Les Fiches à Berca (FAB)

Fiche 3

                                                                                                                                                                Retour à l'accueil


L’entre-deux-guerres
  (11 nov.1918- 3 sept. 1939)

 

Sources
Historiquement correct. Jean Sévilla. Paris, Perrin 2003
Nouvelle histoire de France, Jacques Marseille. Paris, Perrin 1999
Mémoire J-F. Revel. Paris, Plon. 1997

Le monde et son Histoire. Bordas Laffont. 1973. (Tome IX)
L'univers contemporain. J-B Duroselle. Editions Richelieu 1972
Western Civilisation. W L. LangerHarper & Row NY & London 1968
A History of Civilization. Prentice-Hall New Jersey. 1960 (Tome III)
Les conséquences politiques de la paix. Jacques Bainville (1920). Gallimard 2002
Livres d'Histoire du secondaire français (Classe de Première)

Introduction

          1. Les traités de l'immédiat après-guerre
         
2. Avril 1922 : Traité germano-soviétique de Rapallo
         
3. Octobre 1922 : Mussolini s’empare du pouvoir en Italie
         
4. Octobre 1929-début des années trente : La grande crise économique
         
5. Septembre 1931 : Le Japon envahit la Mandchourie
         
6. Janvier 1933 : Hitler s’empare du pouvoir en Allemagne
         
7. Octobre 1935 : Invasion de l’Éthiopie par Mussolini
         
8. Août 1936-octobre 1939 : La guerre d’Espagne
         
9. Mars 1938 : L’Anschluss
       
10. Septembre 1938-mars 1939 : La fin de la Tchécoslovaquie
       
11. Septembre 1939 : L’invasion de la Pologne nous mène à la guerre 
12. Un pacifisme aveugle et irresponsable contribue à la guerre

 Conclusion

 

                                                                                                                Introduction

L’entre-deux-guerres que l’on a tendance de plus en plus à considérer comme une trêve entre les deux conflits mondiaux est parsemé d’évènements qui, progressivement, nous mènent inexorable
ment à la seconde  guerre  mondiale  malgré  les efforts  louables  de deux pacifistes convaincus:  Aristide Briand, ''Je déclare la guerre à la guerre''!  (France) et Gustav Stresemann (Allemagne).  
Avant d’envisager lesdits évènements rappelons le sinistre bilan de la guerre  de 1914-18 qui met fin au leadership de l'Europe dans le monde.

1914-18

  Russie

  France

   G.B

   Italie

   USA

Allemagne

Aut.Hongrie

Total par défaut

Morts

     1,7

   1,385

   0,908

   0,66

   0,116

     1,773

         1,2

7,714     

Blessés

     4,95

   3, 044

   2, 09

   0,947

   0,204

     4,216

         3,62

19,622   

                                                                                                                                                                                                       En millions (Quid 1999)

Bien des pays ne figurant pas dans ce tableau ont été également victimes de la ‘’Grande Guerre’’ ce qui porte  le  nombre  de morts à près de 9 millions.  Notons  que ce  sont surtout  des  hommes de moins de 30 ans, paysans pour la plupart, qui ont été victimes de l’hécatombe. Il est intéressant, quand on voyage en Europe et en France en particulier, de jeter un coup d’œil sur le monument aux morts qui se trouve dans chaque village et sur lequel sont inscrits les noms de ceux qui ont été tués durant la guerre. Sur chaque monument la liste des victimes est longue et il n’est pas rare d’y lire que plusieurs d'entre elles appartiennent à une même famille. Parmi les nombreux sacrifiés il ne faut pas oublier les soldats des troupes coloniales, morts pour une cause qui n'était pas forcément la leur. Environ 80 000 musulmans ont participé aux combats sur le sol français, souvent en première ligne (Marocains, Algériens et Tunisiens). Les ''morts au champ d'honneur'' des troupes coloniales sont à porter au passif de la colonisation.
Il faut noter que bien des soldats sont morts plusieurs mois, voire plusieurs années après la guerre, des suites de ce qu’ils avaient subi
(blessures, gazage, maladies infectieuses); ces victimes n’ont pas toujours été prises en compte dans les statistiques; les données chiffrées ci-dessus sont donc inférieures à la réalité.  Il ne faut pas oublier non plus tous ceux qui sont revenus amputés et/ou défigurés ce qui rendait leur réinsertion dans la vie civile extrêmement difficile. Durant  la guerre de 14-18 ce sont essentiellement les militaires (de métier et mobilisés) qui ont fait les frais de la tuerie. La saignée de la ''Grande Guerre'' a accentué le déclin démographique de la France d'où une forte augmentation de l'immigration durant l'Entre-deux-guerres (Italiens, Tchèques, Polonais, Yougoslaves, Espagnols, Russes)Ces immigrants se sont bien intégrés; ils avaient du travail, leur pays d'origine n'avait jamais été colonisé par la France, ils n'avaient pas de  compte à régler avec le pays d'accueil...de plus, leur culture était judéo-chrétienne et ils avaient envie de devenir Français.
Sans chercher à être exhaustif nous nous risquerons à envisager une dizaine d’étapes nous conduisant de la première à la seconde guerre mondiale. 


