La
révolution économique du XIX è siècle
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INTRODUCTION
Contrairement aux révolutions politiques qui se
produisent dans un laps de temps relativement court (quelques jours à quelques
mois le plus souvent) les
révolutions économiques s'étendent sur plusieurs décennies et sont le résultat
de transformations plus ou moins synchrones dans lesquelles les effets et les causes sont
intimement imbriquées. La révolution économique du XIX siècle que l'on réduit
souvent, à tort, à une simple révolution
industrielle est en fait le résultat de très
nombreux changements, non seulement dans le
domaine industriel mais
aussi en
agriculture, en
médecine, dans la
banque et le
commerce, dans les
mentalités. Cette révolution
s'enracine dans le XVIII è siècle et connaît son apogée en Angleterre au milieu
du XIX è. La première
exposition universelle
inaugurée à Londres le 1 er mai 1851 est marquée par l'édification
du Crystal Palace,
tout de
fonte et de verre, qui abrite les nouvelles
merveilles de l'ingénierie britannique. L'Angleterre victorienne est alors le
leader incontesté de la modernité, cette modernité se manifeste aussi en
Allemagne, aux États-Unis et, dans une moindre mesure en France. Les richesses
tirées de l'agriculture commencent à être sévèrement concurrencées
par celles qui sont générées par l'industrie et le commerce.
Progressivement la révolution économique s'étendra au monde entier avec son
cortège de bouleversements politiques, sociaux et environnementaux. L'historien
britannique
Hobsbawm
considère cette révolution comme étant
la plus importante depuis celle de l'agriculture au néolithique.
La transformation amorcée à la fin du XVIII è et qui va prendre toute son
ampleur au XIX è et XX è siècles marque, en Occident tout au moins, la
fin de la prépondérance du monde
paysan.
C'est au XIX è que la
science
et la
technique
vont commencer à avoir un
impact de plus en plus important sur le citoyen ordinaire du monde occidental.
Les grandes révolutions conceptuelles de
Copernic
à
Newton
en passant par
Galilée
et
Kepler
n'avaient eu que très peu d'impact sur le monde paysan,
majoritaire jusqu'à la fin du XIX è. Les découvertes scientifiques, techniques
et médicales que l'on va connaître à partir de la fin du XVIII è vont
bouleverser la vie, même des plus humbles.
Voyons dans un premier temps la cause majeure de cette révolution à savoir la
révolution énergétique, puis ses principales
caractéristiques au travers de ce qui s'est passé en Angleterre et, enfin,
les solutions qui ont été proposées pour gérer l'énorme changement social qui
s'est produit.
1. La révolution énergétique et la machine à vapeur
Jusqu'au XIX è les dépenses énergétiques de l'activité humaine étaient couvertes
presque exclusivement par le
soleil "actuel" puisque l'on se servait
essentiellement de la
traction animale, de l'énergie éolienne (moulins à
vent) de l'énergie hydraulique
(moulins à eau) et de la chaleur générée par la
combustion de produits issus de la
photosynthèse
et qui demandaient peu de temps pour se reformer
(quelques mois pour l'herbe à quelques dizaines d'années pour le bois).
L'herbe consommée par les animaux de trait, ainsi que l'eau
(évaporation, pluie) et dans une
certaine mesure le bois, étaient
renouvelés dans un laps de
temps compatible avec la durée d'une vie humaine. Jusqu'à la fin du XVIIIè
siècle donc, l'agriculture, activité majeure et l'industrie,
artisanale et fort modeste, utilisaient les mêmes énergies, générées par
le soleil. L'agriculture, sur le plan économique, dominait sans
conteste l'industrie.
La grande nouveauté du XIX è siècle, a été l'utilisation, à grande échelle, des
réservoirs énergétiques fossiles,
également d'origine solaire,
mais qui ont demandé des dizaines de millions d'années pour se former et
dont, par suite, le temps de renouvellement n'est plus à notre échelle
(Charbons, tourbes, lignites, pétrole et
gaz). Il y a donc
rupture des cycles séculaires
que l'on avait connus jusqu'alors, avec l'avantage de pouvoir disposer
de quantités considérables d'énergie mais avec deux inconvénients
majeurs, d'une part celui d'introduire dans notre milieu physique
(air et eau notamment) des
substances qui risquent de perturber notre environnement
(pollution) et, d'autre part,
celui de nous conduire, pour ce qui a trait à l'énergie, dans un
monde fini: même si
les énergies fossiles sont extrêmement abondantes, à la longue elles
s'épuisent et nous devrons bien finir par envisager un monde où ces
énergies auront été épuisées. Au
niveau mondial il y une augmentation considérable du désordre de la matière,
c'est-à-dire de
l'entropie*.
L'ordre généré par la photosynthèse n'arrive plus à
compenser le désordre qu'entraînent les combustions. Seule
l'hydroélectricité
constitue une énergie renouvelable
à l'échelle humaine.
Les nouvelles énergies et en particulier le charbon
ont permis la généralisation de l'utilisation de la
machine à vapeur.
Qui a inventé la machine à vapeur? Essayer de répondre à cette question
risque de nous plonger dans une polémique sans grand intérêt ! La machine
à vapeur est née au XVIII mais son utilisation s'est généralisée au
début au XIX è, d'une part grâce au charbon, plus énergétique que le
bois
(Pour une même masse, le charbon produit
plus de chaleur que le bois, car il est plus réducteur)
et, d'autre part, grâce à l'utilisation du régulateur à boules
(inventé par
James Watt),
qui diminuait considérablement les risques d'explosion dus à la
surchauffe qui entraînait des augmentations intempestives de la
pression de la vapeur d'eau. La machine à vapeur a permis des
améliorations considérables des
transports (trains et
bateaux) et de l'industrie
(textile,
mines, notamment
grâce aux pompes
qui permettaient de vider des poches d'eau dans les galeries
souterraines).
