PAS À PAS, JE ME SUIS «DÉBÉLANGÉE»
Suzane Carrière (1623) |
Article paru dans L'Outaouais généalogique, vol. XXVI, no 1, printemps 2004 (page 21 à 28) |
Il y a quelque temps, une dame de mon patelin m’a remis, sans le savoir, une vraie mine d’or de renseignements généalogiques . En effet, elle a récupéré des coupures de journaux qui appartenaient à sa grand-mère. Malheureusement, elles ne sont pas datées. On dit que la généalogie s’apparente à un casse-tête. C’est donc en décortiquant chacune des coupures de ces journaux que j’ai réussi à reconstituer la famille d’un couple dont personne ne trouve le mariage. Il s’agit du couple formé de Joseph Bélanger et de Virginie Théorêt. Parmi ces coupures, un article mentionnant le décès de leur fils Wilfrid m’aide à mieux comprendre cette famille. |
| Feu M. Wilfrid Bélanger (spécial La Presse) Chûte à Blondeau, Ontario M. Wilfrid Bélanger marchand général et (...) de Chute-à-Blondeau, comté de Prescott à l'âge de 35 ans. Il laisse dans le deuil sa femme, née Marie-Anne Lalande, 8 filles en bas âge, son père M. Joseph Bélanger; sa mère Mme Virginie Théorest; un frère, Alfred: lieutenant de police à Montréal; 4 soeurs, Mme Joseph Laroque (Virginia); Mme Raoul Lauzon (Evelina); Mme Napoléon Laroque (Fidélia); Mme Nelson Proulx (Anna). Le défunt était neveu du chef de police Pierre Bélanger et de M. Philippe Bélanger, détective et d'Ernest Bélanger, de la police de Montréal. |
J’ai trouvé ce décès, daté du 31 août 1920 à Chute-à-Blondeau, Ontario. C’est ce qui m’a donné l’idée de chercher dans ce village de l’Est ontarien pour trouver les baptêmes des enfants du couple Joseph Bélanger - Virginie Théorêt. Malheureusement, je n’en ai trouvé qu’un seul, soit celui de Marianne . En faisant une recherche dans les villages environnants, j’en ai retrouvé trois autres à St-Eugène , Ontario : Marie-Fidélia, Eveline et Fidélia-Alma. Ensuite, en naviguant sur Internet, j’ai réussi à trouver le couple au recensement de 1881 de Lochiel (comté de Glengarry), Ontario . Il apparaît sous « Benhonger » avec leurs deux enfants : Verginia et Evlina. J’ai alors eu l’idée d’aller lire le registre
de Lochiel , Ontario, dans lequel j’ai trouvé le baptême
et la sépulture de Joseph George, les baptêmes de Joseph
Wilfrid et de Joseph David Alfred, ainsi que la sépulture de Marie-Fidélia.
Le recensement de 1891 de Hawkesbury-Est me confirme que je semble avoir
trouvé tous les enfants de Joseph et Virginie Théorêt.
Je constate également que les affaires semblent aller de mieux
en mieux pour Joseph puisqu’on le qualifie marchand au recensement
de 1891, alors qu’il était laboureur en 1881. C’est en relisant l’article annonçant le décès de Wilfrid que je découvre mon premier indice. Puisqu’on le dit neveu du chef de police Pierre Bélanger, du détective Philippe Bélanger et d’Ernest Bélanger de la police de Montréal, il faut forcément que ces trois hommes Bélanger soient les frères de Joseph.
Suppositions Dans un autre article , on mentionne le décès de madame Madeleine Larocque, l’épouse de feu Joseph Filion. Après quelques recherches, j’ai trouvé sa sépulture à Chute-à-Blondeau , Ontario, en date du 7 février 1912.
