Version Internet, novembre 1997
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AVERTISSEMENT:
L'histoire qui suit est écrite en langue du pays, communément
appelée joual. Le texte comprend des jurons, des anglicismes et
moult erreurs d'orthographe savoureuses qui sont voulues. Les snobs, les
guindés, les pincés et autres précieux du même
acabit devraient se diriger directement vers la partie du texte écrite
en langue de notaire.
Les autres trouveront peut-être du plaisir à commencer par le commencement. Parmi ceux qui l'ont fait, certains en ont carrément ri aux larmes en le lisant.
Mon roman en ligne: La Southern
Une nouvelle: Pauvre Jeanne, la soeur du chat
vous êtes le
ième visiteur
Salut Linel!
J'arrive d'la chasse. Faut que je te conte ça. Tu créras pas ça. On a fait une jésus de belle chasse, mon homme! On a passé une semaine dans le bois. J'étais avec le notaire. Tu le connais, Linel, le notaire. Tsé veux dire? Le notaire de St-Sauveur. Ouan! C'est ça. Y'est peureux dans le bois, lui, crée moé. Mets-en! Mais c'est pas pire. Y'est bin accoutumé d'être discret ça fait qu'y le montre pas trop trop qu'il a peur.
On est montés à Tuque avec son char. Lui, y chauffe. Ça nous a pas pris sept heures qu'on étaient là. Non, non, pas de Toronto, de Montréal! Sept heures! Y'est bin sécure sur le chemin. Un p'tit café icitte, une p'tite palette de chocolat là, des vers à une autre place. Y'est tellement habitué de toujours faire la même crisse d'affaire, lui, que quand y monte à Tuque y'est comme un joual qui r'tourne à l'écurie. Des vers, Linel! On s'en va à l'orgnal! Des vers! Y pensait qu'y s'en allait à truite, lui là. Y'a fait rire de lui là-bas quand je leur ai conté ça. Maudit que les gars ont ri de lui! Bin, pas le guide. A cause de son tip. Mais y'a dû rire en racontant ça à ses chums. Après.
Rendu à Tuque, tu gagnes la barrière de la Zec Bezogne. Tout un nom, mon homme, pour une place de chasse! Bin, ça c'est pour ceux qui sont pas membres. Les besogneux. Ceux qui ont le cash pis qui sont membres, eux autres, c'est pas pareil. Les membres, y vont à la même crisse de place mais ça leur coûte plus cher pis ça s'appelle pas pareil. Ça, c'est parce qu'y sont membres. Eux autres, y vont pas à la Zec Bezogne, y vont au Saint-Maurice Fish and Game Club. C'est le même territoire mais tout le monde a pas le même statut dans ces bois-là. Le Saint-Maurice Fish and Game Club, c'est un vieux club privé, ça. De chasse pis de pêche. Ça pète là! Y'ont leur Club House, pis des chalets icitte et là. For membrers only. Pour les autres, c'est une Zec ordinaire. Pis elle, la Zec, elle est ouverte à tout le monde. Pis comme y'en a dans c'te gang de tout le monde-là qui aiment bin ça péter eux autres avec, bin y peuvent être membres de la Zec. Mais ça c'est pas des vrais membres. Pour être un "vrai membre", y faut que t'embarques dans la gang du Club pas dans celle de la Zec. Sinon t'es rien qu'un tout nu.
Asteur, les membres du Club parlent français. C'est un ancien club anglais, ça, comme tous les clubs, le Fish and game Club. Depuis qu'y a plus grand fish là, les anglais ont sacré leur camp à pêche ailleurs. Asteur, y vont en avion au Nouveau Québec pis des places de même. Le Nouveau Québec, ça, c'est pareil comme l'ancien, dans l'temps. C'est plein d'anglais. Les canayens français, eux autres, y'ont pris la place des anglais pis y sont devenus membres de leur club. Tsé, les "maîtres- chez-nous"? Bin, c'est eux autres, ça. C'est tous des membres, ça. Y sont bin contents de même. C'est surtout des gars de La Tuque mais y'en a qui viennent de partout. Y'a même des ministres qui viennent, des fois. Ouan! C'est bin occupé, ça, un ministre. Chu pas mal sûr qu'un guide ça vient plus souvent qu'un ministre! Pis ça se fait plus de fun. Pis qu'un notaire y too. Ceux-là qui viennent de La Tuque, c'est tous des anciens braconniers ou bin des anciens guides. Dans le temps des anglais, y'avait juste le directeur de la C.I.P. qui était membre pis qui venait de La Tuque. - Non! Y venait pas de La Tuque! Jamais! Y vivait à Tuque. C'est pas pareil, ça. Y parlait pas français non plus. Asteur, comme y prennent un maître-chez-nous-qui-parle-français pour être directeur de l'usine C.I.P, bin y'est encore membre. C'est pas toujours le même, même gars mais c'est toujours la même job. Pis ces gars-là, bin y s'appellent tous du même nom. En français pis en anglais, c'est "Boss".
Le nouveau, lui, y'est bin content parce qu'y haï ça la chasse pis la pêche. Ça fait que pour lui, le club c'est surtout un restaurant. Y va manger là avec sa femme pis ses p'tits culs. Parce que depuis que les anglais sont partis, t'as le droit aux femmes, asteur. Avant, les femmes étaient défendues au club. Y fallait qu'y gardent leur place. À maison! Asteur, y'ont le droit de venir au club! Ça fait que y'en profitent-tu? Oui monsieur! Y'en a même qui vont à pêche, asteur. Y'ambitionnent, eux autres, chose. C'est-tu assez fort, ça, Linel? Cer-tai-ne-ment! Des femmes! À pêche! En plein sur l'ancien club des anglais. Y faudrait pas qu'y "chassent" ça, eux autres, les anglais. Y la prendrait pas, celle-là. Des femmes de club sur leur territoire! Wow! Pis y'a des membres qui la prennent pas non plus. Tsé veux dire, Linel. Le gars y'as-tu l'air gorlot quand ça fait quatre, cinq heures qu'y pêche avec son partner pis son guide pis que, là, y t'arrive ça cet agrès-là avec la queue de cheval, l'imperméable de pêche à cinq cents piastres, (un Browning), un collier de perles pis la garnote de diamant dans la main, la perche en graphite des États, pis là a' te sort trois quatre belles mouchetées en pleine face pendant que toé t'as rien poigné de la journée? Ça, ça écœure un homme, mon homme! Surtout que, le soir, au Club House, y'a personne qui dit rien mais y le savent pis y rient de toé dans leur coin. Pis tu l'sais qu'y le savent. T'as-tu l'air casse de bain à ton goût? Y'en a une couple qui l'ont pas pris pis y'ont lâché d'être membres. Ça fait rien. Y les ont remplacés par des femmes. Asteur, le prochain boss-président du club, ça me surprendrait pas que ça soit une femme avant une secousse. Bin... pas tant que le notaire va être là, ça c'est sûr.
Dans l'temps, les braconniers de La Tuque avaient pas le droit d'aller sur le territoire. Y y'allaient pareil, mais la plupart du temps y'étaient pas mal pressés ça fait qu'y passaient pas à la même place qu'asteur pour se rendre. Y prenaient des short-cuts par le bois. Ça fait qu'y s'arrangeaient pour pêcher plus vite. À dynamite! Asteur, c'est eux autres qui protègent les lacs, tsé veux dire, Linel. Y'en a même, dans leur gang, qui sont devenus gardes-pêche pis gardes-chasse. Tu trouves que ça fait dur? Pour? Je la catch pas, là, Linel.
Ça fait que nous autres on est allés au Club parce que le notaire, lui, y parle pas anglais pour vrai ça fait qu'il est devenu membre. Ça fait longtemps (qu'il est membre, je veux dire. Qu'y parle pas anglais avec). Pour la chasse, c'est un bon spot ça l'air. Y'a de l'orgnal là à pelle. Ça fait que quand t'es membre, rendu là, tu fais comme les anglais dans le temps, tu te poignes un guide. Nous autres, on avait tout un guide, mon homme. C'est le meilleur à Tuque. Bin, les autres meilleurs ça fait un bout qu'y mangent des pissenlits par la racine ... ou bin qu'y sont devenus membres.
Quand on a arrivé chez le guide, y'avait un gars qui gardait sa maison. C'est un rare, lui. Y'a pas sorti dehors depuis qu'il est rendu là. Ça fait une couple de semaines. Y'est pas sorteu, y faut croire. Pis son bicycle à gaz y too, y se cache, ça l'air. C'est un Harley. Le gars, c'est Dévid (un nom anglais, mais y parle juste français). Lui, y'est peut-être membre de que'que chose mais pas par là. Y vient d'en ville. Y dit qu'y veut pas aller à chasse parce qu'il aime pas ça coucher dans des sacs de couchage. C'est rare, ça, dans ce bout-là. Ça l'air qu'il est en visite. Y prend l'air, qu'y dit, parce qu'y fait chaud d'où y vient. Pis y'a décidé de laisser passer la chaleur. Ça l'air qu'y paie cent piastres par semaine au guide pour surveiller sa maison. Y'est pas mal d'adon, je trouve. C'est lui qui paie pour rendre service au guide. Y dit que c'est la maison qu'y surveille. Y'est rare grave, lui. Ça l'air qu'y est boulanger parce qu'y est dans la farine, ou dans la poudre, que'que chose de même. Pis y'a l'air d'avoir que'que chose à avoir avec les boeufs parce qu'y s'occupe de trafic, des fois. C'est peut-être un bœuf volontaire. C'est nouveau, ça, ces bœufs-là. Y'appellent ça des bœufs de quartier. Tout change, asteur. Avant, y'avait juste des quartiers de bœufs. Asteur, y'a des bœufs de quartiers avec. C'est des bœufs communautaires, ça, ces nouveaux bœufs-là.
