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Fiche 4 |
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Les Acadiens peuple de l'Atlantique
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(Tout
mot ou expression souligné fait l'objet d'un lien)
| Sources: Les Acadiens. Citoyens de l'Atlantique. J-M Fonteneau Ed. Ouest-France 2001 Histoire de l'Acadie. Nicolas Landry et Nicole Lang. Ed. Septetrion. 2001. Acadie. Esquisses d'un parcours. Cécile Chevrier. Ed. Société Nle de l'Acadie. 1994 Résumé d'Histoire d'Acadie. Écrit et édité par René Babineau 1988. 6è édition |
Si l'on a entendu parler de l'Acadie, c'est par le traité d'Utrecht (1713); par contre, l'histoire du peuple acadien est souvent ignorée. Malgré de nombreux ouvrages qui ont été produits au Canada je pense que cette fiche ne sera pas inutile à celui ou à celle qui ne connaît rien de l'histoire des Acadiens et qui cherche à savoir quelque chose sans risquer de se perdre dans les détails, toujours intéressants, mais un peu encombrants lors d'une première approche.
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1.
L'Amérique et les puissances
coloniales avant 1605 |
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L'étoile: il s'agit de l'étoile de Marie, patronne des Acadiens
1.
L'Amérique et les puissances coloniales
Il est maintenant certain
que, bien avant
Christophe Colomb,
les Amérindiens avaient eu la visite d'Européens dès le XI è siècle; toutefois
c'est à partir de l'arrivée
(1492)
du navigateur génois à la solde de l'Espagne de
Ferdinand
et
Isabelle
que l'on assiste au début de la colonisation de cet immense continent que
Colomb
lui-même n'a toujours considéré que réduit à quelques îles sur la route de la
Chine,
source d'or, de soie et d'épices. A la fin du XVI è siècle, les
Portugais et les
Espagnols sont déjà
solidement implantés en Amérique centrale et en Amérique du sud; les
Français
et les
Anglais, par contre, ne fréquentent le Nord Est du continent que d'une
manière sporadique, en quête de
fourrure et de
morues. Dès la fin du XVI è
siècle l'Angleterre et la France prennent conscience de l'enjeu économique que
représente l'Amérique; des comptoirs sont créés sur la côte nord-est du
continent, une concurrence s'installe entre les deux pays: nous sommes à l'aube
de bien des querelles. L'Acadie prend véritablement naissance en
1605
avec la fondation de
Port-Royal.
Jetons un rapide coup d'œil sur les trois grandes puissances occidentales de
l'époque au tout
début de l'aventure coloniale
L'Espagne.
Philippe III, un
Habsbourg, règne sur toute la
péninsule ibérique, le
Portugal ayant été annexé en 1580. L'empire
espagnol d'Amérique est considérable puisqu'il s'étend de la
Floride au
Chili. L'Espagne est toute puissante; toutefois, la destruction de sa flotte
(''l'invincible Armada'') par les Anglais en
1588, marque le début de son déclin.
Le XVI è siècle a marqué l'apogée de la puissance
espagnole. Malheureusement, l'Espagne, au lieu de se servir des richesses
tirées de l'Amérique comme d'un capital initial mettant en route une activité
tournée vers la production des biens dont elle avait besoin laissa à d'autres
le soin de les produire: les richesses ramenées d'Amérique
(Argent, or,
peaux, indigo, sucre)
enrichirent les commerçants, les banquiers et les
entrepreneurs des Pays Bas. La noblesse
espagnole, comme une bonne partie de la noblesse française, était plus
attirée par la gloire des armes que par le bien-être plus paisible de la banque, du commerce et des manufactures.
La
banque d'Amsterdam fut fondée
en 1609.
L'Espagne est farouchement catholique;
depuis la fin de la
Reconquista
(1492),
Juifs et
Musulmans ont dû partir ou se
convertir. Pour les catholiques, la culture de la terre et l'élevage sont seules
sources de richesse.
L'Angleterre.
Jacques Ier, de la dynastie écossaise
des Stuart, vient de succéder
( en 1604) à
Élisabeth I er, dernière
souveraine Tudor.