L'homme va progressivement se libérer du travail musculaire qui était essentiel
dans les secteurs primaires
(agriculture, pêche, mines) et
secondaires
(industries de transformation); à long terme, l'essentiel de l'emploi se trouvera dans le
secteur tertiaire (services, divertissements) comme c'est le cas aujourd'hui.
Comment arriverons-nous à combler le vide énergétique né de l'épuisement
des énergies fossiles ? Le nucléaire sera-t-il suffisant pour prendre le
relais ?
2.
Pourquoi l'Angleterre fut-elle le leader de la révolution économique?
L'historien américain
Whitman
Rostov
explique le "take off"
(=
décollage) économique de
l'Angleterre* par
plusieurs causes qui ont agi simultanément dans un pays relativement peu étendu où les communications entre
les
différentes parties du territoire étaient faciles. Ailleurs,
en Europe continentale, aux États-Unis et au Japon, seules certaines causes
étaient au rendez-vous, d'où un certain retard dans le développement économique
quand on compare avec l'Angleterre.
2.1.
Les progrès dans le domaine industriel. Ces
améliorations se manifestent surtout dans le
textile et dans
l'industrie
lourde (acier et fonte).
Les
métiers à filer et à
tisser furent popularisés au XVIII è et leur
utilisation généralisée au début du XIX è cependant que Eli
Whitney, un Américain, mit au point une
machine à égrener le coton
dès 1793 ce qui eut pour effet de diminuer les coûts. En 1828, une nouvelle
méthode de ventilation des hauts fourneaux permit la fabrication d'aciers
beaucoup plus résistants lesquels allaient être largement utilisés dans la
fabrication des ponts, des
voies ferrées et des
bateaux.
En 1856 le convertisseur Bessemer
permit l'élimination des impuretés
(soufre) contenues dans certains minerais
de fer, impuretés qui jusqu'alors rendaient les aciers plus cassants.
Willem
Siemens, un Allemand,
inventa un processus permettant de recycler les aciers et le verre qui pouvaient
désormais être à nouveau fondus.
2.2. Les transformations du monde agricole.
Dans les années quarante
(1840) l'allemand Liebig
mis en évidence l'importance du nitrate de
potassium et des
phosphates dans les cultures ce qui conduisit à une
exploitation du
guano*
du Chili et des mines de potasse d'Europe; les rendements furent accrus. L'invention
de l'écrémeuse, des
conserves
(déjà très en vogue lors de la guerre de
sécession -1861/65-) et la production de
sucre de betterave, conséquence du
blocus continental,
entraînèrent une transformation du monde agricole. Le paysan a tendance à se
métamorphoser en
exploitant agricole et la mécanisation vide la campagne de son
personnel le moins qualifié. Cette main d'oeuvre migrera vers les villes et sera
disponible pour l'industrie. Rappelons qu'en Angleterre une partie des paysans
avait déjà quitté la campagne au XVIII è siècle suite
aux
enclosures*.
2.3. Les progrès de la médecine et la croissance
démographique. La découverte de la
vaccination
antivariolique
par l'Anglais Jenner
en 1796 constitue un
progrès considérable en médecine humaine.
La vaccination commencera à être pratiquée au début du XIX è siècle et épargnera
de nombreuses vies. Un peu plus tard, suite aux travaux de
Pasteur, la mise en œuvre de
l'asepsie
lors des opérations
(pratiquée notamment par le chirurgien anglais
Lister)
et de
l'antisepsie, pour désinfecter les plaies, entraîna
une régression de la terrible fièvre
puerpérale qui était responsable de
la mort de nombreuses parturientes
(une sur dix)
et d'un grand nombre de nouveaux nés. Dans le monde occidental, les vaccinations
et l'hygiène se généralisèrent à la fin du siècle ce qui permit une chute de la
mortalité infantile et une
augmentation démographique
notamment en Grande Bretagne où la population a plus
que triplé entre 1800 et
1900 (9 millions à 32,5).
Notons cependant que l'amélioration de l'hygiène n'est certainement pas la seule
cause de la croissance démographique car durant ce même laps de temps la
population de la Russie a quasiment triplé alors que l'hygiène demeurait
rudimentaire dans ce pays. A contrario, malgré une amélioration de l'hygiène, la
France fut l'un des pays où la population a le moins augmenté au cours du XIX è
. . .
2.4. Les causes géographiques du leadership
anglais. Pour ce qui est de la superficie, même
l'Angleterre du XIX è siècle qui comprenait aussi
l'Irlande (indépendance en
1921) était un pays aux dimensions modestes d'à peine plus de 300 000 km2.
Aucun obstacle naturel n'entrave la circulation entre les différentes parties du
territoire, les mines de fer et de charbon sont à proximité les unes des autres
et toujours peu éloignées de la mer d'où une très grande facilité d'échange et
des coûts de transport relativement modestes.
L'Angleterre étant
une île peut consacrer l'essentiel de ses crédits militaires et commerciaux à la
marine et la mer
étant toujours très proche des centres industriels, les échanges avec le reste
du monde sont par là même facilités. À la différence de la
France, à la fois
continentale et maritime et, qui plus est, avec deux façades maritimes,
méditerranéenne et atlantique,
l'Angleterre a, en
somme, une géographie beaucoup plus simple et est bien protégée par la mer;
cette protection n'a plus de sens aujourd'hui, mais à l'époque, était
essentielle.
2.5. L'évolution des transports et du
commerce. En 1830 on inaugure la voie
ferrée
Manchester Liverpool;
les 29 km qui séparent les deux villes sont couverts en 53 minutes ! Le chemin de
fer va bientôt former un véritable réseau permettant les échanges de minerais de
fer, de charbon, de coton, de laine, de produits manufacturés entre
les différents centres industriels du pays, proches les
uns des autres. En 1870 déjà
25 000 km de voies ferrées sont posées ce qui a nécessité une production
considérable d'acier.
