Les familles Anctil en Amérique ©
QUATRIÈME GÉNÉRATION
Jean-Marie Anctil et Mathilde Hudon
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Photographiés le 30 sep. 1862
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Le présent document fait suite au livre «Les familles Anctil en Amérique»,
dans lequel nous avons parlé de l'arrivée de notre ancêtre Jean Anctil en
Nouvelle-France, de l'implantation de notre famille sur le continent américain,
de même que de l'histoire de chacun des membres des trois premières
générations d'Anctil et de leur descendance jusqu'à nos jours. Ce livre
s'adresse à tous les Anctil intéressés à leur histoire .
Rappelons que Jean Anctil est originaire de France, plus précisément de
Ducey en Normandie. Il s'établit à Sainte-Anne-de-la-Pocatière après son
mariage avec Marguerite Lévesque, en 1738. Ils ont eu sept enfants dont un
seul garçon, Jean-Baptiste.
Ce dernier épouse Elisabeth Fournier en 1765. Quinze enfants, dont huit de
leurs fils, assureront la présence du patronyme Anctil à travers l'Amérique.
Un de ceux-ci, François, lie sa destinée à Françoise Martin en 1803. Ils ont eu
quatre enfants dont Jean-Marie.
Dans l'ouvrage proposé ci-dessous, nous ferons donc plus particulièrement
connaissance avec ce Jean-Marie, un arrière-petit-fils de Jean Anctil et
Marguerite Lévesque, de son épouse et de leur descendance.
Tout comme ses ancêtres, Jean-Marie s'établit à Sainte-Anne. Il épouse une
fille de la paroisse, Mathilde Hudon dit Beaulieu, en 1827. Ils ont une
nombreuse progéniture. Plusieurs de leurs descendants habitent le Québec,
l'Ouest canadien et les États-Unis.
JEAN-MARIE (1805-1879)
*
Jean-Marie est né et baptisé le 8 juin 1805 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière1. Il
est le deuxième fils de François Anctil, agriculteur et de Françoise Martin. Ses
parrain et marraine sont Alexandre Gagnon et Elisabeth Fournier, sa
grand-mère paternelle. Le père est absent au baptême, comme semble le
vouloir la tradition!
Nous savons peu de choses de la jeunesse de Jean-Marie. On peut quand
même supposer qu'il a fréquenté l'école car il sait lire, écrire et surtout
compter, comme nous le verrons plus tard.
Le 20 novembre 1827, Jean-Marie épouse Mathilde Hudon à Sainte-Anne.
Elle est la fille de Germain Hudon dit Beaulieu, cultivateur de l'endroit et de
Victoire Martin. Mathilde, née à Sainte-Anne le 1er septembre 1809, a deux
soeurs Luce et Délima.
Seuls Jean-Marie, les deux pères et l'officiant, le curé Charles-François
Painchaud signent l'acte de mariage, le matin de sa célébration.
Avant de se marier et comme l'usage le veut, les futurs époux passent un
contrat de mariage2. Il est mentionné que Jean-Marie est agriculteur à
Sainte-Anne, tout comme son futur beau-père. Jean-Marie et Mathilde
s'épousent en communauté de biens.
Mathilde reçoit de ses parents la somme de 50 livres soit 200$, dont une
moitié payable à la signature du contrat de mariage et l'autre à sa majorité.
Elle apporte aussi dans la communauté "un lit garny hors les rideaux", soit un
lit avec sa literie, deux courtepointes d'indienne, une de petite étoffe, deux
pairs de taies d'oreillers, dix nappes, douze essuie-mains, deux pairs de draps,
douze assiettes, six cuillers et fourchettes, deux vaches à lait, quatre moutons,
un porc, un rouet, un buffet et un chaudron.
En retour, Jean-Marie ne met rien dans la communauté bien qu'il soit déjà
propriétaire terrien. Aussi, il est précisé que tant les armes à feu appartenant
à Jean-Marie que les bijoux de Mathilde ne font pas partie de la communauté.
De plus, on précise que dans l'éventualité de la renonciation à la communauté
par l'épouse ou les enfants à naître, ils pourront reprendre ce que celle-ci a
apporté en mariage ainsi que toutes les héritages qu'elle aurait pu avoir après
mariage, plus une somme de 100$.
Cette clause avait pour but de protéger les héritages éventuels de Mathilde,
notamment les biens venant de ses parents, ceux-ci n'ayant pas de fils à qui
léguer leurs biens.
Les parents des futurs époux, les grands-parents maternels de Mathilde, un
des deux frères de Jean-Marie, Joseph ainsi que quelques autres parents et
amis sont tous présents lors de la rédaction du contrat. L'événement se
déroule dans la maison des parents de la mariée, à Sainte-Anne. Le futur
époux, son frère, les pères ainsi que quelques autres signent le document avec
le notaire.
ETABLISSEMENT A SAINTE-ANNE
Jean-Marie et sa nouvelle épouse Mathilde s'établissent dans le premier rang
de la seigneurie de La Pocatière. En fait, ils s'installent sur la ferme que
Jean-Marie avait reçu par donation de ses parents, l'année précédente en
18263.
La maison et les bâtiments de ferme étaient construits sur un circuit de terre
qui mesurait un arpent de large et qui longeait le chemin de l'Eglise, depuis le
terrain de celle-ci en direction nord, jusqu'à mi-chemin environ vers le
fleuve.
De plus, la donation comprenait une plus grande terre, sans bâtiments, située
un peu plus à l'ouest, mesurant en moyenne deux arpents de front sur
quarante-deux de profondeur et allant du fleuve jusqu'au deuxième rang.
Jean-Marie recevait aussi un certain nombre d'animaux et de meubles qu'il a
dû réclamer à ses parents suite à son mariage.
En retour de cette donation, Jean-Marie et ses deux frères, François-Pepin et
Joseph devaient fournir à leurs parents certains services et certains biens de
consommation versés annuellement, afin de leur assurer une fin de vie
convenable.
De plus, Jean-Marie et son frère Joseph devaient réserver et entretenir une
chambre pour leurs parents dans les maisons qu'ils leur avaient données et
leur permettre l'accès à certains lieux communs dont la cuisine et la cave.
Quatre ans plus tard, soit en 1831, la mère de Jean-Marie, maintenant veuve,
décide de compléter la donation provenant de la succession de son époux4.
Jean-Marie reçoit deux circuits de terre. Le premier est situé dans "la
plaine" à Rivière-Ouelle et l'autre dans le troisième rang de La Pocatière. Le
même jour et par le biais d'échanges avec ses deux frères, il concentre sa
propriété à Rivière-Ouelle5.
Au cours de leur vie, Jean-Marie et Mathilde vont se porter acquéreur
d'autres terres situées dans la seigneurie de La Pocatière. Elles serviront
éventuellement à établir trois de leurs quatre fils: Barthélémie, Georges et
Jacques.
En 1853, ils possèdent les propriétés suivantes toutes situées dans le premier
rang de la paroisse de Sainte-Anne6:
1- une terre mesurant près de deux arpents de large par quatorze de long,
depuis le fleuve Saint-Laurent jusqu'aux terrains appartenant à la
corporation du Collège de Sainte-Anne, sans bâtiments. Ce terrain faisait
partie d'une plus grande terre donnée par les parents de Jean-Marie en 1826
et qui s'étendait alors jusqu'au deuxième rang.
2- une terre mesurant de un à deux arpents de large sur environ quatorze de
long depuis le fleuve, en longeant le chemin de l'Eglise, jusqu'à l'équerre de la
côte de celui-ci. Jean-Marie avait obtenu une partie de cette terre de ses
parents en 1826, notamment la maison et les bâtiments situés dans le haut de
la côte où il vivait avec sa famille.
Par la suite, il avait agrandi cette terre par un échange de terrains en 1832
avec l'abbé Charles-François Painchaud7, fondateur du Collège de
Sainte-Anne et par diverses acquisitions dont une en 1837 de Sixte Miville8,
et une autre en 1849 de Germain Grondin9.
Cette dernière transaction comprenait, en plus de deux terrains, une maison et
des bâtiments de ferme situés en bas, probablement près du chemin de l'Anse.
Ces différents ajouts lui avait permis d'étendre sa terre initiale jusqu'au
fleuve.
3- une terre d'environ un arpent de large par 21 de long, de biais à l'ouest,
avec la façade du Collège jusqu'au deuxième rang. En fait, il s'agissait de la
poursuite de la première terre que Jean-Marie avait eu de ses parents en 1826.
Celle-ci était maintenant coupée par l'établissement du Collège.
En 1832, Jean-Marie, rappelons-le, avait fait une échange de terrains avec la
corporation du Collège. Il cédait à cette nouvelle institution une partie - le
milieu- de la terre reçue en 1826 et, en retour il recevait un lopin limitrophe à
celle qu'il habitait.
En 1854, Jean-Marie cédera pour quelques dollars, une bordure de terre,
située près du deuxième rang, à la compagnie du Grand-Tronc10. Celle-ci est à
construire la ligne ferroviaire entre Lévis et les provinces Maritimes.
4- une terre d'environ deux arpents de large sur quarante-deux de long,
allant du fleuve jusqu'au deuxième rang et comprenant une maison et des
bâtiments de ferme11. Cette propriété, acquise en 1849 de Louis Pelletier,
comprenait aussi des droits de chasse, de pêche et d'exploitation de la grève.
Ce dernier se gardait quand même un droit sur la grève et un droit de passage
à perpétuité. Jean-Marie avait payé cette terre 1,865$.
5- une terre d'environ un arpent de large sur quarante-deux de long, depuis le
fleuve jusqu'au deuxième rang et comprenant une maison et des bâtiments de
ferme12. Cette terre, la moitié d'une plus grande, venait des parents de
Mathilde, Germain Hudon et Victoire Martin qui, n'ayant pas de
descendance mâle, lui avait léguée en 1852.
L'autre moitié était allée à une des deux soeurs de Mathilde, Délima mariée à
Eusèbe Pelletier. Cette autre moitié de terre reviendra éventuellement dans la
famille Anctil13.
La donation des Hudon comprenait également des animaux, des instruments
de ferme ainsi que le contenu de la maison.
En retour, Jean-Marie, exécuteur testamentaire de son beau-père, et de son
beau-frère Eusèbe Pelletier, cultivateur à Saint-Roch, devaient assurer une
rente viagère, sous forme de biens de consommation, à leur belle-mère, la
faire soigner et la faire inhumer suite à son décès.
Victoire Martin, la veuve de Germain Hudon, se gardait aussi l'occupation
d'une chambre dans la maison donnée ainsi que l'usage de la cheminée, d'une
partie du grenier et de la cave, du fournil, du four, de la laiterie, de deux
jardins potagers et d'un verger.
Enfin, Jean-Marie devait administrer un certain montant d'argent dont les
intérêts devaient être remis à sa belle-soeur célibataire, Luce et lui remettre le
capital lors de son mariage.
6- en 1831, il était mentionné que Jean-Marie détenait, également de la
succession de ses parents, une terre dans le troisième rang de Sainte-Anne,
puis un terrain à Rivière-Ouelle.
En 1854, Jean-Marie vend ce dernier terrain, situé au "petit moulin", au
forgeron Augustin Hamel14. Le prix de vente est 300$, dont 50$ payé
comptant, et la balance en cinq paiements annuels de 50$, payables à Noël,
plus les intérêts.
Quelques années plus tard, soit en 1861, Jean-Marie obtiendra un jugement
de la Cour supérieure de Kamouraska contre Hamel15. Ce dernier avait
négligé de rencontrer la plupart de ses paiements annuels.
Jean-Marie et Mathilde avaient acquis quatre autres terres mais ne les ont pas
gardées. En fait, il s'agissait plutôt d'un système d'achat avec option de
rachat; les vendeurs endettés se réservant un droit de rachat dans un délai
prévu. On appelait ces transactions des ventes à réméré. Ce système
s'apparente à celui de lease and release qui disparaîtra avec les prêts garantis
par hypothèques enregistrés.
Par exemple, Moïse Hudon avait emprunté à Jean-Marie un montant de
1,200$, sous forme de billets et d'obligations. Pour le rembourser, il lui cède,
en 1839, sa terre comprenant une maison et des bâtiments de ferme pour le
montant déjà reçu16.
Hudon bénéficie d'un délai de huit ans et huit mois pour racheter sa terre.
Entre-temps, il doit verser un loyer annuel de 120$ à Jean-Marie, payer les
droits seigneuriaux, entretenir les fossés et les clôtures et cultiver la terre "en
bon père de famille"17.