1. Les traités de l'immédiat après-guerre (Traité de Versailles au sens large)
Les traités qui ont été signés juste après la guerre ont été englobés dans le vocable ''traité de Versailles'' bien qu'il y en ait plusieurs, pas tous signés à Versailles. La plupart de ces traités portaient déjà les germes de conflits à venir!
Dès la fin de la guerre les EU amorcent une
politique isolationniste qui se traduit, entre autres, par une augmentation des tarifs sur les produits importés, ce, dans le but de protéger les hauts salaires des travailleurs américains; hauts salaires qui cohabitent avec un taux élevé de chômage ce qui est en contradiction avec les théories marxistes....
Les traités, de
Versailles avec l’Allemagne
(28/06/1919); de Neuilly, avec la Bulgarie (27/11/1919); de Saint Germain avec l’Autriche (10/09/1919); de Trianon avec la Hongrie (04/06/1920) et de Sèvres avec la Turquie (10/08/1921) aboutissent à la dislocation de l’empire Austro-Hongrois (fondé en 1867) et de l’empire Ottoman; quant à l’empire Russe amputé de quelques territoires (Finlande, Pays Baltes, une partie de la Pologne ) il passe sous le joug soviétique après des siècles de pouvoir autocratique. 
La
Société des Nations
(SDN) créée le 10 janvier 1920 doit garantir la paix entre les nations. Rappelons que la SDN est une idée du président Wilson.  En fait, pas plus les traités que la SDN n’empêchent le ressentiment des vaincus et même de certains vainqueurs comme l’Italie qui considère que son engagement aux cotés des alliés ne lui a rien apporté. Quant aux Allemands qui sont cependant admis dans la SDN en 1926,  ils pensent qu’ils ont été trahis.  En effet, les alliés ont commis l'erreur de ne pas envahir complètement le pays avant d'en venir à la paix; nombreux étaient les Allemands qui n'étaient pas conscients de leur défaite et qui accréditaient la thèse du coup de poignard dans le dos qu'Hitler ne manquera pas d'exploiter. Pour Hitler et ses acolytes l'Allemagne a été vaincue à cause de la trahison perpétrée par les  Juifs et des socialistes. En 1945, les alliés ne répéteront pas la même erreur: 1918, Berlin est intact; 1945, Berlin est rasé.   
Le traité de Versailles qui veut que l’Allemagne soit l’unique responsable de la guerre 1914-18 ne résulte d'aucune discussion entre les protagonistes, seuls trois des vainqueurs (France, Angleterre et EU) ont imposé leurs vues aux autres belligérants d'une manière autoritaire.  Le traité devient le
diktat de Versailles  et l’indemnité  que  les Allemands  doivent  payer  à  la France leur est intolérable (100 milliards de marks or).  En perdant l'Alsace-Lorraine, l'Allemagne est privée de 75% de son minerai de fer; de plus elle doit livrer aux alliés: 5 000 locomotives, 15 000 wagons,  25% de  sa flotte  de pêche  ainsi que tous ses navires de plus de de 1 600 tonneaux (1 tonneau = 2,83 m3). Notons également que les Hongrois ont été profondément frustrés puisqu'ils ont perdu la Transylvanie qu'ils ont dû abandonner à la Roumanie ainsi que la Slovaquie qui contribua à former la Tchécoslovaquie.
Les soviets n’ont pas signé le traité de Versailles et le congrès américain, à majorité républicaine en 1919, est devenu isolationniste; il a  refusé que les États-Unis fassent partie de la Société des Nations pourtant voulue par Wilson alors président des EU.
En bref,
ni l'URSS, ni les États Unis ont fait partie de la SDN.  