La suprématie anglaise dans le domaine maritime permet des
échanges avec toutes les parties du monde et notamment avec les colonies. En
1840, Samuel Cunard
inaugure la première liaison transatlantique par paquebot à vapeur entre
Liverpool
et
Boston
cependant que l'on commence à communiquer par
télégraphe. Le développement est sous-tendu
par un système bancaire qui sert d'intermédiaire entre les
investisseurs
(actionnaires) et les
entrepreneurs
qui empruntent. Londres devient un centre financier international,
les frères Rothschild
créent des banques à
Londres, Paris, Francfort, Naples
et
Vienne. L'usage
du
chèque bancaire
devient courant et en 1844 la
Banque d'Angleterre
obtient le monopole des billets de banque. Rappelons que la
Banque d'Angleterre
fut fondée en
1694 et qu'elle a
bientôt supplantée la
Banque d'Amsterdam
créée en
1609.
Les profits réalisés sont rapidement réinvestis dans la construction de nouveaux
moyens de production et d'échanges
(Usines, entrepôts, ports, canaux).
2.6. Les mentalités et l'organisation administrative.
Les Anglais, débarrassés de l'emprise de l'église
catholique depuis le XVI è siècle
(Sous Henri VIII -acte de suprématie- 1534)
et bénéficiant d'un régime parlementaire moderne depuis 1688
(The Glorious Revolution)
ont
une certaine habitude de la liberté
et peuvent développer un
esprit d'entreprise
favorisé par un pouvoir central beaucoup plus souple que sur le continent. De
plus une très grande
mobilité sociale était possible
grâce à un parlement où bourgeois et nobles siégeaient ensemble; les mariages
"mixtes" étaient également très fréquents.
Une certaine influence protestante se fait
sentir dès le XVII è siècle
(surtout après la révocation de l'édit de Nantes en
1685)
et donne au travail et à l'esprit d'entreprise une aura qu'il n'a toujours pas
sur le continent où le prestige est toujours lié à la naissance, aux carrières
militaires et ecclésiastiques et aux possessions foncières. En France en
particulier on a du mal à investir dans le commerce et dans l'industrie; la
banque est toujours un domaine suspect alors que, dans la mentalité française,
seule "la terre ne trahit pas".
L'influence protestante dans la genèse du capitalisme industriel a été bien mise
en évidence par l'allemand
Max Weber dans
"L'éthique protestante et l'esprit du
capitalisme"
(1901)
2.7. Le rôle des colonies.
Pour ce qui est de l'Angleterre, les colonies ont joué trois rôles importants:
- Elles ont contribué à absorber une partie du trop
plein démographique et ainsi à limiter la misère de
tous ceux qui avaient abandonné les campagnes. Au lieu de s'entasser dans les
villes où il n'était pas toujours facile de trouver du travail, nombreux sont
ceux qui ont cherché à refaire leur vie outremer. Nombreux sont les Irlandais
qui émigrèrent dans le nouveau monde (EU et Canada) et en Australie lors de
l'épidémie du mildiou de la pommes de terre
(1846/51)
à l'origine d'une terrible famine.
- Les colonies sont devenues une réserve de
matières premières indispensable à la jeune
industrie en pleine expansion. Le coton d'Egypte
(Protectorat)
et des Indes
(Colonie)
remplaça progressivement les importations de coton venant des États
esclavagistes d'Amérique car dès la fin de la guerre de sécession
(1865)
les États-Unis se sont mis à traiter eux-mêmes leurs matières premières
agricoles et minières.
- Les échanges avec les colonies ne risquaient pas d'être entravés par des
droits de douane étrangers puisque c'est
l'Angleterre qui gouvernait ces échanges. Les colonies, grâce aux citoyens
britanniques qui y étaient maintenant installés devenaient
un marché où les produits
manufacturés de la métropole pouvaient être vendus, ce, d'autant plus que
l'Angleterre veillait à ce qu'aucune industrie de transformation ne se développe
outremer afin de ne pas risquer la concurrence
(Une exception: les industries textiles aux
Indes). Pour le secteur primaire
(mines, agriculture, pêche),
les colonies offraient
une main d'œuvre bon marché et docile qui a
toutefois bénéficié d'une certaine amélioration de l'hygiène (qui s'est traduite
par une augmentation démographique), des
transports et des méthodes de culture. Le pouvoir central pratiquait une "salutary neglect" vis-à-vis des colons ce
qui donnait une certaine liberté d'action génératrice d'initiatives
personnelles. En Angleterre il n'y avait pas comme en France une obsession centralisatrise.
Ainsi l'Angleterre est-elle au XIX è
siècle non seulement un modèle politique
(modèle qui avait été vanté par les philosophes
français du XVIII è en particulier), mais
aussi et surtout un modèle de développement économique qui sera bientôt imité
mais avec des modalités qui ne seront pas forcément des calques des manières de
faire britanniques. Une chose est certaine le boum économique qui a vu le jour
en Angleterre s'est rapidement propagé dans toute l'Europe occidentale, aux
EU et au
Japon
(Cf. le Meiji, industrialisation
intense de 1868 à 1880) avec tout un
cortège de problèmes sociaux qui ont donné lieu à des solutions que nous allons
envisager dans ce qui suit..
Notons que pour la France du XIX è siècle, deuxième puissance coloniale, les
avantages tirés des colonies étaient à peu près les mêmes sauf en ce qui
concerne le peuplement car déjà à cette époque, la France n'avait que peu
d'excèdant démographique. La France, comme l'Angleterre s'est servie des peuples
colonisés pour renforcer son armée d'où la constitution de nombreux régiments
d'indigènes (tirailleurs sénégalais, algériens, tunisiens etc) qui paieront un
lourd tribut, notamment à la guerre de 1914-18.
3.
La gestion
capitaliste de la révolution économique
Rappelons que dans une gestion capitaliste de l'économie,
les moyens
de production sont du domaine de la propriété privée.