Six ans plus tard, le 22 décembre 1845, Hudon reprend sa terre moyennant la
somme de 1,668$, capital et intérêts, qu'il s'engage à payer en six ans avec des
paiements annuels d'au moins 100$18. Le même jour, il donne la terre à sa fille
et à son époux qui prennent en charge une partie de la dette envers
Jean-Marie19.
En 1849, Gagné réglera sa créance envers Jean-Marie en lui cédant une
obligation qu'il avait consentie en faveur de Jean-Marie Gagnon et Eusèbe
Anctil20. Ces derniers paieront une somme de 800$, plus intérêts, en quatre
paiements à venir.
En 1839, Henri Miville vend un terrain à Jean-Marie pour la somme de 300$
qu'il a déjà reçue21. Il a deux ans pour le racheter au même prix. Entre-temps,
il doit payer un loyer annuel de 80$. Lui aussi semble avoir exercer son droit
de rachat.
Toujours en 1839, Clément Soucy cède un terrain à Jean-Marie pour un
montant de 100$ déjà reçu22. Le vendeur a neuf ans pour le racheter. En
attendant, il doit payer un loyer annuel de 100$! Quatre ans plus tard,
Jean-Marie vend le terrain à Joseph Hudon23. Quelques jours plus tard,
Clément Soucy exerce son droit de rachat auprès de ce dernier24.
En 1843, Jean Dubé vend à Jean-Marie une terre dans le deuxième rang de
Sainte-Anne pour la somme de 160$ avec faculté de réméré25. Lui aussi
semble avoir exercé son droit de rachat à l'intérieur de la période prévue de
quatre ans.
En 1858, on apprend que Jean-Marie est capitaine de milice. Cette fonction,
qu'il détient des autorités militaires du pays, lui confère des responsabilités
locales, un certain prestige et un ascendant qui appelle le respect de ses
concitoyens.
Chaque paroisse compte au moins une compagnie de miliciens qui doivent
s'entraîner au moins une fois par année, pendant quelques jours. Ils doivent
être prêts à répondre aux appels des autorités gouvernementales.
Sorte d'officier de police, le capitaine de milice est plus souvent appelé à
maintenir l'ordre dans la paroisse. Il jouit également de certains privilèges à
l'église ou lors de cérémonies officielles.
PRETEUR - PROSPERITE ET AISANCE
En plus de cultiver la terre, Jean-Marie prête de l'argent. A l'époque, l'accès
au crédit se faisait par le truchement des notaires qui connaissaient quelques
cultivateurs à l'aise et disposés à prêter de l'argent. Comme son père
auparavant, Jean-Marie était un de ceux-là.
Jean-Marie prêtera par le biais de plusieurs notaires de la région de La
Pocatière et même de Québec. Parmi ceux-ci, on peut nommer les notaires
Ovide Martineau, Florent de Guise, Luc-François Moreau, Amable Bélanger
et Joseph Anctil de Sainte-Anne; Rémi Piuze et Amable Morin de
Saint-Roch-des-Aulnaies; Etienne-Médard-Adélard Boucher et Polydor
Langlois de Saint-Louis de Kamouraska et J.B.C. Hébert de Québec.
Il serait trop long d'énumérer toutes les transactions financières que
Jean-Marie a signées durant sa vie, aussi nous n'en donnons qu'un
échantillonnage.
Jean-Marie débute ses activités financières dès l'âge de vingt ans. En 1825, il
prête une somme de 100$ à Antoine Ouellet, pour une période de deux ans, à
6% intérêt légal, payable annuellement26. Jean-Marie a l'habitude de
protéger ses prêts en exigeant une garantie hypothécaire sur les biens de
l'emprunteur; dans le cas de Ouellet, une terre dans le deuxième rang de
Sainte-Anne.
En 1829, il vend une jument âgée de quatre ans à Pierre Leclerc dit
Francoeur, cultivateur à Sainte-Anne27. En retour, l'acheteur lui signe une
obligation pour un montant de 80$ portant intérêt à 6%, pour une durée de
vingt-huit mois. Francoeur acquittera sa dette quinze mois plus tard28.
Fait unique Jean-Marie emprunte cette fois-ci de l'argent. En mars 1830, il
signe deux obligations en faveur de Angélique Lebel29 et de Jean-Baptiste
Caron30, forgeron, tous deux de Saint-Roch-des-Aulnaies.
Dans le premier cas, il s'agit d'un montant fort appréciable pour l'époque, soit
1,660$ (83$ d'Espagne) et dans l'autre de 100$ (25 louis). Le capital est
remboursable sur demande et les intérêts de 6% sont payables annuellement.
En plus de donner une garantie hypothécaire sur ses biens, les père et
beau-père de Jean-Marie s'en portent garants.
En 1834, il prête une somme de 80$ pour six mois, sans intérêt, à Urbain
Martin, menuisier à Sainte-Anne31. Deux ans plus tard, il vend quarante-six
minots de blé de semence au cultivateur Jean Bérubé de Sainte-Anne32. En
retour, ce dernier promet de lui payer un montant de 80$ sur demande, avec
intérêt de 6%.
En 1836, Jean-Marie prête 1,000$ à Pierre Ouellet, cultivateur de la paroisse33.
Ce prêt porte intérêt à 6%. Celui-ci s'engage à le rembourser sur demande.
Deux ans plus tard, Jean-Baptiste Lemière dit Courcy, cultivateur à
Sainte-Anne, emprunte 600$ payable sur demande et portant intérêt à 6%34.
L'année suivante, c'est Paschal Lévesque, agriculteur du canton d'Ixworth qui
emprunte la somme de 50$, portant intérêt à 6% et payable sur demande35.
Puis en 1840, c'est à l'aubergiste de Sainte-Anne, Louis Clermont, que
Jean-Marie avance la somme de 100$ pour une période de sept mois à 6%36.
Trois ans plus tard, il accorde un prêt de 100$ à Vital Tremblay, cultivateur à
Sainte-Flavie de Rimouski37. Il s'agit d'un prêt portant intérêt à 6%,
remboursabledans sept ans38.
En 1843, Jean-Marie garantit un prêt de son frère Joseph auprès d'Antoine
Langevin, prêtre missionnaire du Madawaska au Nouveau-Brunswick39. Il
s'agit d'un montant de 400$ avec intérêt, pour une période de deux ans. Pour
plus de sécurité, Jean-Marie donne une terre en garantie.
En 1845, c'est Pierre Plourde, un cultivateur de Rivière-Ouelle qui emprunte
la somme de 90$, payable sur demande40. Deux ans plus tard, Jean-Marie se
porte acquéreur d'une obligation payable à Joseph Dionne, marchand à
Sainte-Anne41. Cet emprunt d'un groupe de citoyens est remboursable dans
quatre ans. Entre temps, ils doivent payer un intérêt annuel de 6%, taux légal.
En 1861, Jean-Marie prête 200$ à Bernard Ouellet de
Saint-Roch-des-Aulnaies42. Les intérêts à 8% sont payables annuellement
alors que le capital est remboursable sur demande. Sept ans plus tard,
Jean-Marie accorde une quittance à Jean-Baptiste Pelletier qui était
maintenant détenteur de l'obligation43.
L'année suivante, Jean-Marie prête 350$ à Joseph Dionne, maître de poste et
juge de paix à Sainte-Anne44. L'obligation porte intérêt et doit être
remboursée sur demande. Neuf ans plus tard, Jean-Marie accorde une
quittance à François Lévesque qui était alors responsable d'honorer cette
obligation45.
En 1863, c'est le docteur Roy qui emprunte 200$ de Jean-Marie46. Celui-ci
accordera une quittance en 1877 à son fils Charles-François, avocat et député
à la Chambre des communes47.
Jean-Marie prête aussi de l'argent à la corporation du Collège de
Sainte-Anne. En mars 1858, il avance aux autorités collégiales un montant de
600$ à 6%, les intérêts payables les 8 mars et le capital remboursable sur
demande48. L'emprunt est complètement remboursé huit ans plus tard49.
Puis cette dernière année, Jean-Marie se porte acquéreur d'une créance du
Collège en faveur d'Etienne Bois, cultivateur à Sainte-Anne, autre bailleur de
fonds avec qui Jean-Marie fait souvent affaires50. Il s'agit d'un montant de
500$ à 6%, payable dans un an. Le prêt sera renouvelé jusqu'en octobre
186951.
Dans une lettre rédigée de sa main le 29 juillet 1870, adressée au procureur du
Collège, l'abbé B. Leclerc, Jean-Marie demande le remboursement d'un prêt
de 283$ plus les intérêts52.
Jean-Marie prête à ses concitoyens non seulement de Sainte-Anne, de sa
région et du Bas-du-Fleuve, mais aussi de la Beauce et des Cantons-de-l'Est.
Parfois, il préfère se rendre à Québec pour effectuer ses transactions devant
le notaire Hébert, à qui son fils Joseph était associé de 1865 à 1870.
Alors que ce dernier était étudiant en droit à l'Université Laval en 1864, il
avait négocié, pour son père, un prêt de 1,000$ avec Prudent Pelletier,
cultivateur à Saint-Louis de Kamouraska53. Le prêt était d'une durée de six
ans à 8%, calculé et payable deux fois par année.
Le document avait été contresigné par Jean-Norbert Anctil, notaire et cousin
de Joseph, en stage chez le notaire Hébert, également signataire.
N'ayant pas été capable de rencontrer les termes de son obligation, Pelletier
devra céder sa ferme de Kamouraska à Jean-Marie, en 187254. En plus
d'effacer le prêt de l,000$ plus des intérêts de 120$, Jean-Marie s'engage à
payer deux autres obligations du vendeur envers des citoyens de Québec:
John Fraser pour 2,000$ plus 100$ d'intérêts et Jean-Thomas Taschereau
pour 200$ incluant les intérêts et remettre une somme de 8$ à une demoiselle
Fortin de Kamouraska.
L'année suivante, Jean-Marie vend la terre à Louis Garon du même endroit
pour 4,800$ et réalise un profit de plus de 1,300$55.
En novembre 1865, Jean-Marie prête un montant de 800$, pour une période
de quatre ans à 8%, à Edouard Ennis, ingénieur et mécanicien de l'Islet56.
Quelques jours plus tard, il signe toujours devant le notaire Hébert, un prêt à
son cousin Augustin Anctil de Sainte-Anne57. Il s'agit d'une somme de 400$
pour une période de trois ans à 8%. Pour garantir son emprunt, Augustin
hypothèque la terre que son père lui avait donné quelques années auparavant.
Le 5 janvier 1866, le notaire Hébert passe une bonne partie de la journée
chez Jean-Marie à Sainte-Anne, où on signe plusieurs transactions. En voici
quelques-unes.
D'abord, Jean-Marie cède à Maurice Gagné, un concitoyen aussi cultivateur
à Sainte-Anne présent, une obligation de Joseph Miville Déchêne du même
endroit58. Ce prêt de 150$ portant intérêt légal avait été consenti par
Jean-Marie en décembre 1856. Le prix payé par Gagné à Jean-Marie
comprend le montant du prêt, plus les intérêts à venir.
Puis, Jean-Marie achète une créance de Prospère Dubé, cultivateur à
Sainte-Anne59. Il s'agit d'une obligation de 50$ consentie par Louis Lévêque,
cultivateur à Saint-Pacôme, venant à échéance dans deux ans, sans intérêt.
Jean-Marie paie à Dubé seulement le montant du prêt.
Toujours le même jour, Jean-Marie consent à prêter un montant de 300$ à
Etienne Bois, cultivateur à Sainte-Anne60. L'obligation sera d'une durée de
trois ans et portera intérêt à 7 1/3%. Le prêt sera de courte durée car
Jean-Marie en accepte le remboursement dès le 15 mai suivant, ce qui aura
pour effet indirect la levée de l'hypothèque sur la terre de Bois.
Enfin le même jour, Jean-Marie et ses fils Barthélémie et Georges donnent une
procuration à Joseph, le fils notaire, pour qu'il fasse des prêts en leurs noms,
à ses clients à Québec. Joseph fait partie de l'étude Hébert & Anctil, située
dans la haute-ville.61
C'est donc en tant que procureur de son père qu'en mai 1866, Joseph accepte
un prêt à Pierre Boudreau de Ham-Nord, dans les Cantons-de- l'Est62. Il s'agit
d'un montant de 800$ pour deux ans, avec intérêts à 8%, calculés et payés
deux fois par année.