 

2.Traité germano-soviétique de Rapallo (16/04/1922)
Les Soviétiques ne demandent à l’Allemagne aucune réparation; ils établissent des liens commerciaux et militaires avec la jeune République de Weimar. Désormais les Allemands, notamment les aviateurs, pourront aller s’entraîner en URSS et entretenir ainsi une armée ce, en complète contradiction avec le traité de Versailles (non signé par l'URSS) qui interdisait à l'Allemagne la reconstruction d’une armée. Sous couvert de collaboration commerciale, des usines allemandes d’armement  sont construites sur le territoire soviétique. Jusqu’en juin 1941, grâce au traité de Rapallo, non dénoncé par les Soviétiques en janvier 1933 lors de la prise de pouvoir par Hitler, les Russes ont fourni des matières premières essentielles à l’armée allemande. La collaboration Hitler Staline est donc bien antérieure au pacte germano-soviétique d’août 1939, elle remonte à  l’accession au pouvoir de Hitler. Étant donné la similitude des deux systèmes politiques on peut considérer que l'association hitléro-stalinienne était une alliance quasi naturelle.
 

3. Octobre 1922: Mussolini s’empare du pouvoir en Italie. 
L’installation d’un gouvernement fasciste en Italie constitue une première brèche dans l’ensemble démocratique des vainqueurs. Les Italiens et Mussolini en particulier, frustrés de ne pas avoir reçu la Dalmatie pour les services rendus dans la guerre contre l’Allemagne vont chercher ailleurs un moyen de faire une nouvelle Italie à l’image de la Rome antique . .
 

4.L'inflation en Allemagne
                                puis la crise économique d'octobre 1929.

L'inflation de l'immédiat après guerre a créé en Allemagne une véritable crise économique et morale. De nombreux petits bourgeois qui ont peur de basculer dans le prolétariat deviennent de plus en plus réceptifs aux idées de l'extrême droite.
Valeur de
1 U$
1914 1919 Début 1921

   (Juillet)   1923   (Octobre)

Les chiffres ci-contre donnent une idée de la catastrophe, notamment pour les petits épargnants qui ont vu leur pouvoir d'achat réduit à zéro.
en marks 4,5 8,5 45

  353 000             25 milliards!

 

Le jeudi noir (24 octobre 1929), à New York, se produit une chute des cours de la bourse après une période de spéculation sans précédent. Une panique s'installe et on assiste à une perte rapide de pouvoir d’achat d’où une impossibilité de vendre tout ce que l’on produit. Cette crise économique entraîne le chômage (16 millions de chômeurs aux EU); les Américains continuent de faire confiance au système, mais à l'extérieur des EU, le capitalisme, dont les difficultés avaient été prévues par les marxistes, est très critiqué. La crise se propage au tout début des années trente dans les pays industrialisés, notamment en Allemagne. L’opinion publique bascule à gauche ou carrément à droite à la recherche du sauveur charismatique qui saura sortir le peuple de l'abîme. Les marxistes ont évidemment adopté la thèse selon laquelle la crise serait directement responsable de l’arrivée de Hitler au pouvoir. Aujourd’hui on considère cette façon de voir comme un peu simpliste. Mussolini, (que Hitler, à ses débuts, prenait pour modèle) n’a pas eu besoin de la crise de 1929 pour arriver au pouvoir ! 
L'histoire marque la mentalité d'un peuple; les Allemands ont une véritable obsession de l'inflation, peut-être  est-ce   pour cette raison qu'aujourd'hui ils  préfèrent  voir  le siège de la banque européenne à Francfort plutôt qu'à Paris ou à Rome . . . 