De chez le guide, on a monté à la Guinbarde. C'est un p'tit lac, pas grand, pas creux, bin d'la bouette autour, pis dedans, pis pas de poisson. C'est pas un lac de pêche, c'est un lac de chasse. Sur le top d'une montagne. Y'appellent ça un lac de tête eux autres. Moé, j'appelle ça un lac de cul, crisse! Un lac de tête! Ça se peut-tu? Y capotent, chose! C'est en haut du lac Tom. Ça c'était notre territoire à nous autres. Y'a personne d'autre qui avait le droit de venir sur notre territoire. On a toute la montagne à partir du chemin en bas, jusqu'en haut, pis tout le tour du lac jusque l'autre bord des montagnes en face. C'est grand comme Ville d'Anjou poignée avec St-Léonard. Presque. Mais ça c'est rien à côté du grand Wayagamac. Ça, c'est un lac! Vingt-deux milles de long sur onze de large. (J'exagère pas, là.) Tu vois pas d'un bord à l'autre. C'est à peu près trente fois plus grand que La Tuque. La Tuque, c'est un village, ça, mais par là y'appellent ça une ville. Y'ont rien vu! Nous autres, quand qu'on arrive de la ville, ch'te dis qu'on trouve que ça fait dur en maudit. C'est pas gros. Ça fait que le guide y me dit de même "on l'aime bin, notre village, nous autres." Pis, là, y commence à me chanter une chanson que Montréal c'est rien, pis que ça rentre au complet dans le grand Wayagamac, pis que juste icitte, sur la Zec, y'ont au-dessus de cinq cents lacs pis que ça fait du monde ça pour un village, pis que des Zecs de même y'en a partout dans le bout de La Tuque. Wow! Toute la ville de Montréal au grand complet dans le grand Wayagamac! Pis ça flotterait à part de ça parce qu'y aurait encore de l'eau tout le tour. Ça ferait une Ile. Bin, comme asteur. Là, y m'a poigné par surprise, lui, là. J'ai regardé le notaire. Y faisait semblant qu'il avait rien entend. Moé, j'ai attrapé l'air là. J'avais jamais pensé à ça. Là, j'ai dis au guide "tu me bug-tu, toé là? - Bin non, c'est vrai." J'y ai repensé depuis qu'y m'a dit ça, pis ça bin du bon sens son affaire.
En ville, on se pense gros pis bon mais c'est parce qu'on pense pas gros, ni bin. T'as-tu vu la shot, toé? Toute la ville dans l'grand! A' serait capable, celle-là. Des fois, je me dit que c'est vrai qu'on devrait sacrer ça dans le grand Wayagamac toute c'te gang-là, pis la ville avec. Ça rentre! Pis ça cleanerait la place un peu. Y'est pas fou c'te guide-là. Y'est peut-être pas allé à l'univarsité comme ceux-là qu'y guide mais y'a vu neiger. Pas mal plus que bin des gars qu'y guide pis qui pensent pas gros. Juste parce qu'y sont allés à l'univarsité y pensent qu'y ont plus besoin d'penser. Y sont rendus tellement bons que ça leur prend un pas-bon de même pour pouvoir tuer de l'orgnal. Y l'ont l'affaire, eux autres!
En attendant d'y r'penser, j'y ai dit "t'as bin raison, G." Y s'appelle de même. G. C'est son pt'it nom, ça. À partir de chez G, en gagnant le Tom, tu poignes à gauche à la zone 47 pis là tu stoppes un quart de mille passé la fourche. Ça, c'est proche de trois heures de jeep de La Tuque. Rendu, tu poignes la trail pour monter en haut. Un partage sale, mon homme, tu crérais pas ça. Pire que celui du Hardluck. Bin, j'veux dire du Brûlé. "Hardluck", ça c'est son nom de membre au lac. La gang du club, eux autres, les-maîtres-chez-nous, y les appellent comme les anglais, les lacs. Y'ont presque tous deux noms, ces lacs-là, leur nom de club pis leur nom de Zec. Ça fait que tu peux savoir si un gars est membre juste en y demandant où qu'y est allé à pêche ou à chasse. Si y te donne un nom de même, c'est un membre. Ou bindon un guide. Hardluck! En parlant de luck, tu me fais penser, Linel. J'ai jamais vu ça un guide badlucky de même. C'est une méchante badluck, lui, son affaire. Entrécas. Là, rendu au Tom, tu poignes le partage sur ta gauche. Tu peux pas le manquer; c'est une jésus de trail de marde qui monte dans bouette de montagne en gagnant le Thiffaut. Tabarnac! J'ai jamais vu une ostie de trail sale de même. Pis a' monte en calvaire. Ça prend passé un' heure au dessus pour monter su' l'top. D'après moé, c'est aussi chanceux en bas pour l'orgnal. Entrécas. Une fois parti, ça va bin; surtout une fois rendu su' l'top. En montant, j'ai vu de la poule en masse mais j'ai pas pu tirer rapport au crisse de notaire qui disait que j'étais pour effaroucher l'orgnal. Quand tu vas savoir ce qui est arrivé après, je crée bin que tu vas la trouver bonne celle-là. Pour moé, y voulait pas que je tire sur la poule parce qu'il avait pas son fusil. Non, y l'avait mais y'était plié en deux, bin caché dans son patsack. C'est un p'tit 410 bin pratique, dans un gros gros patsack. C'te fusil-là, tu peux plier ça pis sacrer ça dans le fond de ton patsack avant de partir. C'est ça qu'y a fait, le notaire. Mais là, c'est pareil que quand t'as pas de fusil. Pour moé, c'est un p'tit fusil de ville, ça. Mais quand t'es rendu dans l'bois, y sert pas gros dans le fond de ton patsack. Ça fait que l'notaire a décidé (c'est son Club à lui, après tout) qu'on tirait pas sur la poule. "On", c'est moé, ça. Parce que si l'gros tire pas, y'a personne qui tire. Ostie! Tsé veux dire, Linel. Ch'comprends pas ça parce qu'y a l'air d'avoir assez peur dans l'bois que ch'pense qu'y aimait mieux pas en voir d'orgnal ça fait que ça aurait pas dû le déranger que je tire d'la poule.
Entrécas. À chaque fois qu'y se préparait à partir pour la cache, au raz le lac, y toussait au moins dix douze fois. Bin fort. Pis comme les caches sontaient pas bin loin du camp, une couple de cents pieds, pour moé y voulait être bin sûr qu'y avait pas d'orgnal là quand y'arrive au bord du lac. C'est mon idée. Y'est bin smart mais pour moé y'est mieux en ville, sacrament. Ça se peut pas. Y'avait tellement peur qu'un soir y'a pissé sur le cartron à porte du camp à place de sortir deux, trois pieds dehors. Tsé veux dire, Linel. Les osties de notaires c'est pas des gars de bois bin, bin, hein. Ça me fait penser au guide. Y nous a dit qu'y s'était perdu en ville! Trois heures pour aller sur la Maine à partir de Longueuil! (Ch'comprends pas comment y'a fait pour trouver Longueuil, in the first place.) Bin, le crisse de notaire, dans le bois, c'est pareil. Moé avec. Je m'écarte dans l'bois pis l'guide, lui, y s'écarte en ville. C'est la même affaire. Pour moé y'était tombé sur un guide haïtien, le guide. Des fois y se perdent bin gros en ville, eux autres. Surtout à noirceur. Faut dire qu'en ville c'est écartant en écœurant pour un guide. Ouan! Mets-en! Surtout pas de map. C'est plein de trails, ces maudites villes-là. Pis y'a jamais personne pour t'aider. Dans l'bois, tu te perds? Le premier gars que tu rencontres, y va t'aider. Y savent vivre, eux autres. En ville? Cherche pour trouver que'qu'un qui va t'aider si tu te perds. T'as pas fini de chercher, mon homme! C'est des osties de sauvages c'te monde-là!
Bin, là là, c'est moé qui m'écarte dans mon histoire de chasse. J'étais rendu à la poule qu'y faut pas tirer en montant pour pas faire peur à l'orgnal. Ou au notaire. L'un ou l'autre. Ça fait que j'ai pas tiré. Câlisse! Y'en a une, a' dormait en plein dans la trail. J'ai rasé de m'enfarger dedans. Elle était couchée dans une piste d'orgnal. Un ostie de grosse piste de buck. Pis fraîche d'une couple d'heures dans l'top. Y devait nous attendre en haut, lui, là. Elle, j'aurais pu la descendre avec un coup de pied ch'crée bin mais j'aurais pas été capable de la ramasser à cause de mon patsack qui était plein de cans de binnes pis de soupes Habitant. Trop pésant, Linel. J'aurais pas été capable de me pencher pour la ramasser, j'aurais piqué en pleine face par en avant. Bin, mettons que j'avais surtout peur de pas être capable de me relever. Ça revient au même. É' restée là. Moé, j'me suis canté contre un gros tremble pour attendre le notaire qui était en arrière en que'que part dans la trail. Y marche aussi vite qu'y chauffe, ça fait que j'ai eu le temps de me reposer en masse avant qu'y me rejoigne. J'étais bin attaché après mon patsack pis lui, le patsack, y se tenait accoté après le tremble. Ç'a passé vite, de même. Moé, je checkais la p'tite perdrix qui essayait de sortir des pistes d'orgnal. C'est une somnambule, elle. A' marchait en dormant pis elle l'avait l'air de trouver que je faisais dur avec mon patsack. Pour moé, était gelée, elle. Pis moé, ch'tais crampé.
