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Les particules élémentaires
Michel Houellebecq. Flammarion 1998. 394 pages
Michel Houellebecq, né en 1958, élevé par sa grand mère paternelle.
Formation
scientifique:
ingénieur agronome.
Houellebecq a quitté la France pour vivre en Espagne, puis en Irlande.
Histoire de deux demi-frères (par leur mère),
Michel, biologiste de
renom, versé dans la biologie moléculaire et la génétique et Bruno, agrégé de
lettres, professeur de lycée, sans enthousiasme. Michel est entièrement immergé
dans ses recherches et n’éprouve aucun sentiment particulier envers ses
semblables; le seul amour vraiment ressenti est celui qu’il a eu pour sa grand-mère qui l’a élevé et dont il garde un souvenir profond en rapport avec le
dévouement qu’elle lui a témoigné. Bruno, mal dans sa peau, est tout aussi étranger au monde dans lequel il vit que son demi-frère, mais recherche dans l’amour physique (et
dans l'alcool) une espèce de compensation au
vide qui l’habite.
Michel, au cours d’une année de disponibilité qui le libère passagèrement de ses
recherches, retrouve une camarade de lycée, Annabelle, avec laquelle il va
connaître un court moment de bonheur. Annabelle meurt d’un cancer de l’utérus.
Michel va s’établir en Irlande pour continuer ses recherches et disparaît sans
laisser de traces physiques. Suicide en mer ? Ou fuite de notre chercheur dans
quelques sectes bouddhistes ? Michel ne demeure que
par ses écrits scientifiques où il entrevoit un autre monde où les humains
désormais débarrassés de la reproduction sexuée sont issus les uns des
autres par clonage et où chacun retrouve l’existence de l’autre. Le "moi-je" et l’égoïsme hypertrophiés de notre monde de fric et de sexe hanté par la concurrence se métamorphose en altruisme qui conduit au bonheur et à la
reconnaissance d'autrui. Le roman de Houellebecq débouche sur un avenir de
science fiction.
Bruno qui lui aussi connaît finalement quelques bribes d’amour avec Christiane,
une soixante-huitarde sur le retour. Bruno finit ses jours à l’asile alors que sa
"bien aimée" meurt d’un ACV.
Michel et Bruno sont des anti-héros très conscients de leur inadaptation au
monde inhumain dans lequel ils vivent ; sortes de bouchons, ils suivent le
courant en sachant très bien que notre monde décadent et sans amour est
condamné, dans sa forme actuelle, à devenir de plus en plus invivable. Michel et
Bruno ont très peu d’estime des autres et de leur propre personne ce qui les
conduit à un lourd pessimisme.
Pour Michel, tout ce qui existe, vivants et non vivants est dû à une combinaison
extrêmement complexe de particules élémentaires (comme les électrons,
les protons et les neutrons), immortelles et
dont on a du mal à déterminer les positions à un instant donné, ce qui ne
signifie pas que ces particules soient libres. De même pour l’homme, la liberté
dont on se targue n’est peut-être que l’ignorance des causes de nos actions. On
bascule du "Dieu c'est notre ignorance" de Voltaire
à une liberté factice qui, elle aussi, ne serait
que l'ignorance de ce qui nous détermine. Pour Michel, la biologie amènera à une transformation de l’homme ; il y aura
création d’un homme nouveau qui conduira à une humanité nouvelle où l’égoïsme et
l’exacerbation du moi seront définitivement éradiqués. L’amour redeviendra
possible.
Livre qui fait un peu penser à l'Étranger de Camus, mais les "étrangers" qui nous sont
présentés ici sont beaucoup plus "intello" que Meursault, plus désabusés et
moins attachés à la vie que l'anti héro de Camus qui envisageait un au-delà où
il aurait pu se souvenir de ce qu'il avait vécu ici bas.
Michel par l'importance qu'il donne, à "l'amour dévouement", révélé par
sa grand mère, apparaît un peu comme un chrétien des origines. La vie qu'il
menait avant son année de congé, entièrement consacrée à la recherche,
était quasi monastique.
Quelques extraits.