Remarque: Bien que la crise de 1929 ait engendré pauvreté et misère, il faut noter que le New Deal amorcé par  Franklin Roosevelt en 1933 a permis une reprise rapide  de l'activité économique  et une nouvelle confiance dans le système capitaliste. Si l'on compare aux conditions effroyables que les Russes ont connues lors de la dékoulakisation au tout début des années 30 (famines provoquées avec plusieurs millions de morts), les méfaits de la crise de 1929 sont tout à fait mineurs (Entre autres, 4 millions d'Ukréniens morts d'une famine provoquée par Staline!) Jusqu'à la fin des années cinquante, la plupart des livres d'histoire du secondaire français se gardaient bien de faire de telles comparaisons !!. L'influence des communistes et de leurs sympathisants (compagnons de route !) se traduisait par une véritable sacralisation du monde soviétique...Il faut bien reconnaître qu'en France, et ce malgré la chute du mur en 1989, règne encore un certain soviétisme latent qui, au travers de grèves beaucoup plus politiques qu'économiques conduit à une sorte de crypto totalitarisme fort peu démocratique.
 

5. Septembre 1931: Le Japon envahit la Mandchourie
Cette invasion est accompagnée d’une condamnation purement verbale par la SDN. Aucune sanction n’étant prise, la SDN perd sa crédibilité. Un état est créé, le Mandchoukouo, qui persistera jusqu'en 1945. L'impérialisme japonais, non contré, donne des idées aux dictateurs en puissance . . .
 

6. Janvier 1933: Hitler s’empare du pouvoir en Allemagne 

            Députés élus démocratiquement

Partis politiques Nov.1932 Mai 1933 La prise du pouvoir par Hitler en janvier 1933 est le fait, entre autres, de l'absence d’unité de la gauche.
Communiste 100 81 Thaelman, leader communiste à la solde de Moscou,  ne veut rien savoir d'un front uni avec les sociaux-démocrates ce qui facilite grandement la montée du parti national-socialiste (Nazi), dévoué à Hitler.
Sociaux Démocrates 121 125 En novembre 1932, si les sociaux-démocrates, les communistes et le Parti du centre avaient été unis, ils auraient été majoritaires.  Staline ne voulait pas de cette union. Encore un fait qui révèle la collusion hitléro-stalinienne.
Démocrate 2 5 Il faudra attendre 1936 pour que Staline tolère l'alliance socialo-communiste qui, en France,mènera au Front populaire. Une alliance qui d'ailleurs sera de courte durée
Centre 70 74                                       A History of Civilisation  (Crane Brinton. NJ. 1971)    page 1005
Parti du peuple 11 2  
Nationaliste 51 52                                     
Nazi 196 288  

Remarque: Le national-socialisme de Hitler est, par essence, contradictoire puisque le socialisme est internationaliste !

Dès 1935 Hitler rebâtit une puissante armée; un peu plus tard il remilitarisera la Rhénanie, au vu et au su de tous en violant ouvertement le traité de Versailles. La SDN de même que la France et l’Angleterre s’en tiennent à des condamnations verbales.  La plupart des historiens considèrent qu’en 1935 il était cependant encore possible de tuer le monstre dans l’œuf au moyen d’une action militaire. Les lois de Nuremberg de septembre 1935 définissent comme juif tout individu qui a au moins un de ses grands-parents juif. Les juifs sont privés de la nationalité allemande et ne peuvent se marier qu’entre eux. La plupart des emplois leur sont interdits. Hitler n'avait pas attendu ces lois pour ouvrir les premiers camps de concentration puisque Dachau date de mars 1933;  ils sont cependant postérieurs aux premiers goulags soviétiques qui remontent à avril 1919; il est vrai que des camps de travail existaient déjà sous les tsars.
 