Au départ, la propriété est souvent aux mains d'une même
famille clairement identifiée
ensuite de quoi, dans bien des cas, l'ensemble initial se transforme en
société par actions. La propriété bien que toujours
privée est alors
anonyme
car elle est aux mains des actionnaires dont le nombre et l'identité peuvent varier avec le temps. Fondamentalement le capitalisme est un système qui se
propose de faire
le maximum de profit pour un investissement donné
d'où une tendance a payer le moins possible ceux qui travaillent à la création
des biens sans se rendre compte que la
loi d'airain des salaires*
conduit à la crise économique; les biens
produits ne trouvant pas suffisamment
d'acquéreurs.
Les bases théoriques de la gestion capitaliste ont
été mises en place au XVIII è siècle et sont à l'origine du
capitalisme sauvage
dont les inconvénients ont été très précocement mis à jour dans le domaine
social, d'où, tout au cours du XIX è siècle des ajustements pour rendre
plus humaines les façons de faire originelles. Les théories du capitalisme se sont
mises en place dès le XVIII è siècle, en même temps que le capitalisme lui-même;
à la différence des théories socialistes
ce ne sont pas des théories a priori.
3.1. Les précurseurs.
François Quesnay (1694-1774). Créateur de l'école
dite des
physiocrates selon laquelle la terre est le source
essentielle de toutes les richesses; c'est la nature
qui régularise la production et les échanges sans que l'homme ait à intervenir, c'est la théorie du
"
Laissez
faire, laissez passer, le monde va de lui-même''
(Vincent de Gournay
- 1712/1759 -); le marché rétablira tout
naturellement un équilibre bénéfique à tous . Pour les physiocrates la
terre demeure la seule source des vraies richesses.
Les physiocrates étaient opposés au
mercantilisme*
qui avait eu son heure de gloire
sous Louis XIV et dont
Colbert
(1619-83) avait été l'ardent défenseur.
Adam Smith
(1727-1790). La
" Recherche
sur la nature et les causes de la richesse des nations"
(1776)
constitue la bible du libéralisme classique. Partisan du
"Laissez faire"
Adam Smith est favorable à une libre circulation des biens sans aucune barrière
douanière. Il considère qu'il est normal que l'on produise ce que l'on sait
faire, vite, bien et au coût le plus bas; par contre il est plus avantageux
d'importer si le produit en cause ne correspond pas à notre savoir faire. Il est
donc, comme Quesnay, farouchement opposé au mercantilisme et à l'autarcie. A la
différence des physiocrate A. Smith considère que le
travail est la principale source de richesse
et que la terre n'est qu'un des éléments de cette richesse; de plus, pour A.
Smith
l'intérêt particulier génère la prospérité générale. L'État doit s'occuper
de la défense nationale, de la justice et de sécurité publique ainsi que de
quelques grands travaux
(route, canaux, drainage etc) mais ne doit pas
intervenir dans le domaine économique qui se règle automatiquement; c'est la
théorie de "la main invisible"
qui permet une
autorégulation bienfaisante
sans intervention du pouvoir politique.
3.2. Les pessimistes.
"La souffrance et le mal sont des avertissements de la nature dont on ne peut sedébarrasser''
(The Economist, 13/05/1848)
Le pouvoir politique ne peut pas
améliorer la situation des travailleurs car ce sont les travailleurs qui sont
responsables de leur propre malheur.
Thomas Malthus (1772-1834).
Dans son "Essai sur le principe de
population" (1798),
Malthus prétend que tous les maux économiques sont dus au fait que la population
humaine s'accroît selon une progression géométrique (2,4,8,16) alors que les ressources que nous livre la terre s'accroissent selon une
progression arithmétique (2,4,6,8);
pour éviter la famine il faut donc
limiter les naissances en conseillant les mariages tardifs et la chasteté.
David Ricardo
(1772-1823) Il considère que les ressources de la terre peuvent s'accroître considérablement
plus que ne le prévoyait Malthus, de plus, on peut freiner l'augmentation de la
population par la contraception et
l'émigration dans les
colonies. Comme Malthus toutefois il considère que la
surpopulation est le seul
vrai problème car elle est à l'origine de l'accroissement des demandeurs
d'emploi et, par suite, génère des bas salaires source de misère: plus il y a de
sans emploi, plus le travail est bon marché. Remarquons que cette proposition se
vérifie surtout pour le travail peu qualifié; elle a été carrément contredite
par le
fordisme qui considérait
aussi les travailleurs comme des
consommateurs qu'il
fallait donc payer correctement. Résultat: durant la seconde moitié du XIX è et les trois premiers quarts du XXè siècle, aux EU,
il y une cohabitation de hauts salaires et d'un chômage important.
La "science" de ces économistes pessimistes
(que l'on nomme parfois ''classiques'') a été baptisée "dismal science"
(science sinistre)
par leurs adversaires. Par contre, les entrepreneurs sont
assez favorables aux vues de Malthus et de Ricardo car les travailleurs étant
cause de leurs propres malheurs, le patron se trouve dédouané de toute
culpabilité et moralement en paix avec sa conscience !
Notons enfin que "L'origine des espèces"
(1859)
livre dans lequel
Charles Darwin considère que l'un des moteur de l'évolution est la lutte pour la vie qui
amène à la survivance des plus aptes,
a conduit au
darwinisme économique qui justifie la concurrence sans pitié du capitalisme sauvage; ce, à l'insu de
Darwin lui-même qui avait été influencé par Adam Smith . . . .
3.3. Les partisans du capitalisme social.
Pour ces économistes, il faut répartir d'une
manière plus juste les richesses sans oublier que
pour les répartir ... il faut qu'elles existent ! Pour ces auteurs, seuls
des moyens de production du domaine privé peuvent générer de la richesse. L'État
va donc intervenir, non dans la production mais dans la distribution
des gains qui seront répartis le plus équitablement possible. Ce capitalisme
social, en Occident tout au moins, a rapidement mis fin
au capitalisme sauvage des débuts de l'industrialisation dont
on peut avoir une idée en lisant
Dickens, Zola ou
Gorki.
