FISKARDO
Je me trouvais dans
l'autocar qui effectuait la dernière excursion de la saison en octobre
1993.
La compagnie de
tourisme avait choisi leur plus gros véhicule pour ne faire qu'un
seul trajet.
A bord, nous étions
60 personnes. Nous sommes partis très tôt le matin du sud
de l'île,
près de Svoronata,
pour arriver à Fiskardo, village situé à la pointe
nord de l’île.
De là nous
devions prendre le traversier qui nous mènerait sur l'île
de Lefkada.
Arrivé dans
le village de Fiskardo, notre car, énorme pour des ruelles minuscules
et tortueuses,
avait du mal à
manoeuvrer pour se rendre au port. Après une lente progression,
nous aboutissons
dans un tournant
à angle droit.. Nous voyons une dame qui, sortant de sa maison,
vient
parlementer avec
le conducteur. Elle lui montre le balcon*
du deuxième étage qui a perdu un
morceau de son support.
La veille, un gros camion, passant par là, en a arraché une
partie.
Nous devinons par
ses gestes qu’elle lui demande de ne pas toucher à ce qui reste.
L'homme le lui promet
sans doute car il reprend le volant. Je me dis “mission impossible...,
nous ne passerons
pas..., c'est beaucoup trop étroit ! ”
J’aurais dû
y penser..., pas pour les conducteurs grecs ! Ils sont fiers de leur travail
et
de leur habilité
au volant des gros cars sur les routes étroites et sinueuses de
Grèce.
Il demande à
quatre hommes de le guider et lui, obéissant à l'un puis
à l'autre, avance
d’un centimètre
par-ci et d’un centimètre par-là,**
recule un peu..., avance à nouveau.
Toujours est-il
qu’en tortillant son véhicule de cette façon il réussit,
avec une adresse
inouïe, à tricoter son chemin pour nous sortir du labyrinthe
et...,
ce n'est pas fini
! Il faut encore se rendre au
port.
Notre mastodonte,
pour y parvenir, doit se frayer un passage à travers les gens attablés
à la terrasse
d’une petite taverne. Nous voici donc roulant doucement parmi les convives...
tenant leur fourchette
en l’air, la bouche ouverte. Les serveurs ont tous arrêté
leur va-et-vient.
Le conducteur demande
à l’un et à l'autre de déplacer leurs chaises pour
nous laisser passer.
Les clients sont
ahuris de voir rouler cet énorme véhicule si près
de leurs tables.
J’arrive même
à distinguer la nourriture dans leurs assiettes. Vus de l’intérieur
du car,
ils ont tous l’air
petits, comme des enfants assis sur leurs chaises.
Nous prenons le bateau
à temps et voguons pendant une heure et demie sur cette grande
étendue bleue.
Nous passons le reste de la journée sur l’île de Lefkada.
Au retour de
l'expédition,
il faut défaire le chemin de la même manière alors
que la nuit est tombée.
On n’a sûrement
pas eu le temps de redresser les ruelles depuis notre passage du matin.
Je me dis “là...,
impossible…!” Pas du tout ! Le même manège reprend en sens
inverse,
à la noirceur
! Lentement, nous retraversons la terrasse, heureusement déserte,
puis les ruelles,
sans même frôler une pierre ou un balcon. Il me semble entendre
les gens respirer
dans leurs maisons, tellement nous sommes près des murs.
Dans leur sommeil,
avec le bruit que fait le moteur du car,
certains doivent
rêver être à bord du véhicule.
Voilà mon
souvenir de la traversée des ruelles tortueuses de Fiskardo, petit
port de pêche
rempli de barques
multicolores, sommeillant en attendant le départ matinal du lendemain.
J’y suis retournée
en 1995 pour visiter Ithaque, l’île voisine.
Les autocars et
les gros camions prennent maintenant une route de détournement
pour éviter
les rues en lacets. Sans doute que notre aventure de l’année précédente
a aidé
les autorités
à prendre la décision pour dévier la circulation lourde.
En Grèce,
les petits villages de bord de mer ont tous des rues et ruelles tortueuses
disposées
en labyrinthe. Autrefois,
au temps des flibustiers, c’était leur façon de se protéger
des
envahisseurs et
des pirates qui débarquaient pour les piller. Ils avaient ainsi
le temps
de les voir venir
et de se défendre, car ils connaissaient bien leur village.
Quel astucieux stratagème!
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Sous les mots soulignés des photos
prises à bord du car.
*Maison de face, 2e étage, balcon
de gauche, il manque un morceau au support.
**Notre guide aide du pouce le conducteur
qui doit bouger un centimètre par là !
J'y suis retournée
à nouveau en septembre 1999, les volets ont changé de couleur
et le balcon
du 2e étage n'y est plus et il manque toujours un morceau au
support!
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