L'Angleterre poursuit son ascension économique et militaire, sa situation
insulaire lui permet de consacrer l'essentiel de son budget militaire à
la seule marine. L'acte de suprématie de 1534
(sous
Henri VIII,
un Tudor)
avait dégagé l'Angleterre
de la tutelle du pape. Bien que les
Stuart et notamment Charles I, qui sera
décapité le 30 janvier 1649,
aient essayé d'installer une monarchie de droit
divin, le parlementarisme est déjà bien
ancré en Angleterre en ce début du XVII siècle. Des mariages ont lieu entre
aristocrates et
bourgeois dont les
représentants siègent dans un
même parlement.
Depuis ''la Pétition of Right''
de 1628, les cordons
de la bourse royale sont plus strictement contrôlés , le roi doit rendre des
comptes. La noblesse ne dédaigne pas se mêler aux affaires;
l'argent n'est pas un sujet tabou. À tous les niveaux du gouvernement
existe une coopération active entre noblesse et bourgeoisie;
la province bénéficie d'une grande autonomie.
La France.
Henri IV
(petit fils de la soeur de François
Ier) premier roi de la dynastie des
Bourbon, a succédé
à
Henri III, dernier des
Valois. En 1598,
par l'Édit de Nantes
il met fin aux guerres de religion, les Protestants sont tolérés.
La
France veut développer ses colonies mais présente certains handicaps:
- Il faut entretenir une armée pour assurer la
protection de la partie Nord Est
du territoire où n'existe pas de frontières naturelles tout
en finançant une marine pour lutter contre l'Angleterre et pour les
colonies; de plus, il faut deux flottes distinctes, l'une atlantique l'autre en
Méditerranée. Il faut également se garder au sud car l'Espagne est encore
puissante. La France craint donc la guerre sur plusieurs fronts.
- La France possède beaucoup de terres fertiles et un climat propice aux
cultures; peu nombreux sont
les candidats à l'émigration. Le servage ayant été aboli au début du XIV è
siècle (sous Louis X le Hutin, fils de Philippe le bel) bien
des paysans ont une vie difficile certes mais supportable, ils n'ont guère
envie d'aller voir ailleurs, incertains de trouver mieux.
- Le pouvoir est déjà fortement centralisé et veut tout contrôler. Les colons doivent
toujours attendre les décisions de la métropole en des temps où les
communications sont très lentes.
- L'aristocratie, comme en Espagne, est plus tournée vers le métier des
armes que vers le commerce.
- Les protestants sont tolérés plus qu'acceptés et leur capacité d'entreprendre au lieu d'être exploitée est entravée par un centralisme
bureaucratique grandissant. Après la Révocation de l'Édit de Nantes
par Louis XIV
en 1685
les protestants contraints à exil pourront manifester leurs
qualités, mais pas au service de la France... Les protestants français
iront enrichir l'Allemagne, la Hollande l'Afrique du sud et l'Amérique.
- Sous Louis XIV, les nobles seront carrément tablettés, des compétences
seront donc laissées en friche; quant aux ''vils bourgeois'' dont la place
dans l'administration sera très importante, ils seront toujours méprisés et
développeront de terribles frustrations.
(Pour avoir une idée de la géographie de cette
histoire, cliquez sur carte) Carte
2. L'Acadie, des débuts au
traité d'Utrecht
(1713)
Acadie? Acadie ? Qu'est-ce
à dire?
C'est dans les écrits de Giovanni de Verrazano
(1485-1528), navigateur florentin aux services de
François Ier
(1494-1547), que l'on rencontre pour la première
fois le vocable
Acadie
pour désigner des territoires mal délimités correspondant grosso modo aux
provinces canadiennes actuelles de
Nouvelle-Écosse, de
Terre Neuve, de l'Île-du-Prince-Édouard
et, en partie, du
Nouveau-Brunswick. Les Amérindiens
Micmacs, indigènes de la région, désignaient des terres fertiles du nom de ''cady'';
on en vint à ''La Cadie'' puis à l'Acadie. Certains ont voulu voir dans Acadie une
déformation de Arcadie, région idyllique du Péloponnèse
(Grèce).
Il
est difficile de se prononcer; toutefois, les territoires dont parle
Verrazano, avec leurs hivers rigoureux et leurs étés riches en
moustiques et
maringouins étaient loin de ressembler à la douce
Arcadie Grecque, même si certaines terres en bordure de mer du Canada de l'Est
sont très
fertiles!