7. Octobre 1935: invasion de l’Éthiopie par Mussolini 
Mussolini envahit l’Éthiopie pour constituer un empire colonial. Haïlé Sélassié, empereur d’Éthiopie proteste et demande à la SDN (dont l’Éthiopie est membre) d’intervenir. Une fois de plus il n’y a que des protestations verbales. L’Allemagne, le Japon et l’Italie se retirent de la SDN. 
 

8. Août 1936-octobre 1939: La guerre d’Espagne. 
D'une manière un peu caricaturale, on peut dire que la guerre d’Espagne fut une guerre civile entre une droite autoritaire et oligarchique et une gauche plutôt démocratique et républicaine. 

Droite  
Partisan du général Franco

Gauche  
Républicains, tendance démocratique

 Authentiques fascistes
 Monarchistes, cléricaux
 Conservateurs, grands propriétaires

Appui de l'Allemagne hitlérienne
Appui de l'Italie de Mussolini


 Socialistes
Communistes orthodoxes
 Trotskistes 
(POUM =
Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) 
 Anarchistes

Soutien officieux des démocraties
Appui des brigades internationales
Appui très conditionnel de l'URSS

On considère que la guerre d’Espagne a été une sorte de répétition générale de la seconde guerre mondiale. Les Allemands, et en particulier leur aviation (légion Condor) ont pu s’exercer dans des conditions réelles de guerre. Ce sont des Allemands qui ont perpétré le bombardement de Guernica en 1937 dans le Pays Basque espagnol. Les Soviétiques ont envoyé quelques blindés mais ont tout fait pour entraver l’action des anarchistes et des socialistes et pour faire la chasse aux trotskistes du POUM si bien qu’aucune unité des forces de gauche n’a été possible. Le manque d'unité de la gauche avait permis l'arrivée au pouvoir de Hitler, la gauche recommence la même erreur avec Franco ! Notons qu’en mai 1937, les anarchistes et les communistes se sont entretués dans les rues de Barcelone. Les Soviétiques voyant la partie perdue ont abandonné l’Espagne dès 1938, non sans avoir fait payer leur intervention puisque l'Espagne a dû leur livrer 510 tonnes d'or (Cf. La guerre d'Espagne d'Antony Beevor. Calmann-Levy. 2006).
Franco
a fini par l’emporter et à établir une dictature (1939) qui allait durer jusqu’en 1975. Dès la fin de la guerre, Franco a pris ses distances vis-à-vis de l’Allemagne et de l’Italie et a su demeurer neutre dans le second conflit mondial. À la différence de Mussolini, Franco est mort dans son lit... et est encore vénéré par une  partie du peuple espagnol comme en témoigne la basilique Santa Cruz del valle de los Caídos (la vallée de ceux qui sont tombés)
près de Madrid où les sépultures de Franco et d'Antonio de Ribera, fusillé en 1936 par les Républicains, sont régulièrement fleuries.
La guerre d’Espagne a fait
cinq cents mille morts
; quatre cents mille Espagnols ont quitté leur pays, beaucoup d'entre eux se sont établis en France où, pas toujours très bien accueillis, ils se sont cependant remarquablement intégrés.

9. Mars 1938: L’Anschluss 
L’Anschluss, c’est le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne. Par cette union l’Allemagne gagnait six millions d’habitants de langue allemande. Il faut noter que, immédiatement après la guerre, les Autrichiens avaient demandé leur rattachement à l’Allemagne ce qui leur avait été refusé car le traité de St Germain interdisait une telle intégration. Le chancelier Dollfuss, qui ne voulait pas que son pays passe sous le joug allemand avait établi en Autriche un régime autoritaire fortement nationaliste. Hitler  fit assassiner Dollfuss en août 1934 tout en continuant d’entretenir des agents pronazis en Autriche ce qui eut pour effet d’induire les Autrichiens à devenir Allemands. L’Anschluss fut bien accueilli par la majorité des Autrichiens. 