Jeremy Bentham (1748-1832).
Pour Bentham toute action humaine est déterminée par la
peine, que l'on cherche à
éviter et par le plaisir que l'on cherche à atteindre voire à intensifier. Toute déclaration
abstraite telle que la déclaration des Droits de l'Homme lui paraît sans intérêt
car il n'y a de réalité sociale qu'au niveau de l'individu dont le bonheur dépend d'initiatives privées. L'État ne doit intervenir que dans
des cas extrêmes et en particulier quand la peine endurée par le plus grand
nombre sert au plaisir d'une minorité.
John Stuart Mills
(1806-1873). On peut considérer JS Mills comme le principal initiateur du
capitalisme social. Dans son
"Principes d'économie politique"
(1848) il indique les différentes voies menant à une humanisation du capitalisme
sauvage. Les travailleurs ont intérêt à former des
syndicats,
l'État doit assurer un enseignement gratuit,
le droit de vote universel,
et veiller à une juste redistribution des richesses générées par l'entreprise
privée. Sur le plan de la démocratie il veut que l'on tienne compte aussi des
minorités car il craint la tyrannie de la majorité. En bref
le "laissez faire"
doit être domestiqué par l'État. Les idées de JS Mills ont été appliquées en Europe et aux EU dès la fin du XIX è
siècle.
4.
L'approche socialiste
Le socialisme
présente
deux caractéristiques fondamentales: les moyens de production ne sont plus
privés mais appartiennent à l'ensemble des citoyens; ils sont
gérés soit par l'État
soit par les travailleurs d'une entreprise donnée
(autogestion); la
production et la répartition des richesses sont entièrement
planifiées.
4.1. Le socialisme ''utopique''.
Cette appellation dérisoire a été forgée par les socialistes d'obédience
marxiste qui se prétendent scientifiques. En fait le socialisme utopique est
demeuré dans le domaine des idées et n'a fait l'objet que de quelques
applications, très locales, limitées et de courtes durées; de plus, les moyens de production
étaient encore en grande partie du domaine privé. Il faut cependant
remarquer que les socialistes utopiques ont eu une certaine influence sur bien
des entrepreneurs et que ce sont les héritiers des
Lumières. La raison
est à l'oeuvre et construit a priori des systèmes économiques qui devront se
plier au plan proposé un peu comme un architecte qui respecte le plan de
l'édifice qu'il construit Les "Utopistes", comme les philosophes du XVIII è
siècle, croient à une amélioration possible de
l'homme qui a une tendance naturelle à la solidarité ce qui l'entraîne à vivre
en harmonie avec ses semblables dans la mesure où la société est organisée d'une
manière juste et rationnelle. Une
société juste et paisible est à notre portée dans un avenir plus ou moins
lointain, nous y parviendrons
progressivement et
pacifiquement en
faisant
prendre conscience à
chacun du bien fondé d'une
organisation rationnelle de l'économie.
La plupart des expériences du socialiste utopique vécu ne répondent pas à la définition du
socialisme que nous avons mentionnée, toutefois on a pris l'habitude de les
ranger dans cette catégorie.
Henri, Comte de Saint Simon (1760-1825)
a une confiance quasi absolue dans les
mathématiciens
auxquels revient la présidence du parlement qu'il nous propose; il considère que
l'Europe devrait s'unir en une confédération, ce qui en fait un précurseur.
Prosper Enfantin,
fondateur de la compagnie de chemin de fer PLM
(Paris Lyon Méditerranéen)
ainsi
que
Ferdinand de Lesseps,
qui a réalisé le canal de Suez sont des disciples de Saint Simon.
Charles Fourier
(1772-1837).
Se prenant pour le Newton des sciences sociales, Fourier prétend que les
relations humaines sont régies par le principe de
"l'attraction passionnelle" ce qui le conduit,
entre autres, à préconiser une complète liberté sexuelle et à recommander des
mariages tardifs, quand les passions se sont apaisées. Il est partisan de la
création de petites unités économiques les
phalanstères où règne l'harmonie indispensable au
bonheur de l'ensemble. Tous les projets de Fourier furent voués à l'échec à très
court terme.
Robert Owen
(1772-1858).
Devenu directeur d'une manufacture de coton à New Lawark (Écosse)
il s'insurge contre le travail des enfants et les journées trop longues et
pense que l'on peut augmenter la productivité de l'entreprise en améliorant les
conditions de vie des travailleurs. La réalité de cette affirmation a été
maintes fois confirmée. A contrario, on sait que le
servage (aboli en Russie en
1861) et
l'esclavage (aboli aux E-U en 1865) généraient du travail mal fait et
particulièrement lent. Lawark est rapidement devenu un modèle de développement
industriel: on n'y travaille que 10h30 (!) par jour, on ne fait pas travailler
les enfants de moins de dix ans. Un système scolaire est mis en place dans
lequel on applique les théories de
Rousseau: éducation par l'observation de la
nature, peu de recours aux livres, nombreux travaux manuels. Owen essaya d'appliquer ses
théories aux EU, notamment dans l'Indiana à New Harmony. Bien que ses
entreprises firent long feu, Robert Owen est l'un des rares utopistes qui connu
un début heureux de réalisation.
Louis Blanc
(1811-1882).
C'est le seul socialiste utopiste qui demande que les travailleurs soient
propriétaires des moyens de production, l'État étant le "banquier des
pauvres". Louis Blanc se dégage du
socialisme philanthropique et paternaliste
et est considéré comme un précurseur authentique du socialisme
"scientifique". Les
ateliers nationaux
de
1848 semblent être nés de ses idées; leur but était de donner du travail aux
chômeurs auxquels on faisait accomplir des
travaux d'intérêt général. Les ateliers nationaux se sont soldés par un échec et on invita les
chômeurs à s'engager dans l'armée ou à émigrer aux colonies.