Le prêt sera reconduit au delà de la période initiale car, en 1873, un protêt
sera logé contre les terres hypothéqués, dans les cantons de Ham et Chester,
par Boudreau pour garantir son prêt63.
Au cours du mois suivant, Joseph signe, au nom de son père, un prêt à Joseph
Dionne, cultivateur à Saint-Pascal de Kamouraska64. Il s'agit d'un montant de
800$ pour quatre ans à 8%, calculé et payé deux fois par année.
Quelques mois plus tard, en novembre 1866, Joseph agissant toujours comme
représentant de son père, prête à Narcisse E. Ricard, curé à Saint-André
d'Acton dans les Cantons-de-l'Est65. Il s'agit d'un montant de 400$ pour une
période de deux ans à 8%, les intérêts calculés et dûs à tous les six mois.
Pour garantir son emprunt, le curé hypothèque les biens de la Fabrique dont
les terrains, l'église et le presbytère. Une quittance sera accordée aux
représentants de la Fabrique en 186966.
En septembre 1867, Joseph, au nom de son père, prête à Joseph Bégin, père et
fils de Saint-Isidore de Dorchester, une somme de 420$ pour un an à 8%,
intérêts calculés et payés deux fois par année67.
Le prêt sera renouvelé pour une plus longue période et une quittance sera
donnée par Jean-Marie aux Bégin quelques jours seulement avant sa mort, en
novembre 187968.
Parfois les obligations changent de mains à plusieurs reprises. En juillet 1868,
Joseph transfère à son père une obligation de Joseph Gasse, cultivateur à
Saint-Germain de Rimouski69. Il s'agit d'un prêt de 800$ à 8%, remboursable
sur demande.
Joseph et son associé, le notaire Hébert, s'étaient portés acquéreurs de cette
créance de Magloire Danjou, marchand à Saint-Simon, l'année précédente, en
juin 1867. Ce dernier avait consenti cette obligation à Gasse, deux ans plus tôt,
en mars 1865.
Jean-Marie n'hésite pas à recourir à la justice pour se faire rembourser ses
prêts. En 1866, il obtient un Jugement de Cour et fait saisir les biens des
enfants mineurs de feu Odilon Pelletier et de Joseph Pelletier de
Rivière-Ouelle70. Les immeubles saisis sont vendus par le shérif à la porte de
l'église, suite à la messe du dimanche.
Quelques jours avant Noël 1866, Charles Pelletier de Sainte-Anne doit
remettre à Jean-Marie une jument de quatre ans à défaut du paiement d'une
créance d'environ trente dollars71. C'est le huissier Pierre Ouellet qui est
chargé d'exécuter le jugement rendu par la Cour de Circuit.
Jean-Marie accepte quand même que Pelletier puisse reprendre son cheval à
condition de rembourser sa dette à l'intérieur d'un mois et de le dédommager
pour la nourriture et les soins donnés au cheval!
Après la mort de Jean-Marie, son épouse Mathilde poursuit ses activités
financières. En décembre 1880 elle prête, pour une période de 10 ans à 6%, un
montant de 500$ à Siméon Pelletier, cultivateur à Sainte-Anne72. Quelques
jours plus tard, elle avance un montant de 400$ à 7%, remboursable sur
demande, aux cultivateurs Pierre et Louis Gagnon de Rivière-Ouelle73.
En décembre 1882, un an avant son décès, Mathilde prête une somme de 200$
à 6,5% pour deux ans à François Caron, de Sainte-Anne74. Toutes ces
transactions sont signées devant son fils Joseph.
Les revenus supplémentaires que rapportaient ces prêts ont permis à
Jean-Marie et à sa famille de vivre au-delà de la moyenne de la population de
l'époque, comme on pourra le constater par certains biens laissés par son
épouse, en 1883, et par la succession léguée à leurs héritiers.
Jean-Marie et Mathilde auront 19 enfants nés entre 1828 et 1851. En voici la
liste avec leurs dates de baptême (B), mariage (M) et sépulture (S), ainsi que
les noms de leurs conjoints et de leurs enfants lorsque retrouvées:
1- Jean-Marie, B. le 23 juillet 1828, Sainte-Anne.
S. Avant 1842.
2- Mathilde, B. le 29 août 1829, Sainte-Anne.
S. le 29 avril 1830, Sainte-Anne.
3- Michel Elzéar, B. le 3 octobre 1830, Sainte-Anne.
S. le 24 octobre 1831, Sainte-Anne.
4- Barthélémie, B. le 9 mars 1832, Sainte-Anne.
M. Adèle Hudon dit Beaulieu, le 7 février 1853, Sainte-Anne.
M. Zélie Pelletier, le 8 février 1858, Sainte-Anne.
S. Adèle, 18 mai 1853, Sainte-Anne.
S. Barthélémie, le 30 mars 1916, Sainte-Anne.
5- Joseph, B. le 11 mai 1833, Sainte-Anne.
M. Eugénie Michaud, le 11 septembre 1885, Sainte-Anne.
S. Joseph, le 10 janvier 1895, Sainte-Anne.
S. Eugénie, le 26 novembre 1929, Sainte-Anne.
6- Luce, B. le 7 mars 1835, Sainte-Anne.
M. Alexandre Dionne, le 27 juillet 1858, Sainte-Anne.
S. Alexandre, 1906, Rivière-du-Loup.
S. Luce, 1918, Rivière-du-Loup.
7- François-Xavier, B. le 3 décembre 1836, Sainte-Anne.
S. le 8 novembre 1839, Sainte-Anne.
8- Alexis, B. le 13 avril 1838, Sainte-Anne.
S. le 3 septembre 1839, Sainte-Anne.
9- Anonyme, ondoyé, Sainte-Anne.
S. le 12 juin 1839, Sainte-Anne.
10- Georges, B. le 9 juillet 1840, Sainte-Anne.
M. Délia Potvin, le 10 juin 1861, Sainte-Anne.
M. Elisa Lizotte, le 29 avril 1867, Saint-Roch-des-Aulnaies.
B. Délia Potvin, le 10 décembre 1838, Sainte-Anne.
S. Délia Potvin, le 10 mars 1866, Sainte-Anne.
S. Georges, le 12 juillet 1916, Sainte-Anne.
S. Elisa Lizotte, le 30 août 1920, Sainte-Anne.
11- Anonyme, ondoyé, le 17 juin 1841, Sainte-Anne.
S. le 18 juin 1841, Sainte-Anne.
12- Jean-Marie, B. "sous condition", le 29 mars 1842, Sainte-Anne.
S. le 1er avril 1842, Sainte-Anne.
13- Marie Alexandrine, B. le 22 novembre 1842, Sainte-Anne.
S. le 24 novembre 1842, Sainte-Anne.
14- Thomas Elzéar, B. le 12 septembre 1843, Sainte-Anne.
S. le 16 septembre 1843, Sainte-Anne.
15- Arthémise (Elmire) B. le 2 octobre 1844, Sainte-Anne.
M. le 26 janvier 1869, Alexis Fortin, Sainte-Anne.
S. 1907, Kankakee, IL.
S. Alexis Fortin, 1920, kankakee, IL. (82 ans)
16- Louis Stanistlas, B. le 3 octobre 1845, Sainte-Anne.
S. le 5 octobre 1845, Sainte-Anne.
17- Philomène, B. le 20 juillet 1847, Sainte-Anne.
M. Timothée Fortin, le 26 janvier 1872. À Chicago, Illinois.
S. 1916, Kankakee, Il.
S. Timothée Fortin, 1912, Kankakee, Il, (79 ans).
18- Jacques, B. le 23 juillet 1848, Sainte-Anne.
M. Exilda Ouellet, le 12 février 1872, Saint-Pascal de Kamouraska.
M. Elise Hudon, le 10 septembre 1883, Sainte-Anne.
M. Célestine Tremblay, le 12 juillet 1892, Sainte-Luce, Rimouski.
S. Exilda Ouellet, le 25 juillet 1883, Sainte-Anne. Inhumée dans l'église.
S. Elise Hudon, le 3 mai 1892, Sainte-Flavie, Rimouski.
S. Célestine Tremblay, le 3 août 1900, Saint-Gabriel, Rimouski.
S. Jacques, 2 janvier 1924, Rivière-du-Loup. Inhumé au cimetière St-Patrice.
19- Alphonse, B. le 3 avril 1851, Sainte-Anne.
S. le 8 décembre 1854, Sainte-Anne.
Pendant qu'au moins six des enfants mourront à la naissance, cinq autres
décéderont en bas âge et seulement sept (prénoms soulignés dans la liste
ci-haut) atteindront l'âge adulte!
ETABLISSEMENT DES ENFANTS
Parmi les enfants de Jean-Marie et de Mathilde, quatre garçons et trois filles
vivront suffisamment longtemps pour s'établir. Trois fils seront cultivateurs à
Sainte-Anne. Il s'agit de Barthélémie, Georges et Jacques. Le quatrième fils,
Joseph, sera notaire à Québec, puis dans son village natal.
Les filles épouseront aussi des cultivateurs. Deux d'entre elles, Philomène et
Elmire, se marieront aux frères Timothée et Alexis Fortin et émigreront dans
le Mid-West américain, à Kankakee en Illinois. La troisième, Luce épousera
Alexandre Dionne de Rivière-Ouelle. Ils vivront sur une terre à Saint-Patrice
de Rivière-du-Loup.
C'est grâce à des donations de leurs parents que Barthélémie, Georges et
Jacques s'installeront sur des terres, les meilleures, toutes situées dans le
premier rang de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.
Le 15 mars 1865, Jean-Marie et Mathilde donnent aux deux premiers chacun
une terre comprenant maison et bâtiments de ferme75. Le 8 février 1872, ils
remettent une première terre à Jacques, sans bâtiments, quelques jours avant
son mariage76.
Puis, le 26 octobre 1879, ils complètent la donation de leurs biens
immobiliers77. A Georges, ils remettent une terre comprenant des terrains à
revenus et à Jacques la terre qu'ils habitent, incluant maison et bâtiments de
ferme.
La terre que Barthélémie reçoit, en 1865, mesure près de deux arpents de
large sur quarante-deux de long, allant du fleuve Saint-Laurent jusqu'au
deuxième rang. En plus d'une maison et de bâtiments de ferme, la donation
comprend un droit de chasse et de pêche. En revanche, Barthélémie doit
partager l'usage de la grève avec son voisin, Léandre Pelletier.
On a reconnu la terre que les parents de Barthélémie avaient acheté de Louis
Pelletier seize ans auparavant et qu'il occupait, sans doute, depuis son mariage
en 1853. En retour, Barthélémie doit payer une rente annuelle de 40$ à ses
parents, paiement qui diminuera de moitié à la mort de l'un et s'éteindra au
décès de l'autre.
Le même jour de 1865, Jean-Marie et Mathilde lèguent deux terres de
dimensions différentes, à leur fils Georges.
La première terre est située entre le chemin des Côtes et le deuxième rang,
face aux terres appartenant à la corporation du Collège de Sainte-Anne. Elle
mesure environ un arpent de large sur vingt de long et comprend certains
emplacements, situés le long du chemin des Côtes, loués par bail
emphytéotique. Le bout de la terre, près du deuxième rang, est traversé par le
chemin de fer du Grand-Tronc.
Jean-Marie et Mathilde se réservent quand même les revenus des terrains
loués pour la durée de leur vie. On a reconnu une partie de la terre que
Jean-Marie avait reçu par donation de ses parents, François et Victoire
Martin en 1826.
La deuxième terre mesure un arpent de large sur quarante-deux de long. Elle
va du fleuve jusqu'au deuxième rang. Elle comprend des bâtiments dont une
maison. Jean-Marie et Mathilde se gardent la partie située entre le chemin des
Côtes et le rocher, allant vers le nord. En fait, il s'agit d'emplacements situés
au coeur du faubourg naissant, à l'est de l'église.
On a reconnu, cette fois-ci, la terre venant des parents de Mathilde, Germain
et Victoire Hudon. Georges habite probablement cette terre depuis son
mariage, quatre ans plus tôt.
En février 1872, Jean-Marie et Mathilde donnent une première terre à leur
plus jeune fils, Jacques qui sera également cultivateur à Sainte-Anne, du
moins pour un certain temps.
Il s'agit d'un terrain qui mesure un peu moins d'un arpent de large sur
quatorze de long, sans bâtiments. Cette donation est faite "gratuitement &
pour récompenser le dit sieur donataire... pour lui tenir lieu de tous gages &
salaires...".