|
| C'est avec un profond regret que nous avons appris la mort de Mme veuve
Joseph Filion née LaRocque, Madeleine. Elle était âgée
de 76 ans (…) (…) Mme Filion avait eu la douleur de perdre son mari il y a six ans; elle laisse pour la pleurer dix filles dont voici les noms : [a] Philomène femme du capitaine de police Pierre Bélanger de Montréal, [b] Madeleine femme de M. Nap. Leblanc, [c] Anna, veuve de Joseph Clermont de Papineauville, [d] Joséphine femme de Joseph Lachaîne de Chute-à-Blondeau, [e] Caroline, femme de M. Alex. Clermont de Chute-à-Blondeau, [f] Aimée, femme de M. Emery Roy de Chute-à-Blondeau, [g] Élisabeth, femme de M. H. Bélanger, de North Bay, [h] Georgiana, femme de M. Jean Clermont, de Chute-à-Blondeau, [i] Délima, femme de M. Augustin LaRocque, de Chute-à-Blondeau, [j] Mlle Éléonore Filion. La défunte était aussi la sœur de l'ex-capitaine de police, Joseph LaRocque, maintenant à la retraite. À la famille en deuil, la « Presse » offre ses condoléances |
Dans ce précédent article, retenons que Philomène
Filion est l’épouse de Pierre Bélanger, capitaine
de police de Montréal. Je suppose donc qu’il est le même
Pierre Bélanger que l’on qualifiait de chef de police en
1920 lors du décès de Wilfrid Bélanger, le fils de
Joseph et Virginie Théorêt. Je peux donc ajouter un autre
détail à ma liste : Pierre (no 2) chef de police de Montréal,
est l’époux de Philomène Filion.
|
| Le sergent Larocque, de la station No 5. a reçu hier soir un télégramme
de Call's Ferry, Penn., où on lui annonce que son neveu Aldéric
Bélanger de Bisco, Ontario, s'est noyé. Le jeune homme travaillait à la construction d'une digue pour la Compagnie d'Électricité, quand il est tombé à l'eau. Le sergent Bélanger, du poste No 4, est aussi un des oncles du défunt. « (…) Son corps n'a pas été retrouvé encore. » Telle était la dernière phrase de la laconique dépêche reçue le soir même de cette tragédie, par le sergent Larocque du poste No 5. En nous montrant le télégramme le vieux policier laissait tomber de grosses larmes (…) |
Dans un autre article concernant cette noyade, on a écrit :
| (…) Le père du défunt, M. H. Bélanger, accompagnait le cadavre de son fils. Le 10 mai, le jeune Bélanger, seulement âgé de 19 ans, prenait un bain, à McCallo's Ferry, lorsqu'il fut saisi de crampes et coula au fond de l'eau, et y resta. |
| J’ai retrouvé la sépulture d’Aldéric
à Chute-à-Blondeau, Ontario, le 26 mai 1906 et on y mentionne
bel et bien que son décès est survenu en Pennsylvanie, États-Unis.
Ses parents étaient Michel-Hormidas Bélanger et Élisabeth
Filion. Puisque l’on mentionne qu’il est le neveu du sergent
Bélanger et qu’en plus, ses parents apparaissent à la
lettre « g » lors de l’annonce du décès
de Madeleine Larocque, je présume maintenant, à cause du patronyme
Bélanger, que Michel-Hormidas pourrait être un frère
de Joseph Bélanger, époux de Virginie Théorêt.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, la malchance frappe encore une fois le couple Michel-Hormidas Bélanger et Élisabeth Filion. En effet, un an plus tard, soit en 1907 , leur fils Ernest est victime d’un accident de chasse . Encore ici, on mentionne le lien de parenté avec les policiers Larocque et Bélanger.
|
| Ernest Bélanger, âgé de dix-sept ans, fils de M. Hormidas
Bélanger a été transporté à l'Hôtel-Dieu
hier, de Bisco (...) en arrière de chez lui, lorsqu'un lièvre
s'offrit à sa vue. Instinctivement, Bélanger saisit son revolver
et pressa involontairement la détente. Le coup parti et la balle se logea dans la cuisse droite du jeune homme qui poussa un cri de douleur. Ernest Bélanger fut d'urgence transporté à l'Hôtel-Dieu où il subit avec succès l'extraction du projectile. Ce matin, on nous apprend de l'Hôtel-Dieu que le jeune Bélanger est en voie de recouvrement. Ernest Bélanger est le neveu des populaires sergents Larocque du poste No. 5 et Bélanger du poste No 4. |
Mes recherches avancent, mais j’ai encore un point d’interrogation. Qui est donc ce vieux sergent Larocque, oncle du défunt ? Je fouille dans les répertoires de l’Est ontarien, principalement dans celui de Chute-à-Blondeau, pour trouver un indice. À première vue, deux candidats s’offrent à moi : Joseph Larocque (1) époux de Célina Bélanger et Joseph Larocque (2) époux de Virginie Bélanger. Je me fais alors un petit tableau pour mieux visualiser ces deux Joseph.
|
| JOSEPH LAROCQUE (1) Parents : Augustin et Scholastique Desjardins Né : le 11 mai 1854 à S.André-Est, Québec Conjoint : Célina Bélanger (Joseph et Célanise Dicaire) Union : 30 novembre 1876 à St-Philippe-d’Argenteuil, Québec Sép. : 11/08/1926 à Chute-à-Blondeau, Ontario (on le dit décédé à 76 ans) Dans l’article annonçant la noyade d’Aldéric
(en mai 1906), fils de Michel-Hormidas et Élisabeth Filion, on
mentionne que le sergent Larocque, de la station no 5, était son
oncle et un peu plus loin que « le vieux policier laissait tomber
de grosses larmes ». On dit que l’ex-capitaine de police Joseph Larocque était
à sa retraite, lors de la sépulture de sa sœur Madeleine
Larocque (épouse de Joseph Filion) le 7 février 1912. Plus tard, j’ai appris qu’on a écrit « Capt.