10. Septembre1938-mars1939: la fin de la Tchécoslovaquie
Le démembrement de l’empire austro-hongrois (et de l’empire ottoman) avait conduit à une mosaïque d’états nouveaux, dans certains desquels coexistaient des peuples de langues et de religions différentes. En Tchécoslovaquie cohabitaient, entre autres, des Tchèques, des Slovaques, des Hongrois et, dans la région des Sudètes une forte minorité allemande qui considérait les autres ethnies comme inférieures. Les Allemands des Sudètes n’eurent aucun effort à faire pour se laisser convaincre par les agents nazis du bien fondé de leur rattachement à l’Allemagne. En septembre 1938, à Munich, Hitler, avec l’appui de Mussolini, imposa à la France et à l’Angleterre représentées respectivement par Daladier et par Neuville Chamberlain, l’annexion des Sudètes. Une fois de plus les démocraties recherchant la paix à tout prix cédèrent au diktat de Hitler. Il faut dire qu’à cette époque régnait, tant en France qu’en Angleterre, un esprit pacifiste, entretenu surtout par la gauche qui ne voulait pas risquer une autre boucherie pour défendre des territoires qui ne  semblaient pas essentiels au maintien de la paix. En mars 1939, Hitler s’empare du reste de la Tchécoslovaquie. Cette annexion augmenta le potentiel industriel de l’Allemagne (Les usines Skoda constituaient un puissant complexe industriel). En revenant à Londres Chamberlain se fait acclamer en déclarant "It is peace for our time." Daladier chuchote au Bourget, où la foule est nombreuse et heureuse de l'accueillir, un mémorable : ''Ah les cons, s'ils savaient!''   Churchill a fait remarquer qu'en septembre 1938, les forces militaires franco-britanniques étaient encore supérieures à celles de l'Allemagne.

11.Septembre 1939: L’invasion de la Pologne et la guerre 
Depuis le fin de la guerre de 14-18, la Prusse orientale, terre allemande, était séparée du reste de l’Allemagne par un territoire polonais : le couloir de Dantzig (où passaient de mauvais courants d'air !!); ceci était insupportable à Hitler qui voulait une grande Allemagne d’un seul tenant. Comme Hitler craignait d’avoir à faire une guerre sur deux fronts, à l’ouest contre la France et l’Angleterre et à l’est contre l’URSS, il courtisa Staline, ce qui a conduit au pacte germano-soviétique de non-agression du 23 août 1939 signé par Ribbentrop et Molotov. L'accord Hitler Staline confirmait la collusion qui avait toujours existé entre les deux régimes.  Ce pacte garantissait à Hitler la neutralité de l’URSS. 
Le
1 er septembre 1939, les Allemands envahissent la Pologne et dès le 17, les Russes, en accord avec une clause secrète du pacte germano-soviétique, s’emparèrent de l’est du pays. Le 27 septembre 1939, la Pologne était rayée de la carte, les Russes et les Allemands se l’étant partagée! Notons que par cette invasion les Russes récupèrent une partie des territoires qui leur avaient été confisqués par le traité de Versailles qu'ils n'avaient pas signé. En mars 1940, Staline en profita pour liquider 4500 officiers polonais qui furent fusillés à Katyn
(à l'ouest de Smolensk).
Dès le 3 septembre l’Angleterre puis la France déclarent la guerre à l’Allemagne. La ‘’trêve’’ est terminée, la plus meurtrière des guerres de l’histoire commence. La  guerre de 1939-45 non seulement sera mondiale, comme la précédente, mais, cette fois-ci les
victimes civiles (Au moins 23 millions de morts) seront plus nombreuses que les victimes militaires (17 millions)