On a reconnu une partie de la terre que Jean-Marie avait reçu de ses parents
en 1826. Il en avait déjà donné une autre partie à Georges sept ans plus tôt et
en avait échangé un morceau, en 1832, avec l'abbé Painchaud, supérieur du
Collège de Sainte-Anne.
En octobre 1879, quelques semaines avant le décès de Jean-Marie, ce dernier
et son épouse complètent la donation de leurs biens immobiliers en faveur de
leurs fils Georges et Jacques.
A Georges, ils donnent le lopin de terre qu'ils s'étaient réservés dans le
faubourg, à l'est de l'église, entre le chemin des Côtes et le rocher. Une partie
de ce terrain, qui fait un arpent de large sur environ trois de profondeur, est
déjà loué pour de longues périodes, habituellement de trente à quarante-cinq
ans, à trois locataires qui y ont construit des maisons.
Il s'agit de Firmin Proulx, Ferdinand Bélanger et Alfred Ouellet. Georges
s'engage à respecter les baux. Ces contrats de longue durée était, à l'époque,
une pratique courante. C'était une façon de s'assurer un revenu annuel
garanti.
A Jacques, Jean-Marie et Mathilde laissent la terre paternelle, comprenant
maison et dépendances mais sans leur contenu ou biens meubles. Cette terre
voisine l'église et le collège et longe le chemin de l'Eglise, en descendant vers le
fleuve. Elle mesure en partie deux arpents puis un arpent de front sur
quatorze arpents de profondeur, depuis le fleuve jusqu'au chemin des Côtes.
Cette dernière donation comprend certaines réserves et obligations. Mathilde
se réserve sa vie durant tout le terrain situé entre les chemins de l'Anse et des
Côtes, incluant la maison et les bâtiments. Elle se garde le revenu des terrains
cédés à Georges.
Les donataires, soit Georges et Jacques, devront à l'avenir payer les rentes
seigneuriales, les taxes municipales et scolaires et s'acquitter de certaines
charges municipales dont l'entretien des chemins et routes qui bordent leurs
propriétés.
Jacques n'aura pas à payer les rentes seigneuriales, appelées cens et rentes,
pour la terre qu'il vient de recevoir de ses parents. Jean-Marie les avaient
rachetées à perpétuité quelques mois plus tôt de Elisée Dionne, le seigneur de
La Pocatière78.
Depuis l'abolition du régime seigneurial en 1854, les occupants des terres,
appelés censitaires, avaient la possibilité de racheter les anciens droits
seigneuriaux ou encore de continuer à les payer annuellement à la
Saint-Martin, le 11 novembre.
La plupart des censitaires continueront de s'acquitter des redevances
annuelles qui n'étaient que de quelques dollars. Ce n'est que dans les années
1940 que le gouvernement du Québec rachètera définitivement les anciens
droits seigneuriaux.
Enfin, il est bon de noter que ces donations en faveur de Barthélémie, Georges
et Jacques sont conditionnelles à ce que ces terres soient éventuellement
données à leurs enfants ou, s'ils n'en ont pas, à leurs frères et soeurs.
Il faut dire que Jean-Marie et Mathilde perpétuaient la tradition qui visait à
garder la terre dans la famille afin d'en assurer la pérennité et ainsi protéger
le bien le plus important de l'époque contre la prodigalité de certains enfants,
ce qui ne sera pas toujours réussi.
Par ces différentes donations, Jean-Marie et Mathilde s'étaient assurés que
trois de leurs quatre fils, qui avaient choisi de devenir cultivateurs, étaient
bien établis.
Aussi, ils avaient été capables de les installer non loin d'eux, dans leur paroisse
natale. Ceci à une époque où les bonnes terres se faisaient de plus en plus
rares et que les jeunes devaient s'exiler, notamment aux Etats-Unis, pour
assurer leur subsistance et fonder une famille, but ultime de l'époque.
Quant à leur fils Joseph, qui avait choisi de devenir notaire, ses parents lui
avaient assuré l'instruction classique nécessaire à son choix de profession.
A l'époque où la très grande majorité de la population vivait de la terre et que
sa transmission se faisait de père en fils, sauf en absence d'héritier masculin,
les filles recevaient leur part à leur mariage, sous forme de dot. Celle-ci
comprenait habituellement du linge et des meubles de maison et, parfois des
animaux et une somme d'argent. Tout dépendait évidemment des moyens des
parents.
Sur ce dernier sujet, Jean-Marie et Mathilde n'ont pas manqué à leurs
obligations, D'autant plus qu'ils avaient envoyés leurs filles étudiées au
couvent des Dames de la congrégation Notre-Dame à Rivière-Ouelle, privilège
réservé à la classe aisée.
DECES ET SUCCESSION DE JEAN-MARIE
Jean-Marie décède dans sa maison, à Sainte-Anne le 6 décembre 1879, à l'âge
de 74 ans. Il est inhumé cinq jours plus tard dans l'église paroissiale, honneur
réservé aux citoyens en vue et en "moyen".
A ses funérailles, on remarque la présence de l'honorable Jean-Charles
Chapais, Père de la Confédération, membre du Sénat à Ottawa, ancien député
et ministre conservateur de Kamouraska dans l'ancienne législature du
Canada-Uni; de François Langelier, député libéral et ministre à l'Assemblée
législative à Québec et de Joseph Sirois, préfet de comté.
La messe des défunts est présidé par Charles Trudelle, supérieur du collège de
Sainte-Anne, en présence des marguilliers de la paroisse, dont Antoine
Dionne.
Par le compte rendu des dépenses funéraires, on apprend que l'on a fait brûlé
vingt-six livres de cierge autour de la dépouille de Jean-Marie. Celui-ci avait
été exposé en chapelle ardente pendant quelques jours, dans sa maison de la
côte de l'Eglise.
Quelques semaines auparavant, soit le 26 octobre, le jour même où lui et son
épouse avaient complété la donation de leurs biens immobiliers, Jean-Marie
avait dicté son dernier testament au notaire Boucher de Rivière-Ouelle79.
L'événement se passait dans sa maison, à Sainte-Anne.
Jean-Marie confirme les deux donations de terre faites le même jour en faveur
de Georges et de Jacques. Il donne à Mathilde, "son épouse bien aimée", les
biens meubles de la terre paternelle donnée à Jacques le même jour, incluant
le matériel roulant et le contenu de la maison.
On se rappelle que, dans la donation à Jacques, Mathilde s'était réservée "sa
vie durant" sur cette ferme. Elle pourra éventuellement disposer de ces biens
mobiliers auprès de ses enfants, comme bon lui semblera.
Jean-Marie donne à ses deux filles Philomène et Elmire et à ses trois fils
Barthélémie, Georges et Jacques, des sommes respectives de 725$; à son autre
fille Luce un montant de 800$ et à son fils Joseph le notaire 400$.
Il laisse une somme de 400$ à sa petite-fille Clorinthe, fille de Georges. Cette
dernière est alors âgée de quatorze ans.
Jean-Marie lègue la somme de 100$ aux soeurs de la Charité de Sainte-Anne à
condition que cet argent serve à éduquer les enfants les plus pauvres de sa
famille.
Il demande d'être inhumé dans l'église de Sainte-Anne, qu'on lui fasse chanter
un service lors de son inhumation et un autre l'année suivante ainsi que
cinquante messes de requiem.
Enfin, Jean-Marie nomme comme exécuteur testamentaire son gendre
Timothée Fortin, cultivateur de Kankakee, dans l'état de l'Illinois aux
Etats-Unis.
On peut se demander pourquoi il n'a pas confié cette tâche à son fils Joseph
qui était notaire et résidant à Sainte-Anne! D'ailleurs, Fortin ne pouvant
demeurer sur place, donnera éventuellement pleins pouvoirs au notaire
Boucher de Rivière-Ouelle pour qu'il puisse compléter le règlement de la
succession de son beau-père.
Dès le lendemain des funérailles, soit le 12 décembre, on assiste à une réunion
de famille. Mathilde, six de ses sept enfants, Barthélémie, Joseph, Georges,
Jacques, Philomène et Luce, celles-ci autorisées par leurs maris présents, sont
réunis dans la maison paternelle. Seuls Elmire et son époux, Alexis Fortin,
sont absents. Ils ne sont pas venus des Etats-Unis.
Le but de la rencontre est "de régler à l'amiable et faire le partage des biens
qui ont composé la communauté qui a existé entre le dit feu sieur Jean-Marie
Anctil et la dite dame Marie Mathilde Hudon dit Beaulieu son épouse"80.
La journée avait plutôt mal commencé car Joseph aurait mal accepté que son
père ne l'est pas nommé exécuteur testamentaire. Aussi, son beau-frère, qui
agit comme exécuteur testamentaire, est obligé de le faire aviser par le notaire
Boucher qu'il procédera sans plus tardé à l'inventaire de la succession avec ou
sans sa présence81.
Joseph s'est vite rallié car, toujours la même journée, il est présent à la
réunion de famille lorsque que le notaire procède à l'inventaire et au partage
des biens de la communauté entre Mathilde et les héritiers de Jean-Marie.
Etant mariée en communauté de biens, l'épouse a le droit à la première moitié.
La communauté comprend principalement des prêts sous forme d'obligations
et de billets sur demande, des parts dans des institutions bancaires et une
assurance-vie. Il faut se rappeler que Jean-Marie et Mathilde avaient déjà
disposés de tous leurs biens immobiliers en faveur de trois de leurs fils.
On s'entend donc pour le partage suivant:
A Mathilde:
1- six parts de 100$ chacune dans la banque Union du Bas-Canada;
2- cinq parts de 100$ chacune dans la banque Stadacona;
3- un prêt de 3,300$ consenti sous forme de deux obligations à Louis Garon,
cultivateur de Kamouraska, les 5 avril 1877 et 16 avril 1878;
4- un prêt de 800$ consenti sous forme d'une obligation à Jean Ennis,
cultivateur de Kamouraska, 1e 28 décembre 1878;
5- un prêt de 800$ consenti sous forme d'une obligation à Olivier Bérubé le 5
avril 1877; transport d'une obligation en faveur de Polydore Langlois, notaire
de Kamouraska du 14 janvier 187l;
6- un prêt de 800$ consenti sous forme de deux obligations à Ambroise
Dufour, cultivateur de Kamouraska, les 18 mars et 26 avril 1871;
7- un prêt de 500$ consenti sous forme d'une obligation à Pierre St-Onge,
cultivateur à Saint-Philippe-de-Néri, le 19 avril 1879;
8- un prêt de 200$ consenti sous forme d'une obligation à Joseph Ouellet,
cultivateur à Sainte-Anne, le 1er mai 1858;
9- un prêt de 324$ consenti sous forme d'une obligation à François L'Italien,
cultivateur à Sainte-Anne, le 7 avril 1861;
10- un prêt de 200$ consenti sous forme d'une obligation à François et Achille
Dubé, cultivateurs à Sainte-Anne, le 14 janvier 1878;
11- un prêt de 200$ consenti sous forme d'une obligation à Cyrias Thibault,
cultivateur de Kamouraska, le 17 janvier 1877.
Aux héritiers de Jean-Marie:
1- sept parts de 100$ chacune dans la banque Union du Bas-Canada;
2- quatre parts de 100$ chacune dans la banque Stadacona;
3- un prêt de 800$ consenti sous forme de deux obligations à Théotime Lagacé,
cultivateur à Saint-Paschal, les 13 janvier 1877 et 16 février 1878;
4- un prêt de 100$ sous forme de billet à Odile Déchêne, veuve de Georges
Ouellet, cultivateur à Sainte-Anne, le 8 mai 1879;
5- un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation à Henri Ouellet,
cultivateur à Sainte-Anne, le 5 février 1873;
6- un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation au révérend Hyacinthe
Gagnon, curé de Frampton en Beauce, le 12 janvier 1866;
7- un prêt de 800$ consenti sous forme d'obligation à Joseph Dionne de
Saint-Paschal, le 5 juin 1866;
8- un prêt de 600$ consenti sous forme d'obligation à Jean Hudon dit
Beaulieu, le 26 avril 1877;
9- un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation à François Alfred Sirois,
médecin à Saint-Paschal, le 16 janvier 1877;
10- un prêt de 800$ consenti sous forme d'obligation à Georges Michaud,
cultivateur de Kamouraska;
11- une balance de 100$ sur un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation à
feu Thomas Ward, cultivateur et charretier de Kamouraska;
12- un prêt de 100$ consenti sous forme d'obligation à Paul Jeffrey,
cultivateur à Sainte-Anne, le 9 novembre 1877;
13- un prêt de 140$ consenti sous forme d'obligation à Nazaire Sirois,
cultivateur à Sainte-Anne, le 1er février 1879;
14- la somme de 836$ due par Barthélémie Anctil, un des intéressés;
15- la somme de 421$ due par Alexandre Dionne, un des intéressés;
16- la somme de 101$ due par Georges Anctil, un des intéressés;
17- la somme de 350$ de l'assurance Nationale.