Rendu su' l'top d'la montagne, quand t'arrives au p'tit cric, après l'vieux bûché, tu fourches à gauche pis tu poignes le bois d'érables. Là, en dedans de que'ques arpents, t'es rendu. Un p'tit vingt minutes. Une ciboire de belle place à orgnal, Linel. Mets-en! Mais j'étais fatigué en écœurant rendu su' l'top. C'tes crisses de guides-là, ç'a pas d'coeur! Y marchent en barnak, eux autres. G, y s'est rendu au camp, y'a lâché son patsack plein d'affaires pour nous autres (nous autres, ça, c'est juste le notaire), pis y'est r'venu dans c'te trail sale-là, y'a pris nos patsacks à moé pis au notaire pis y les a montés su'l top. Y'est en forme en Jésus-Chist, lui. Son frère avec. Ch'comprends qu'y s'perde en ville. Y'est pas fait pour ça pantoutte. Y'est bin mieux dans l'bois, l'pauvre crisse. (Pis l'notaire pis moé on a l'air moins tatas en ville, ch'crée bin.) Ça fait que rendu su'l top, t'as un méchant beau camp. (cliquer ICI pour une photo du camp) À hauteur d'homme, mon homme, tout en polythène, avec une arnache en bois mou pis un plancher en vinir. La vraie place! Pis là, t'as des lits bateaux là-dedans. Bin non! Y'ont pas de matelas. Rien qu'le bunk, là. Le spring. Un par dessus l'autre. Deux fois. C'est bon pour quat'e z'hommes, si on compte le notaire là-dedans. Même si y'est plus notaire que z'homme, y'est membre, lui, au moins. Dans l'camp, t'es comme dans un char convertible. C'est comme si t'étais dehors. Tu peux r'garder dehors, le jour, à travers le polythène pis checker pour voir si y'a de l'orgnal qui passe. Pis lui, y voit pas pantoutte en d'dans. La nuitte, c'est l'contraire. Tu vois tout en dedans quand t'es dehors pis, si t'es en dedans, tu vois rien dehors. Ça fait que la nuitte, c'est l'orgnal qui te check. Pis t'as le chauffage, en plus. C'est une p'tite truie que l'guide laisse là, dans l'bois, quand qu'y démanche son camp après la chasse. É' trop pesante pour se la faire voler. Ça, ça chauffe! Mais é' bin p'tite. Ça fait que tu prends des p'tites p'tites bûches. C'est pas grave, c'est l'guide qui prépare le bois de chauffage. Avant qu'on arrive, surtout. Ça dure dix minutes chaque pis tu peux en mettre deux. C'est bin bon pour l'air fraîche, la nuitte. Y faut que tu t'endormes dans moins de vingt minutes parce qu'après ça c'est le trouble qui commence: le frette. À moins que tu te relèves pour en remettre d'autres mais, ça, ça peut te réveiller encore plus, ça fait qu'y faut que tu y penses. Ça aussi, ça réveille, penser. Faut que tu penses vite pis pas longtemps en même temps. Pis pas trop à la fois non plus. Ça t'en fait pas mal à penser. C'est assez pour te réveiller au bout. Ça fait que t'es mieux de t'endormir avant les vingt minutes. Le premier soir, ç'a pas marché parce que le gros y'avait mis son timer après sa montre à trente minutes. C'est bin curieux, ça, un notaire. Y voulait voir si y s'endormirait dans vingt minutes. Ça fait qu'y a réveillé tout l'monde qui dormait quand ça s'est mis à sonner. Après, y l'a pu refait parce que c'te soir-là y'a pas été capable de se rendormir de la nuitte. Ch'te dis qu'y était pas d'équerre le lendemain.
Le matin, après le déjeuner, y sont allés à la boîte à lettres (qu'y disaient, en sortant, chacun leur tour). Le guide, son frère, le notaire. Bin, pas dans cet ordre-là. C'est le notaire en premier. Toujours! Pis les autres, après. N'importe qui. Lui y'est premier. C'est normal que ses lettres partent en premier, c'est "son" club. Moé, j'ai pas catché la gaffe sur le coup, comprends-tu, Linel? On était dans l'bois, perdus su'l top d'une montagne, à dix heures de Montréal pis de Québec, pis vingt z'heures de Toronto. Niaise, mais niaise égal! Je l'sais bin qu'y a pas de boîte à lettres là. Y me prennent-tu pour un casse de bain, sacrament? Entrécas. Moé, j'avais hâte qu'ils arrêtent avec leur niaisage de boîte à lettres parce que j'avais envie en barnak. Là, quand le dernier est revenu de la malle, moé j'ai rien dit pis chu parti chier dans l'bois. Ça, j'haï ça! Tsé veux dire, Linel. J'aime pas mal mieux la ville pour ça. Calvaire! Pis y fait moins frette en ville, en plus. Pis c'est plus tranquille. C'est ça, leur boîte à lettres. Le guide, y pense à tout, lui. Y'a construit ça avant la chasse. Y faut dire que c'est pas bin bin long à construire. Y'a coupé un gros arbre, pis il l'a coupé pour faire du p'tit p'tit bois pour la truie, pis y'en a gardé un bon bout solide pis y l'a cloué entre deux arbres pas trop loins. Moé, ch'pensais que c'était pour faire un sci-sca quand j'ai vu ça en arrivant. J'me suis dit "peut-être que l'guide y'a amené sa p'tite parce qu'y peut pas tout l'temps la voir à son goût, asteur, sa p'tite fille. Depuis qu'y a lâché sa femme, ça l'air qu'est pas mal choisisseuse à sa place. Mais non. La p'tite était pas là. Tant mieux pour lui parce que c'est bin fatigant des enfants. Surtout dans l'bois, à chasse. Bin, j'veux dire, c'est sûr que c'est tout l'temps fatigant des enfants mais dans l'bois on dirait que c'est pire. Surtout des filles! Pis c'est chialeu en plus. Entrécas. Ça fait que si tu veux te servir du projet boîte à malle, le matin, y faut que tu seilles pas mal d'équerre. Ça prend de l'équilibre en maudit pour aller aux bécosses là parce que si tu tombes tu te r'trouves dans marde. Pas à peu près!
Depuis ce temps-là, quand j'veux envoyer chier l'gros, j'y dit "veux-tu bin aller te maller une lettre, toé!" Y'aime mieux ça de même, devant le monde, parce qu'y comprennent pas. Y'aime bin ça le monde qui comprennent pas trop, trop, lui. Ça pose moins de questions de même qu'y dit. C'est moins fatigant. Anyway, y dit qu'y se sent plus notaire quand je l'envoie chier de même. Moé, ch'pense que le monde c'est bin rare qu'y comprennent que'que chose anyway, ça fait que j'me casse pas la tête avec ça. Y peuvent bin tous aller se maller une lettre, eux autres, si ça leur tente, ça me dérange pas pantoutte. J'm'en crisse, Linel, tsé veux dire. Mais là, tu me fais penser. J'me demande que c'est que sa mère au notaire a' voulait dire. Sa mère, elle, depuis qu'y est p'tit ... non! Y'a jamais été p'tit!... qu'a y dit d'aller se faire cuire un œuf, des fois. Ché pas que c'est qu'a veut dire par là, elle? Y'avait peut-être un poulailler chez eux, lui, quand y'était pt'it, à place d'une boîte à lettres? Qu'est-ce que t'en penses, toé, Linel?
Notre premier jour dans l'bois, ça faisait une semaine que not'e guide était là. Un ostie d'guide, mon homme. Y'avait guidé des Inuïts du Danemark la s'maine d'avant. C'est assez rare, ça, des Inuïts du Danemark par icitte. Moé, j'en ai jamais vus. Eux autres, y sont v'nus à chasse au-caribou-du-sud qu'y appellent. Mais c'était pas chanceux, c'te s'maine-là, ça fait qu'y ont pas tué. Mais ça, ça fait rien. Y'étaient aussi contents que nous autres quand qu'y sont partis. Badluckys, les pauvres crisses. Ça l'air qu'y a mouillé toute la s'maine qu'y ont été là. À scieaux! Y sontaient presque pas sortis du camp d'la s'maine. Y'avaient oublié leurs suits de pluie. Ça fait qu'y ont chassé au De Kuyper. Y'étaient tellement contents de leur s'maine que ça l'air qu'y étaient supposés laisser trois cents piastres pour le guide, à Dévid, mais y s'en rappelaient pas combien pis y'ont laissé rien que cent vingt-cinq. C'est ça qu'y a dit, Dévid. C'est l'guide qui a l'air de se rappeler d'eux autres pour un bout. Crisses de voleurs!
Dévid... Y s'appelle pas Dévid. Y s'appelle Davidson... C'est écrit sur son t-shirt noir: Harley Davidson. C'est pas bin bin l'temps de s'appeler de même avec les affaires que les bœufs ont trouvé dans les sleeping bags, dans le fleuve, dans l'bout de Sorel. C'est peut-être pour ça qu'y dit qu'y aime pas ça coucher dans un sleeping bag, lui. Si c'est ça, y devrait être pas pire à chasse, surtout la chasse de ville. C'est peut-être pour ça qu'y gardait tout l'temps son cellulaire caché en dessous de son t-shirt noir. Surtout que ça marche pas, ça, des cellulaires, dans l'bois. Pour moé, c'est pas un Cantel son cellulaire, c'est un Smith & Wesson semi-automatique pour la chasse à l'homme. Pis y se promène avec des gros tatoos sur les bras. C'est pas le temps bin bin pour ça non plus. Entrécas, ça c'est-pas-de-nos-affaires... Pis y'a personne qui le sait pourquoi y se cache dans ce bout-là, Dévid. Même pas les bœufs. Y savent même pas qu'y est là! Comment y f'raient pour savoir qu'y se cache?! "Si" y se cache. Dis-y pas que j'ai dit qu'y se cachait, toé-là, Linel. Mon hérode, toé! Y'en a qui disent qu'y se cache... c'est pas moé, ça. Tsé veux dire. Y'a des jaloux partout, que c'est qu'tu veux, Linel...
Dévid, c'est un gars qui parle pas gros, ça. Y parle pas gros, pis y parle grave. Pis on dirait qu'y te r'garde fort quand qu'y te r'garde. Moé, y m'a rien que dit "... bécic à gaz? Y'as-tu que'qu'un qui t'a demandé l'heure, toé?" J'ai tout de suite compris. Y'a pas de bécic à gaz qui se cache icitte! O.K., là? Pis j'ai r'marqué qu'y aime pas ça se faire regarder. Ça fait que, pour moé, c'est sûr que c'est pas lui qui a dû voler le guide. C'est c'tes crisses d'Inuïts-là. Chu pas mal sûr.