Joseph Larocque » sur sa pierre tombale ce qui confirme qu’il
est le Joseph que je recherche. |
JOSEPH LAROCQUE (2) Parents : André et Henriette Clermont Né : 02/04/1873 à Chute-à-Blondeau, Ont. Conjoint : Virginie Bélanger (Joseph et Virginie Théorêt) Union : 29 juillet 1895 à Chute-à-Blondeau, Ontario. Sép. : 13/12/1945 à Chute-à-Blondeau, Ontario (on le dit âgé de 72 ans) Dans l’article annonçant la noyade d’Aldéric (en mai 1906), fils de Michel-Hormidas et Élisabeth Filion, on mentionne que le sergent Larocque, de la station no 5, était son oncle et un peu plus loin, on écrit que « le vieux policier laissait tomber de grosses larmes ». (D’après l’âge indiqué à sa sépulture, il aurait eu 33 ans, à ce moment là, ce que je trouve un peu jeune pour être qualifié de « vieux ».) |
| En sachant le nom des parents de Joseph Larocque, grâce à
son mariage avec Célina Bélanger, je m’attarde un peu
plus aux parents : « Augustin Larocque et Scholastique Desjardins
». Sur « Rootsweb » j’ai trouvé neuf enfants
pour ce couple. Madeleine semble être l’aînée tandis
que Joseph serait le septième enfant de la famille.
Je reviens ensuite au décès de Madeleine Larocque et je constate que deux de ses filles ont épousé des Bélanger. Sachant très bien qu’en ce temps là, les gens épousaient des personnes de leur entourage, puis-je maintenant supposer que Célina pourrait être une sœur ou une cousine de Pierre Bélanger, époux de Philomène Filion ou de M. H. Bélanger, époux d’Élisabeth Filion ? Dans cette optique, je continue mes fouilles et je réussis à
trouver le mariage de Joseph Bélanger et de Célanise Dicaire,
célébré le 16 avril 1855 à St-André-Est
, Québec : |
| Le seize avril mil huit cent cinquante-cinq, après la publication d'un seul ban de mariage faite au prône de la messe paroissiale du dimanche, la dispense des deux autres bans ayant été accordée par nous prêtre curé soussigné, en vertu des pouvoirs à nous concédé par sa grandeur Ignace Bourget évêque de Montréal, en faveur de Joseph Bélanger menuisier veuf en premières noces d'Elysabeth Cadieux domicilié au village de St-André d'une part et Célanie Dicker fille majeure et légitime de Louis Dicker cultivateur et de Angélique Titly domiciliée chez ses père et mère de la Pointe Fortune, d'autre part. Ne s'étant présenté aucune opposition au dit mariage, ni découvert aucun empêchement quelconque à y celui, nous prêtre curé soussigné avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence des parents respectifs des deux époux et des témoins Michel Bélaner, Jean-Baptiste Bélanger, Salomon Dicker, Alexis Fournier dont les uns ont signé, les autres n'ayant pu le faire. |
Grâce à cet acte, je constate alors que Joseph Bélanger a déjà été marié. Pour l’instant, je me concentre sur le couple Joseph Bélanger - Célanise Dicaire en essayant de trouver les baptêmes de leurs enfants. Après quelque temps, je trouve les baptêmes d’Antoine-Avilas et de Pierre-Aux-Liens à Rigaud, Québec, ceux de Michel-Hormidas, de Jean-Baptiste-Aldégon et de Marie-Louise-Eugénie à St-Eugène, Ontario, celui d’Eugène-Alfred à Chute-à-Blondeau, Ontario ainsi que ceux d’Edouard et de Célina à St-André-Est, Québec.