En rouge: commentaires personnels
23 |
Michel (le chercheur) dénigre le champ de
recherche dans lequel il est engagé.
"…les chercheurs en biologie moléculaire sont le
plus souvent d’honnêtes techniciens sans génie, qui lisent Le Nouvel
Observateur et rêvent de partir en vacances au Groenland." |
78 |
Bruno (le prof.), lui aussi se sent mal
dans sa peau.
" En un mot je
ne suis pas assez naturel, c’est-à-dire pas assez animal, il s’agit là
d’une tare irrémédiable : quoi que je dise, quoi que je fasse..." etc |
82 |
Bruno se sent étranger dans un
monde où
"… l’être humain est prompt à établir des
hiérarchies, c’est avec vivacité qu’il aspire à se sentir supérieur à
ses semblables. […]
un nouveau champ s’ouvrit à la compétition narcissique."
Bruno a parfaitement
conscience du monde de faiseurs dans lequel il se sent mal. Chacun aime
se faire passer pour ce qu'il n'est pas; en réalité, Bruno ne fait
que "redécouvrir" la Comédie humaine si chère à Balzac. Nouveauté ? |
115
116 |
Michel (le chercheur) exprime son
admiration pour sa grand-mère
" Des êtres humains qui travaillaient toute leur
vie, et qui travaillaient dur, uniquement par dévouement et par amour ;
[…] qui
n’envisageaient en réalité d’autre manière de vivre que de donner leur
vie aux autres dans un esprit de dévouement et d’amour."
Nostalgie d'un monde révolu dans lequel, malheureusement, le dévouement
était parfois exploité à des fins purement lucratives... |
133
à
147 |
Chapitre particulièrement drôle
où l’auteur fait une description au vitriole des soixante-huitards
attardés adeptes du new âge et autres fadaises. La révolutionnette de 68
à son meilleur !
" Lieu
privilégié de liberté sexuelle d’expression du désir, le Lieu de
Changement devait naturellement, plus que tout autre, devenir un lieu de
dépression et d’amertume. (134) Certaines de ces vieilles putes avaient donc, malgré tout, réussi à se
reproduire." (135)
Bruno (le prof.) fréquente
différents ateliers dont l’un de création.
"Maintenant vous avez franchi la
barrière du mental rationnel ; vous avez établi le contact avec vos
plans profonds. Je vous demande de vous ouvrir sur l’espace illimité de
la création. Poil au fion." Songea
rageusement Bruno en se relevant à grand peine. (137)
Bruno est peu sensible au nombrilisme du "créateur" exhibitionniste en
action ! |
194
à
201 |
De l’individualisme naissent la liberté, la
sensation du moi, le besoin de se distinguer et d’être supérieur aux
autres. (199) […]
la vanité et la cruauté ne peuvent manquer de s’étendre. (201)
Michel comme Bruno ne peuvent plus supporter tous
les "moi je" qui sont sans cesse en train de se "pousser du col",
souvent en se servant des autres comme de faire valoir. On est de plus
en plus dans un monde de "trous-du-cul" sans vergogne, heureux d'exhiber
une sottise qui a tendance à proliférer. |
251 |
Pessimisme de Bruno qui a
conscience de son inutilité.
" Moi je n’ai
rien fait, rien créé ; je n’ai absolument rien apporté au monde."
Dans un monde hautement
mécanisé et informatisé, il est vrai qu'on a de plus en plus
l'impression que bien des
emplois ne sont utiles... qu'à donner du travail à ceux qui n'en n'ont
pas... Que d'emplois en surnombre dans le monde de l'administration, de la psychologie, de la sociologie, du marketing etc |
273 |
Retour à la vérité animale.
" La jouissance sexuelle […]repose essentiellement
sur des sensations tactiles" etc
Description du rôle des endorphines.
|
281 |
Liberté ?
"…il (Michel, le chercheur) avait conscience que la croyance, fondamentalement naturelle de la
démocratie […]
était probablement qu ’une confusion entre liberté et imprévisibilité."