Y parait que c'est bin bon pour l'orgnal après qu'y a mouillé. Le guide était content en s'il vous plaît quand qu'on a arrivé là. Y faisait un beau soleil, mon homme. Une vraie belle journée. C'est là que l'guide y'a dit que ça faisait une semaine qu'y attendait le crisse de soleil. "Là, ça va tomber les orgnaux!" On a le droit à deux, à quatre. C'est pour ça que le notaire a dit au guide d'apporter son frère avec lui. Pis ça fait un guide de plus, en plus. Gratis. Pis lui, bin, y'est bin content, le frère du guide. Même qu'y s'est presque pris pour un gars d'la ville un moment donné. Un peu plus pis y se prenait pour un notaire, c'te crisse-là. Parce qu'y parle anglais, en plus. Mieux que l'notaire. C'est pas tough, tu vas m'dire, là, mais... Ça fait que moé, trompe-toé pas, ch'te l'ai envoyé à boîte à lettres assez vite, lui, le frère. Drette là, en y voyant la face. Ça pas été long. Y'a compris. Y'est venu la face longue de même. Pis rouge. Y'a pas dit excusez-moi de vous demander pardon pis c'est juste. C'est un vite, lui. Y'est comme son frère. Y'a compris. Pas à peu près.
Un vrai bon guide, son frère. Mais y'a pas d'orgnal qui a tombé là. Le seul qui a tombé, c'est moé, en redescendant la crisse de trail. Chu tombé en pleine face dans bouette juste avant d'arriver au 4 par 4 du notaire, comme on s'en retournait au ch'min pour s'en aller en ville. Sur le coup, y'a bin pris ça, le notaire. Ch'comprends, tabarnac, c'est moé qui est tombé. Mais ce que j'ai pas aimé trop, trop c'est qu'y a trouvé ça drôle. Attend, toé, mon testament de notaire! que j'me suis dit. C'te bouette-là, c'est comme d'la marde d'orgnal. Ça puait l'crisse partout autour de moé. Ch'te dis que son 4 par 4 y'a mangé la claque, Linel. Ça sentait la chasse là-dedans rendu en ville. Ça y'apprendra à rire des autres, lui, pis à faire le smart. Oui, monsieur! C'est sa femme qui a dû être contente. C'est à elle, ça. C'est son char à elle, le 4 par 4 neuf. A' y'a passé pour aller à chasse. Y'avait plus l'air neuf là, un coup revenu. Ça fait que moé, sur la route, avant qu'on arrive en ville, j'y dis au chauffeur-notaire "c'est pas grave, ça, un p'tit peu de bouette de bois dans ton char neuf. T'as rien qu'à le faire laver par ta femme, en arrivant. Y'a rien là. A' travaille pas, rien. A' rien que ça à faire. A' va t'être contente de faire ça pour toé." Ooopps! Là, y'a eu un drôle d'air, pis... y'a pas dit grand-chose. Y m'a regardé, de même, pis y'a continué à pas dire grand-chose. Pis là, après, y'a rien dit pantoutte. Y'avait la face toute rouge. Pis là... y'a recommencé à regarder en avant, en chauffant son 4 par 4 neuf. Crisse que ça puait dans c'te char-là. J'y ai demandé si y voulait une palette de chocolat qui me restait; moé j'en mange pas gros de ces affaires-là pis lui y'aime bin ça. J'me rappelle plus du reste. Pis c'est pas dans mes plans d'y en reparler.
Ça fait que, là, le soleil du guide, le notaire pis moé on a rien dit mais on s'est dit "si y le dit, c'est lui le guide, d'après moé on va tuer ça s'ra pas bin long" parce qu'y faisait beau en barnak. C'est là qu'on a vu qu'on avait que'qu'un comme guide. Le premier jour, y'était debout à cinq heures. Yes, Sir. Cinq heures. Le deuxième jour, y'était debout à sept heures, le troisième jour à dix heures y'était pas encore debout, pis le jour d'après y'était une heure et demie de l'après-midi quand j'ai posé pis y dormait encore. Check le portrait que j'ai pris, c'est lui qui dort! [Cliquer ICI pour voir la photo] Pour moé, y'avait décidé de vêger, lui là. (J'en passe des p'tits bouts, Linel, tsé veux dire. J'y ai promis qu'on en parlerait pas.) Un méchant guide, mon homme!
Le soir, y m'a fait rire quand y m'a conté comment y'est badlucky. Crisse que c'était drôle, ça. C'est un vite, Linel. Pis y s'enfarge pas dans les fleurs du tapis. Bin, y faut dire qu'y en a pas gros de tapis chez eux. Anyway. C'est lui qui est gardien de la dam du grand Wayagamac. Ça fait que moé j'y demande de même, un bon soir, qui c'est qui rouvre les droppes pour faire baisser le niveau du lac quand qu'y mouille trop? Y me dit "asteur, c'est moé. Tout seul. J'ai plus besoin d'eux autres. J'ai trouvé un ostie de bon truc pour me débarrasser d'eux autres." Ça fait que moé j'y demande que c'est que c'est ton bon truc? Le notaire, y me r'gardait là! Bin, c'est parce qu'un guide c'est pas du monde comme nous autres, ça, pis t'es pas supposé jaser trop trop avec ça, tsé veux dire. Qu'y mange donc d'la malle, lui, le notaire! On avait bin du fun G pis moé. Check ça, Linel, tu l'créras pas. Là y'a mis une p'tite p'tite bûche dans truie parce qu'y faisait frette pis là y nous l'a conté au complet. Le notaire écoutait pas mais y l'entendait pareil. Ça fait que mon G y'a essayé ça. Tu prends un' ostie de grand goal, t'as rentres dans la poignée pour la bloquer là pis là en t'approchant d'la poignée tu t'enfarges dans la grand goal, là la goal débarque pis la poignée débloque pis là la poignée se met à tourner de plus en plus vite pendant que les droppes tombent pis là tu reçois la crisse de poignée en plein sur la gueule en tombant toé avec. Là, t'as toute la mâchoire décrochée pis la face en sang. C'est comme ça que j'ai vu que c'est tout un homme c'te guide-là. Y'a rentré dans sa maison la gueule toute décrissée pis en sang pis là y'a fait croire à son frère qu'il s'était battu avec son boss pis qu'y y'avait câlissé une tabarnac de volée pis qu'asteur c'est lui qu'y va descendre les droppes tout seul pis qu'y reviendra plus l'écœurer son crisse de boss. (Un ostie de bon truc, hein Linel?) Moé, j'étais crampé! Pis y'est même pas allé à l'hôpital c'te gars-là. Bin, c'est parce que quand y'est venu pour prendre son pick up, dehors, ses quatre tires étaient flats pis y'a pas grands autobus là, en plein bois.
Le notaire, lui, y savait pas trop quoi faire après l'histoire de G. C'est un membre, lui, faut jamais oublier ça. Après tout, un guide, t'es pas supposé rire avec ça. Dans l'temps, les anglais, y leur parlaient même pas aux crisses de guides. Y leur faisaient juste des signes. Des fois, pas tout l'temps. Pis des fois y leur en faisaient même pas. Pis? Le crisse de guide, lui, y chiollait-tu quand y mangeait une bonne tappe s'a gueule ou un bon coup de botte de chasse dans les côtes? No, Sir. Y'a fermait! Les anglais, y les laissaient coucher dehors, eux autres, les guides. Pis? Y chiollait-tu pour ça, l'guide? Pantoutte. Y'était bin content d'avoir le droit d'être couché, lui. C'était pas comme asteur. Y'avaient pas le droit de jaser, ça c'est sûr. C'est normal. Sauf si un anglais y posait une question. Là, y'avait le droit d'y répondre mais juste en anglais. Pis juste à la question. Pis si l'anglais comprenait pas sa réponse à cause que c'est pas tous les guides qui parlaient l'anglais bilingue à Tuque, même dans c'temps-là, bin le guide y v'nait de perdre cinq piastres. Tu vas m'dire que c'est pas gros. C'est sur, mais c'est parce que ça c'est le prix qu'y les payait, les anglais, pour une journée d'ouvrage. Si y travaillait fort. Mais le guide, lui, y la fermait. Bin, y'avait le droit de rentrer dans les camps mais juste aux vingt minutes, la nuit, pis juste pour aller mettre du p'tit p'tit bois dans la truie pour pas que les anglais gèlent, eux autres, pendant qu'y dorment. Mais fallait qu'y fasse pas de bruit, là, le guide, pour pas réveiller les anglais. C'est normal, ça avec. Pis le jour, quand qu'il avait sa journée dans l'corps, y'avait le droit de rentrer dans les camps y too pour servir les De Kuyper aux membres pis faire leur ménage pis leur manger. À part de ça, y rentrait pas. Dans c'temps-là, le monde savait vivre, crisse! Asteur, c'est bin changé, Linel, y'a pu rien qui marche. Avant, c'était ça pis c'était tout. Asteur, c'est pu pareil. Y sont rendus tellement demandeux que c'est rendu qu'y a des guides qui veulent même plus guider. Hey, ça se peut-tu, ça? On devrait tous les sacrer dans la boîte à lettres, eux autres, des fois. Le monde est rendu trop mou, Linel. Ch'te l'dis! C'est pas bon, ça, pour eux autres. Pis ça commence à faire à part de t'ça! Lui, l'notaire, y'est pas mal anglais de ce bord-là. Ça fait que le bon truc du guide, là, y'en a ri un p'tit peu mais pas gros. Y'est traditionnaleux pas mal, le notaire. Tsé veux dire. Y'est drabe. Pis là, un moment donné, y'en pouvait plus de jouer au membre pis y s'éclate de rire. Y'était plus capable de lâcher de rire. Y'est bouffon, le notaire, quanqu'y veut. Mais moé c'est la seule fois que je l'ai vu vouloir de même. Y'en a ri une shot, là. J'le reconnaissais plus. Là, on s'est tous remis à rire toute la gang. C'est pas le yable pour l'orgnal ça non plus.