La part de Mathilde totalise donc un montant de 8,224$ tandis que celle des
héritiers de Jean-Marie est de 7,448$. La différence s'explique par les intérêts
divers à percevoir sur les obligations en cours et le legs de 400$ à Clorinthe,
représentée par sa grand-mère et inclut dans sa part.
Dans son testament, Jean-Marie avait stipulé que l'excédent de la succession
sur le total des montants alloués à ses héritiers devra être réparti entre eux,
après paiement de ses dettes, s'il y a lieu. On devra prendre compte des
dépenses occasionnées par son décès, dont cinquante messes et le legs
particulier au couvent de Sainte-Anne.
Les deux parties, Mathilde d'une part et les enfants d'autre part, acceptent ce
partage de la communauté de biens. Timothée Fortin se charge d'en faire
accepter le détail par sa belle-soeur Elmire et son frère Alexis, lors de son
retour aux Etats-Unis.
Toujours le même jour du 12 décembre 1879, les héritiers de Jean-Marie
s'entendent pour débuter le partage entre eux de la succession82. En fait, on
départage les différentes obligations selon le montant des héritages
respectives. On doit bien prendre soin de calculer les intérêts à percevoir et à
venir, tout en prenant en compte d'une répartition juste et équitable de
l'excédent de la succession.
Un an plus tard, le 14 décembre 1880, Mathilde, ses quatre fils, sa fille Luce et
son mari, tous réunis à Sainte-Anne, dans la maison paternelle, donnent une
quittance à l'exécuteur testamentaire, Timothée Fortin83. Ils sont satisfaits de
la succession.
Les héritiers présents affirment avoir reçu leur juste part et partagé un
premier excédent de 572$. Leur mère leur a déjà remis le legs particulier de
400$ laissée à la petite-fille Clorinthe, décédée le mois d'octobre précédent.
Enfin, il reste un surplus de 1,329$ à se partager.
Quelques mois plus tard, Elmire, Philomène et leurs maris, à cause de leur
éloignement, donneront une procuration au notaire Boucher afin d'accepter
en leurs noms la balance de leurs parts84.
En somme, Jean-Marie a laissé une succession en valeurs mobilières de
15,672$, plus les intérêts sur les obligations en cours. La part de Mathilde
enlevée, le legs particulier de 100$ au couvent payé, les dépenses occasionnées
par le décès réglées, ses enfants se sont partagés une somme de plus de 7,128$,
plus les intérêts. Pour l'époque il s'agit d'un montant intéressant.
DECES ET SUCCESSION DE MATHILDE
Mathilde décède à Rivière-du-Loup et est inhumée dans l'église de
Sainte-Anne le jour après Noël 1883. Elle est âgée de soixante- quatorze ans.
Elle demeurait depuis peu chez sa fille Luce et son gendre Alexandre Dionne.
Malgré que ses quatre fils demeurent à Sainte-Anne, aucun signe son acte de
décès! Aussi, la cérémonie funèbre est présidée par le vicaire de la paroisse.
Bien que Mathilde eût le droit d'habiter dans la maison paternelle léguée à
Jacques, elle demeurait, en 1881, en pension, avec "sa servante" Eugénie
Michaud, chez la famille de François Richard85. Son fils Joseph, toujours
célibataire, habitait avec elles.
Puis, le 11 novembre 1883, on retrouve Mathilde chez sa fille à
Rivière-du-Loup. "Gisant au lit malade de corps, saine néanmoins d'esprit,...
considérant la certitude de la mort et l'incertitude de son heure..." elle dicte
ses derniers volontés au notaire Jean-Baptiste Beaulieu86. Celui-ci est venu
expressément du village voisin de Cacouna.
Avant de partager ses avoirs monétaires, Mathilde y va de legs particuliers
pour ses biens meubles:
1- à ses filles à se partager, son "écran", tous les "ouvrages" qu'elles ont faits
au couvent et qu'elle garde dans son salon de sa maison de Sainte-Anne; ses
vêtements, un lit double garni avec sa " paillasse à spring", un lit de plume
dans la "chambre neuve", six chaises en crin, une table à jeu et sa boîte à
ouvrage;
2- à Barthélémie, sa carriole, un lit double garni sauf les rideaux, une table en
acajou, une horloge;
3- à sa petite-fille Zélia, sa commode, trois rideaux rouges et trois blancs;
4- à Jacques, un lit garni, un sofa, un tapis de laine, un canapé;
5- à Georges, un lit garni, un tapis de laine, une table en acajou;
6- à Georges et à Jacques, à se partager les chaises de la salle à manger et de la
cuisine;
7- à Eugénie Michaud, sa servante, le buffet de la "chambre neuve";
8- à Joseph, le piano, un sofa en crin, le tapis du salon, les rideaux, six chaises
en cannes, une table à jeu, les parures des tables de toilette, un bureau et les
objets restants du salon;
9- à Joseph et à Luce, à se partager l'argenterie et la vaisselle du buffet de la
salle à manger;
10- à Barthélémie, Georges et Jacques, à se partager la vaisselle de cuisine;
Puis, Mathilde répartit ses avoirs monétaires de la façon suivante:
1- 800$ à Joseph;
2- 200$ à chacun des enfants de son fils Barthélémie: Alphonsine, Zélia,
Louise, Charles, Philippe, Raoul, Odilon et Jeanne;
3- 250$ à Georges;
4- 750$ à Luce;
5- 700$ chacune à Elmire et à Philomène;
6- 100$ à Jacques;
7- 100$ à sa "servante" Eugénie Michaud;
8- 50$ aux pauvres de la paroisse;
Elle lègue le surplus de tous ses biens monétaires et matériels à Luce et à son
mari, Alexandre Dionne, où elle habite momentanément à Rivière-du-Loup,
et qu'elle institue ses légataires universels. Aussi, elle nomme ce dernier
exécuteur testamentaire.
Enfin, elle demande qu'elle soit inhumée dans l'église de Sainte-Anne, qu'on
célèbre un service de "première classe" lors de son inhumation à Sainte-Anne
et un autre semblable un an après. De plus, elle demande le paiement de
quatre cents messes pour le repos de son âme.
Mathilde a donc distribué, en valeurs monétaires seulement, plus de 5,000$ à
son entourage. Dès quelques jours après son décès, son exécuteur
testamentaire donne suite à ses volontés87. Il débute le transfert de ses biens
monétaires qui sont sous forme d'obligations ou prêts, à ses héritiers. Puis,
une de ses bénéficiaires, Eugénie Michaud, lui accorde une quittance88.
Jean-Marie et Mathilde avaient trimé toute leur vie pour atteindre une
certaine aisance et aussi pour assurer un avenir à leurs enfants.
Les renseignements que nous possédons sur les biens laissés à la mort de
Mathilde nous laisse entrevoir un confort qui n'était pas partagé par
l'ensemble de ses concitoyens. Seules les maisons bourgeoises possédaient
piano, argenterie, tapis de laine et meubles en acajou.
Pour ce qui est de leurs enfants, à trois de leurs fils Jean-Marie et Mathilde les
ont établis sur de bonnes terres, près d'eux; au quatrième ils lui ont assuré une
profession en vue; à leurs filles ils les ont envoyées au couvent et ont veillé à ce
qu'elles épousent de "bons partis". A l'époque, c'était déjà une réussite.
En plus, ils leur ont laissé une succession en argent, ce qui était plutôt le cas
d'une minorité de gens de leur condition.
Dans le prochain chapitre, nous verrons comment les enfants de Jean-Marie et
de Mathilde réussiront leur vie.
*
BARTHELEMIE (1832-1916)
*
Maison Barthélémie Anctil et Zélie Pelletier,
photographiée à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, vers 1900.
En 1952, le diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière acquit cette propriété pour y loger son premier
évêque.
*
Barthélémie est né et baptisé à Sainte-Anne le 9 mars 1832. Ses parrain et
marraine sont Clément et Délima Hudon. Il fréquente l'école primaire de sa
paroisse car, en 1843, il est inscrit au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière1.
Barthélémie se marie une première fois avec Adèle Hudon, le 7 février 1853 à
Sainte-Anne. Elle est la fille mineure de Joseph Hudon et de feue Madeleine
Cazes. Les époux ont reçu deux dispenses, une de consanguinité du deuxième
au troisième degré et une de publication d'un ban du vicaire-général du
diocèse de Québec, monsieur Célestin Gauvreau.
Le rituel de l'Eglise catholique exigeait l'annonce publique de l'intention de
mariage pendant trois dimanches consécutifs afin de permettre à toute
personne ayant un motif sérieux de s'objecter au projet d'union. C'est ce
qu'on appelait la publication des bans. En revanche, cette obligation était
rachetable jusqu'à concurrence de deux bans.
A leur mariage, Barthélémie est accompagné de son père, de son oncle Joseph
et de sa tante Edwidge alors que Adèle est assistée de son père et de son frère
Bruno.
Ce premier mariage dure seulement trois mois. Le 8 février 1858, Barthélémie
épouse, en secondes noces, Zélie Pelletier, sa petite-cousine. Elle est la fille de
Léandre Pelletier et de feue Eléonore Anctil de Sainte-Anne.
Cette fois-ci, les époux ont obtenu également deux dispenses, une de
consanguinité au troisième degré et une de publication de deux bans du
Vicaire-Général.
En plus de son père, Barthélémie est accompagné de ses frères Georges et
Joseph, de ses deux soeurs Luce et Elmire, d'un cousin Eusèbe Anctil et d'un
ami Charles Perreault. Zélie est assistée de son père, de son frère Vincent et de
deux autres parents. Tous, sauf le père de l'épouse, signent les registres.
Barthélémie n'a pas d'enfant avec sa première femme. Avec sa deuxième
épouse, Zélie Pelletier, ils en ont douze.
En voici la liste avec leurs dates de baptême (B), mariage (M), et sépulture (S),
ainsi que les noms de leurs conjoints et de leurs enfants ( + = morts en bas
âge), lorsque retrouvés:
1- Alphonse, B. 3 décembre 1858, Sainte-Anne
Alphonse Anctil et Elisabeth Ouellet
*M. Elisabeth Ouellet, 7 février 1880, Sainte-Anne.
S. Alphonse, octobre 1915, Marcelin, Saskatchewan.
S. Elisabeth, novembre 1929, Los Angeles, Californie.
Dix enfants: Marie-Anne, Alphonsine +, Rachel, Fernand +, Victor,
Marie-Jeanne, Marie-Blanche +, Adrien, Adrienne, Louis-Philippe.
1.
2.
1. Rachel Anctil (1884 - 1983)et Norbert Bériault (1884 - 1920)
2. Victor Anctil (1887 - 1976) et Déliska Hébert (1887 - 1997)
*
Famille de Marie-Jeanne Anctil et de Joseph Gentil-Perret
*
Adrienne Anctil (1895 - 1967) et Louis Favret (1874 - 1956)
*
Marie-Anne Gauvreau (1885 - 1969) et
Louis-Philippe Anctil (1896 - 1969)
*2- Emile, B. 2 février 1860, Sainte-Anne.
M. Eugénie De-Sève, 1er juin 1886, Sherbrooke .
Émile Anctil et Eugénie De-Sève.
*
S. Emile, avril 1922, Québec.
S. Eugénie, octobre 1923, Québec.
Quatre enfants: Raoul, Blanche, Hortense et Simone.
Blanche (1889 - 1982) et Hortense (1894 - 1987) Anctil
*3- Rosaline, B. 11 août 1861, Sainte-Anne.
S. 15 mars 1863, Sainte-Anne.
4- Alfred, B. 10 février 1863, Sainte-Anne.
S. Alfred, 23 août 1863, Sainte-Anne.
5- Zélia, B. 19 janvier 1865, Sainte-Anne.
M. Victor Papineau, 28 juillet 1886, Sainte-Anne.
Zélia Anctil et Victor Papineau.
*S. Zélia, 8 janvier 1919, Montréal.
Trois enfants: Marie-Louise, Auguste-Jean, Léonie-Albanie.
6- Alexina, B. 16 juin 1867, Sainte-Anne.
S. Alexina, 8 janvier 1896, Sainte-Anne.
Alexina Anctil (1867-1896).