La liberté absolue
de l'homme des existentialistes ne serait qu'une croyance
due à l'ignorance des causes de nos actes (comme Dieu pour Voltaire). Mais si l'on met en
cause la liberté de l'homme, les règles sur lesquelles reposent la
société doivent être entièrement revues. Fin du monde judirique,
hypertrophie du monde médical; plus de prisons mais des hôpitaux et des
asiles... |
292 |
D’après Michel :
" Le moi est
une névrose intermittente, et l’homme était encore loin d’être guéri."
Le "moi je" est envisagé par l'auteur comme une des
plaies majeures de l'existence.
On ne fait que reprendre le "Vanitas vanitatum, et omnia vanitas" de
l'Ecclesiaste qui a été écrit trois siècles avant Jesus Christ ! |
336 |
Condamnation de l’islam
"…l’Islam – de
loin la plus bête, la plus fausse et la plus obscurantiste de toutes les
religions –"
Houellebecq, qui considère
l'amour comme fondamental dans la vie ne peut que condamner l'Islam,
religion dont le prophète, de son vivant, a commandé le djihad pour
reconquérir la Mecque d'où il avait été chassé en 622 (Hégire) . La religion chrétienne
est certes source de guerres, de massacres, de violences diverses mais
Jésus Christ, de son vivant, a toujours préconisé l'amour. |
334 |
Michel a parfaitement conscience
de l’importance de la recherche :
"C’est une chose
curieuse le désir de connaissance… Très peu de gens l’ont, vous savez,
même parmi les chercheurs ; la plupart se contentent de faire carrière,
ils bifurquent rapidement vers l’administratif ; pourtant c’est
terriblement important dans l’histoire de l’humanité."
Michel, très chaste par rapport à son frère,
est une sorte de moine tout dévoué, non à Dieu mais à la science. Il ne
fait aucune concession et, très lucide, il sait très bien que le milieu
dans lequel il évolue est peuplé de nombreux "m'as-tu vu"; il a parfaitement
conscience que les vrais progrès de l'humanité sont dus à la science
et à un nombre infine de vrais chercheurs que l'on devrait respecter. Il y a en effet une véritable inversion des valeurs quand on sait l'ignorance dont fait preuve "le monde cultivé" d'hommes de sciences de première grandeur comme Jenner ou Landsteiner alors qu'ils encensent des bavards "qui font de la mousse" comme comme Altuser ou Lacan. |
385
à
394 |
Les idées de
Michel :
"L’humanité devait disparaître ; l’humanité devait
donner naissance à une nouvelle espèce, asexuée et immortelle, ayant
dépassé l’individualité, la séparation et le devenir."(385)
"... que
cette individualité génétique dont nous étions, par un retournement
tragique, si ridiculement fiers, était précisément la source de la plus
grande partie de nos malheurs." (389-90)
"On
est même surpris de voir avec quelle douceur, quelle résignation, et
peut-être quel secret soulagement les humains ont consenti à leur propre
disparition. (393)
Cette espèce
douloureuse et vile, à peine différente du singe […]
Cette espèce torturée, contradictoire, individualiste et querelleuse,
d’un égoïsme illimité... […]
Cette
espèce aussi qui, pour la première fois de l’histoire sut envisager la
possibilité de son propre dépassement ; et qui, quelques années plus
tard sut mettre ce dépassement en pratique.
"(394) |
Un roman intéressant où l'on a
l'impression que l'auteur est à la fois Michel, chaste et idéaliste et Bruno,
désabusé et "drogué" par le sexe et l'alcool. Houellebecq, comme Michel
"disparait" en Irlande, peut-être pour retrouver une vie plus authentique.
La lecture de ce roman pourrait conduire
à une certaine "déprime"; une bonne dose d'humour un peu grinçant permet de
nous en sortir sans trop de dommage! Les effets pernicieux des
gesticulations soixantehuitardes dont l'auteur a été victime sont décrites sans
complaisance.
On ne peut pas compter que sur la société, on est encore esclave de la combinaisons de nos gènes. Seule la biologie serait susceptible de modifier la donne.
Houellebecq a été incontestablement marqué par sa formation biologique.
Les particules élémentaires ont fait l'objet d'un film allemand assez bien
réussi.