C'te soir-là, après l'histoire de G, on s'est couché. Y faisait frette en barnak. C'est pas frileux, ces crisses de guides-là, Linel. Y d'vait faire autour de cinq degrés dans l'camp. Eux autres, y se couchent rien qu'en bobettes. Y jumpent dans le sleeping de même, that's all. Pis y'ont pas frette, ces maudits-là. C'est vrai qu'y sont pauvres pas mal, les pauvres crisses. Y'ont peut-être rien d'autre à se mettre sur le dos. Y sont bin chanceux, ça leur fait moins pesant de même pour grimper en haut. Si y fallait qu'y se montent des patsacks avec du linge pis des affaires à eux autres là-dedans, en plus des nôtres, ça finirait plus ça. Y seraient encore en train de charroyer. Pis nous autres, pendant c'temps-là? On niaiserait, le notaire pis moé? Non, non, non! On est pas venus à une partie de charroyage, on est venus à chasse. C'est aussi bin de même. Pis y sont assez contents de coucher en d'dans, asteur, qu'y ont plus rien à se plaindre. Y sont mieux, crisse, de pas se plaindre! Avec tout le trouble qu'on se donne, nous autres, pour eux autres: on lâche nos femmes, nos enfants, nos chums, nos belles grosses maisons bin chauffées, la ville, tout. Juste pour les faire guider? Un instant, là! On fait pas tout ça pour eux autres pour rien, nous autres. Pis on paie, en plus. En plus du tip. Wow, là! Mais chu sûr qu'y le savent qu'y sont bin avec nous autres pis qu'y sont chanceux de nous avoir. Ché pas que c'est qu'y f'raient, eux autres, si on étaient pas là. Y f'raient dur!
Le notaire pis moé, nous autres on étaient équippés pas à peu près pour dormir. Des bobettes, par dessus ça des sous-vêtements d'hiver à grands manches en laine de chasseur, un pyjamas en flanalette par-dessus, un suit de skidoo au grand complet, une tuque, pis des bas de chasseur. Ça c'est pareil que des bas de guides mais mieux lavés pis plus souvent. Pis pas de trous dedans. Pis on couchait dans un sleeping bag en duvet. Ça, c'est chaud en étoile. Crisse qu'on a eu frette! Ça s'peut pas avoir frette de même. Ché pas comment qu'y font c'tes crisses de guides-là. Nous autres, après la première nuit, on a rajouté chacun un autre sleeping bag., un gros arctique. Ça c'est gros. Ça nous en faisait deux chaque. On a gelé pareil. Encore plus que la veille. Après qu'on a gelé pendant proche une semaine, le crisse de guide y me dit à moé "pourquoi que vous dormez pas comme nous autres?" Y'aurait jamais osé dire un' affaire de même au notaire. Nous autres, ça, c'est lui pis son frère. Pas son frère qui est resté avec Dévid pour le cheker, là. L'autre. Le grand, là. Y travaille à la C.I.P., à Tuque. Bin, pas mal tout l'monde travaille à la C.I.P., à Tuque. Les autres, y sont surtout sur le B.S., ça l'air. Ça fait que le notaire pis moé on a dit o.k. On s'est pris juste un de nos deux sleepings chaque, pis on a couché en bobettes. On a jamais aussi bin dormi de notre vie. Faut dire que ça faisait proche une semaine qu'on dormait pas. On étaient morts. C'est des trucs de bois ça, ç'a l'air. Plus que tu t'habilles, plus que t'as frette. Un crisse de bon truc! Mais comme on partait le lendemain...on est arrivés fatigués en écœurant pareil en ville.
Un' autre affaire qu'y faut que ch'te conte, Linel. Un soir, c'était la nuitte. Y faisait noir comme chez le yable. Mais y faisait encore plus frette qu'y faisait noir. Tu sais comment qu'y peut faire noir dans l'bois, Linel. Surtout la nuitte, l'automne, à grosse noirceur, pis qu'y a pas d'lune pantoutte, pis pas une crisse d'étoile. Pis y'en avait pas! Pis bin du vent. Bin ça, ça te montre comment qu'y pouvait faire frette quand ch'te dit qu'y faisait encore plus frette que noir. Moé, j'ai eu la badluck de pas m'endormir avant le notaire. Ça c'est pas chanceux. C'est comme pour la poule, ça, mais à l'envers. À la poule, si le gros tire pas y'a personne qui tire. Pour dormir, c'est pareil mais c'est le contraire. Si l'gros dort, lui y ronfle comme le train à Tuque quand qu'y s'étouffe en montant la grand'côte. Ça fait qu'y a personne d'autre qui peut dormir. Tu te d'mandes tout l'temps si y'est en train de dormir ou bin de mourir. Pis ça c'est bin fatigant, Linel, quand t'essaies de t'endormir! Y'est pas r'posant.
J'me demande comment y fait pour dormir avec du bruit de même. Pour moé y dort au gaz, lui là. Ça fait que c'est ça qui est arrivé c'te soir-là. C'est "son" club, pis c'est "lui" qui dormait. Moé, un moment donné, je lâche un p'tit ouac au guide. Y dormait pas lui non plus. Y'écoutait l'train, lui avec. Ça fait que j'y dis "on va-tu au jack?" Tsé, c'est toutes des osties de braconniers c'tes guides-là. Tsé veux dire, Linel. Ça fait qu'y m'dit, "bin, tu sais bin que c'est défendu, ça". Ah bin là je l'ai pas pris. Ch'te dis que j'y ai parlé dans face. "T'es-tu en train de r'virer hypocrite comme le membre, toé, mon tabarnac?" Là y'a répond, pis vite "Non, non, c'tait une joke." Ça fait que moé j'y ai répond "C'est pas grave, ça, G. Des jokes chu capable d'en prendre. Mais là l'notaire y'est parti pour dormir toute la nuitte pis a s'rait bonne si on y'allait pis qu'on tuait. En paix!" Tsé veux dire, Linel. Parce que, le jour, y'aurait fallu être bin badlucky pour tuer avec un gars de même autour. Y tousse avant de partir, comme ch't'ai dit, mais c'est pas toute ça. Rendu à cache, là y faut qu'y s'installe. Ça fait toujours un p'tit peu de bruit, ça, un notaire qui s'installe; ça craque tout l'temps un p'tit peu, lui, de son bord. Les autres, non, mais lui on sait pas pourquoi, ça craque. Même si on échange nos spots avec lui. Y'a rien qu'à sa place à lui que ça craque de même. Après ça, une fois qu'y est installé ( un notaire installé ICI ) pis que ç'a fini de craquer y faut qu'y tousse un peu, tsé veux dire. Au moins une couple de fois. À chaque fois qu'y s'installe. Ça fait un bon p'tit bruit, ça avec, dans l'bois. Ça fait qu'après ça bin y faut qu'y te lâche un pt'it ouac pour te dire que c'est pas de sa faute, y s'excuse d'avoir toussé. C'est la faute d'la cigarette. C'est un vrai ombudsman d'la faune, c'te sacrament-là. À chaque fois qu'y tousse, de même, t'en as pour une couple d'heures à attendre pour rien. Y'a pas un orgnal qui va sortir du bois avec du bruit de même. Pis là, aussitôt que t'as oublié qu'y était là, lui, y'a toujours des p'tites provisions en cas qu'y se perdrait entre la cache pis le camp (c'est dans les alentours d'une couple de cents pieds de loin, pis t'as une trail clean comme un' autoroute entre les deux, mais on sait jamais. On y fait attention pour pas le perdre parce que c'est lui qui a les clés du char)... ça fait qu'y faut qu'y se mette à manger un p'tit que'que chose parce qu'y a rien à faire pis ça y fait penser à son bureau, pis ça y gâche le trip. Tsé veux dire, Linel. Une bonne palette de chocolat enveloppée dans du papier aluminium, ou bin un p'tit gâteau. Ça fait pas gros de bruit ça non plus, dans l'bois, tsé veux dire. T'entends ça jusqu'au Tom, en bas d'la montagne, câlisse! Pis l'orgnal, y'aime pas ça le chocolat, c'est tu clair ça? Calvaire! Ça l'attire pas, ça y fait peur! Il haï le chocolat! Pis le bruit du papier aluminium y too. Ça fait pas naturel, dans l'bois, de l'aluminium. Ça l'effarouche pis y s'pousse. Comprends-tu ça? Non! Y' comprend pas. Ça fait qu'y continue. J'ai hâte qu'on débarque du club pis qu'on embarque sur la Zec, nous autres. Après le chocolat, tsé, un gars se tanne d'attendre. Y'a pas encore commencé, lui, là. Y'a pas eu l'temps, y'était trop occupé. Ça fait qu'y se prend une bonne cigarette. C'est pas grave, là, y vente pas gros! "Bof! Y sentira jamais ça, l'orgnal. -Bin non, c'est sûr, y'a poigné la grippe pis y sent plus rien." Pis dire qu'on est armés, nous autres, tout c'temps-là. Y'est chanceux, lui, quand tu y penses, Linel... Y veux-tu r'virer en accident de chasse, lui? Ça fait que pour faire une bonne chasse, tsé, t'as rien qu'à le lâcher dans l'bois de bonne heure le matin pour cinq ou dix minutes pis t'es fait pour l'avant-midi. Là, tu le relâches après le dîner pis t'es bon jusqu'au soir sans orgnal. Pis l'soir, comme le gros chasse pas y'a personne qui chasse. Ça te fait un' autre journée de faite. Après quatre cinq jours de même, y faut que tu commences à penser à t'en aller. Pis y se demande pourquoi qu'y tue pas? Pour moé y se fait payer par la gang du territoire d'à-côté pour leur envoyer notre orgnal. Le guide, la seule fois qu'y a tué avec lui c'est quand le gros était pas là, avant qu'y arrive. Ch'pense que l'guide y commence à le connaître c'te gros-là. Ça doit être pour ça qu'y passe son temps à dire qu'y va aller faire la vaisselle aussitôt que l'notaire arrive à cache. C'est plus un guide, ça, crisse. Y passe son temps à faire d'la vaisselle pis à préparer à manger. C'est une vraie bonne, sacramant. Pour moé y'est découragé, G. Y fait une dépression nerveuse. C'est pour ça qu'y se lève plus le matin. Ça fait que là, moé, j'y dis à G "ça pourrait peut-être être chanceux pendant que l'autre continue à faire le train. On devrait en profiter." Ça fait que là on est partis en vrais chasseurs, avec le frère du guide, pis on l'a laissé là, lui, le train!
