FAMILLE DE GARROTS À OEIL D’OR

Il y a quelques années, j’ai eu le plaisir de voir une maman
Garrot à Oeil d’Or, élever ses petits sur mon lac artificiel.
La femelle de cette espèce de canards trapus,
a habituellement de 6 à 15 oeufs qu’elle couve seule
de 26 à 30 jours. Son corps est gris, sa tête brune foncée et
son bec court et noir.  Elle porte sur le cou,
un collier blanc et sur l’aile, une tache blanche toujours
visible. Elle doit son nom à la couleur jaune de son oeil.

Elle est apparue un jour, sortant du bosquet près de la route,
et s’est dirigée vers l’eau pour se nourrir.
Cela m’a étonnée de voir venir un canard de cet endroit.
Quelques temps après je l’ai revue, mais elle n’était plus seule...
sa famille la suivait. Je n’en croyais pas mes yeux!
Je les ai comptés plusieurs fois et c’était bien vrai...
15 petites boules de duvet foncé me passaient sous le nez.
Ce fut l’enchantement de mon été, de voir cette maman élever
sa couvée. Elle donnait des leçons à ses canetons obéissants,
mais il y en avait un,  plus petit, qui était toujours distrait,
à part des autres. Il me faisait penser au vilain petit
canard de l’histoire. Elle s'évertuait à le mettre dans le rang.
Quand leur baignade était finie,  ils suivaient
leur maitresse-mère à la queue-leu-leu sur la pelouse,
en faisant le tour de ma maison, au bas du talus,
pour atteindre leur nid dans le buisson.

Pendant plusieurs semaines, j’ai suivi leur évolution et leur
éducation. Un jour, j’ai été témoin d’une leçon spéciale.
J’ai pris le temps de m’asseoir devant ma fenêtre pour ne rien
perdre de ce spectacle gratuit de la nature. Elle jacassait
fort et saccadé, puis je les ai vus se placer en rond,
groupés en une boule compacte de plumes et elle s’est envolée.
Je me demandais bien ce qui se passait.
Je les observais... ils restaient silencieux...
toujours serrés les uns contre les autres au milieu du lac.
Quelques minutes plus tard, ils se sont dispersés en cancanant.
J’ai pensé qu’ils étaient fatigués de rester ainsi, tranquilles,
mais après quelques secondes, la maman s’est  posée sur l’eau.
Probablement qu’en vol, de loin, elle leur a signalé son retour.
Où est-elle allée, se nourrir ou visiter ses congénères ?
Elle a vite repris le contrôle de sa classe
en les guidant vers le nid.

Un jour, lors de ce manège, le plus frêle de tous,
tardait à monter le talus en sortant de l’eau.
Elle a entendu ses pépiements, s’est retournée et a immobilisé
tous les autres en leur faisant signe de ses ailes étendues.
Obtempérant au chef d’orchestre, ils se sont assis dans l’herbe
sans bouger. Elle a rebroussé chemin, a fait ses remontrances au
retardataire qui, avec efforts, a aussitôt grimpé sa montagne
pour rejoindre ses frères. Elle s’est assurée de leur nombre
et de son autorité, puis tous ont sagement repris leur
marche en file indienne en se dandinant vers leur refuge.

J’ai eu le temps de prendre quelques photos de cette parade
de 16 palmipèdes. Je les laisse à la portée de la main,
pour les regarder de temps en temps et les montrer à ceux à qui
je raconte leur histoire, après tout ils sont un peu les miens ces petits,
je les ai vus grandir. Ils ont pris leur envol un jour que je n’étais pas là.
Je me suis sentie un peu orpheline, j’aurais aimé leur faire
mes adieux en les voyant partir en formation.
Ils m’ont  quand même laissé en souvenir, le grand plaisir
que j’ai eu, durant plusieurs semaines, à suivre avec attention,
leurs ébats et leurs progrès.
 
 

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