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07/04/2011
Des commentaires?
Bermija@videotron.ca
Plateforme
Houellebecq
Flammarion, 370 p. 2001
Le
narrateur, Michel, la petite quarantaine, est un homme ordinaire, sans grande
ambition, désabusé; il trouve quelques compensations à la morosité de la vie
dans la cigarette, l’alcool et surtout les femmes qu’il envisage avant tout
comme des êtres pouvant lui donner du plaisir. Fonctionnaire au Ministère de la
culture il gagne modestement sa vie en consacrant un minimum de temps à son
travail qui ne l’intéresse guère. Son père vient de mourir, assassiné par une
petite frappe algérienne qui a voulu venger sa sœur que le père de Michel
utilisait comme femme de ménage et compagne sexuelle. Michel va connaître
l’aisance grâce à ce dont il hérite de son père. Michel a une amie, Valérie,
qui travaille dans le tourisme et avec laquelle il s’entend bien tant
sexuellement qu’intellectuellement. Le patron de Valérie (Jean-Yves – HEC -) est une jeune cadre
dynamique "workoolique" qui a bien réussi dans la vie (il gagne un maximum de fric) mais sa vie
familiale est un échec; sa femme, avocate, est aussi dans le monde des
affaires et fréquente les clubs sexuellement branchés mais, pour ce qui est de
son mari elle fait chambre à part. Comme dans
"Les particules élémentaires" Michel fait penser à Meursault, en plus
intellectuel, en plus désabusé. Meursault ne l'oublions pas n'était pas malheureux.
De nos jours les individus du monde occidental sont tellement frustrés sur le
plan sexuel que le trio, Michel, Valérie et Jean-Yves mettent sur pied une
nouvelle formule touristique "Les clubs aphrodites ". L’idée vendue à une
firme allemande connait un gros succès. Tout ce beau montage commercial est rapidement
détruit suite à un attentat dans le centre de tourisme sexuel de Krabi (Thaïlande) au cours duquel Valérie est tuée et Jean-Yves blessé. Michel s’en
tire mais est marqué psychologiquement et finit par tout abandonner pour se
retirer à Pattaya Beach où il cohabitera avec d’autres paumés, sans chercher à
comprendre le monde dont il n’a vraiment plus rien à attendre si ce n’est
quelques massages sexuels qui n’éveilleront plus en lui que des spasmes de
moribonds…
Désespoir. Vie insipide,
la mort elle-même ne réglera rien… car il n’y a rien à régler…Roman très
‘’sexué’’ d’où toute hypocrisie est bannie; le monde occidental est ce qu’il
est, il ne peut mener au bonheur puisque l’essentiel, le sexe, y est de plus en
plus, non pas brimé, mais difficile à vivre dans un milieu hyperactif, stressant
et obsédé par le rendement et le fric. Ici, plus encore
que dans les "Les particules élémentaires", Houellebecq nous montre le
peu d'estime qu'il a de lui-même et de l'homme en général qu'il considère comme
fondamentalement mauvais. Cette façon de voir, est très éloignée de celle de
Rousseau mais proche de celle de Thomas Hobbes. Houellebecq est souvent "classé" dans les
auteurs de droite aux yeux des "bien pensants"..
| 31 |
A propos de la voiture de son père (sportif de 70
ans, bien conservé)
" J’allais également revendre la Toyota Land Cruiser
qui lui servait à ramener des packs d’Évian du Casino Géant de
Cherbourg."
Un exemple de l'humour grinçant de
l'auteur |
| 93 |
L’auteur est désabusé :
" Qu’avais-je produit,
moi-même, pendant mes quarante années d’existence ? A vrai dire pas
grand-chose […] En un mot j’avais travaillé dans le tertiaire. Des gens
comme moi on aurait pu s’en passer […] parasite moderne, je ne m’étais
pas éclaté dans mon job, ni n’avais éprouvé nul besoin de le feindre."