Ces baptêmes font que trois choses me sautent aux yeux : Le recensement de 1881 de Hawkesbury-Est suscite ma curiosité
au plus haut point lorsque j’y retrouve des prénoms similaires
aux prénoms des enfants de Joseph Bélanger et Célanise
Dicaire. Curieusement, une Célanie Bélanger y est alors
le chef de famille. |
| RECENSEMENT DE 1881 À HAWKESBURY-EST : Famille 78 : 43 Celanie Bélanger, veuve, 24 Edward Bélanger, fermier 21 Oville Bélanger, fermier 18 Pierre O. Bélanger, fermier 16 Hormidas Bélanger, fermier 14 Aldegon Bélanger, fermier 12 Marie-Louise 10 Alfred 08 Ema Famille 79 : |
| Dans ce même recensement, à la famille suivant celle de Célanie,
chef de famille, je remarque que Célina apparaît avec son époux
Joseph Larocque ainsi qu’avec deux enfants. Comme nous l’avons
vu au début de cet article, Joseph Bélanger et Virginie Théorêt
demeuraient à Lochiel, Ontario, à ce moment-là.
Le lien entre tous ces gens apparaît enfin au recensement de 1871 d’Hawkesbury-Est alors que j’y trouve un Joseph âgé de 20 ans. Comme il apparaît être né vers 1851, il ne peut être le fils de Célanise Dicaire.
|
| RECENSEMENT DE 1871 DE HAWKESBURY-EST : 50 Joseph Bélanger, marié, « hotel keeper » 45 Ceiline Bélanger, mariée 20 Joseph Bélanger, laboureur 14 Edward Bélanger, écolier 13 Ceiline Bélanger, écolière 11 Ovyde Bélanger, écolier 09 Olien Bélanger, écolier 02 Marilois Bélanger 6/12 Alfred Bélanger, né en octobre |
| Je me penche donc sur le premier mariage de Joseph Bélanger avec
Élisabeth Cadieux qui a eu lieu le 22 juillet 1851 à Sainte-Rose-de-Lima
de l’Île-Jésus, Québec. De cette union naît
un enfant prénommé Joseph, le 2 juillet de l’année
suivante, à St-André-Est, Québec. Élisabeth
Cadieux décède le 22 août 1857 au même endroit.
Si nous nous référons maintenant au tout début de
cet article, je serais portée à croire que Joseph (no 1)
est son fils puisque je n’ai trouvé aucune sépulture
pour cet enfant. Par conséquent, il serait le demi-frère
des enfants de Joseph Bélanger et Célanise Dicaire. Me basant sur cette hypothèse, je commence une longue recherche pour trouver les baptêmes de Philippe et d’Ernest. Malheureusement, j’ai beau me tourner dans toutes les directions, ma recherche reste infructueuse. Mon correspondant de l’Île-Bizard semble du même avis que moi : le contenu de l’article du journal semble erroné. Nous croyons que ces deux hommes étaient plutôt les cousins de Wilfrid, soit Ernest-Émilien et Joseph-Alphonse-Philippe, les deux fils de Michel-Hormidas Bélanger et d’Élisabeth Filion. J’ai également communiqué avec l’Association de bienfaisance et de retraite des policiers et policières de la ville de Montréal. Des renseignements supplémentaires pourraient largement m’éclairer dans ma recherche. Malheureusement, ils m’ont rapidement répondu qu’ils n’avaient rien en archives sur ces policiers Bélanger. Je dois donc présumer que ma précédente hypothèse est la bonne, faute de preuves. Il va s’en dire que cette famille, qui a vécu une bonne partie de sa vie dans l’Est ontarien, a été importante au sein de la communauté puisque Joseph, père, est qualifié d’hôtelier au recensement de 1871 d’Hawkesbury-Est, que Joseph, fils, était marchand en 1881, que Michel-Hormidas opérait un petit commerce en 1906 et que Pierre était chef de police de Montréal en 1912. Je n’ai pas réussi à trouver le mariage de Joseph Bélanger et de Virginie Théorêt, que je soupçonne s’être produit à Chute-à-Blondeau. Je ne réussirai probablement jamais à le prouver non plus puisqu’il y a des trous dans les registres de cette paroisse pour la période de 1874 à 1881 et de 1883 à 1886. Mais qu’à cela ne tienne, car je peux quand même me faire une bonne idée de ce qu’a été la famille de Joseph, et ce, grâce aux coupures de journaux que j’ai reçues comme un vrai cadeau du ciel. Le résumé qui suit décrit assez bien cette étonnante famille Bélanger. C’est avec humour que je peux maintenant conclure en disant que j’ai réussi à « DéBélanger » cette famille. |
RÉSUMÉ Enfant du premier mariage de Joseph Bélanger avec Élisabeth
Cadieux
5. Michel-Hormidas (il apparaît sous « Hormidas » au
rec. de 1881
|