"Ma première grossesse a été normale. J'ai retardé de deux ou trois semaines. À ma dernière visite prénatale, le médecin décolle un peu les membranes et le travail commence, très lentement. Cela me prend quelques heures pour passer de 2 à 4 cm. Le médecin décide alors, pour accélérer les choses, de crever les eaux. Alors tout arrête. Le bébé n'étant pas assez bas, je dois rester couchée, branchée sur le moniteur. Le travail reprend et arrête plusieurs fois. A un certain moment, il y a une très légère décélération du coeur foetal. Alors on me fait très peur: "S'il y en a une autre, c'est une césarienne !". Mon conjoint se met à surveiller tout le temps le moniteur, s'étant fait dire: "Aussitôt que vous voyez qu'il y a quelque chose, appelez-nous !" On a très peur. Au bout de quelques heures, on me donne de l'ocytocine. Je suis toujours sur le dos. De fortes contractions me font dilater à 6 ou 7 cm et je reste là durant 4 heures. Finalement, on me dit: "Vous avec l'air d'en avoir assez, on va vous faire une césarienne". Je suis si écoeurée que je leur demande de m'endormir. Deux heures plus tard, après 22 heures de travail, j'ai une césarienne. Mon bébé était en postérieur ! C'était donc normal que l'accouchement ait été long. Probablement que si j'avais plus bougé, cela aurait aidé. Je ne vois mon bébé, Caroline, que 12 heures après l'opération. Cette séparation est ce qui m'a le plus affectée de toute l'expérience. J'en ai reparlé longtemps. Je disais toujours: "La prochaine fois, je vais la prendre lorsqu'elle naîtra", comme si c'était elle que je porterais la fois suivante. Je pense à l'AVAC (accouchement vaginal après césarienne) durant ma deuxième grossesse, car à l'époque de rares médecins l'autorisaient. Cependant ma priorité est de ne pas être séparée du bébé. Comme c'est seulement à l'hôpital N. que je pourrais vivre un AVAC mais que la cohabitation n'y est pas de règle, je décide d'avoir une césarienne à mon goût à l'hôpital S., sous péridurale, et de garder mon bébé avec moi tout le temps après. C'est une belle expérience pour mon conjoint et moi, cela cicatrise ce qui s'était passé à la naissance de Caroline. Quatre années passent avant que nous ne concevions un autre enfant. Des années durant lesquelles je travaille en périnatalité, donnant chez moi des cours de yoga prénatal et animant dans un Centre local de services communautaires (CLSC) des rencontres prénatales. Ce travail m'amène à m'informer, autant sur l'accouchement en général que sur les raisons ayant pu entraîner ma césarienne et sur les conséquences possibles sur le bébé. J'accompagne aussi des femmes à leur accouchement, j'en prépare à avoir un AVAC, donc je me renseigne et me prépare moi-même... Je lis beaucoup. Je choisis d'accoucher avec un médecin qui se montre très ouvert à l'AVAC, même si j'ai eu deux césariennes et atteint l'âge vénérable de ... 36 ans. Il n'insiste pas sur les risques reliés à mon âge, mais me prévient qu'il ne me laissera pas retarder de plus de deux semaines, ne voulant pas provoquer un travail après deux césariennes. Je ne veux pas vivre une grossesse stressée, alors je demeure déterminée mais sereine par rapport à l'issue de l'accouchement. Je ne lis plus que des témoignages, pour m'encourager. Je décide de me fier à ce que je ressens intérieurement. J'ai confiance dans les signes que le bébé peut me donner. Ma grossesse se passe bien, le bébé se place bien. Je demande à une amie, monitrice de yoga prénatal, de m'accompagner. Mais... je retarde de sept ou huit jours, ce qui me déprime un peu. Ayant à l'occasion quelques contractions, je décide de prendre de l'huile de ricin, avec l'accord de mon médecin: "Tu sais, tu peux essayer, ce n'est pas dangereux, mais ce n'est pas scientifique". Le travail commence à ce moment-là. Alors que nous sommes à la campagne, mes eaux crèvent à 2 heures du matin. On prend le temps de se ramasser, de faire venir la gardienne, et vers 4 heures 30, on se met en route. La nuit est belle. Je me sens sereine. Qu'il m'arrive n'importe quoi maintenant, je suis contente de vivre un début de travail, indiquant que le bébé est prêt à naître. On fait un arrêt de quelques heures à notre résidence de Montréal; François écoute le coeur du bébé à travers mon ventre. On prévient notre accompagnante. Tout a l'air de bien aller. Puis on se rend à l'hôpital. Pour ne pas me sentir stressée, je triche de quelques heures sur le moment où mes eaux ont crevé: cela ne fera pas de mal au personnel et cela me fera un stress de moins. Je suis dilatée de 1 cm et demi. Vers 14 heures, les contractions reprennent. À 16 h 30, je suis à 4 cm, et à 17 h 30 à 10 cm ! On ne le croit pas ! Je m'étais préparée à un autre 24 heures... Mes contractions sont très intenses. Éprouvant une envie forte de "faire du bruit", je finis par m'isoler à la toilette et par me laisser aller à gémir et à crier. Cela me soulage. Le médecin me suggère de marcher jusqu'à la salle d'accouchement. J'ai l'impression que cela aide le bébé à descendre. En tout cas, cela me donne un sursaut d'énergie et me ressaisit. Le bébé vient vite. J'accouche semi-assise. Malheureusement, au moment de la poussée, le personnel semble un peu énervé. Le coeur foetal descend une fois en bas de 100. Je ne me sens pas assez forte pour m'opposer au médecin qui décide d'utiliser les forceps, mais sans me faire d'épisiotomie. Je lui fais confiance. Je déchire toutefois un peu et ai des lacérations. J'accouche d'un bébé plus gros que mes deux premiers et le tire vers moi une fois les épaules dégagées, à la suggestion du médecin (j'avais décidé de le faire, mais dans le feu de l'action, je n'y pensais plus !). On garde Mathieu deux heures avec nous après la naissance. C'est mon plus beau souvenir. Après la naissance, François est ému et pleure. Moi pas. Je me sens forte et pas du tout braillarde. J'avais senti que je devais accoucher seule. Je voulais pouvoir me dire: "C'est moi qui ai accouché". Je ne voulais pas que personne ne me touche ni me flatte durant le travail. J'étais fière de moi. J'avais eu beaucoup d'aide mais c'est moi qui avais donné naissance. C'était vraiment pour moi un accomplissement. Je sens que cela a changé quelque chose dans ma vie, que cela a libéré de l'énergie bloquée. J'ai l'impression d'être capable d'aller au bout d'un tas de choses. J'ai vu disparaître beaucoup de doutes que j'avais: "Peut-être que moi je suis incapable d'accoucher, que j'ai un blocage, etc." Il y avait cinq ans que je baignais dans le milieu de la naissance. J'accompagnais des femmes, je regardais des films sur l'accouchement. J'avais le goût de vivre ce qui me semblait si merveilleux, une naissance naturelle !". |
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