Y faisait frette en pas pour rire dans l'bois. Pas de cigarette, pas de bruit. C'était parfait. Pis on était bin cachés. Trop. On voyait plus rien. Juste des arbres, proches, proches. C'était de l'ombre d'arbres. Y nous cachaient la vue. La noirceur avec a' n'en cachait un bon bout. Moé, je dis au guide "t'es-tu sûr qu'on est à la bonne place?" Pas fort. Y'a pas répond. Moé, j'me dis que y'a pas un orgnal qui va nous trouver icitte! On est bin trop bin cachés. Pis à la noirceur en plus. Pis on avait nos spottes de chasse mais faut pas éclairer avec parce que tu vois plus rien si tu les ouvres. L'orgnal, lui, la nuitte dans l'bois, (bin, lui y'est pas mal tout l'temps dans l'bois, là, c'est pas ça que j'voulais dire, Linel)... ça le dérange pas la noirceur. Lui, y voit comme en plein jour. Pis y'est capable de courir comme en plein jour avec. Nous autres, c'est différent. Ouan! C'est pas pareil. Pour le voir, y faut l'entendre avant, pour bin faire. Au moins le temps d'ouvrir les spottes, si tu veux l'voir pour tirer... avant que ça seille lui qui te trouve. C'est comme un gros problème, ça, une fois rendu au jack. Surtout si y vente. T'entends rien que le crisse de vent. Pis y ventait. Ça fait qu'entendre l'orgnal avant de l'voir, ça commence à être un contrat ça, mon homme. Moé, ch'commençais à avoir la chienne. Pis là, ché pas pourquoi, l'guide y se met à dire "ha bin crisse, pas lui avec!" C'était moé, ça, c'te "lui avec" là.! -"C'est pas d'ma faute, c'est la cigarette qui m'a fait tousser". Y paraît que ça fait tousser plus, à noirceur, Linel. Mais y'a bin fait de dire ça parce que ça m'a arrêté bin raide de tousser. Là, j'me suis remis à avoir frette pis j'ai commencé à checker un peu plus autour, (pis à "shaker" un p'tit peu, y too) pis à penser au beau gros panache qu'ils ont au Club House du Club du notaire. À la noirceur, la nuitte, en plein bois, moé qu'y a toujours rêvé d'en avoir un de même dans l'salon chez nous, ch'commençais à le trouver dans le très gros merci, mon Linel, le panache du Club House du Club du notaire. Surtout quand tu penses à ce qui est accroché après quand c'est vivant tout ça. Là, je checkais entre les arbres pis j'me suis rendu compte qu'y passe pas. WOW là, chose! Parce qu'un orgnal qui passe pas, ça s'enrage bin raide, ça. Surtout si y'avait l'idée de v'nir checker pour voir qui c'est qui l'a callé de même. Ch'commençais à avoir moins frette, là, moé, à force de penser à ça. Ch'commençais même à avoir chaud, un peu, en arrière des oreilles. J'étais en train de poigner les kittles. Y le disent sur les paquets de cigarettes que ça peut te faire faire des crises cardiaques, fumer. C'est pour ça que j'avais la chienne. Je m'entendais battre le cœur à planche. J'entendais même plus le train. Ça, c'est à cause de la cigarette, certain. Moé, chus pas comme le notaire. Quand j'ai peur, je l'sais. Pis ch'fais pas semblant. Mais y'a un bout entre avoir peur pis pas. Moé, c'était pas la chienne du bois qui me faisait peur. O.K.! C'était le cœur qui battait trop vite! Pis une p'tite affaire trop fort, avec. Pis c'est pas parce que j'avais peur, c'est-tu clair ça? Pis ris pas de ça, toé, Linel! Mon testament, toé!
Lui y'aurait eu la chienne en barnak, à ma place, le notaire. Y'est fait fort mais y'est bin pissou. Mets-en, Linel. Gros, oui, mais … Ça, c'était la vraie chasse. Bin, c'a pas duré longtemps. Un moment donné ç'a commencé à piocher pas loin. Moé, je dis au guide, pas fort, "t'as-tu entendu ça? Y'en a un pas loin. - J'ai-tu entends quoi, qu'y dit? -Ça! A bin crisse!" C'était le notaire! Y s'était relevé pis y'a dû avoir peur quand qu'y a vu qu'y était poigné tout seul. Y'a décidé de caller l'orgnal en frappant du marteau sur une poêlonne. Là, le guide y m'dit à moé, "coudon, lui, y'est-tu juste déguisé en débile ou bindon c'est un vrai?" Moé, ch't'ais tellement poigné par suprise que j'y ai pas répond. Quand qu'on a arrivé au convertible, y'était en train de la débosser avec le marteau, la poêlonne. A' le fatiguait assez parce qu'était bossée, c'te poêlonne-là, qu'a l'a réveillé. Y'es-tu assez grave à ton goût, Linel? J'y ai dit que c'est comme un convertible, ça, câlisse! T'as-tu déjà vu ça un gars en convertible avec la musique au bout? Tu l'entends-tu, le gars, quand qu'y passe? Bin, ça, c'est pareil. C'est pire! Ça fait que fini la chasse au jack, tsé veux dire. Quand l'gros chasse pas, y'a personne qui chasse! C'est la poêlonne qui l'a réveillé! Calvaire! Pis y'a le front de bœuf de nous dire ça à nous autres, c'te câlisse-là! Là, y devait se sentir mal avec sa batterie de cuisine quand qu'on a arrivé, ça fait qu'y a fait du café. Ch'te le dis! Oui, oui! Lui! De coutume, y demande au guide pour avoir du café. Y y demande pas la permission, là. Ch'te l'ai dit, y'est vite le guide. Y y donne du café, c'est tout. T'as rien qu'à y demander si tu peux avoir de quoi. Tu peux. Y te l'donne. Mais pas là. Là, c'était le membre, chose, qui nous dit "un bon p'tit café pour ces messieurs?" On a gelé là, nous autres. On a pu les membres qu'on avait. -Mon gros crisse, toé! Wow! Prends ton gaz égal, là! J'ai eu assez peur, ostie. Ch'pensais que c'était un gros buck que j'avais entendu, moé. Ch'pensais qu'y était choqué pis qu'y fonçait sur nous autres. Y'aiment pas bin bin ça se faire niaiser sur le call, les orgnaux. C'est pas tout. Là, le notaire a sorti une crisse de can de foie gras. Truffé. Du Périgord. Yes, Sir! Pis y dit "en voulez- vous?" Même au guide pis à son frère, là. Sa-cra-ment! Y'a eu peur pas à peu près, lui là! "On es-tu encore à chasse, là, nous autres? Oui monsieur, en plein à chasse! En plein bois! Proche passé deux heures et demie du matin!" En-vou-lez-vous? Câ-lisse! Y'est flyé, à soir, le notaire. Du foie gras du Périgord! Pis truffé à part de ça! Calvaire! On est membre ou on l'est pas. Ça fait que, là, le guide y dit -"tu m'poignes un peu par surprise, là, monsieur l'notaire." Non! Jusqu'asteur y disait "vous." Ch'comprend, ça fait juste dix ans qu'y se connaissent! -C'est quoi, ça?" que G. d'mande à monsieur le notaire. Ostie! Monsieur l'notaire, mon cul, oui! Là je l'aurais envoyé se maller une lettre, lui! Ça fait que le crisse de notaire y fait son smart, tsé veux dire, Linel. Y rouvre sa can de foie gras truffé. Là, le guide y regarde ça de même, d'un peu plus proche, pis y sait pas trop quoi faire. Y commence à avoir peur en crisse, c'te guide-là. Pour son tip! Parce qu'y a pas l'air bin bin intéressé par le foie gras du gros. Ça fait que moé je m'ouvre une can de vrai foie gras, du Paris Pâté, pis ch'commence à manger ça avec du pain blanc tranché Weston, bin frais, bin d'la moutarde pis des pretzels avec des chips BAR.B.Q. "Non, non, d'la moutarde canayenne, notaire, c'est assez bon pour moé. D'la ordinaire, crisse." Parce que sa femme y'avait sacré dans son patsack d'la crisse de moutarde française pour aller avec son foie gras. D'la de Dijon. (Ch'pensais que c'était lui qui menait dans c'te maison- là! Ça parait pas gros quand qu'y vient à chasse.) "Moé, y'a assez de mon foie gras qui est importé." C'est ça que j'y ai répond. Péteux! "Y vient de France, le mien. C'est du Paris Pâté, moé." Pis là, j'ai pris un des pepsis du frère au guide pour aller avec. Là, le guide y'avait l'air de trouver ça louche c'te foie gras-là du Périgord. Lui, y pensait que le Périgord c'était juste à côté du foie. Pourquoi pas? Y'a rien de drôle là-dedans. Ça fait que ça y'a pris tout son p'tit change pour dire au notaire "c'est pas écœurant, ça, chef, ces p'tites affaires noires-là. C'est comme des crottes de sauteux. Des vieilles, là, pas des fraîches. Ch'pense que j'vas prendre du Paris Pâté à l'avocat à place". Ça fait que le notaire, téteux pas à peu près, y dit "c'est vrai ça. C'est ma femme qui a mis ça là mais c'est pas si bon que ça." Crisse de tarlat! (Attache-lé, Linel, j'vas le débiter!) Là, tout était rendu de la faute de sa femme. Ça fait qu'on a mangé du Paris Pâté toute la gang pis on a sâcré son ostie de foie gras du Périgord dans la boîte à lettres.