Critique de certains emplois du tertiaire qui ne semblent exister que
pour donner de l'emploi à ceux qui risqueraient de ne pas en avoir ! Par exemple, les
"psy" qu'un système d'enseignement forme en surnombre dans une parfaite
irresponsabilité, doivent être "casés" ... pour diminuer la cohorte des
chômeurs qu'ils risqueraient de grossir ! Par exemple nombreux sont les conseillers et pseudo experts qui font les importants alors que l'on pourrait très bien se passer de leurs services. On est dans un monde où foisonnent les faiseurs... |
| 94 |
Michel s’accepte mal :
" C’est dans le rapport à autrui qu’on prend
conscience de soi; c’est bien ce qui rend le rapport à autrui
insupportable."
On
n'est pas très loin de "l'enfer c'est les autres" de Sartre |
| 97 |
La lecture, activité
fondamentale :
"Vivre sans lecture c’est dangereux, il faut se
contenter de la vie, ça peut amener à prendre des risques."
Les
livres nous protègent de la vie telle qu'elle est, ils constituent un
écran protecteur de la triste réalité. C'est là une idée qu'avait déjà développée JP Sartre. |
| 112 |
Michel, sujet ordinaire de type
moyen :
" Je me comportais en client
exemplaire de type moyen." |
| 115 |
Le sexe, au centre de nos
préoccupations :
" En résumé le monde riche ou
demi riche était là, il répondait présent à l’appel immuable et doux de
la chatte asiatique." |
| 137 |
Solitude :
" Comme un animal, j’avais vécu et je mourrai seul.
Pendant quelques minutes je me vautrai dans une compassion sans objet."
La solitude et l'absence d'amour sont de vraies
problèmes pour Houellebecq. |
| 138 |
Un monde transitoire et
uniforme :
" J’avais l’intuition que, de
plus en plus, l’ensemble du monde tendrait à ressembler à un aéroport."
Michel aime
bien être ailleurs; comme tous les autres hommes ordinaires il n'est
qu'un "client exemplaire" des compagnies aériennes. On a l'impression
que le déplacement fait office de voyage... Nous sommes loin de Montaigne
et du "le voyager me semble un exercice profitable." |
| 146 |
Médiocrité de la vie:
" Je suis là un peu usé, pas très liant, plutôt
résigné à une vie ennuyeuse." |
| 149 |
Un monde de
"moi je" :
" C’est très rare en fin de compte, les gens qui
s’intéressent aux autres."
Pour Houellebecq l'intérêt que l'on porte à l'autre
n'est qu'une manière de se contempler. La médiocrité de l'autre est
rassurante. C'est une manière de ne pas se sentir trop seul ! |
| 191 |
Peu d’estime pour son milieu de
travail:
" Au fond, j’avais assez peu d’estime pour les
milieux de l’art contemporain."
Un milieu très
frelaté où règne la confusion, favorable au marché. |
| 197 |
Suspicion de la
bonté naturelle de l’homme :
"...dès
qu’une guerre extérieure ou civile tendait à effacer les contraintes
morales ordinaires – et cela quelle que soit la race, la population, la
culture - il se trouvait des êtres humains prêts à se livrer aux joies
de la barbarie et du massacre."
Houellebecq considère que, de tout temps, le
milieu a toujours généré des "barbares" d'où la difficulté qu'il a de
considérer la nocivité d'un mileu social comme étant la cause de
l'épanouissement du mal. Comment un homme naturellement bon pourrait-il engendrer un milieu aussi mauvais que le national-socialisme,
le communisme, les dictatures de tout acabit ? On en vient donc à se
demander si l'optimisme de Rousseau n'est pas qu'un enfantillage un peu
niais comparable à la croyance
en un Dieu tout puissant et bon... Le milieu a-t-il vraiment une
influence aussi grande qu'on le croit sur la nature humaine ? Et si
l'essentiel était déterminé par la structure même de l'oeuf ? Si
tout était joué dès la naissance, où serait notre liberté ? Calvin avait
déjà pensé à tout cela... |
200 |
Valérie,
l’unique vraie amie de Michel :
" Je n’aime pas le monde dans lequel on vit."
