Anne.
S. Louis, 26 novembre 1867, Sainte-Anne.
11- Michel, B. 12 septembre 1780, Sainte-Anne.
S. Michel, 8 juillet l801, Sainte-Anne.
12- Jean Abraham, B. 16 juin 1782, Sainte-Anne.
S. Jean Abraham, 6 mai 1808, Sainte-Anne.
13- Jean Hippolyte (Paul), B. 18 mars 1784, Rivière-Ouelle.
M. Théotiste Pelletier, 14 novembre 1809, Saint-Roch.
S. Théotiste Pelletier, 18 mars 1823, Sainte-Anne.
M. Victoire Sirois, 29 juillet 1824, Sainte-Anne.
S. Victoire Sirois, 5 octobre 1826, Sainte-Anne.
M. Marie-Anne Dastous, 27 novembre 1827, Sainte-Anne.
S. Paul, 24 juillet 1848, Sainte-Anne.
14- Augustin, B. 24 mars 1786, Sainte-Anne.
M. Josette Pelletier, veuve de Jean-Baptiste Martin,
Sainte-Anne.
S. Augustin, 24 avril 1869, Sainte-Anne.
15- Julie, B. 5 avril 1789, Sainte-Anne.
M. Charles Ouellet, 8 novembre 1813, Sainte-Anne.
S. Julie, 30 octobre 1868, Sainte-Anne.
Deux garçons sont décédés dans la vingtaine, Michel à vingt ans et Jean
Abraham à vingt-six ans. Les causes de leur décès, dans la fleur de l'âge, nous
sont inconnues. Par contre, on peut penser aux accidents, en particulier pour
ce qui est de Michel. Au moment de sa mort, ses parents lui avaient réservé
une partie de la terre paternelle en héritage.
Deux des cinq filles sont mortes en bas âge, Félicité à trois ans et Catherine,
décédée probablement quelque temps après sa naissance.
CULTIVATEUR, DEFRICHEUR ET MENUISIER
Jean-Baptiste habite toute sa vie dans le premier rang de La Pocatière, sur le
bien, deux terres côte à côte, qu'il a reçu de ses parents. On se rappelle qu'à
son mariage, en 1765, il avait obtenu la terre de l'ouest où il habitera avec sa
famille.
Sept ans plus tard, ses parents lui donnent la deuxième terre à l'est où ils
demeurent. Ces deux terres, cultivées par Jean-Baptiste, servent à subvenir
aux besoins de la famille.
A l'époque, la base alimentaire comprend les éléments suivants: le lait,
consommée notamment sous forme de "cailles", l'ancêtre du yogourt, le
beurre et la crème; le pain, dérivé de céréales; la viande dont le porc, le boeuf,
le mouton et la volaille; les oeufs.
A cela s'ajoutent des produits de saison dont le sirop d'érable, les fraises des
champs, les pommes, les légumes notamment les oignons, les choux et les
pommes de terre ainsi que certaines épices, préparées sous forme d'herbes
salées qui servent à assaisonner la soupe.
Les produits de la chasse et de la pêche, les terres de Jean-Baptiste sont en
bordure du Saint-Laurent, varient le menu quotidien. Enfin, l'élevage des
moutons et la culture du lin servent notamment à la confection des vêtements
et du linge de maison.
En plus de ces deux terres, Jean-Baptiste s'en fait concéder trois autres dans le
troisième rang de La Pocatière. une en 1767 et deux en 17963. Il défriche ces
terres qui lui servent de réserve à bois de chauffage.
Il est probable qu'il utilise une partie du bois pour fins de construction:
d'abord pour subvenir à ses propres besoins et pour aider ses nombreux fils à
se construire des maisons et des bâtiments de ferme.
Aussi, il semble bien que Jean-Baptiste retire certains revenus en construisant
des bâtiments pour les autres. En 1794, il s'engage à construire, pour Benoit
Durand, "le caré d'un hangard de 30 X 20"4.
Deux ans plus tôt, il avait vendu une terre avec des bâtiments à Denis Plourde
mais détail intéressant, il se réservait "la serure de la porte dentrée"5.
Une des préoccupations importantes des parents, tout comme aujourd'hui,
étaient d'assurer l'avenir des enfants. De nos jours, on insiste sur l'instruction;
à l'époque, on essayait d'établir les fils sur de bonnes terres et de trouver 'un
bon parti' aux filles.
De plus, on établissait les fils pas trop loin afin de les aider à se construire une
maison et des bâtiments de ferme.
A cet égard, Jean-Baptiste achète, vend, échange des terres dans le but
principal d'établir ses garçons.