En juillet 1534, Jacques Cartier prend possession des régions situées dans
l'Est du Canada actuel au nom du roi de France
(François Ier) Nous
sommes au début de la Nouvelle France. Les Français, peu nombreux et peu
aidés par la métropole, réussissent cependant à établir différents
postes sur les côtes de Nouvelle Écosse et notamment
Port-Royal qui en 1605 devint le premier comptoir en
Acadie. L'hiver, le scorbut élimine parfois jusqu'à cinquante
pour cent des colons qui n'arrivent pas à s'implanter durablement. En 1607,
Port-Royal est laissé aux
Micmacs, Amérindiens avec lesquels les Français
fraternisaient et dont ils appréciaient les squaws . . . La plupart des colons
rentrent en France, c'est le début de nombreux allers-retours entre l'Acadie et
la métropole d'où l'essaimage des Acadiens sur les deux bords de l'océan;
le
peuple de l'Atlantique est en gestation...
Les Anglais, sous
Jacques Ier, beaucoup mieux servis par leur souverain, fondent
Jamestown
(Virginie) en 1607 et s'installent même plus au nord. Plus de trois
mille Anglais sont déjà sur les lieux, bien soutenus par une politique
continue et cohérente. Côté français les colons ne se comptent
toujours que par dizaines . . . et encore. On fait mention de . . . deux Jésuites
!
Alors que
Sully, ministre de
Henri IV ne
s'intéressait pas à l'Amérique du Nord,
Richelieu, ministre de
Louis XIII de 1624 à 1642, a
parfaitement compris l'importance de la colonisation de cette partie du monde.
En 1627 est fondée la compagnie des Cent Associés, présidée par
Jean
de Lauzon.
Exploitation,
peuplement et
christianisation, sont les trois objectifs de
la compagnie: une impulsion est donnée; désormais des familles entières et
non plus seulement des célibataires vont venir s'installer en Acadie. La
Compagnie des Cent Associés fait faillite et est remplacée par celle des
Indes
occidentales qui disparaîtra à son tour en 1774. Quelques
positions anglaises sont reconquises, les Français s'installent alors dans
l'île du
Cap Breton
(dans l'est de la Nouvelle Écosse). Ce regain d'activité est facilité par le port de
La
Rochelle qui passe de nouveau sous la coupe du roi de France
(Louis XIII)
après qu'il ait été reconquis sur les protestants. La colonisation
est alors surtout le résultat d'initiatives privées.
Les efforts de Colbert ne sont pas
suffisants pour contrer l'Angleterre
Colbert
(1619-1683), ministre de Louis XIV veut remettre de l'ordre dans la
colonisation de la Nouvelle France qui jusqu'à maintenant a été quelque peu
erratique. Pour la première fois, en 1665 une unité militaire constituée, le
régiment de Carignan, est affectée à la Nouvelle France . En dépit de la réorganisation
administrative et de l'aide apportées à l'Acadie, les disparités ne cessent
de croître entre les colonisations anglaise et française. Côté
français les colons ne sont toujours que quelques centaines et les aides que reçoivent les Acadiens sont parcimonieuses voire
chiches quand on les compare aux apports de l'Angleterre. Même après la
paix
de Breda (1667) qui restituait l'intégralité de l'Acadie à la France, les
Anglais en place refusent de partir et n'hésitent pas à s'associer aux
corsaires
hollandais pour piller et mettre à sac bien des villages acadiens. La situation
de l'Acadie de la fin du XVII è siècle est extrêmement précaire; certes les
Acadiens ont accompli un travail considérable en mettant en valeur les terres
sur lesquelles ils ont appliqué la technique des
aboiteaux
importée de l'ouest
de la France, toutefois, rien ne peut compenser la suprématie
militaire et surtout démographique des Anglais qui sont maintenant plus de
deux cents mille alors que la Nouvelle France ne compte que dix mille colons dont mille en
Acadie. Quelques colons, entreprenant et courageux essaient de compenser
l'infériorité numérique des Français en incorporant des
Amérédiens dans les
troupes du roi de France. Ainsi le
baron de Saint-Castin
(1652-1703)
n'a pas hésité à se marier avec la fille d'un grand chef autochtone pour
gagner les
Abénakis à la cause française. De
Saint Castin
très indianisé
n'en continuait pas moins à commercer avec les Anglais de Boston.