*
7- Charles, B. 7 avril 1869, Sainte-Anne.
M. Léda Dumont, 14 juin 1897, Lewiston, Maine.
Six enfants: Alphonse, Lena, Odilon, Uldéric, Bernadette et Philippe..
8- Philippe, B. 18 janvier 1871, Sainte-Anne.
Philippe Anctil
*
S- Philippe, inconnue.
9- Odilon, B. 10 juillet 1872
M. Fabiola Cloutier, 8 octobre 1903, Rumford, Maine
S. Odilon, 15 avril 1954, Southbridge, Massachusetts
Quinze enfants: Albert, Emile, Jeanette, Lorenzo, Alberta, Daniel, Rachel,
Olivier, Robert, Gabrielle, Hector, Maurice, Hortense Constance + et
Elisabeth.
10- Arthur, B. 19 juin 1873.
S. 15 septembre 1873, Sainte-Anne.
11- Jeanne, B. 29 novembre 1875, Sainte-Anne.
Jeanne Anctil
*Célibataire.
S. Jeanne, 7 décembre 1926, Montréal.
12- Raoul, B. 1878, Sainte-Anne.
Raoul Anctil
*M. Délia Villeneuve, 2 septembre 1900. Berlin, New Hampshire.
Douze enfants: Philippe, Alice, André, Jeanne, Béatrice, Germaine, Albertine,
Léo Mary Louise, Raoul et Joyce.
De nos jours, plusieurs descendants de Barthélémie et de Zélie se trouvent aux
Etats-Unis, d'autres dans les provinces de l'Ouest et certains dans la région de
Québec.
Parmi les enfants de Barthélémie et de Zélie, soulignons Jeanne qui fut la
première directrice de l'École ménagère provinciale de Montréal, de 1906
jusqu'à son décès en 19262 . Auparavant, elle avait étudiée l'art ménager
pendant deux ans en France et en Suisse. En 1915, elle publia, chez H.F.
Lauzon à Montréal, un livre intitulé 350 recettes de cuisine.
L'École ménagère provinciale de Montréal, affiliée plus tard à l'Université de
Montréal, fut précurseur de l'école des sciences domestiques de cette
institution universitaire.
A son décès, les journaux écriront: Mademoiselle Anctil a su (...) montrer la
véritable noblesse (...) de la vie domestique (...) et indiquer à nombre de jeunes
filles des directions sensées3.
CULTIVATEUR, CHARPENTIER ET NAVIGATEUR
Barthélémie est cultivateur à Sainte-Anne. Il est établi sur une terre située en
bordure du fleuve Saint-Laurent. En fait, il s'agit d'un bien que lui a donné
ses parents, Jean-Marie et Mathilde, en 18654. La terre mesure deux arpents
de large par quarante-deux de profondeur et s'étend du fleuve Saint-Laurent
jusqu'au deuxième rang.
La donation comprend aussi une maison, des bâtiments de ferme, des
animaux, des instruments aratoires ainsi que des droits de chasse et de pêche
sur la grève.
Jean-Marie et Mathilde avaient acquis cette terre de Louis Pelletier quelques
années auparavant. En retour, Barthélémie s'engage à leur verser une rente
annuelle et viagère d'environ 40$.
Pour augmenter ses revenus, Barthélémie loue des emplacements sur la partie
de sa terre longeant le long du chemin des Côtes, aujourd'hui l'avenue
Painchaud. Par exemple, en 1879 il loue un terrain à Ophélie Caron pour cinq
ans à 5$ par année5.
Selon une tradition familiale, Barthélémie aurait été charpentier et
possiblement navigateur. Il aurait construit des goélettes dont une nommée
"La Zélia". A ce sujet, nous avons trouvé un contrat d'engagement entre
Barthélémie et les Pelletier, François et Joseph, de Saint-Roch-des-Aulnaies
pour naviguer sur ce bateau en bois6.
A l'époque, plusieurs de ces embarcations, véritables chefs d'oeuvre
artisanaux, qu'on appellera plus tard "voitures d'eau", faisaient du cabotage
le long du fleuve Saint-Laurent entre Québec, la Côte-du-Sud et les nouveaux
établissements de la côte Nord.
Tout comme son père, Barthélémie a suffisamment d'argent, du moins à un
certain moment de sa vie, pour se faire prêteur. A cet effet, nous avons trouvé
quelques mentions de prêts notamment à Charles Potvin en 18587, à Rémi et à
E.D. Ouellet en 18608, et à Louis Collins en 18669.
Cette dernière année, Barthélémie se joint à son père et à son frère Georges
pour donner une procuration à son frère Joseph, notaire qui pourra prêter de
l'argent en leurs noms10.
LA TERRE PATERNELLE
La période de prospérité permettant à Barthélémie de faire des prêts semble
avoir été de courte durée. Lorsqu'il touche l'héritage de son père, à la fin de
1879, il cède sa terre, quelques semaines plus tard, à son fils Alphonse. Ce
dernier doit, en retour, acquitter ses dettes auprès de ses frères Georges et
Joseph et de sa mère Mathilde11. On se rappelle que cette terre venait de ses
parents, Jean-Marie et Mathilde qui lui avaient donnée en 1865.
La créance envers Joseph se terminera par une poursuite en justice12. Aussi
entre 1880 et 1889, on assiste à une série de transactions entre Barthélémie et
ses fils Alphonse et Emile concernant la terre paternelle13.
Cette terre sera éventuellement vendue par Alphonse à Omer Dufour en 1906
pour la somme de 4,000$14. La moitié de cette somme sera payable un an après
le décès de Barthélémie, le père de Alphonse. Entre temps, l'intérêt de 6% de
ce montant servira à payer la rente viagère due à ce dernier.
L'enregistrement de la vente ne se fera que onze ans plus tard, Barthélémie
décédant en 191615.
Alphonse avait gardé l'usage de deux pièces de la maison vendue à Dufour
afin de loger son épouse, trois de ses enfants et son beau-père, jusqu'à
l'automne suivant. Celle-ci avait aussi le droit de se rendre dans la cuisine
pour faire son ordinaire.
Entre temps, Alphonse pouvait se rendre dans l'Ouest choisir un lieu
d'établissement et faire venir le reste de sa famille vers la fin de l'année.
En vendant sa terre, Alphonse et sa famille quittaient le Québec pour aller
s'établir dans l'Ouest canadien, plus précisément dans le nord de la
Saskatchewan. Comme beaucoup d'autres Canadiens français de l'époque,
Alphonse s'inscrivait dans ce vaste mouvement orchestré par des prêtres
missionnaires qui voulaient canaliser leur émigration vers de nouveaux
établissements français et catholiques de l'Ouest du pays.
Auparavant, dans les années 1880, Alphonse avait tenté sa chance au
Montana, où plusieurs de ses compatriotes s'étaient établis. D'ailleurs, son
frère Philippe y demeurera plusieurs années.
La plaque funéraire de Marie-Jeanne, fille de Alphonse et de Elisabeht
Ouellet, dans le cimetière de Duck Lake en Saskatchewan, rappelle ses
origines pocatoises.
En 1951, la corporation du nouveau diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière se
portera acquéreur de l'ancienne terre de Barthélémie17. La maison, qui a servi
brièvement de siège épiscopal, abrite maintenant des bureaux diocésains. Ce
bâtiment datant du siècle dernier, a peut être été construit par Barthélémie.
Après avoir habité quelques temps chez ses enfants aux Etats-Unis, puis chez
son fils Emile à Québec, Barthélémie entre à l'Hospice des Soeurs de la
Charité de Québec le 23 février 191419. Cette maison pour personnes âgés est
toujours située à Place d'Youville. Il y décède le 30 mars 1916 à l'âge de 84
ans. Quelques jours plus tard, il est inhumé au cimetière des Pins, à
Sainte-Anne-de-la-Pocatière.
DES RELATIONS FAMILIALES DIFFICILES
Il semble bien que les relations entre Barthélémie et, du moins certains de ses
enfants, auraient été plutôt difficiles. Quelques années après sa mort, une
brève échange de lettres datant de 1919-1920 entre son fils Philippe, de
passage à Montréal après une absence de trente-deux ans du Québec, sa fille
Jeanne et le notaire Bérubé de Sainte-Anne, nous apprenait qu'il avait dû
s'adresser aux tribunaux pour obliger ses enfants à subvenir à ses besoins18.
La réponse de Philippe au notaire Bérubé ne portait guère à confusion sur le
souvenir qu'il avait gardé de sa famille, quittée vers 1887 pour le Montana:
"...j'ai parti de chez nous...il y a plus que 32 ans...pour pas avoir de trouble
avec parsonne...je ne signe pas aucun papier..." Suite à un court séjour chez
ses frères établis à Berlin, New Hampshire, Philippe se serait dirigé vers le
Mexique.
*
*
Eugénie Michaud, épouse de Joseph Anctil et
sa petite-fille Rachel Trépanier
*
Joseph est né et baptisé le 11 mai 1833 à Sainte-Anne. Ses parrain et marraine
sont Joseph Anctil et Julie Grondin. Contrairement à ses trois frères qui
seront cultivateurs, il sera notaire.
Joseph fait ses études classiques au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière
dans les années 18501. A la fin de son cours, l'abbé François Pilote, supérieur
du Collège, écrira: "Je certifie que Mr Joseph Anctil a suivi avec succès dans
ce Collège le cours ordinaire des études classiques comprenant les Belles
Lettres, la Rhétorique, les Mathématiques, la Physique et la Morale. Sa
conduite morale a toujours été excellente."2
En plus, Joseph était doué pour la musique, notamment le piano et
l'harmonium. Avant de s'orienter vers le notariat, Joseph avait jonglé avec
l'idée de devenir prêtre.
En 1854, il prend la soutane. Il est en charge de la classe de philosophie au
Collège. Dans une échange de lettres avec l'archevêque de Québec, l'abbé
Pilote écrit que Joseph est: "...très capable...Il paraît avoir une bonne vocation
pour l'enseignement. A part une grande amour pour l'étude, il a d'autres
qualités qui en feront je pense un homme de Collège."3
Pour l'encourager dans cette voie, ses parents promettent de lui verser une
rente viagère de 2,400$ à partir du sous-diaconat.4
Joseph en décide autrement. À la suite du cours classique, il s'engage en 1861
comme clerc chez le notaire François-Luc Moreau de Sainte-Anne5. La durée
de l'apprentissage est de quatre ans.
Durant cette période, le notaire Moreau s'oblige à lui "...enseigner la
profession de notaire..." et, en retour, Joseph promet "...d'apprendre de son
mieux...obéir en tout ce qu'il lui commandera de licite et honnête...faire son
profit, éviter son dommage et l'en avertir s'il vient à sa connaissance, garder le
secret sur les affaires...être assidu à l'office...et s'en absenter qu'avec
permission et se comporter à tous égard de manière à parvenir à la dite
profession de notaire..."
Joseph termine son apprentissage chez le notaire Hébert de Québec en 18646.
Il poursuit en même temps des cours de droit à l'Université Laval. D'ailleurs,
son cousin Jean-Laughlin Anctil de Sainte-Anne, aussi futur notaire, sera
apprenti dans le même bureau7.
Joseph pratiquera la profession de notaire de 1865 jusqu'à sa mort en 1895,
avec une interruption d'environ six ans.
De 1865 à 1870, il est associé à son ancien maître dans l'étude Hébert & Anctil,
située sur la rue Saint-Joseph dans la haute-ville de Québec8. De la fin de 1870
jusqu'à 1876, il interrompt sa pratique pour travailler au Bureau du
recensement à Ottawa9. Par la suite, il établit sa pratique de notariat dans sa
place natale, Sainte-Anne-de-la-Pocatière.
Son greffe, déposé au Palais de Justice de Rivière-du-Loup, comprend 1,514
actes. Le premier tiers découle de sa pratique à Québec et la balance de son
bureau à La Pocatière.
Durant son séjour à Québec, Joseph agit comme procureur pour son père
Jean-Marie et ses frères Barthélémie et Georges10. Il négocie et signe en leurs
noms, principalement pour son père, des contrats de prêts d'argent. Certains
emprunteurs viennent d'aussi loin que les Cantons-de-l'Est, la Beauce et le
Bas-du-Fleuve.
Il agit aussi comme fondé de pouvoir pour d'autres personnes. En 1868, il
arrive à une entente avec son ancienne alma mater, le Collège de
Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au nom de l'abbé N.A. Leclerc11. Ce dernier
avait prêté de l'argent et, par la suite, avait quitté en froid cette institution.