12. Un pacifisme aveugle et irresponsable a contribué à la guerre
La gauche socialiste et communiste, très influencée par  la révolution bolchevique de 1917 tient un discours internationaliste et pacifiste qui tente de faire du nazisme une conséquence de la crise de 1929 générée par les contradictions inscrites dans le  capitalisme. Le SNI (Syndicat national des instituteurs) comme la CGT intoxiquent l'opinion public par un slogan largement applaudi lors des meetings: ''Mieux vaut la servitude que la guerre''. Léon Blum, artisan du front populaire (1936), intellectuel honnête mais naïf avait écrit dans Le Populaire du 15 mai 1930, alors que Hitler était déjà sur le devant de la scène politique '' Relativement à l'Allemagne, nous pouvons, dès maintenant, entamer le désarmement'' (!!). Le même Blum, suite à la perte de 34 sièges par les nazis (au Reichstag) fait l'analyse suivante: '' Hitler est désormais exclu du pouvoir; il est même exclu, si je puis dire, de l'espérance du pouvoir'' (Le Populaire du 08/11/1932). Comme quoi on peut être intellectuel et ne rien comprendre à la politique! Quant aux communistes, à la solde de Moscou, ils exécutent les ordres de Staline lequel est l'allié économique de Hitler, puisque, jusqu'en juin 1941 il continuait de fournir aux nazis des matières premières (Le traité de Rapallo n'a pas été dénoncé lors de l'accession de Hitler au pouvoir en 01/1933). Les communistes votent contre  tout augmentation de crédits militaires jusqu'en 1935 alors qu'il est déjà trop tard pour défaire Hitler. Dans l'Humanité (journal du PCF) du 30 mars 1935 Maurice Thorez écrit: '' Nous invitons nos adhérents à pénétrer dans l'armée afin d'y accomplir la besogne de la classe ouvrière, qui est de désagréger cette armée''. Le 2 septembre 1936 alors que Hitler réoccupe la Rhénanie Thorez écrit : '' Il faut s'entendre avec quiconque veut la paix [...] Il faut s'entendre même avec l'Allemagne de Hitler.'' Jusqu'en juin 1941, les communistes très peu nombreux qui font de la résistance, le font à titre personnel et sont en rupture avec le Parti; c'est le cas par exemple, du philosophe Georges Politzer (fusillé en 1942), d'Auguste Lecoeur et  de Charles Tillon, exclus du PCF en 1954 et en 1970. Georges Marchais qui fut par la suite secrétaire général du PCF (de 1972 à 1994), sans trop tarder, est parti en Allemagne travailler  dans l'usine AGO, sous contrôle direct de la Luftwaffe.  Georges Marchais qui réparait les Mechersmith (que Clostermann, homme de droite, descendait !) ne fut jamais poursuivi pour sa collaboration avec l'ennemi.
La droite, plus réaliste demeure très antiallemande sans toutefois bien comprendre la nature nouvelle de la guerre qui s'annonce. Seul
Maurras semble avoir une idée très claire du nazisme. En 1937 il écrit à propos de l'Allemagne et de son peuple: ''Fort de sa mission de Messie , ce peuple de seigneurs, cette race de maîtres, s'entraîne déjà à compter quelles légitimes violences devront être imposées aux mâles des peuples vaincus et quelles hontes pèseront sur leurs femmes et leurs enfants. Un statut nouveau de l'humanité se prépare, un droit particulier est élaboré: le racisme hitlérien nous fera assister au règne tout-puissant de sa horde''. On est loin de l'éternelle lutte des classes qui devait expliquer tous les phénomènes historiques. On est aussi, peut-être, plus près de la vérité...
Il ne faut jamais oublier que le pacifisme est une excellente chose... à condition que l'on soit assez fort matériellement et moralement pour se faire respecter.

Toutes les bonnes intentions mèneront finalement la France à la défaite bien que, sur le plan matériel, l'armée française n'ait pas été tellement inférieure à l'armée allemande. La cause de la  défaite de 1940 est avant tout psychologique.
Le
général de Gaulle et le maréchal Pétain, tous deux issus de la droite auront des destins diamétralement opposés. La Chambre élue en 1936, celle du Front populaire, donnera finalement les pleins pouvoirs au maréchal... Quand on étudie un peu l'histoire il ne faut s'étonner de rien... 
 