Pierre-Joseph Proudhon
(1809-1865).
Pour Proudhon
"la propriété, c'est le vol";
en fait, il est pour un état très fortement décentralisé tendant vers le
fédéralisme
(prolongement de la tendance girondine)
dans lequel chaque travailleur devient un producteur à son
propre compte. Il est
contre le prêt à intérêt ce
qui le conduit à un certain
antisémitisme. Il est pour
l'instauration d'une
banque du peuple
qui prêterait sans intérêt. Très suspicieux envers l'État
il tend vers
l'anarchie. Il souhaite que
tout travailleur puisse se hisser au niveau économique de la bourgeoisie
dont il ne souhaite nullement la destruction ce qui l'oppose farouchement à
Marx. La publication de "Philosophie de la
misère" (1846) lui vaut une réplique cinglante de
Marx: "Misère de la philosophie".
Marx ne tolérait pas que Proudhon puisse envisager une certaine
"collaboration de classes".
Notons que l'idée de prêt sans intérêt est reprise aujourd'hui dans certains
pays du tiers monde pour des petits montants qui remplacent
l'accumulation primitive de capital;
on prête sans intérêt pour mettre en route une petite entreprise qui remboursera
dès qu'elle commencera à faire quelques bénéfices.
Ceci permet la création d'entreprises qui n'ont pas besoin de
matériel coûteux. Rappelons que, a contrario, pour mettre sur pied une
entreprise nécessitant un important matériel il faut faire appel à des
actionnaires
qui, ensemble, arrivent à constituer les sommes nécessaires à un gros
investissement initial
avec des
bénéfices différés.
Pendant la mise en place d'une grosse entreprise il faut bien cependant payer le
personnel; l'investisseur doit alors penser à moyen et long terme. Il doit se
départir d'une partie de ce qu'il possède en faisant
confiance à l'avenir.
Notons que dès lors que l'on investit dans une entreprise au moyen d'actions, on
prend le risque d'un échec concernant le lancement de ladite entreprise pouvant
conduire à une perte de l'investissement. Tout achat d'actions comporte un
risque.
4.2. Le socialisme
"scientifique" et la sociale démocratie
Karl Marx
(1818-1883).
De même que Fourier croyait avoir trouvé la loi fondamentale de la
sociologie dans
"l'attraction passionnelle" Marx veut tout expliquer par
"la lutte des classes"
qui serait la clé de l'évolution historique du genre humain
(féodaux contre bourgeois puis bourgeois contre prolétaires).
Marx
se veut scientifique ce
qui ne l'empêche pas d'être effroyablement
dogmatique et l'observation qu'il fait de la
société dans laquelle il vit est très sélective: il retient ce qui arrange sa
théorie et est aveugle au reste.
La théorie: Elle
est exposée dans "Le
manifeste du parti communiste" (1848) que Marx rédigea avec
Friedrich Engels
(1820-1895).
D'après
Pierre Kropotkine, Marx
se serait largement inspiré de
Victor Considérant pour
rédiger son manifeste.
D'après le Manifeste,
les capitalistes en cherchant à faire le
maximum de profit génèrent des crises économiques
cycliques car comme ils ne paient pas
suffisamment leur main d'œuvre, ils créent un excès de biens qui ne
trouvent pas de
clientèle solvable. Il en
résulte un mélange explosif de patrons de plus en plus riches et de
prolétaires de plus en plus pauvres qui conduit à un ordre injuste qui sera
renversé par une
révolution violente:
l'évènement sera brusque, rapide, irréversible et débordera les frontières
pour devenir
international dès que la classe laborieuse aura
pris conscience de la
force que constitue son unité: "prolétaires de tous les pays unissez-vous !".
Désormais maîtres des moyens de production,
les travailleurs pourront alors organiser la production compte tenu des
besoins de chacun et arriver à une société harmonieuse, sans État: la société
communiste. Entre temps, la frange la plus
éclairée des travailleurs exercera une dictature bienfaisante sur
l'ensemble de leurs camarades, pour le bien de tous: c'est la
dictature du prolétariat
qui se veut
transitoire. La société
communiste finale sera une
société sans classe,
donc harmonieuse, et sans conflit, l'histoire aura perdu son moteur essentiel
(la lutte des classes)
et seules les inventions et découvertes scientifiques et techniques pourront
modifier son cours . . . C'est dans son œuvre maîtresse,
"Le capital",
dont le premier tome est publié en
1867 que Marx
développe les idées qu'il avait rapidement exposées dans "le manifeste".
Marx reprend l'idée de Hegel mais l'applique à l'histoire dans ce que l'on
appelle le
matérialisme dialectique.
Pour
Hegel
(1770-1831)
le
fonctionnement de l'esprit se fait selon un mode dialectique résumé dans le
célèbre aphorisme: thèse, antithèse, synthèse.