L'année suivante, il représente Caroline Déry dans une transaction avec
Eusèbe Anctil, devant son confrère Florent de Guise.12
A son retour d'Ottawa en 1875, Joseph vient s'établir à Sainte-Anne. Une
bonne partie de sa clientèle sont des membres de sa famille. Aussi, il continue
de signer plusieurs actes de prêts d'argent et de location de terrains pour son
père, puis sa mère et ses frères, principalement Georges.
On doit quand même noter que Joseph n'a pas le monopole des transactions
légales des membres de sa famille immédiate. Ceux-ci continent de s'adresser à
d'autres notaires des environs, dont les notaires Polydor Langlois de
Kamouraska et Luc-François Moreau de Sainte-Anne. Aussi, ni son père, ni
sa mère lui confieront leurs testaments et le règlement de leurs successions.
En plus, on retrouve dans le greffe de Joseph des contrats de mariage, des
testaments, des actes de vente de propriétés, des inventaires après décès, des
quittances.
En 1880, Alphonse Anctil et Elisabeth Ouellet passent leur contrat de mariage
chez Joseph13. Trois ans plus tôt, Malvina Schinck, épouse de son cousin
Jean-Norbert Anctil également notaire, lui avait confié son testament14. Suite à
son décès quelques années plus tard, Joseph préside à l'inventaire de la
communauté de biens15.
Selon une tradition familiale, Joseph aurait été un des fondateurs
d'Hébertville au Lac-Saint-Jean.
Au cours de ces années, des sociétés de colonisation ont été mises sur pied afin
d'encourager le peuplement de nouvelles régions du Québec. On voulait
inciter les jeunes des vieilles paroisses, situées dans le corridor du fleuve
Saint-Laurent, à s'établir sur de nouvelles terres au lieu de s'expatrier aux
Etats-Unis.
Hébertville, fondé dans les années 1850, est l'oeuvre de la Société de
colonisation de L'Islet et de Kamouraska16. Cette société avait été mise sur
pied par le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et son supérieur l'abbé
François Pilote. Ces initiatives de colonisation étaient habituellement placées
sous l'égide d'un missionnaire-colonisateur.
Le curé Nicolas-Tolentin Hébert, ancien curé de Saint-Pascal de Kamouraska,
est en charge d'un groupe de colons-agriculteurs venant des paroisses de
L'Islet et de Kamouraska pour aller défricher puis fonder Hébertville.
Il est peu probable que Joseph ait joué une part active dans la fondation
d'Hébertville. Tout au plus a-t-il assisté, en tant qu'étudiant au Collège de
Sainte-Anne dans les années 1850, à la mise sur pied par le supérieur François
Pilote, de la Société de colonisation qui est à l'origine d'Hébertville.
Cependant, Joseph a su profiter, quelques années plus tard, au développement
de la partie nord-ouest du lac Saint-Jean. Lorsqu'il décède en 1895, il est
propriétaire de plusieurs lots de colonisation dans les cantons de Demeules et
de Parent où seront fondées Saint-Félicien et Saint-Méthode17.
Joseph a été maire à Sainte-Anne-de-la-Pocatière pendant deux ans, de 1868 à
187021.
Aux premières élections fédérales et provinciales qui suivirent la
Confédération en 1867, Joseph, surnommé "bébé St-Jean", était un des
organisateurs du candidat libéral Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier, pour
le comté de Kamouraska22.
L'affiliation politique de Joseph au candidat libéral ne devait pas faire plaisir
à son père, Jean-Marie, qui lui était un ami du candidat conservateur et Père
de la Confédération, Jean-Charles Chapais.
La violence atteignit un tel point, lors de cette campagne électorale de 1867,
que le comté de Kamouraska perdit son droit de représentation, tant au
niveau fédéral que provincial, pour une période de dix-huit mois.
MARIAGE ET FAMILLE
Joseph épouse Eugénie Michaud le 11 novembre 1885 à Sainte-Anne. Elle est
la fille de Vincent Michaud et de Estelle Bouchard. Il a cinquante-deux ans,
elle en a vingt-quatre.
On se rappelle que Eugénie avait été la "servante" de sa mère Mathilde
Hudon18. Celle-ci lui avait laissé, à sa mort, un montant d'argent et des
meubles.
Deux ans plus tôt, Joseph, sa mère Mathilde et Eugénie Michaud habitaient en
pension chez la famille François Richard19.
Après avoir eu un premier enfant décédé à la naissance le 24 mai 1885, Joseph
et Eugénie auront deux filles dont l'une meurt quelques mois après sa
naissance:
1- Rachel, B. 4 mai 1887, Sainte-Anne.
S. 23 septembre 1887, Sainte-Anne.
2- Amélia, B. 18 septembre 1888, Sainte-Anne.
B. François-Xavier Trépanier, N. 1879, Tartigou (Matane).
M. Dr François-Xavier Trépanier, 16 septembre 1913, Sainte-Anne.
Amélia Anctil (1888-1960)
*
S. François-Xavier, Montréal (décédé 1951).
S. Amélia, 22 juillet 1960, Montréal.
Cinq enfants: Rachel, Thérèse, Estelle, Monique et Madeleine.
LIEU DE RESIDENCE
Quelques mois après son mariage, le 31 mai 1886, Joseph se porte acquéreur
d'une terre plus un terrain à Sainte-Anne pour la somme de 4,120$20. La terre
s'étend du nord du chemin des Côtes jusqu'à la petite rivière Saint-Jean.
La maison et ses dépendances sont situées sur cette dernière route,
aujourd'hui l'avenue Painchaud. Il s'agit de l'ancienne résidence de l'avocat et
député à la Chambre des communes et à l'Assemblée législative,
Charles-François Roy.
Dans les années 1990, l'ancienne maison de Joseph et Eugénie fut déménagé
dans le rang de la Station. Sur son ancien emplacement, on y a construit une
maison pour personnes âgées, la résidence Hélène Lavoie. Une plaque y
rappelle le souvenir de Joseph et de son épouse, Eugénie Michaud.
TESTAMENT, DECES ET SUCCESSION
Joseph meurt à La Pocatière le 7 janvier 1895.Il est inhumé trois jours plus
tard dans le cimetière paroissiale. Il avait 62 ans. Nous ignorons la cause de
son décès.
Quatre ans plus tôt, il avait rédigé son testament devant son confrère
Louis-Joseph Bérubé de Sainte-Anne23. Il donne et lègue d'abord à son épouse
Eugénie Michaud, puis à sa fille Amélia, la jouissance et l'usufruit de tous ses
biens. Seule cette dernière pourra disposer par testament seulement de la
pleine et entière propriété de ses biens en faveur de ses enfants à naître. Elle
pourra quand même disposer à son gré d'un montant de 4,000$.
Au cas où sa fille ne peut accéder à sa succession, Joseph laisse la pleine et
entière propriété de tous ses biens au couvent des Dames religieuses de la
Charité de Sainte-Anne. D'ailleurs, il espère bien que sa fille entre en religion!
Il exclut ses collatéraux de sa succession "...en toutes circonstances...".
Joseph croyait, sans doute, aux vertus du travail car il ajoute dans son
testament les commentaires suivants:
Le travail étant un bienfait pour l'homme dans les conditions actuelles de son
existence et le meilleur moyen d'assurer la meilleure somme de bonheur
ici-bas. Je veux que ma dite fille Marie-Emilia Anctil, apprenne à travailler et
travaille toute sa vie suivant ses forces et capacités. (J'entends le travail de son
état et condition) et faute de suivre cette disposition de mon présent testament
je veux qu'elle soit exclue de tous les avantages de mon présent testament."
Il nomme comme exécuteurs testamentaires le curé de
Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Mgr Charles Poiré ou son successeur, son
beau-frère Alexis Fortin et son fils Herman, ces deux derniers de Kankakee,
Illinois. Il leur demande d'avoir recours à son épouse et à sa fille dans la
gestion de sa succession "...suivant leurs aptitudes et capacités".
Enfin, il demande que son corps soit inhumé dans le nouveau cimetière de
Sainte-Anne et qu'une épitaphe convenable en marbre soit érigé sur un lot
familial.
Suite au décès de son mari en janvier 1895, Eugénie Michaud fait la liste des
biens de sa succession24. En plus de ses propriétés de Sainte-Anne, la
succession comprend de nombreux lots de colonisation au Lac-Saint-Jean, des
actions dans les banques Nationale et Union du Canada et dans une
compagnie minière.
Eugénie accepte le testament de son mari et le legs à elle faite de la jouissance
et de l'usufruit de ses biens.
La veuve notaire, comme les gens de Sainte-Anne appelait Eugénie, vivra dans
sa maison du chemin des Côtes jusque dans les années 1920. Elle mourra le 26
novembre 1929, à l'hôpital des soeurs de la Miséricorde de Montréal. Elle sera
inhumé auprès de son mari au cimetière de Sainte-Anne.
*
LUCE (1835-1918)

Luce Ancti et Alexandre Dionne
*Luce est née et baptisée le 7 mars 1835 à Sainte-Anne. Ses parrain et marraine
sont Georges Miville et Hélène Manning.
Comme ses deux soeurs, elle a fréquenté le couvent, probablement celui des
Dames de la Congrégation Notre-Dame, situé à Rivière-Ouelle.
Elle épouse Alexandre Dionne, le 27 juillet 1858 à Sainte-Anne. Il est
originaire de Rivière-Ouelle.
Luce et son époux s'établissent sur une terre à Saint-Patrice de
Rivière-du-Loup.
Ils ont au moins deux enfants: Tancrède et Alexandra.
On se rappelle que Luce avait accueilli sa mère, Mathilde Hudon, sur ses
derniers jours. Aussi, cette dernière avait nommé son gendre, Alexandre
Dionne, pour exécuter son testamentaire1.
Luce est décédée le 11 août 1918 et fut inhumée à Rivière-du-Loup. Elle avait
83 ans. Son mari l'avait précédé le 5 novembre 1906, à l'âge de 86 ans.
*
*
Élisa Lizotte et Georges Anctil
*NAISSANCE
Georges est né à Sainte-Anne-de-la-Pocatière le 8 juillet 1840 et baptisé le
lendemain. Ses parrain et marraine sont Joseph Martin et Marcelline Dionne.
Comme ses frères et soeurs, il a fréquenté l'école du village. En 1855, il est
inscrit au Collège du même endroit1.
Georges se marie une première fois le 10 juin 1861 avec Délia Potvin. Née le 9
décembre 1838, elle était la fille de Hyacinthe Potvin, cultivateur à
Sainte-Anne et de Elisabeth Bois. Ses parents habitent à Saint-Denis,
vraisemblablement chez son frère curé de cette paroisse, lors de son mariage
qui a lieu quand même dans sa paroisse natale.
A leur mariage, Délia a 22 ans et Georges 20 ans. Il lui manque moins d'un
mois pour être majeur. Aussi, doit-il se faire représenter par son père
Jean-Marie, lors de la signature du contrat de mariage, le 8 juin devant les
notaires Florent de Guise et François-Luc Moreau de Sainte-Anne2.
Quant à la future épouse, même si elle est majeure, elle est représentée par son
père. Les mères des futurs époux sont également présentes et consentantes,
lors de la rédaction du contrat.
Dérogeant à la coutume de l'époque, les biens actuels ou à venir acquis par
succession, donation ou autrement ne feront pas partie de la communauté de
biens des futurs époux. Seulement les acquêts et conquêts, meubles et
immeubles faits pendant leur mariage en feront partie. Les futurs époux ne
sont pas responsables des dettes contractés avant mariage par l'un et l'autre.
Le contrat de mariage est signé par plusieurs personnes dont les futurs époux,
Georges et Délia, leurs pères, la mère et la soeur de cette dernière, les deux
soeurs de Georges, Philomène et Elmire, son oncle Joseph et sa tante Edwidge
Miville, ainsi que les deux notaires. Ces personnes se sont réunies dans la
maison d'un voisin, Onésime Ouellet, où a lieu la rédaction du document.
Trois jours après la signature du contrat, soit le 10 juin 1861, Georges et Délia
se marient en l'église de Sainte-Anne. Ils ont reçu de la part du vicaire général
de l'archidiocèse de Québec, Célestin Gaudreau, des dispenses de
consanguinité au troisième degré et de publication de deux bans.
La bénédiction nuptiale est donnée par le curé Bourret de la paroisse et celui
de Saint-Denis, Hyacinthe Potvin, frère de l'épouse. Les témoins sont pour
Georges, son frère Barthélémie et pour Délia, son père Hyacinthe Potvin.