Comme l'auteur,
Valérie n'a peut-être pas essayé de s'y adapter, de le modifier, de le
bonifier...Valérie, Houellebecq au féminin, nous apparait comme une
"subissante" très passive. Houellebecq bouchon... Mais sa structure
biologique lui laisse-t-elle un autre choix ? |
| 234 |
Scepticisme :
" J’étais parfaitement adapté à l’âge de
l’information, c’est-à-dire à rien." |
| 264 |
Contraste du
monde dans lequel nous vivons. Cynisme.
" Nous fîmes une pause rapide
pour aller déjeuner. Au même moment, à moins d’un km, deux adolescents
de la cité de Courtilière éclataient la tête d’une sexagénaire à coups
de battes de base-ball. En entrée, je pris des maquereaux au vin blanc."
Houelleberq,
dans une ironie terrible, illustre l'âge de l'hyper information dans
lequel nous vivons et qui a pour effet de tout banaliser, sans
distinction. On est prêt à "contempler" les pires attrocités... entre
le fromage et la poire. Horreur omniprésente à laquelle "on s'habitue"
dans la mesure où elle ne nous touche pas directement. Égotisme de l'homme
"civilisé" prêt à tout... à condition que cela ne le concerne pas dans
son quotidien. On peut contempler l'enfer et même le supporter à
condition qu'il demeure chez les autres. |
| 281 |
Le narrateur a conscience de
son inadaptation au monde moderne
" J’avais peu voyagé, peu
vécu, et il devenait de plus en plus clair que je ne comprenais pas
grand-chose au monde moderne."
La conscience
qu'a l'auteur de son inadaptation (inadaptibilité ?) au monde dans
lequel il vit révèle une sorte de névrose...dans laquelle il aurait
tendance à se complaire. Houellebecq serait-il un peu masochiste ? |
| 310 |
Égoïsme et indifférence du
narrateur
" L’humanitaire me dégoûte,
le sort des autres m’est en général indifférent, je n’ai même pas
souvenir d’avoir jamais éprouvé un quelconque sentiment de solidarité."
Le dégoût du
monde dans lequel il vit conduira évidemment vers un ailleurs autre, peuplé
d'individus qu'il faudrait recréer... |
| 368 |
Incompréhension.
" On peut habiter le monde sans le comprendre
"
Houellebecq,
vraiment très fatigué, se laisse aller à des banalités sans grand intérêt! |
| 369 |
Sur
l’occident
" Pour l’Occident je
n’éprouve pas de haine, tout au plus un immense mépris. Je sais
seulement que, tous autant que nous sommes, nous puons l’égoïsme, le
masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est
tout simplement impossible de vivre; et, de plus, nous continuons à
l’exporter."
Apothéose
finale du pessimisme de Houellebecq qui ne laisse place à aucun espoir. |
Houellebecq est un
écorché vif, artiste déprimé qui considère notre monde comme décadent sans
donner l'ombre d'un espoir ou d'une solution. Le monde dans lequel nous vivons est-il
vraiment aussi terrible que celui présenté par l'auteur? Par comparaison
avec le passé notre monde est-il vraiment aussi catastrophique, nous qui
aujourd'hui, en Occident, sommes libérés du fléau des épidémies et des guerres fraticides, nous qui n'avons connu ni famine ni véritable misère? Tout est
relatif; il est vrai que Houellebecq semble surtout sensible au vide spirituel
qu'il éprouve et que nous ne sommes pas obligés de partager. Une chose est
certaine, dans "Plateforme", Houellebecq ne se démarque guère "Des
particules élémentaires" . A-t-il voulu récidiver pour être sûr d'être bien
compris ? Il ne faudrait pas que, tout simplement, il se mette à exploiter un
filon !
02/02/2011
Des commentaires ? bermija@videotron.ca
La carte et le territoire
Michel Houellebecq
Flammarion 2010 (428 pages)
Alors que Bruno des « particules élémentaires » et Michel de « plateforme » étaient résolument « addicted » au sexe et à l’alcool, comme pour échapper à une vie qui ne les intéressait guère, Jed Martin, artiste qui a accédé à la notoriété, de même que son père, architecte « friqué » mais insatisfait, mènent des vies ternes, en ayant quasiment pris congé de toute jouissance charnelle.