Critique: très
vite les prolétaires ont compris qu'ils avaient intérêt à s'organiser pour
contrer l'action de la classe possédante. Cette dernière, notamment en
Allemagne, a rapidement lâché du lest ce qui a conduit à des
lois sociales qui ont
amélioré progressivement la condition des travailleurs alors que
Bismarck était
chancelier . Marx a dénigré ce type de transformations en prétendant
qu'elles n'étaient que le résultat provisoire d'une
collaboration de classes
sans importance pratique véritable. En fait, c'est à cause de ces lois
sociales que les ouvriers allemands n'ont pas embarqué dans la révolution
prolétarienne de 1917-18: ils n'avaient pas l'intention de risquer
d'abandonner ce qu'ils avaient durement acquis. Une révolution, certes, leur
promettait mieux, mais au risque de perdre transitoirement
(c'est ce qu'on
voulait leur faire croire)
ce qu'ils possédaient déjà. L'évolution
progressive qui s'est produite en Allemagne est le fait de
dissidents du
marxisme, les
sociaux démocrates*
qui avaient le même objectif final que les marxistes à savoir la
propriété
commune des moyens de production
et finalement la
disparition de l'État
menant au
communisme. À la différence des marxistes ils préconisaient une
transformation progressive,
légale et non violente. Au
cours du XX è siècle, partout où il y a eu un progrès social, c'est la
tendance sociale démocrate qui a prévalu; par contre, pas un seul pays ayant
adopté la voie révolutionnaire
marxiste, tant en Russie que dans l'Europe de l'Est et, plus tard, en
Afrique ou en Asie n'a pu se hisser au niveau des pays qui avaient adopté
une voie plus nuancée. Actuellement les pays qui s'accrochent au marxisme
tels la
Corée du nord
et
Cuba
connaissent de terribles difficultés économiques sous des régimes
dictatoriaux bloquant tout progrès; ces pays font figure de fossiles vivants
(ou espèces relique !).
Dans de nombreux pays, la tendance
sociale démocrate a pris la forme du
capitalisme social avec lois sociales
et certains moyens de production qui appartiennent au privé, d'autres à l'État,
d'autres enfin à la fois au privé et à l'État
(sociétés mixtes. exemple en France, l'EDF).
Ce
système mixte, sans cesse remis en question
mais toujours bien vivant a permis des avancées sociales
considérables: salaires décents, sécurité sociale, éducation gratuite, tout
en garantissant la liberté individuelle, l'égalité devant la loi et une
relative abondance des biens. La
solution mixte du capitalisme social est certes imparfaite, mais elle a le
mérite d'exister et de pouvoir éventuellement se bonifier.
En bref Marx a très bien observé et compris les tares du capitalisme
du début de l'ère industrielle ce qui a fait dire à
Raymond Aron que Marx
était surtout une excellent analyste du capitalisme industriel à ses débuts. Pour le reste
Marx a eu tort de se livrer à des
extrapolations qui ne tenaient compte ni de
l'action syndicale
ni des
nationalismes que le
printemps des peuples * (1848) avait exacerbés. L'internationalisme
pacifique des prolétaires, prôné par
Jean Jaurès,
a été balayé par le nationalisme et la guerre de
1914-18, guerre civile européenne, qui n'a pu être évitée.
Notons enfin qu'après la disparition de Marx, la marxisme a été mis en
défaut par certains Américains et notamment
Henry Ford
(1863-1947)
qui a vite compris que pour éviter les
crises de surproduction
il fallait que les ouvriers producteurs deviennent aussi des
consommateurs, d'où, aux
E-U, comme déjà dit, un état de fait qui était en contradiction avec le marxisme à savoir:
des hauts salaires qui cohabitaient avec un abondant chômage.
Bien d'autres solutions ont été proposées pour adoucir les dures conditions
que le prolétariat a connues tout au long du XIX è siècle, lors du difficile
accouchement de la société industrielle actuelle.
Auguste Blanqui
(1805-1881)
était partisan de l'élimination physique des
gouvernants au service de la propriété privée et du capital et participa très
activement aux
révolutions de 1830 et de 1848
tout en s'engageant dans la
Commune de Paris
(1870-71);
il passa 40 ans en prison et son action n'aboutit à rien de durable. Blanqui
partisan d'une "minorité
agissante" exerçant une dictature transitoire
pour mettre à terre la bourgeoisie et le capitalisme a influencé
Lénine et a lui même été
influencé par
Gracchus Babeuf
(Guillotiné en 1797) qui avait
conspiré contre le Directoire
(Conspiration
des Égaux, décrite par
Filipo Buonarroti
-1761-1837).
Le Prince Pierre Kropotkine
(1842-1921)
était pour une abolition complète de l'État et de la propriété privée;
l'organisation de la société devait consister en de petits ensembles de
production dans chacun desquels on aurait dû travailler dans la paix que
quelques heures par jour tout en pouvant réussir sa vie sans nuire à autrui.
Bakounine
(1814-1876) qui
fut de la
Première Internationale
(1864) était pour une
révolution violente immédiate permettant la réalisation des utopies de
Kropotkine. Bakounine ne faisait aucune confiance aux États mais croyait aux
syndicats de travailleurs qui peuvent arriver à leurs fins par la
grève générale, arme
suprême de l'action politique. Bakounine et Kropotkine ont beaucoup
influencé des
Nihilistes russes de la
fin du XIX è et du début du XXè.
Le terrorisme comme moteur du changement de la société a fait un certain
nombre de victimes à la charnière du XIX è et du XX è: Assassinats d'Alexandre
II en 1881
(Tsar de Russie)
de
Sadi Carnot
en 1894
(Président pendant une partie de la 3 è République
française), du roi
Humberto d'Italie
(1900),
du président des EU
Mc Kinley
(1901)
Georges Sorel
(1847-1922),
dans
"Réflexion sur la violence"
(1908)
essaie de donner une base théorique à
l'anarcho-syndicalisme
mais son action fut vite oubliée dans le grand bouleversement qu'allait
amené la Grande Guerre de 1914-18.
Enfin, les
Démocrates Chrétiens
ayant pour porte voix le pape Léon XIII,
(Pape de 1878 à 1903), voulaient que l'on revienne à l'état d'esprit des
premiers chrétiens... Les Démocrates Chrétiens ont eu leur heure de gloire en
France (MRP) et en Italie, après la guerre de 1939-45.