Plus Abénaquis que Français,
de Saint Castin s'efforça de servir aussi les intérêts des Indiens. Comme on avait besoin de
l’alliance des Abénaquis, la cour, les gouverneurs généraux, les
gouverneurs de l’Acadie, ménagèrent toujours le baron et le traitèrent avec les
égards dus à son rang. En dépit de tous ces louables efforts il était difficile
de faire face à l'Angleterre qui, étant une ile pouvait concentrer tous ses
efforts uniquement sur la marine tandis que la France devait entretenir une
importante
armée de terre
pour défendre la métropole contre les attaques toujours possibles venant du nord
est; de plus, la France devait avoir
deux marines,
une pour l'Atlantique, une autre pour la Méditerranée.
La paix de Ryswick
(1697) met fin à la guerre de la ligue
d'Augsbourg, qui reconnaît très officiellement que l'Acadie est bien
française. Comme aucune frontière n'est précisée, les Anglais continuent à agir
selon leur bon plaisir sans trop tenir compte des décisions des métropoles.
Quant aux gouvernants français locaux, ils ne cessent de se quereller ce qui
n'arrange rien à la situation plus que fragile des
pêcheurs,
chasseurs et surtout
paysans acadiens qui
se désintéressent des luttes incessantes que se livrent les métropoles et dont
ils font les frais.
La
guerre de succession d'Espagne (1701-1713)
et le traité d'Utrecht (1713)
Louis XIV s'engage dans une guerre insensée pour soutenir son petit fils
Philippe d'Anjou que
Charles II , mort sans enfant
en 1700, avait désigné comme héritier du trône d'Espagne. Une coalition se
forme contre la France; on ne veut pas d'un Bourbon sur le trône d'Espagne car
on craint que la France et l'Espagne ne soient bientôt réunies sous une seule
couronne. Les Anglais en profitent pour étendre leurs conquêtes en
Amérique du nord; malgré une défense héroïque des Français et des
Abénakis commandés par
d'Augier de Subercase, Port-Royal doit capituler le 13 octobre 1710. Les officiers et soldats peuvent
regagner la France; quant aux civils, ils ont le choix soit de quitter
l'Acadie en laissant leurs terres et leurs biens, qu'ils peuvent vendre, soit de
rester, mais à condition de prêter allégeance à Anne Stuart, reine
d'Angleterre. Ils peuvent garder leur religion dans la mesure où ils respectent
les lois britanniques. Port-Royal est rebaptisée
Annapolis Royal.
Certes, par le traité d'Utrecht
(Pays-Bas), signé le 11 avril 1713,
Philippe d'Anjou devenait bien roi d'Espagne sous le nom de
Philippe V* mais il était
bien stipulé que la France et l'Espagne ne devraient jamais être sous l'autorité
d'un même souverain. En Amérique du nord, la France perd l'Acadie, la baie
d'Hudson et Terre-Neuve. Encore une fois les territoires français et
anglais de la région étant très mal délimités, il faut s'attendre à bien
d'autres conflits . . .
*
L'actuel roi d'Espagne, Juan Carlos Ier,
est un Bourbon
descendant de Philippe d'Anjou et, par suite, un
descendant direct de Louis XIV
3. Du traité d'Utrecht
(1713)
au Grand Dérangement
(1755)
Après
le traité d'Utrecht, la plupart
des Acadiens
demeurèrent en Acadie sans faire le serment d'allégeance qui leur était
demandé. Au départ, les Anglais de la colonie ne voyaient pas grand inconvénient
à ce refus car ils
considéraient les Acadiens comme une richesse puisqu'ils les alimentaient et fournissaient le bois
dont ils avaient besoin.
L'île du Cap-Breton et
Louisbourg
L'Acadie étant perdue, la France essaya de regrouper tous les
Acadiens dans l'île du Cap-Breton que l'on rebaptisa
île Royale afin d'y
constituer une Nouvelle Acadie. On décida de construire une forteresse dans le
''style Vauban'', comparable à celles du nord-est de la France
(ex: Verdun). On édifia donc la
forteresse de Louisbourg.
Les Acadiens établis de fraîche date émigrèrent à l'île St Jean
(future
île du Prince Édouard)
et à l'île Royale; les autres, implantés depuis plus longtemps et qui
avaient travaillé très dur et réussi à mettre en valeur les terres qu'ils
avaient aménagées demeurèrent en Nouvelle-Écosse désormais britannique.