Ce premier mariage dura moins de cinq ans. Délia Potvin décède le 8 mars
1866. Elle est inhumée deux jours plus tard à Sainte-Anne. Son service
funèbre est présidé par son frère, celui-là qui avait concélébré son mariage.
Elle était âgée de 27 ans seulement! Nous ignorons la cause du décès.
LES ENFANTS DU PREMIER MARIAGE
Quatre enfants sont nés de l'union de Georges et de Délia Potvin. En voici la
liste avec leurs dates de baptême (B), mariage (M), et sépulture (S), ainsi que
les noms de leurs conjoints et de leurs enfants:
1- François, B. 18 juin 1862, Sainte-Anne
S. 17 août 1863, Sainte-Anne.
2- Eugénie, B. 1863
M. Joseph Gagnon, 8 mars 1886, Sainte-Anne
M. André Gagnon, 31 mars 1898, Sainte-Anne.
Enfants ?
3- Amanda, B. 1864
M. 3 février 1891, Georges-Armand Potvin, Sainte-Anne.
Enfants ?
4- Clorinthe, B. 10 avril 1865, Sainte-Anne.
S. octobre 1880, Sainte-Anne.
Après treize mois de veuvage, Georges épouse Elisa Lizotte le 29 avril 1867 à
Saint-Roch-des-Aulnaies. Née le 30 octobre 1842, elle était la fille majeure de
Célestin Lizotte, navigateur et de feue Priscille Pinelle dit Lafrance.
Seuls l'époux, son témoin, en occurrence son oncle maternelle, Eusèbe
Pelletier et le curé Têtu signent le certificat de mariage. Les époux ont obtenu
une dispense de publication de deux bans.
Quatre jours plus tôt, les futurs époux avaient dicté un contrat de mariage à
Saint-Roch, devant le notaire Luc-François Moreau3. Georges n'était
accompagné ni de témoin, ni de parents. En revanche, Elisa était assistée de
Antoine Lizotte, navigateur, probablement son frère et accompagnée de
quelques parents, Béatrice, Délima et Joseph Lizotte.
Contrairement au premier mariage de Georges, les futurs époux se marient en
communauté de biens mais seulement pour les biens à venir. Cependant,
chacun est responsable des dettes contractés avant leur union.
Si l'époux décède le premier, l'épouse aura, durant la durée de sa vie, la
jouissance et l'usufruit de tous les biens laissés par son mari. Si l'épouse meurt
la première, l'époux héritera de tous les biens apportés en mariage par celle-ci,
en autant que des enfants ne soient pas nés de leur union.
LES ENFANTS DU DEUXIEME MARIAGE
Huit enfants sont nés de l'union de Georges et de Elisa Lizotte. En voici la liste
avec leurs dates de baptême (B), mariage (M), et sépulture (S), ainsi que les
noms de leurs conjoints et de leurs enfants ( +: morts en bas âge):
1- Emma, B. 6 juin 1868, Sainte-Anne
S. février 1927 (décédée le 27 à Québec), Sainte-Anne.
2- Georges-Pantaléon, B. 29 juin 1869 (né le 28), Sainte-Anne.
M. 1er mai 1892, Rose Goulet, Somersworth, Rhode Island.
S. Georges-Pantaléon, novembre 1939 (décédé le 4), Sainte-Anne.
B. Rose, 1864, Sainte-Marie de Beauce.
S. Rose, mai 1951 (décédée le 12), Sainte-Anne.
Cinq enfants: Edgar +, Anne-Marie, Blanche, Florida, Marie-Rose.
3- Tibérius, B. 3 septembre 1871 (né le 3), Sainte-Anne.
M. 23 novembre 1894, Amanda Toussaint, Saint-Jean-Port-Joli.
S. Tibérius, 1912, Sainte-Anne.
B. Amanda, 1873, Saint-Jean-Port-Joli.
S. Amanda, 1954, Sainte-Anne.
Sept enfants: Albert, Emilia, Arthur, Emile, Omer, Jeanne, Alfred.
4- Armand, B. 2 septembre 1875 (né le 1er), Sainte-Anne.
M. 9 août 1900, Marie-Louise Dufour, Saint-Philippe-de-Néri .
Armand Anctil et Marie-Louise Dufour
*S. Armand, 1932, Sainte-Anne.
B. Marie-Louise, 1878.
S. Marie-Louise, 1951, Sainte-Anne.
Dix enfants: Joseph, Marie-Anne, Wilfrid, Sylvio, Gérard, Géraldine, Edgar,
Hormidas, Clorinthe, Jean-Marie.
Clorinthe Anctil (1916 -1942) et Georges Blouin (1913 -1941)
*
5- Charles, B. 1879, Sainte-Anne.
S. 1888, Sainte-Anne.
6- Horace (Augure), B. 28 avril 1880 (né le 27), Sainte-Anne.
Famille d'Horace Anctil et de Marie Soucy
*M. 21 janvier 1907, Alexina Pelletier, Lawrence, Massachusetts.
M. 19 février 1917, Marie Soucy, Saint-Onésime de Kamouraska.
S. Horace, juin 1961 (décédé le 12), Sainte-Anne.
B. Alexina, 1890.
S. Alexina, août 1916 (décédée le 15), Sainte-Anne.
B. Marie, 12 juin 1888, Saint-Onésime.
S. Marie, mars 1965 (décédée le 8), Sainte-Anne.
1er mariage six enfants: Régina, Albert +, Yvonne +, Olivier +, Marthe,
Marie-Ange +.
2e mariage cinq enfants: Roland, Robert, Adélianne, Adrienne +, Roger.
Famille de Roland Anctil (1917-2001) et de Cécile de Courcy
*
Famille de Robert Anctil (1919-2003)et d'Orianna Emond (1920-2006)
*7- Jean-Baptiste, B. 29 septembre 1881, Sainte-Anne.
M. 6 mars 1905, Marie Laboisonnière, Saint-Pacôme.
S. Jean-Baptiste, août 1956 (décédé le 25), Sainte-Anne.
B. Marie, 26 juin 1880.
S. Marie, 1961, Sainte-Anne
Sept enfants: Gérard, Camil, Raymond+, Géraldine+, Géraldine,
Jean-Marie+, Germaine.
Famille Géraldine Anctil (1911-2001) et Lucien Dubé (1911-1994)
*
Mariage de Germaine Anctil et Armand Courcy13 oct. 1945
*
8- Marie-Louise, Sainte-Anne.
M. 25 février 1903, Charles-Arthur Sirois, Sainte-Anne.
Huit enfants: Yvonne, Eugène, Albert, Georges, Marguerite, Simone, Rose,
Marcel.
Tout comme ses ancêtres avant lui, Georges est cultivateur à Sainte-Anne. Il
est établi en très grande partie sur des terres données, en 1865 puis en 1879,
par ses parents, Jean-Marie et Mathilde Hudon. Rappelons-en les grandes
lignes.
La donation de 1865 comprend deux terres de dimensions différentes4. La
première est située entre le chemin des Côtes et le deuxième rang, face aux
propriétés du Collège. Elle mesure environ un arpent de large sur plus de
vingt de long.
Elle comprend certains emplacements, situés le long du chemin des Côtes,
loués par bail emphytéotique. Cependant, les parents de Georges s'étaient
réservés les loyers de ces terrains pour la durée de leur vie.
Cette terre faisait partie d'un plus grand étendu de terrain que le père de
Georges, Jean-Marie, avait reçu de ses parents, François et Victoire Martin en
1826.
La deuxième terre accordée à Georges en 1865, est située au coeur du
faubourg naissant, à l'est de l'église. Elle mesure un arpent de large sur
quarante-deux de long. Elle va du fleuve Saint-Laurent jusqu'au deuxième
rang. Elle comprend des bâtiments.
Cependant, ses parents gardent la propriété de la partie située entre le chemin
des Côtes et le rocher, allant vers le nord. Il s'agit d'emplacements loués.
Cette terre, en réalité la moitié d'une terre, venait des parents de Mathilde,
Germain et Victoire Hudon. Georges l'habite probablement depuis son
mariage, quatre ans plus tôt.
En 1879, Georges reçoit, quelques jours avant le décès de son père
Jean-Marie, les terrains que lui et son épouse s'étaient gardés entre le chemin
des Côtes et le rocher9. Il s'agit d'une partie de la terre que Mathilde avait eu
de ses parents, les Hudon.
Ces donations, contrairement à l'habitude, ne comportaient aucune obligation
de rente viagère. Par contre, ces terres devaient être transmises
éventuellement à un ou plusieurs des enfants de Georges.
En plus de ces terres reçues par donation de ses parents, Georges fera deux
acquisitions en 1881, puis en 1900.
Le 24 août 1881, Georges acquiert la moitié ouest de la terre venant de ses
grands-parents Hudon10. Une première partie venait de sa mère qu'elle avait
eue de ses parents tandis que l'autre partie était allée à sa soeur, Adélaïde
épouse de Eusèbe Pelletier de Saint-Roch-des-Aulnaies.
En 1881, Georges achète donc la deuxième moitié de la terre de son oncle
Pelletier, veuf de sa tante Adélaïde et rentier, vivant alors à Kamouraska.
Celle-ci mesure environ un arpent de large sur quarante-deux de long, allant
du fleuve Saint-Laurent au chemin du deuxième rang.
Cette acquisition comprend une maison et plusieurs emplacements loués,
probablement des deux côtés du chemin des Côtes. Georges promet de
respecter les baux consentis à Pierre, Onésime et Adolphe Ouellet, à David
Lavergne, à Georges Deschène, à Louison Courcy et aux Soeurs de la Charité.
Il paye un montant de 3,600$, payable en partie comptant, en partie par
paiements annuels avec intérêt à 6%.
Trois ans plus tard, Georges vendra un emplacement à son oncle Eusèbe
Pelletier qui décide de revenir vivre à Sainte-Anne11. Le terrain vendu 148$
faisait partie de la terre achetée en 1881.
Le 30 juillet 1900, Georges achète une terre de Elisabeth Ouellet, épouse de
son neveu Alphonse Anctil, fils de Barthélémie12. Cette terre est située à l'est
du village de Sainte-Anne. Il en revendra une partie à son fils Georges-P, six
ans plus tard13.
VENTE AVEC FACULTE DE REMERE
En 1867, Georges vend à son frère Barthélémie les deux terres reçues de ses
parents deux ans plus tôt. Le montant de la transaction est 3,200$5. Il continue
d'y demeurer et se garde un privilège de rachat d'une durée dix ans.
Ce type de transaction, disparue depuis longtemps, s'appelait une vente avec
faculté de réméré. C'était l'ancienne façon d'emprunter de l'argent avant la
généralisation des prêts garantis par des hypothèques.
Certaines personnes, dont Barthélémie, préféraient avoir recours à cette
procédure tombée en désuétude malgré l'apparition des hypothèques, depuis
la création des bureaux d'enregistrement dans les années 1830.
En plus des terres et des bâtiments, la vente comprenait:
...tous ses meubles, effets mobiliers, batterie de cuisine, linges, provisions,
voitures, harnais, outils et instruments d'agriculture & autres, animaux de
toutes espèces, bois, grains, foins & légumes... et tel que le tout se trouve dans
les bâtisses & sur les terrains sus décrits, sans aucune exception...
Georges exerce son droit de rachat en novembre 18746. Il paie un surplus de
200$, une balance d'intérêt sur la montant empruntée.
En mars 1873, Georges signe un bail à ferme d'une durée de cinq ans avec
Etienne Lévesque de Saint-Onésime7. Par ce contrat, il s'assure le travail d'un
employé de ferme et de sa famille pour l'aider à cultiver sa terre de
Sainte-Anne.
En général, un bail à ferme, hérité de la coutume française et prévu dans la
Coutume de Paris, le Code Civil en vigueur, prévoit que le propriétaire
fournit la terre, les animaux, les semences et les outils tandis que le locataire,
appelé aussi métayer, fournit la main d'oeuvre et, parfois des animaux. Les
deux partis se partagent les récoltes, le bétail né en cours d'année et les
produits de la ferme.
Selon le bail signé par Georges, sa terre mesure quatre arpents de large sur
quarante de long pour trois arpents et trente-deux pour un arpent, depuis le
fleuve. Toutes ces mesures étant approximatives.
Selon les termes du contrat, Lévesque ou le preneur s'engage aux obligations
suivantes:
"...de fumer, engraisser, labourer, cultiver et ensemencer la dite terre par sols
et saisons ...déchaumer sans la désoler ni la désaisonner, te