                                                                            Conclusion

Les causes de la seconde guerre mondiale sont multiples et il est difficile de doser l’importance de chacune d’entre elles, toutefois, sans risquer d’être contredit on peut affirmer que:
- Les traités
(Versailles et autres) renfermaient au départ des germes de discorde. Jacques Bainville, un des historiens les plus lucides de sa génération, avait pressenti les consé- quences catastrophiques du traité de Versailles (Cf. Les conséquences politiques de la paix. 1920) Le traité de Versailles (et autres) a été élaboré sans aucune discussion avec les vaincus et rapidement considéré comme un véritable diktat imposé à tous les protagonistes, par la France,  l'Angleterre et dans une moindre mesure,  les EU.  Clémenceau, homme d'action  à la vue courte, porte une lourde responsabilités dans l'humiliation imposée au peuple allemand.   Les conclusions auxquelles on parvenait étaient source de ressentiment tant pour l'Allemagne que pour bien des peuples qui se trouvaient dans de nouveaux états imposés, sans frontières naturelles et tous avec des minorités ethniques importantes, souvent allemandes. La parcellisation de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman n'avaient rien de démocratique. Les traités étaient donc source de frustrations non seulement pour les Allemands qui n'admettaient pas d'être tenus pour seuls responsables, mais aussi pour les Italiens, les Autrichiens et certains peuples d’Europe centrale où existaient des minorités, notamment allemandes. Des Allemands assez lâchement répartis dans l'Empire d'Autriche Hongrie où ils constituaient souvent une minorité d'élites scientifiques et techniques étaient désormais séparés dans des entités politiques indépendantes; nombreux sont ceux qui ne pensaient plus désormais qu'à une unité au sein d'un grand Reich.
- Les démocraties n'ont pas réussi à faire appliquer les traités d’où des abandons successifs qui faisaient de la SDN une organisation de moins en moins crédible. 
La démocratie était vue comme un système politique mou, aux réactions lentes et inadaptées aux situations nouvelles créées par les dictatures de Mussolini et de Hitler
. Une partie non négligeable de l’opinion publique, en France en particulier, se mettait à penser à des ‘’gouvernements forts ’’ de gauche (communisme) ou de droite (fascisme).
- Un fort mouvement pacifiste: '
''je déclare la guerre à la guerre'' (A. Briand), ''' On ne veut pas mourir pour Dantzig '',  s'opposait à un renforcement de l'armée, chacun s'imaginant que la guerre à venir était comme la précédente, économique et nationaliste, alors que l'on entrait dans une ère nouvelle, celle des idéologies, qui n'étaient pas sans rappeler certaines luttes de nature religieuse des siècles passés. À gauche on s'obstinait à vouloir tout expliquer par des dysfonctionnements du capitalisme alors que, semble-t-il, il fallait chercher les explications de la guerre à venir dans Freud plutôt que dans Marx; de plus, le conditionnement des masses, bien servi par la radio qui adoptait des techniques pavloviennes pour la propagande, devenait de plus en plus inquiétant tant  dans  l'Allemagne  hitlérienne (Cf. Goebbels, ministre de la propagande et de l'information) que dans l'URSS stalinienne où, comme du temps de Potemkine (Ministre de Catherine II - XVIIIè) on ne se gênait pas pour masquer les dures réalités du régime.      

Les ‘’ leçons’’ à tirer de ce qui s’est passé dans les pays démocratiques durant l’entre-deux-guerres peuvent être ainsi résumées:
- imposer des traités quand on n’a pas la volonté et/ou les moyens de les  appliquer est     une entreprise stérile qui discrédite ceux qui les ont signés. 
- on ne peut prétendre défendre les principes de la démocratie quand on ne les applique pas aux autres. . . 
- les guerres se suivent mais ne se ressemblent pas ...
- l'Histoire est utile à la compréhension du passé, elle ne nous garantit pas
celle de l'avenir . . .
- la démocratie ne doit pas être exempte de fermeté; mollesse et couardise ne sont pas compatibles avec un État de droit qui veut se faire respecter. Une démocratie digne de ce nom ce n'est pas n'importe quoi, on doit la concevoir comme une dictature ferme mais temporaire de la majorité issue des urnes. 

                                                                     
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© Les Fiches à Berca. Dernière mise à jour: 16/08/2009