Les Acadiens voulaient vivre en paix dans leur foi
catholique et demeurer neutres vis-à-vis de la
France et de l'Angleterre. En 1730 nombre d'entre eux acceptèrent de
signer un acte de soumission édulcoré dans lequel ils admettaient devenir sujet
de sa Majesté britannique mais à condition de n'avoir à porter les armes ni
contre des Européens ni contre des Indiens tout en gardant leur religion.
Ils connurent une période de prospérité et de croissance démographique jusqu'à
la guerre de succession d'Autriche
(1740-1748), qui, une
fois de plus, vint troubler leur quiétude. Les Anglais reprirent la
guerre contre la France et, entre autres, leur politique de conquête de l'Amérique
française. Louisbourg assiégé par les Anglais finit par capituler le 30
juin 1745; en juillet, 2500 colons, parmi lesquels des Acadiens,
regagnèrent la France. En 1748, par le
traité d'Aix-la-Chapelle qui met
fin à la guerre, Louisbourg fut restitué à la France. La situation demeure précaire pour les Acadiens désormais sujets britanniques
et qui
continuent de refuser de faire le serment d'allégeance absolue au roi d'Angleterre; ils
risquent l'expulsion. En dépit de l'insécurité créée par les
exigence des Anglais, on est encore dans une période prospère et la population acadienne atteint environ
13 000 habitants soudés autour de l'abbé Le
Loutre qui prêche la résistance à l'assimilation.
Le Grand Dérangement
(1755)
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En octobre 1753, un nouveau gouverneur, Charles Lawrence, est nommé en Acadie. Très hostile aux Français, il en arrive à la seule solution qui à ses yeux lui permettrait de venir à bout des Acadiens: la déportation. En accord avec le gouvernement de Londres, les Acadiens seront donc expulsés de la province, et leurs biens (terres troupeaux, maisons) seront confisqués au profit de la couronne britannique; ils ne pourront emporter avec eux que l'argent liquide et leurs meubles. |
De
septembre à décembre 1755
environ 7000 Acadiens sont embarqués dans la baie des Français sur des bateaux
anglais pour une destination inconnue: le Grand
Dérangement commence; c'est le fait historique
qui a le plus marqué le peuple acadien. Nombreux sont les Acadiens
qui ne survivront pas au voyage, certains furent emportés par la
variole et la
typhoïde, d'autres périront
noyés.
Les Anglais brûlent toutes les maisons et églises afin
d'interdire tout retour aux exilés et de priver de tout refuge ceux qui ont
échappé à la déportation en fuyant vers Québec ou dans les bois avec les
Indiens. Un peuple va être dispersé. . . A cette époque la France
et l'Angleterre n'étaient pourtant pas en guerre ! . . .
Ce n'était pas la première fois que les Anglais avaient recours à des
méthodes expéditives pour éliminer des sujets rebelles; rappelons les
actions de
Cromwell en Irlande où une résistance royaliste et
catholique s'était manifestée après l'exécution de Charles I er:
massacre de Drogheda
(1649)
puis confiscation des biens des paysans catholiques au profit des
protestants anglais en 1654. Trois siècles et demi plus tard les catholiques
de l'Eire n'ont toujours pas oublié !
Le destin des expulsés
Le plan de Charles Lawrence était net:
disperser les Acadiens dans les 13 colonies anglaises situées entre
l'Atlantique et les Appalaches et, dans chacune d'elles, ne pas les laisser se
regrouper. Cette pulvérisation du peuple acadien avait pour but de faciliter leur
assimilation
au monde anglo-saxon. Dans un premier
temps les Acadiens furent donc essaimés des états de la
Nouvelle Angleterre
à
la
Georgie. A
chaque escale on laissait quelques familles acadiennes: en
Pennsylvanie, au
Maryland, dans
les
Carolines.
L'accueil fut presque toujours très réservé voire hostile car ces vigoureux
papistes, concurrents éventuels, risquaient de perturber la vie des
réformés. Nombreux sont ceux qui, après avoir fait une courte escale
sur la côte Est, gagnent la
Louisiane encore
française. En
Virginie, les Acadiens
furent refusés et ''expédiés'' en Angleterre où ils furent retenus
comme prisonniers jusqu'au
traité de Paris
(1763).