En 1790 et 1791, il se porte acquéreur de terres à Rivière-Ouelle qu'il donnera
éventuellement à Noël et à François6; en 1794 et 1799, par trois transactions
distinctes, il récupère une bonne partie des morceaux de terre donnés par son
père à sa soeur Josephe, épouse de Joseph Dionne à La Pocatière qu'il
remettra à Henri-Benoit7.
Enfin, en 1796, il obtient deux nouvelles concessions dans le troisième rang de
La Pocatière qui iront plus tard à Louis et à Paul8.
Somme toute, Jean-Baptiste et Elisabeth ont bien réussi quant à
l'établissement de leurs enfants. Jean-Louis s'établi à Saint-Jean-Port-Joli sur
la terre des grands-parents maternels; Elisabeth s'installe avec son mari à La
Pocatière sur la terre que ce dernier a eu de ses parents; Joseph reçoit une
terre de ses grands-parents Anctil mais s'établi plutôt sur le bien du premier
mari de sa femme, toujours à La Pocatière; François se voit remettre deux
terres à Rivière-Ouelle mais préfère rester dans sa paroisse natale.
Noël élève sa nombreuse famille à Rivière-Ouelle, en grande partie sur une
terre reçue de ses parents; Henri-Benoit reçoit des parties de terre La
Pocatière, comprenant une maison et des bâtiments de ferme qu'il remettra à
ses parents avant d'aller demeurer voisin de Noël; Théotiste suit son mari sur
une terre obtenue des parents de ce dernier à La Pocatière; enfin, Louis et
Paul se partagent le patrimoine familial, deux terres dans le premier rang de
La Pocatière ainsi que deux terres à bois.
Au sujet du dernier fils de la famille, Augustin, nous n'avons pas trouvé de
document démontrant qu'il a reçu de terre de ses père et mère. Il faut dire
que lorsqu'il se marie, à 43 ans, ses parents sont déjà morts. De toute façon,
Augustin deviendra un marchand à l'aise de La Pocatière.
Enfin, quant à Julie, la cadette, elle habite avec son mari, un menuisier, sur
une terre à Rivière-Ouelle.
Par le biais de deux donations, Jean-Baptiste et Elisabeth divisent leurs biens
entre leurs fils Louis et Paul.
D'abord, il y a les deux terres adjacentes situées dans le premier rang de La
Pocatière que Jean-Baptiste avait obtenues de ses parents, puis trois terres à
bois, dans le troisième rang, qu'il s'était fait concéder par le seigneur.
En fait, seulement deux de ces dernières terres seront données aux garçons.
Nous ne savons pas ce qui est adevenu de la troisième.
En retour, les parents recevront une rente annuelle et viagère en biens et
services qui devrait leur assurer une vieillesse tranquille et confortable.
En 1800, Jean-Baptiste et Elisabeth profitent du mariage de leur fils Louis
pour lui donner la terre de l'est, sur laquelle avaient habité ses grands-parents
Anctil9. La grand-mère de Louis, Marguerite Lévesque, vit encore. Il est
probable qu'elle demeure maintenant chez son fils Jean-Baptiste, dans la
maison située sur la terre de l'ouest.
A tout événement, il ne semble plus y avoir de maison convenable sur la terre
de l'est car Jean-Baptiste "s'oblige" à aider son fils à en construire une ainsi
que des bâtiments de ferme.
Jean-Baptiste partage le droit de grève, sur le devant de ses terres, entre ses
fils Louis, Michel et Henri-Benoit ainsi qu'une des trois terres à bois. Michel
décèdera quelques années plus tard et Henri-Benoit perdra ces droits quelque
temps après.
Eventuellement, Louis se partagera le droit de grève et la terre à bois en
question avec son frère Paul. Ce droit est important car il comprend la pêche
et la récolte de foin salé.
Afin de l'aider à s'établir, Louis reçoit aussi des animaux dont une paire de
boeufs, une jument avec son attelage, deux vaches et quatre moutons; des
instruments de ferme, entre autres, une charrue, une charette et une "traîne".
En retour, Louis doit verser à ses parents un montant d'argent annuel
pendant huit ans et payer à ses frères Abraham, Paul et Augustin la moitié de
leurs droits dans la succession de leurs parents. Il défrayera leurs parts partie
en argent, partie en animaux et en meubles.
En plus, Louis s'engage à remettre à ses père et mère une partie des produits
récoltés sur la terre donnée, dix cordes de bois de chauffage "rendu a leur
porte et buché en bois de poele" et les "soigner...en maladies et leur donner la
boisson qu'ils auront besoin."
Louis et son frère Paul, qui se fera donner éventuellement la terre de l'ouest,
se partageront la responsabilité de fournir des animaux à leurs parents. Ils
verront aussi a "faire mettre leur corps en terre sainte", leur faire chanter un
service funèbre et, par la suite, leur faire dire chacun cinquante messes de
requiem.