CONCLUSION
La révolution économique du XIX è siècle est bien
plus importante que les révolutions politiques qui se sont produites dans le
passé. Pour ce qui est du monde occidental, il y avait finalement assez peu
de différence entre un paysan de l'antiquité et un paysan du XVIII è
siècle; tous deux étaient très marqués par le
jeu des saisons, par la
traction animale, par les
épidémies, par le
taux de mortalité élevé des parturientes et des
enfants en bas âge, par les
disettes voire les
famines. Par contre quel
contraste entre un paysan de la fin du XVIII è siècle et un prolétaire
du début du XX è qui connaît la
machine à vapeur, les début de
"la fée
électricité", le
télégraphe, les
vaccinations, les
chemins de fer et une vie tout entière
détachée de la terre tout en bénéficiant d'une
espérance de vie à la naissance
de plus en plus longue. La révolution économique a été douloureuse pour
la grande majorité de ceux qui y ont participé, mais elle est à l'origine de
véritables changements matériels qui ont amélioré la vie de chacun tout en
laissant espérer des lendemains encore meilleurs. . .qui ont été
malheureusement entachés de guerres atroces, les travailleurs s'étant
fait piéger par le
nationalisme . . . et par certaines idéologies
(nazisme,
fascisme, communisme).
Sur le plan social on peut déplorer que les
énormes gains résultant
du
surplus de travail
engendré par
l'utilisation des énergie fossiles
ne soient pas partagés d'une manière plus juste entre les travailleurs. Une
seule chose est équitablement partagée: la
pollution !!
Des commentaires?
© Les Fiches à Berca. Dernière mise
à jour: 07/04/201 3
Retour à l'accueil
Entropie
et néguentropie. Il y
a une
augmentation de l'entropie
quand le désordre de
la matière augmente c'est le cas dans les phénomènes de respiration, de
fermentation et de combustion. Ces phénomènes s'accompagnent d'une
libération d'énergie. Tout phénomène conduisant à
une mise en ordre de la matières est dit néguentropique. Le grand phénomène
naturel de mise en ordre de la matière est la
photosynthèse qui, à partir de l'eau, du bioxyde de carbone
(= gaz
carbonique) et des nitrates permet l'élaboration des matières organiques que
nous consommons: glucides, lipides et protides. Dans le cas de la photosynthèse
l'énergie utilisée est d'origine solaire. Dans tout être vivant (y compris chez
les végétaux) il y a à la fois des phénomènes d'entropie et de néguentropie; à la
mort l'entropie prend le dessus, on se dé-compose.
(Retour 1)
Angleterre: d'une
manière abusive mais cependant consacrée, on nomme Angleterre non seulement une
région particulière du pays mais
l'ensemble du royaume Uni.
(Retour 2)
Guano:
accumulation fossile de fiente et de cadavres d'oiseaux marins, particulièrement
abondant au Chili, et servant d'engrais Le guano est riche en phosphates
et en nitrates. Aujourd'hui le guano du Chili est pratiquement épuisé.
(Retour 3)
Enclosures: en Angleterre, durant le XVIIIè siècle la plupart des terrains communaux pouvaient être utilisés par les paysans pour y faire paître leur cheptel. Ces champs (open field) ont été progressivement enclos d'où un appauvrissement des petits paysans qui n'avaient plus de quoi nourrir leurs bêtes. Ruinés, nombreux sont ceux qui se sont "réfugiés" dans les villes où ils ont constitué une main d'œuvre bon marché.
(Retour 4)
Mercantilisme:
théorie qui prétend que la richesse d'un État est dû essentiellement à une
abondante réserve de monnaie métallique
(argent et or) et qui tend, pour des
raisons essentiellement militaires, à
l'autarcie (Il faut être le plus possible
autosuffisant et réduire les importations au minimum nécessaire). Il faut lutter
contre la concurrence des autres pays en
augmentant les tarifs douaniers des produits importés
et veiller, par un
contrôle strict de l'État, à la qualité des
produits que l'on exporte. L'État possède certaines manufactures qui doivent
être des modèles en ce qui concerne la qualités de ce qui y est produit.
Sur le plan politique, le mercantilisme nécessite un pouvoir central très fort
et tend à décourager les initiatives privées.
(Retour 5)
Loi d'airain des salaires. Cette loi consistait à payer les travailleurs le moins possible, juste suffisamment pour pour qu'ils puissent survivre. La loi d'airain des salaires fut violemment combattues par Ferdinand Lassalle (social démocrate allemand) qui avait compris que tout producteur devait être aussi un consommateur de manière à éviter les crises de surproduction. Ford a repris certaines idées de Lassale
(Retour 6)
Sociaux démocrates.
Le parti social démocrate,
initialement marxiste fut fondé en 1869 par
Liebknecht et Bebel; en
1875,
Ferdinand Lassalle, apôtre de la non-violence,
donne à ce parti une nouvelle orientation: amélioration de la conditions
ouvrière par des réformes progressives et pacifiques menant finalement au
socialisme. Les
sociaux démocrates furent le moteur de la Deuxième
Internationale fondée en 1889. Rappelons que
la Première Internationale ne dura que douze ans
(1864-76) et éclata suite aux
dissensions entre marxistes et anarchistes. La seconde Internationale fut
dissoute en 1923, c'est elle qui instaura le 1 er mai comme fête internationale
du travail.
(Retour 7)
Printemps des peuples. Suite à la
révolution française de 1848, bien des peuples
ont pris conscience de leur identité propre et se sont rebellés contre le
pouvoir étranger dont ils dépendaient, dans une sorte de
réveil nationaliste: Italiens, Tchèques, Hongrois contre l'Autriche. Pour
les Allemands, toujours dispersés, la constitution d'un État fort dans lequel
ils seraient regroupés est devenu un objectif désormais à leur portée.
(Retour 8)
Révolution de 1848 en France: elle
aboutit à la chute de Louis Philippe et à l'instauration de la 2 è République
dont Louis Napoléon Bonaparte (Neveux de Napoléon 1 er) fut le président. Le
2/12/1851, Louis Napoléon organisa un plébiscite qui lui permet de se maintenir
au pouvoir alors même que son mandat de président était terminé. Le
2/12/1852 il fit un coup d'État et fut proclamé empereur. La Révolution de 1848
était terminée.