On évolue dans le monde de "l’art reconnu", dans un monde où le besoin d’argent n’est guère ressenti, dans un monde, qui ne connait pas le bonheur.
Pour Jean-Pierre Martin (le père architecte), pour son fils, Jed, artiste « qui a réussi », comme pour Houellebecq, écrivain célèbre qui s’introduit dans son propre roman, c’est certain, l’argent ne fait pas le bonheur… Une sorte d’insatisfaction chronique habite chacun des personnages que la mort rattrape vite. Le père s’en remet à Dignitas, une compagnie suisse de Zurich, pour mettre un terme à ses souffrances et pour en finir avec une vie qu’il considère comme ratée
« Moi non plus je n’étais pas satisfait de ma vie, je t’avoue que j’espérais autre chose de ma carrière d’architecte que de construire des résidences balnéaires à la con pour des touristes débiles, sous le contrôles de promoteurs financièrrement malhonnêtes et d’une vulgarité presque infinie; » (215)
Comme dans les deux romans précédents, les différents personnages masculins nous font penser au «Meursault » de Camus, mais ce sont des étrangers qui semblent ne jamais avoir connu une véritable joie de vivre. Alors que Meursault n’est pas conscient de sont étrangeté, Houellebecq lui, se rend compte qu’il est comme décroché de son milieu dont il a tendance à se détacher.
« C’est vrai, je n’éprouve qu’un faible sentiment de solidarité à l’égard de l’espèce humaine …. Je dirais que mon sentiment d’appartenance diminue un peu tous les jours » (175)
Jed a bien eu quelques intermèdes amoureux (Geneviève, la Malgache et Olga la Russe) mais on est vite retombé dans la médiocrité ambiante.
L’affreux assassinat dont Houellebecq est victime fait de la troisième partie du roman une sorte de policier où l’auteur nous montre les problèmes de la police actuelle. Le commissaire Jasselin et sa femme, sans enfants, forment un ménage heureux, sans histoire, qui nous rappelle un peu le couple Maigret.
Jed apprécie l’esthétique des cartes Michelin qui lui révèle le territoire ….
Lucide et ironique, Houellebecq est parfois iconoclaste, il n’embarque pas dans les conditionnements à la mode qui conduisent au conformisme, toutefois il n’a pas de message, il ne se fait pas d’illusion, le pessimisme est sa tasse de thé.
Picorons quelques passages afin de nous faire une idée de "l'ambiance" du romamn.
Jed et son père passent le réveillon de Noël ensemble, ils ne sont que deux.
« Dans les pays latins la politique peut suffire aux besoins de la conversation des mâles d’âge moyen ou élevé; elle est parfois relayée dans les classes inférieures par le sport. » (22)
« Chez les gens très influencés par les valeurs anglo-saxonnes, le rôle de la politique est plutôt tenu par l’économie et la finance; la littérature peut fournir un sujet d’appoint. En l’occurrence ni Jed ni son père ne s’intéressaient réellement à l’économie et à la politique pas davantage. Jean-Pierre Martin (le père) approuvait dans l’ensemble la manière dont était dirigé le pays, et son fils n’avait pas d’opinion; l’un dans l’autre, ça leur permit quand même, en détaillant ministère par ministère, de tenir jusqu’au chariot de fromage.» ( 22/23)
À propos d’un plombier Croate qui rêve de retourner dans son pays pour monter une affaire de location de scooter des mers. Il y a là un bel exemple de l'humour grinçant de Houelbecq
« …Jed ressentit une déception humaine obscure à l’idée de cet homme abandonnant la plomberie, artisanat noble, pour louer des engins bruyants et stupides à des petits péteux bourrés de fric habitant rue de la Faisanderie. » (29)
Jed est un adepte des nouvelles techniques mais ne peut s’empêcher de se moquer du métalangage dont celles-ci usent et abusent.
