BALLET D’HIRONDELLES

Il y a quelques années, nous avons décidé, de garder des canards
domestiques sur notre lac artificiel, pour l’agrément de les voir
évoluer devant nous durant l’été. Mon beau-frère, qui en élève pour
ses ripailles, nous a prêté quelques uns de ses plus beaux
spécimens, les plus colorés, les plus jolis à regarder, des malards.
Dès qu’ils se sont installés sur le bout du lac le plus près de la
maison, ils n’ont pas tardé à se goinfrer et... à faire des dégâts!
Car il faut vous dire ici, que les canards sont des volatiles
qui pataugent énormément, mangent beaucoup et
cherchent leur pitance dans tout ce qui
s’appelle herbes et graines et en supplément...
laissent leurs traces un peu partout!
La pelouse entourant leur habitacle, était parsemée de
graines et de plumes tombées de leurs fréquents lissages.
Cette dégradation de notre environnement que nous ne
parvenions pas à restaurer aussi vite qu’ils mettaient d’efforts
à le salir, a attiré d’autres oiseaux qui nous ont tenus
sous leurs charmes durant toute la saison.

Les hirondelles sont apparues d’abord pour profiter
des graines que les palmipèdes ne mangeaient pas.
Elles n’ont pas tardé à découvrir une nouvelle façon se s’amuser
avec les plumes éparpillées sur le terrain. Elles arrivaient par
bandes quand le soleil commençait sa descente sur l’horizon et...
le spectacle commençait !
L’une d’elles donnait le signal en saisissant une plume dans
son bec, montait très haut, tout droit dans le ciel, la relâchait et
une autre piquait pour la reprendre avant qu’elle touche l’eau...
pendant que d’autres avaient eu la même idée
et les poursuivaient pour la leur enlever.
Et elles recommençaient sans fin ce manège.
Nous étions les spectateurs d’un ballet d’hirondelles très
bien chorégraphié. Elles se laissaient aller... tantôt en piqué...
tantôt en tourbillon...  tantôt en vol plané souvent
exécuté en “pas-de-deux”, quand elles dansaient en couple.
Sans jamais se heurter, elles voletaient si près l’une
de l’autre, qu’elles nous semblaient siamoises. Les grands
maîtres de ballet n’auraient pu inventer de plus belles figures.
Leurs cris et gazouillis joyeux intéressaient les canards qui
rajoutaient au concert, en haussant le ton de leurs coin-coin
habituels, contents qu’ils étaient d’avoir de la compagnie.

Nous étions ravis de cette danse incessante, qu’elles faisaient
tous les jours à la brunante. Ce spectacle exécuté avec tant
d’agilité, n’était jamais lassant. Souvent, des parents et amis
choisissaient ce moment de la journée pour nous rendre visite
afin de jouir des cascades de ces artistes acrobates de haute voltige.
A la fin des vacances estivales, nous avons ramené les canards à
leur propriétaire. Les hirondelles ont cessé peu à peu, par manque
de plumes, de faire leurs pirouettes aériennes devant nous.
Elles ont dû se trouver une autre piste pour faire
leurs représentations et charmer d’autres spectateurs.
Quelquefois je repense à cette période où nous avions
un pensionnat de canards et...
l’envie me reprend d’en héberger d’autres,
juste pour le plaisir de revoir les hirondelles arriver par
bandes et s’amuser avec leurs plumes au coucher du soleil.

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