La Guerre de Sept Ans étant déclarée, les Anglais peuvent désormais attaquer
les positions françaises en toute impunité: Louisbourg capitule le
26 juillet 1758 (On parle de seconde capitulation, la première ayant eu lieu en
1745) l'île Royal et l'île St Jean sont occupées; de nombreux
Acadiens qui avaient trouvé refuge dans les territoires demeurés français
quittent le Canada et regagnent la France. Québec est perdu à la
suite de la bataille des plaines d'Abraham ou
Montcalm et
Wolf
perdent la vie (13 sept.1759);
en septembre 1760 Montréal tombe à son tour. Sur les côtes de France
l'Angleterre s'empare de Belle-Île, au large de la Bretagne
au
printemps de 1761.
Le traité de Paris
(1763)
Le traité de Paris met fin à la guerre de sept ans
dans laquelle Louis XV s'était engagé au côté de l'Autriche contre
l'Angleterre et la Prusse; c'est un traité catastrophique pour la France, nous
ne l'envisagerons ici que pour ce qui concerne l'Amérique et les
Acadiens.
- La France perd tout le Canada. Seuls
des droits de pêche très restrictifs sont accordés au large de
Terre Neuve; l'Angleterre concède
St Pierre et Miquelon mais avec
interdiction d'édifier des fortifications. Les Français peuvent rester
au Canada et ont le droit de pratiquer leur religion; ils peuvent aussi
quitter le territoire dans un délai de 18 mois mais ne peuvent vendre leurs
biens qu'à des sujets britanniques.
- La partie de la Louisiane située à l'Est du Mississipi passe à
l'Angleterre, le reste va à l'Espagne.
- Belle-Île est restituée à la France en échange de Minorque.
- La France garde La Martinique et la Guadeloupe, St Domingue et la Guyane.
Suite au Grand Dérangement de 1755 et juste avant le traité de Paris de 1763 la diaspora
acadienne est constituée d'environ 12 500 individus ainsi répartis:
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D'après Jean d'Aigle
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4. Après le traité de Paris
Dès
1764, les Acadiens sont autorisés à revenir dans leur pays mais à condition
de faire un serment d'allégeance absolue à la couronne britannique et de ne
pas se regrouper. Nombreux sont les Acadiens qui quittent des 13 colonies
anglaises de la côte Est, notamment les Carolines et la Georgie pour regagner le
pays d'où ils ont été chassés. En 1787, 125 Acadiens qui avaient
trouvé refuge à Belle-Île-en-Mer partent en Louisiane, les frais du voyage
étant payés par le roi d'Espagne. Certains de ces Acadiens sont les ancêtres
des
Cajuns actuellement encore dans la région proche de
Bâton
Rouge. Bien d'autres migrations se feront
jusqu'à la fin du XIX è siècle d'où la dispersion
incroyable de ce peuple fondamentalement catholique, pacifiste et
initialement voué aux travaux de la terre, à la chasse, à la pêche, et
à tout
ce qui a trait au bois. Il est pratiquement impossible de retracer tous les déplacements
que les Acadiens ont connus.
Les
Loyalistes
Par
le
traité de Versailles de 1783,
l'Angleterre reconnaît l'indépendance des Américains lesquels avaient proclamé
unilatéralement leur indépendance le
4 juillet 1776.
30 000 Loyalistes, Anglais demeurés fidèles à la couronne d'Angleterre, migrent
vers le Nord et s'installent en Nouvelle-Écosse et surtout dans la région de
l'actuel Nouveau-Brunswick où beaucoup d'Acadiens sont déjà de nouveau
établis. Ces derniers qui ne prisent guère les sujets très fidèles à sa
Majesté vont s'installer plus au Nord dans la région du Madawaska et
de Gloucester.
Les Acadiens jusqu'à la Confédération
(1867)
Au
Canada, petit
à petit les Acadiens vont se réorganiser, quelques écoles animées par des
prêtres apparaissent dès le début du XIX è siècle et en 1830 ils
commencent à avoir quelque influence politique, une certaine prospérité
réapparaît; le bois de l'Est canadien est très apprécié pour la
construction des bateaux.
Pendant ce temps les Acadiens restés sur la cote Est américaine sont lentement
assimilés et leur ''acadianité'' ne se manifestera bientôt plus que par leur
patronyme: Arseneau, Guillebeau, Brossard, Boudreau, Mélançon, Chiasson et tant d'autres. Quant aux
Cajuns de Louisiane
ils formeront de petites communautés entre les bayous, sous un climat chaud et
humide particulièrement difficile. Certains de ceux qui sont revenus en
France y sont restés et se sont fondus à leurs concitoyens demeurés dans la
métropole.