« Son travail des six dernières années avait abouti à plus de onze mille photos. Stokées en format TIFF, avec copie JPEG de plus basse résolution, elles tenaient aisément sur un disque dur de 649 Go, de marque Western Digital, qui pesait un peu plus de 200 grammes. …. (il disposait d’une Rodenstock Apo-Sironar de 105 mm, qui ouvrait à 5,6, et un Fujinon de 180 mm, qui ouvrait également à 5,6) (41)
Jed a été scolarisé chez les jésuites de Rumilly (Oise)
« C’est entre les murs, et de longues promenades sous le couvert extrêmement sombre des allées de sapin du parc, que Jed allait passer ses années d’adolescence, studieuses et tristes. Il ne se plaignait pas de son sort mais n’en imaginait pas d’autre. » (49).
Ensuite, Fred a fréquenté les Beaux Arts. (Houellebecq, lui est ingénieur d’Agro)
« Geneviève (une copine des Beaux Arts) faisait commerce de ses charmes » (56).
« Dès lors qu’elle se conclut par une transaction financière toute activité sexuelle est excusée … Suivant les mois Geneviève gagnait de cinq à dix mille euros…» (57) ce qui lui permettait d’offrir à Jed des vacances à l’autre bout du monde. « .. il (Jed) ressentit aucune gène, jamais il ne se sentit, si peu que ce soit, dans la peau d’un maquereau » (57)
Houellebecq sait se moquer gentiment.
« Le point commun des eaux minérales norvégiennes semble être la modération. Des hédonistes subtils, ces Norvégiens, se dit Jed en payant sa Husqvarna; il était agréable, se dit-il encore, qu’il puisse exister tant de formes différentes de pureté. » !!! (133)
Il peut aussi être plus acerbe.
« - Kennedy souriait avec cet enthousiasme et cet optimisme crétins qu’il est si difficile aux non-Américains de contrefaire » (135)
Houellebecq s’en prend à l’ultra consommation qui lui reste étrangère malgré son aisance financière.
« …le diktat irresponsable et fasciste des responsables des lignes de produits qui savent naturellement mieux que tout autre ce que veut le consommateurs, qui prétendent capter une attente de nouveauté chez le consommateur, qui ne font en réalité que transformer sa vie en une quête épuisante et désespérée, une errance sans fin des linéaires éternellement modifiés » (171)
Il peut être iconoclaste
« De toute façon, Picasso c’est laid …il y a chez Picasso absolument rien qui mérite d’être signalé, juste une stupidité extrême et un barbouillage priapique qui peut séduire certaines septuagénaires au compte en banque élevé. » (176)
Houellebecq semble être attaché au respect d’une certaine hiérarchie dans le champ des savoirs, il ne faut pas tout confondre! Ici, on voit poindre Houellebecq le « vrai » scientifique.
La femme de Jasselin (le commisaire de police qui enquête sur l’assassinat de l’auteur !), professeur d’économie, n’a guère d’estime pour la discipline qu’elle enseigne.
« De plus en plus les théories qui tentaient d’expliquer les phénomènes économiques, de prévoir leurs évolutions, lui apparaissaient à peu près également inconsistantes, hasardeuses, elle était de plus en plus tentée de les assimiler à du charlatanisme …il était même surprenant, se disait-elle qu’on attribue un prix Nobel d’économie, comme si cette discipline pouvait se prévaloir du même sérieux méthodologique, de la même rigueur intellectuelle que la chimie ou la physique » (327) Houellebecq constate que la Creuse où il a élu domicile s’est transformée en pays de villégiature après avoir été une région demeurée longtemps en retrait.
« Pour eux, un Parisien était un peu un étranger au même titre qu’un allemand du nord, ou qu’un Sénégalais; et les étrangers, décidément, ils ne les aimaient pas. » (407)
« Dans le cas de Jed, le fait qu’il soit artiste aggravait encore sa situation : sa richesse avait été acquise, aux yeux des cultivateurs creusois, par des moyens douteux, à la limite de l’escroquerie » (408)
« Les habitants traditionnels des zones rurales avaient presque entièrement disparus » (414)
Au total un roman original qui mérite le déplacement mais qui ne suscite pas l’optimisme. Il y a bien une « ambiance » Houellebecq !
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19/11/2011
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