Une chance qu'y avait un guide là. Le lendemain, y'est parti sans déjeuner tellement qu'y avait bin mangé durant la nuitte. Ça, c'tes guides-là, ça mange pas tout l'temps gros, tsé veux dire. Ça fait qu'y est parti sans manger. Y'a l'air accoutumé. Là, y'a rôdé dans l'bois pas mal toute la journée, qu'y nous a conté en r'venant. Nous autres, le notaire pis moé, on a décidé d'aller faire un tour à "p'tite chasse fine" c'te jour-là. Avec son p'tit fusil de ville.
Avant qu'y parte, le notaire dit au guide "t'amènerais pas ça avec toé pour la journée? J'aimerais ça les tester." Ça, c'était un talki-walki. Un vrai là, gros pis pesant. Ça, c'est supposé que ça call loin pas à peu près. Le guide, lui, y'était bin allège ça fait qu'y l'a pris. Là, y'ont fait des horaires pour les appels, pis des codes pour qu'y se r'connaissent pis toute, pis toute. Pis le guide est parti faire sa virée dans l'bois avec sa map, son tracing -qu'y a fait sur sa map avant de partir- sa boussole, sa carabine, ses balles, son call, son gros couteau, sa ch'mise de chasse carottée, son dossard pis sa casquette. Pis son talki-walki. Pis sa bouteille de pisse de jument en chaleur. Non! Le reste d'la bouteille, parce que ça fait depuis qu'on est rendus qu'y s'en garroche sur lui pis sur son linge à tous les matins pour attirer l'orgnal. C'est de l'eau de Cologne des bois, ça. Y pue en crisse, mon homme. Pis y s'est emmené que'que chose pour se faire un snack. Moé, j'avais envie d'y dire d'emmener du savon, avec, pis de se décrotter dans le lac avant de revenir mais on n'a pas personne de savon. Juste son frère, pis on le sait pas ousqu'il l'a mis. Pis, en plus, l'eau d'lac est frette en jésus de c'temps-là. C'est gelé jusqu'à vingt pieds du bord, le matin, quand qu'on arrive à cache. Ça fait que j'y ai pas dit.
[Le p'tit bout qui suit, Linel, y'est écrit en langue de notaire. Ça va y faire plaisir! Tsé veux dire. ]
Nous, mon ami le notaire et moi-même, partons dès lors de notre côté à la recherche de petit gibier. Nous nous engageons de bon pied sur la piste du retour en direction de son véhicule, abandonné quelques jours plus tôt aux hasards de la route, lors de notre arrivée en ces lieux privilégiés. La randonnée est des plus agréables, l'odeur se dégageant de cette forêt envoûtante qui nous entoure embaume de ses parfums odorants aussi délicats qu'exotiques, l'astre solaire cajole notre visage émerveillé par autant de beauté à la fois mystérieuse et grandiose. Pacte entre gentilshommes, nous nous entendons dès le départ, en vue de préserver la tranquillité de notre petit paradis de chasse, pour ne tirer pas sur gibier qui vive avant d'avoir franchi le ponceau de la Rivière à la Truite situé à mi-chemin entre notre campement de fortune et la route. Parole donnée, parole tenue.
Mon ami, Monsieur le notaire, m'offre d'utiliser sa magnifique arme de calibre .410 alors que nous sommes sur le point de franchir la démarcation tout à l'heure ainsi fixée pour le début de notre délicieuse partie de chasse. C'est trop aimable à vous, mon cher Maître, lui confiai-je sincèrement, témoignant ainsi de ma gratitude face au geste posé particulièrement en tenant compte du fait que vous l'aviez, je le devine, planifié dès le départ sans mot dire. Quelle élégance d'esprit, mon cher. La démarche est appréciable et appréciée. Ne l'avoir pas offert plus tôt de crainte de m'entendre vous prier d'au moins me laisser transporter ce bijou moi-même vous honore, mon ami. C'est grâce à des esprits clairvoyants et généreux comme le vôtre qu'il fait encore bon profiter des petits moments savoureux dont la vie comble ceux qui, comme vous, mon cher, ont su protéger et préserver les véritables valeurs humaines. Votre délicatesse vous honore.
À peine eu-je terminé ces trop courtes remarques à l'égard de ce très fidèle compagnon que soudain surgit d'un buisson ombragé un tout petit animal qui, rapide comme l'éclair, après nous être apparu, aussitôt se tapit pour à nouveau disparaître. Étrange vision évanouie, je crus avoir vu ce qu'en n'importe quel autre lieu et circonstance je n'aurais pas hésité à affirmer n'être rien de moins qu'un simple chat domestique. Mais le lieu ne s'y prêtant guère, non plus que les circonstances, force me fut de conclure à une erreur manifeste de ma part. J'allais m'enquérir de ses impressions auprès de mon compagnon lorsque, à nouveau, j'entendis "grouiller"- le terme n'est pas trop fort- dans le sous-bois à partir de cet endroit précis où l'intrus de tout à l'heure avait disparu. Qu'entend-je, dis-je à voix haute et claire à l'adresse de mon ami, ce savant notaire, qui lui aussi s'était calmement, mais avec cette assurance qui l'a toujours caractérisé, mis à scruter de son oeil de lynx à l'affût le lieu originel de ce nouvel envahisseur du silence. Eût-il à peine le temps de se saisir de mon interrogation que j'avais, de cette arme rarissime, fais cracher le feu dévastateur. En vain! La proie s'enfuit à grands bonds à travers les sous-bois pour rapidement disparaître de nos champs de vision respectifs. Alors vint l'avis du maître. La possibilité qu'il se pût agir d'un chat domestique, ou domestiqué, fut éliminée d'emblée. Il s'agissait bien plutôt d'un lièvre d'Amérique à collerette blanche, communément appelé 'sauteu' par les autochtones, magnifique petit quadrupède à fourrure chamarrée à cette époque de l'année; quadrupède, disais-je, de nos immenses forêts québécoises qui fait l'envie de tant d'amateurs de bonne chair. Mon très généreux ami me fit part de cette recette, digne des plus raffinés palais gastronomiques, dont sa charmante épouse, et non moins excellent cordon bleu, l'a comblé en compagnie de chaleureux convives à la Toussaint. Un civet de lièvre aux pleurotes servi avec sauce au vin, parfumée à l'échalote française et à l'estragon, accompagné de légumes frais et croustillants du jardin de madame, sauté à l'ail des bois et au sel de mer, le tout arrosé d'un grand Bordeaux. En entrée, petits cornichons maison pour accompagner un merveilleux choix de pâtés de foie gras de France, dont cet inestimable pâté de foie truffé du Périgord auquel aucun gourmet averti ne saurait résister sans perdre honneur et réputation au sein de la confrérie des Chevaliers de la dégustation. Quelle classe! Quelle finesse recherchée, séduisante et de bon alloi mais, oh comble de tous les maux, en grande voie de disparition en notre terre du Québec.
Mon ami me mit au parfum en me racontant que ses deux grandes filles, l'aînée, Jurisprudence, dix-neuf ans, et sa cadette, Synthèse, seize ans déjà, bientôt dix-sept, avaient toutes deux fait de brillantes études à Stanislas d'Outremont avant d'entreprendre, chacune, son cour universitaire, Jurisprudence à Nanterre et Synthèse, artiste en devenir, bourrée de talents créateurs, à l'école des Jobert de Paris. Quel avenir rêvé pour ces enfants talentueux dont le père n'a, et avec raison, de cesse de s'en enorgueillir. Le bienheureux homme.
Notre randonnée pédestre fut ainsi des plus délicieuses en si agréable compagnie à telle enseigne que nous épiloguions toujours lorsque nous arrivâmes à bon port.
Avec déférence mon charmant compagnon m'intima d'attendre sur le bord de la route tandis qu'il fit démarrer ce fidèle engin qui se mit tout-de-go à ronronner. Il me fit ensuite monter, après avoir fait demi-tour, et nous nous engageâmes résolument sur la voie de l'aventure prochaine. À peine avions-nous parcouru quelques centaines de mètres que monsieur le notaire m'indiqua, en stoppant net son véhicule, une gélinotte huppée qui se prélassait emmitouflée dans un doux rayon de soleil sur un lit de gravier blanc. Droit devant nous! Quelles couleurs chaleureuses jaillissaient de ce spectacle inattendu! Plumage digne des plus beaux oiseaux de nos contrées. "Mais, allez-y donc, mon ami, à vous de recueillir ce trophée envoyé du ciel," offris-je à mon partenaire de chasse. "-Je n'en ferai rien," me rétorqua-t-il, avec sa noblesse d'âme coutumière. "Tirez le premier," agréa-t-il. "Non point," lui répondis-je. "Faites-vous plaisir, je vous prie. Amorcez ce bijou et faites feu avant que ce volatile à la chair tendre et savoureuse ne déguerpisse." Enfin! Le digne homme descendit de voiture, arma son fusil et avec une assurance de chirurgien décapita la bestiole du premier coup de feu. "Quel coup de maître!" déclarai-je à Monsieur le notaire. "Faire mouche à l'oiseau!" Il esquissa un sourire complice et approbateur, tout autant que réservé, cueillit délicatement son gibier et nous repartîmes ravis de l'épisode. Sur cette lancée prometteuse le reste de la journée se déroula sans anicroche et nous revînmes au bercail fourbus mais comblés, non sans s'être émerveillés de la beauté du soleil couchant au moment de franchir le r'poussi juste avant qu'on gagne notre spot de chasse. Le guide v'nait juste de v'nir ... d'arriver. Ch'te dis que là on a pas tété, Linel.
[Le reste, inquiète-toi pas mon Linel, y'est en vrai français.]