La Confédération canadienne (1867) ne fera pas de l' Acadie une unité administrative, il n'y a pas de province nommée Acadie. Il existe
cependant une entité culturelle acadienne qui va continuer de se développer,
surtout au Nouveau-Brunswick et à l'Est de la Nouvelle-Écosse, notamment au Cap-Breton.
5.
De la Confédération à nos jours Carte
Aujourd'hui, que sont les Acadiens devenus . . .? Question à laquelle il est difficile de
répondre car nombreux sont les descendants d'authentiques Acadiens qui ont
été assimilés à d'autres communautés culturelles et qui ont par suite perdu et leur langue et leur religion.
Dans ce cas se trouvent la plupart des descendants des Acadiens de la
côte Est des États-Unis. En Louisiane subsiste un folklore acadien que
l'on essaie d'entretenir et même de développer. Dans les environs de
Bâton Rouge par exemple on peut encore rencontrer quelques Américains parlant
français avec l'accent Cajun voisin de l'accent des Acadiens du XVIII è
siècle.
Les Acadiens revenus en France, à Belle-île, dans le Poitou, sur les côtes de
Bretagne ont bien sûr conservé leur langue mais ils se sont fondus à leurs
concitoyens si bien que rien ou pas grand chose ne les distingue des autres
Français. Dans toutes les régions qui ont recueilli des Acadiens
existent, des églises, des musées, des plaques commémoratives qui rappellent
leurs allers et retours. Si l'existence d'une diaspora acadienne est
incontestable, c'est cependant au Canada que les Acadiens sont les plus
nombreux. Il y en a, bien sûr, au
Québec, mais leur lieu de prédilection,
ce sont les provinces maritimes, c'est-à-dire les territoires mêmes où ce
peuple, vagabond malgré lui, a initialement pris naissance.
Aujourd'hui, c'est au Nouveau-Brunswick que l'on rencontre la plus grande
concentration d'Acadiens et c'est grâce à eux que cette province est la seule
du Canada à être officiellement bilingue depuis 1969. Le Nouveau -Brunswick
(capitale
Fredericton) est la plus francophone des provinces canadiennes après le
Québec; un tiers des habitants y parle français et les Acadiens forment le
plus gros de la population francophone.
La faculté de droit de
l'université de Moncton est une des seules au monde à enseigner le ''Common
Law'' en français. C'est à plus de 80 % que les comtés de Madawaska, Gloucester et Kent sont
francophones.
D'autres Acadiens sont en
Nouvelle-Écosse et notamment dans
l'île du
Cap-Breton où ils sont assez nombreux dans les comtés d'Inverness et de
Richmond, enfin dans
l'Île-du-Prince-Édouard les Acadiens sont nombreux dans
le comté de Prince.
Combien sont-ils aujourd'hui? C'est difficile à dire car la définition même
d'Acadien comprend toujours une part importante de subjectivité; en situant la
population acadienne entre trois cent cinquante et cinq cents mille, on n'est
certainement pas très loin de la vérité. Si l'on parle des
francophones et anglophones descendants d'Acadiens on arrive alors à plusieurs
millions. . .
Nombreux sont les Acadiens qui sont bilingues, mais ils restent très attachés au
français et se défendent vigoureusement contre une totale assimilation. Au
Nouveau Brunswick il y a des avocats francophones qui plaident en français dans
le système juridique anglais
Actuellement, dans l'ensemble du Canada, il y aurait 380 000 Acadiens.
!
Sur le plan de la défense de
leur langue, les Acadiens, peuple de l'Atlantique, pourraient donner des leçons
à bien des Français . . .
© Les Fiches à Berca. Dernière mise à jour: 23/09/2009
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Port
Royal: Il
existe aujourd'hui deux petites villes de Nouvelle-Écosse correspondant,
aux deux localisations successives de Port-Royal: Port-Royal (ancien site) et
Port-Royal Annapolis à une dizaine de km au nord-est de la précédente. Ces
villes se trouvent à environ 150 km à l'ouest d'Halifax. De Port-Royal
on a facilement accès à la baie de Fundy, (anciennement baie des Français) à
une quinzaine de km par bateau. Port-Royal présentait l'avantage d'être dans
les terres mais à proximité de la mer.