Louis fournira à sa mère une certaine quantité de lin qu'elle "reduira en toille
et en filasse". Lorsque celle-ci ne pourra plus traîter le lin, son fils lui remettra
chaque année huit aulnes de toile.
Au décès de l'un des parents, la quantité de biens donnés, à quelques
exceptions dont le bois de chauffage, sera réduite de moitié.
En 1808, "se voyant dans un âge avancé convalescent et ne pouvans cultiver ni
faire valoir par eux mêmes les biens qui leur reste...", Jean-Baptiste et
Elisabeth, cèdent le reste de leurs biens à Paul10. Ils ont 63 ans. Leur fils a 24
ans, est toujours célibataire et vit avec eux.
La donation comprend la terre de l'ouest avec la maison paternelle, les
meubles et ustensiles de cuisine, les bâtiments et instruments de ferme et les
animaux.
Paul reçoit aussi le droit de grève sur la devanture de la terre donnée et une
terre et demie à bois dans le troisième. Paul obtient les prétentions de ses
parents dans certains morceaux de terre occupés par les Dionne, dans le haut
du bien paternel.
En retour des biens reçus, Paul remettra à son frère Augustin et à soeur Julie
certains animaux, des biens de maison et de l'argent pour leur part dans la
succession de leurs parents. A ses frères et soeurs Jean-Louis, Elisabeth,
Théotiste et Joseph, qui n'ont pas reçu leur juste part dans le patrimoine
familial, il déboursera une somme d'argent additionnelle.
Paul doit verser à ses parents une partie des grains récoltés sur la terre
donnée, "battus et bien proprement vannés et mis dans le grenier". En plus,
avec Louis, il doit leur fournir le bois de chauffage, les soigner en cas de
maladie et mettre certains animaux à leur usage. Il doit aussi leur remettre
cinquante livres de savon du pays à chaque année.
Paul doit aussi leur donner certains biens de consommation dont des choux,
des oignons, des pommes de terre, des herbes salées, des fèvres et du tabac à
fumer.
Les parents se réservent le droit d'occuper leur chambre actuelle dans la
maison donnée et "liberté de faire leur lavage dans la cuisine et faire leur
ordinaire à la cheminée".
Ils se gardent l'usage, entre autres, d'un poële en fer avec son tuyau, d'une
armoire, d'un miroir, de quatres bonnes chaises, de leur lit et d'un autre pour
"leurs amis et coucher des passants".
Aussi, ils pourront utiliser une hampe et un braisier pour "faire leur soupe",
un "vaisseau propre et commode pour ... l'eau", "l'usage des fers a flasquer",
d' "un chandellier", de "trois douzaine de terrines pour le lait", et "autant
de vaisseaux qu'il leur faudra pour saler leurs viandes & mettre leur
graissage".
La quantité de produits donnés sera réduite de moitié suite au décès de l'un
des parents. Enfin, Paul verra, conjointement avec Louis, à faire enterrer
leurs parents et leur faire chanter des messes.
Le 22 décembre 1808, la même journée qu'ils font la donation en faveur de
Paul, Jean-Baptiste et Elisabeth profitent du passage du notaire Dionne en
leur maison du premier rang de La Pocatière, pour rédiger leurs testaments11.
Bien qu'ils s'agissent de deux actes différents, le contenu est identique. Nous
examinerons le testament de l'époux.
Après s'être dit "bon chretien catholique", Jean-Baptiste "recommande son
âme à Dieu", lui demande "de lui faire misericorde lui pardonner ses peches
et lui accorder la beatitude eternelle...".
Il ordonne à ses exécuteurs testamentaires de payer ses dettes et de réparer les
torts qu'il aurait pu faire à son prochain. Il demande d'être inhumé selon ses
volontés exprimées dans l'acte de donation faite à ce jour à son fils Paul.
Jean-Baptiste confirme les donations en faveur de ses fils Louis et Paul qu'ils
nomment exécuteurs testamentaires et légataires universels de tous ses biens.
Elisabeth décède le 13 août 1817 et est inhumée le lendemain à Sainte-Anne.
Elle avait 73 ans. Jean-Baptiste meurt en décembre 1820 et est inhumé le 10,
également à Sainte-Anne. Il avait 75 ans.
UNE DESCENDANCE NOMBREUSE, UN NOM ASSURE
Jean-Baptiste, fils unique issu de la première génération de Anctil arrivé au
Canada, a relevé avec brio le défi d'assurer la pérennité de ce nom en
Amérique. Lui et son épouse, Elisabeth Fournier engendreront une famille de
quinze enfants dont dix garçons.
Sept de leurs huit fils mariés, Augustin étant l'exception, auront des familles
nombreuses. De nos jours, on retrouve des descendants de ces sept lignées un
peu partout à travers le continent, principalement au Québec et en
Nouvelle-Angleterre.
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