Ça faisait un bout que j'avais r'marqué que l'gros marchait les jambes serrées. On était pas rendu au camp que les pardrix ont pris l'bord pis qu'y a jumpé sur la boîte à lettres. Moé, je l'ai laissé faire. J'ai pas dit un mot. Ch'te dis qu'ça pas été long, après la boîte à lettres, qu'y a commencé à nous baver. Ostie qu'y écœure! Là y'a fait son crisse de frais-chié parce qu'y avait tué une couple de poules dans sa journée. Trois! J'y ai dit "Moé avec j'en ai débarqué trois, crisse! Dis-leur donc combien t'en as manqué, y too, tsé veux dire." Là y'a pas répond, en câlisse d'hypocrite, y'a fait semblant qu'y avait soif pis y'a dit au guide "pourrais-je avoir un petit verre de soda water?" Ça fait que le guide, y y'en a donné un. Y'aime ça se faire servir, c'te gros-là, c'est écoeurant! Des fois, tu penserais qu'y est infirme. Le guide, y'était en train de faire du p'tit p'tit bois pour la truie, lui là, en dehors du convertible. Y'a été obligé de lâcher la job, rentrer en dedans, poigner un verre juste en avant du notaire sur la table ousqu'y était assis le notaire, y demander "celui-là, y fais-tu, chef" aller crire la bouteille pis servir le membre. Après y'est allé crire une canisse d'eau pour laver la vaisselle du soir dans le p'tit cric au raz l'camp avant qu'y fasse noir. Y'es-tu légume, lui, c'te notaire-là. Surtout que l'guide y'aime pas bin bin ça des chasseurs de même qui chassent au Club Soda. Lui, y'est accoutumé avec des chasseurs au De Kuyper. Y trouve ça dry pas mal les chasseurs au Club Soda. Y l'dit pas, à cause de son crisse de tip mais chu sûr qu'y trouve qu'on est dulls. Moé, avec mon coke, ou l'pepsi de son frère, pis l'notaire, avec son Club Soda. Lui, l'notaire, tout c'qui est Club y se garroche là-dessus. C'est pas pour rien qu'y est membre, chose. Y en a monté deux caisses de Club Soda. Bin, pas lui. C'est le guide qui les a montés pour lui su' l'top. Avant qu'on arrive.
Ça fait que moé j'dis au guide "ç'a tu bin été avec les talki-walki? Nous autres, on n'était pas capables de t'entendre. - Moé non plus," qu'y dit. Là le notaire y'a fait semblant de pas comprendre pis y'a pris une autre gorgée de soda. Mais là j'ai ri d'lui pas à peu près parce que moé j'y ai dit toute la journée à cet agrès de notaire là "lâche donc d'appeler, tu vois bin qu'y marchent pas ces crisses de talki walki là. Lâche d'appeler, y t'entend pas l'guide." Y m'disait "non non, je suis persuadé du contraire et tu sauras me le dire, mon cher. On lui demandera au retour." Tu sauras me le dire, mon cher! Crisse qu'y est téteux! Y'as-tu jasé tout seul à ton goût, Linel? L'autre a rien entend. Quand ch'pense qu'y m'a fait chier toute la journée avec son maudit Code "Allo! 4 par 4 appelle la Guinbarde! Allo! 4 par 4 appelle la Guinbarde! ..." Y'est pas r'posant. Surtout qu'y ont jamais marché ces talki-walki-là, sauf une fois, en ville, quand qu'on les a essayés lui pis moé. Y marchaient bien, c'te fois-là. Je l'entendais très bien puis lui aussi m'entendait très bien. Ch'comprends! On était assis un à côté de l'autre dans son char dans le parking en face du Canadian Tire où qu'y venait juste de les acheter. Y'ont jamais marché depuis.
Là, le guide nous a conté sa virée. Écoute bin ça, Linel. Y'est parti du camp, y'a longé le cric jusqu'au champ (c'est lui qui appelle ça un champ; tsé bin qu'y a pas de champ là) pis là y'a poigné le bord de la montagne. Toute une virée. Tu traverses le champ pis là tu montes dans le sapinage. Tu traverses le sapinage au complet pis là t'arrives sur le vieux chemin de bois au raz le marécage. Tu marches un dix minutes là-dedans pis là tu tombes dans une coulée drette au raz de l'ancien camp de bûcherons, proche de la décharge du Lokhart. Là, tu continues pis t'arrives à une belle savane, mon homme. Une vraie. Pas à peu près. Tu poignes c'te savane-là su' ta drette en gagnant le sud-ouest pis là tu grimpes sur l'autre montagne sur ta gauche. Enligne-toé sur le cap de roche qu'y a su' l'top. Là, l'autre bord, en haut, tu vas voir un ancien brûlé. Tu fais un bon bout jusqu'à temps que t'arrives dans le repoussi. Là, tu commences à être haut en joual vert. Une belle place. Rendu au bois de bouleaux morts, y'a un vieux shack de bûcherons tout débâti. Check sur ta drette, tu vas voir deux belles p'tites étangs en bas, drette devant toé. Check comme faut dans c'bout-là pis fais pas de bruit. Y se tient souvent par là. Après, tu montes su' l'top d'la montagne de bois franc. Rendu en haut, tu fourches à gauche pis là tu vas voir un crisse de beau zeaulnage. Poigne ça. Y'a du bin gros sauteu par là, mon chum. Après, tu vas retomber dans un autre repoussi en gagnant ousque l'Épervier se jette dans la Bezonne. Traverse là, y'a pas gros d'eau à c'temps-icitte dans ces rivières-là. C'est par là qu'on a slashé y'a deux, trois ans. Pis c'est là que ti-cul s'est sacré un bon coup d'hache sur la jambe, t'en rappelles-tu? Pauve ti-cul! Crisse que ça dû y faire mal, ça. Y'avait toute la jambe mauve une fois rendu à l'hôpital. Ç'a tellement écœuré le doc qu'y l'a fait endormir pis, pendant qu'y dormait sur la table d'opérations, y y'a coupé la jambe à place d'y ramancher. Ti-cul, quand qu'y s'est réveillé, y'était pas fier là. Ch'te dit que la garde-malade s'est fait parler dans face. Bin, le doc, lui, y'était déjà parti parce qu'y avait un bn film de Fernandel à T.V. pis ti-cul y'a pas voulu le déranger. Mais y l'a pas pris pareil. Y'est mort dans la nuitte qui a suivi. Y l'ont enterré avec rien qu'une jambe. Y devait pas être fier de lui, là. Pauvre ti-cul!
Ça fait que dans c'bout-là tu vas te reconnaître tout de suite. (Ça fait rien, fais ton tracing avant de partir pareil; on sait jamais, une badluck). Passé la chaussée de castors, tu check'ras pour voir si tu trouverais pas mon call. C'est dans ce bout-là que j'ai crissé mon patsack à terre quand j'ai fait lever le p'tit buck. J'y ai vu juste le panache de bin bin loin. J'ai pas tiré pour pas l'effaroucher. Garanti qu'y est encore dans l'bout. Là, plus loin, tu vas revoir les deux belles p'tites étangs que ch't'ai dit taleur. Y vont t'être rendues en arrière de toé en gagnant l'ancien pont des draveurs. Manque pas ça. Tu peux pas te tromper. J'ai mis des flags rouges pour sauter la swamp. Y'a d'la poule par là y too. Rendu, tu devrais commencer à resuer en masse. Après la swamp, reste à flanc de montagne pis poigne le cric jusqu'à jouque de ti-Jos Mondor. Tu vas la voir bin facilement une fois rendu à la décharge. Là, tu poignes à drette pis tu vas passer trois coulées. Moé, y m'en reste rien qu'une à faire. La crisse. C'est celle du Stevenson. Après ça, c'est facile. Tu peux pas te perdre. Tu traverses la butte de bois franc jusqu'au p'tit pit de sable, tu fourches à gauche au cric du Hardluck, tu traverses un autre zeaulnage pis tu poignes la savane en fourchant encore à gauche. Là, tu vas tomber sur du crisse de gros lièvre, mon homme. Si t'es pas pressé, tu poses des collets pis t'attends. Oublie pas ton fil d'alton en partant. Après, tu marches encore un peu pis tu poignes ta drette rendu à la pile de pitoune. C'est là que tu tombes au raz le lac. T'es rendu à la Guinbarde. Marche jusqu'à la cache pis là t'es à deux cents pieds du camp par l'autoroute. C'est une crisse de virée, mon homme, trompe toé pas. Poigne toé une pep en partant pis une pil pour dormir en r'venant.
Oublie pas! Bin important! Si t'arrives en partant pis que l'vent vient du sud, y faut que tu fasses le voyage à l'envers de c'que je viens de te dire pour pas effaroucher l'orgnal rapport qu'y faut que ça seille toé qu'y a le nez dans le vent, pas lui. Mais là chu trop fatigué pour le r'commencer à l'envers, Linel. Tsé veux dire, j'viens juste d'arriver.
Ah, j'oubliais. Si tu te perds, c'est bin facile pour retrouver le camp... T'as bin en belle de suivre l'odeur aussitôt que tu vas sentir l'écurie. Fais-toé pas des acrères, t'es dans l'bois. Y'a pas de chevaux là. Si tu sens l'écurie, c'est pas parce que t'as découvert l'Amérique, c'est parce que t'es pas loin en arrière de mon crisse de guide. Y sent la pisse de jument en chaleur à un mille. Un' ostie de bon guide, mon homme. Trompe-toé pas! Lui, y pue! D'après moé, c'est pour ça qu'on n'a pas tué. Y' pas un orgnal assez sale pour s'approcher d'un gars qui pue de même. Si tu veux l'avoir pour guider, y'est facile à trouver. Fais le tour des bars à Tuque. Y boit pas gros autant que les autres mais y'est toujours là. Si y te r'connaît, c'est parce qu'y est chaud. T'es sûr de le poigner. Quand ça va sentir le yable, c'est lui. Tout le monde le connaît.
Y s'appelle ... G. Dupanache
Mon roman en ligne: La Southern
Une nouvelle: Pauvre Jeanne, la soeur du chat
depuis le 28 janvier 1998