(Retour 1)
La Rochelle:
port de l'ouest de la France. Devenue une place forte des Protestants à la suite de
l'Édit de Nantes (1598). Richelieu en fit le siège en 1627-28 et brisa par là
même la résistance calviniste qu'il ne tolérait pas.
(Retour 2)
Aboiteaux:
système de clapets faisant partie des digues que les Acadiens avaient construit sur les rives de la baie des Français (baie de Fundy) pour gagner
des terres (très fertiles) sur la mer. A marée basse l'eau douce pouvait s'écouler
dans la mer tandis qu'à marée haute le clapet empêchait l'entrée de l'eau salée dans
les terres. Cette technique était déjà utilisée en France dans le Poitou.
Sur ces terres basses on cultivait du blé, du seigle, du chanvre et du lin.
Des
pâturages permettaient l'élevage des bovins et de moutons. Au bout de quelques
années les eaux pluviales avaient débarrassé la terre du sel dont elle s'était
imprégnée avant l'installation des aboiteaux.
(Retour
3)
Paix
de Ryswick 1687: Elle met fin à la guerre de la ligue d'Augsbourg,
ligue qui unissait l'Europe entière (Espagne, Pays-Bas, Angleterre, princes
allemands, Suède) contre la France que Louis XIV avait entraînée dans une
guerre de conquête insensée. L'Acadie est, une fois de plus reconnue comme
terre appartenant à la France ce qui n'empêchera pas les Anglais de faire ce
que bon leur semble en Acadie.
(Retour 4)
Bétail.
Les Anglais se sont emparés de 43 000 bêtes à cornes, 48 000 moutons, 23 000
porcs et 3000 chevaux.
(Retour 5)
Belle-Île.
Cette petite île au large de la Bretagne du Sud est à environ 10 km au
Sud de Quiberon et possède d'excellentes sources d'eau douce ce qui en faisait
un lieu extrêmement apprécié des
Anglais qui pouvaient y faire escale.
(Retour 6)
Philippe
D'Anjou pouvait prétendre au trône d'Espagne car sa grand mère
Marie Thérèse d'Autriche (Madrid 1638, Paris 1683) était la soeur
de Philippe IV d'Espagne et épouse de Louis XIV. Quant à Louis XIV il était
petit fils, par sa mère Anne d'Autriche, du roi d'Espagne Philippe
III. Notons que l'actuel roi d'Espagne, Carlos, est un descendant de
Philippe d'Anjou et donc, de Louis XIV. Marie Thérèse d'Autriche et
Louis XIV étaient donc doubles cousins germains; pas étonnant que cinq
des six enfants qui virent le jour moururent avant cinq ans.
(Retour 7)
République du Madawaska
Dans la région du Madawaska, suite à la
guerre anglo-américaine de 1812-14, la frontière séparant les
territoires anglais de ceux des États-Unis n'était pas très précise. Un certain John
Baker (un Américain des États-Unis), déclara en 1827que le Madawaska
devrait être, "indépendante de toute
juridiction étrangère". Baker
fut arrêté et emprisonné plusieurs mois pour "incitation
à la sédition". Les Acadiens de la région qui avaient déjà
fait les frais des luttes franco-anglaises se retrouvaient encore dans le
tourmente à propos des frontières mal tracées et contestées limitant le
Nouveau-Brunswick (dépendant de l'Angleterre) et le Maine
(États-Unis). Le traité d'Ashburton-Wester (1842) fixa enfin les
frontières ce qui mit fin aux luttes intestines qui nuisaient à
l'exploitation de la région.
Les Acadiens de la région auraient bien aimé vivre en paix dans
une république indépendante au sein de laquelle ils auraient pu
pratiquer ce qui les intéressait au plus au point à savoir: la culture de
leurs terres, la pêche, la chasse et l'exploitation du bois, en français et
dans leur religion (catholique). Malheureusement (?) la République de
Madawaska ne fut jamais reconnue comme entité politique ce qui
n'empêcha pas sa proclamation en 1947. Le 5 avril 1949 le docteur P.C.
Laporte et J. Gaspard Boucher font enregistrer les armoiries de la République
et en 1955, pour le deuxième centenaire de la déportation, est créé
l'Ordre des Chevaliers de la République. Depuis, le maire d'Edmundston est le président d'office de
l'Ordre. De nombreuses personnalités de par le monde ont été promus citoyen honoraire de la légendaire République du Madawaska.
Carte
des Provinces maritimes du Canada
(Sauf Terre-Neuve)