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Fiche 7 |
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Petite visite à quelques philosophes |
On rencontre beaucoup de gens qui ont lu
Marx mais peu qui sont en train de le lire ... Il en est de même pour la
lecture de la plupart des philosophes. Qui a lu en entier les œuvres de
Platon, de Saint
Thomas, de Kant, de
Hegel, de Nietzsche ? Les professeurs de philo ? Voire. Il n'en reste pas moins
que les rares lecteurs d'œuvres complètes ne doivent pas être moqués, on peut
même les admirer surtout s'ils nous donnent un résumé cohérent et fidèle de la
pensée de l'auteur. Ils nous font gagner du temps et nous permettent
d'avoir une idée des grands courants philosophiques, nous qui n'avons pas
forcément le temps ni les capacités requises pour extraire la substantifique
moelle de textes souvent difficiles voire abscons. Après tout on peut comprendre
l'œuvre de Galilée, de Pasteur ou de
Watson et Crick sans avoir lu leurs
écrits dans la mesure où des intermédiaires éclairés nous les ont expliqués.
Personnellement la philosophie m'intéresse mais je n'ai ni le temps ni les
capacités de me plonger dans l'intégralité des textes dont j'essaie
cependant de comprendre quelques extraits. Pour ce qui est de l'intégralité de
l'œuvre, seul Wittgenstein me paraît accessible car il a peu écrit, cependant dans ce cas particulier, on a vite
tendance à décrocher, tant la pensée est complexe et d'un abord difficile.
Ici je vais donner quelques bribes de la pensée de différents philosophes ce qui
permettra peut-être au lecteur qui ne sait rien d'acquérir un petit quelque
chose; quant aux autres ils pourront toujours se rafraîchir la mémoire et,
surtout critiquer ce qui est dit sans oublier de me faire part de leurs
remarques... Certes la philosophie consiste à poser des questions
tant aux autres qu'à soi-même afin de trouver des réponses mais, surtout, d'être
critique à l'égard des vérités établies souvent beaucoup plus près de la
sécrétion psychique pavlovienne que de la pensée véritable...voyons ce qu'il en
est. Il faut ajouter aussi que la philosophie propose des clés pour nous ouvrir
à la compréhension du monde, elle nous permet surtout de démasquer les
convictions, qui trop souvent se substituent
de la vérité, presque toujours relative et difficile d'accès.
| Mes sources | |
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Apprendre à vivre. Luc Ferry. Paris, Plon 2006 Les pages les plus célèbres de la philosophie occidentale Denis Huisman, Perrin. Paris 2000 L'étonnement philosophique. Jeanne Hersch. Folio, Paris 1993 Philo de base, Vladimir Grigorieff. Marabout. Belgique1983 |
La philosophie. François Châtelet. |
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Chaque mot
souligné est le départ d'un lien
Socrate-Platon
470-399
427-348
Le
vrai est accessible mais il est ailleurs...
Dis-moi Socrate, est-ce que je
dois me marier?
Fais
comme tu veux, de toute façon tu le regretteras
Socrate n'a rien écrit.
Platon fut son l'élève pendant huit ans à partir de 407 av. JC. Socrate avait 63 ans, Platon 20 an.
Que connaît Platon du jeune Socrate ? Comment Platon, qui n'était pas
encore né, a-t-il pu transcrire la pensée du maître dans sa jeunesse et dans la force de l'âge ? Autant de questions sans réponses. L'élève a essayé de transcrire la pensée du maître
sans toujours dire clairement ce qui revenait à Socrate de ce qui était du
domaine de l'interprétation ou, carrément, de l'ajout; alors ? Comment savoir qui
a dit quoi, comment savoir ce qui revient à Socrate de ce qui revient à Platon? Envisageons donc un être bicéphale et admettons que Platon c'est aussi un peu
(beaucoup ?) Socrate... sans oublier toutefois
Pythagore (570-480) qui a
légué à Platon (et à Socrate, allez donc savoir!) l'idée qu'au delà du
monde
imparfait et changeant révélé par nos sens il y avait un
monde immuable
et harmonieux: le domaine abstrait des nombres. Pythagore,
Socrate, Platon de même qu'Aristote
(384-322), élève de Platon, sont des
individus un peu mythiques et il est difficile de savoir qui ils étaient
vraiment d'autant plus que leurs écrits nous ont été transmis au travers de
traductions arabes souvent remaniées par des
copistes qui ne se sont pas
privés de commenter les textes originaux sans toujours distinguer l'authentique
de leurs propres cogitations. Après tout peu importe, doit-on à tout prix
connaître l'auteur d'un texte exprimant une pensée ?
Qui a inventé la roue ? Et pourtant la roue est une invention géniale dont on se
sert encore aujourd'hui. Au fait, qui a écrit la bible ?
1) Dans un des textes philosophiques des plus célèbres, Platon expose les conceptions de Socrate sur la connaissance et sur la dualité du monde..
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Le mythe de la caverne Dialogue de Socrate avec Glaucon, un de ses élèves Glaucon est
Monsieur-tout-le-monde et découvre la ''vérité'' en dialoguant avec Socrate qui
pratique la maïeutique(1). Si depuis notre plus tendre enfance
(2) on nous enseigne d'une manière
autoritaire
(3)
une chose fausse comment alors
ne pas y croire ? Comment se dégager de la pseudo vérité ambiante
que l'on
nous propose surtout
si nos amis ont eux-mêmes subi le même enseignement ?
(4). Socrate met ici le doigt sur la force
du conditionnement qui entraîne la
conviction c'est-à-dire la
certitude d'une idée que l'on considère comme vraie, sans aucune preuve.
Aujourd'hui nombreuses sont les convictions engendrées par la
pavlovisation que nous font subir les média et, notamment, la TV.
La publicité et la propagande ne sont-elles pas basées sur le postulat:
''puisque
tout le monde le dit alors ça doit être vrai !'' Il faudra commencer par libérer l'élève de
ses vieilles habitudes de pensée sans hésiter à le forcer de sortir de
l'erreur dans laquelle il était jusqu'alors embourbé
(5). Des questions bien ajustées le forceront à
reconnaître ses errements passées . Socrate insiste sur
l'effort considérable
qu'il faudra fournir pour sortir de l'erreur et sur la souffrance que subit celui qui accède au vrai.
(6).
Parvenu à la vérité, l'homme connaîtra le bonheur de la vraie connaissance
et éprouvera de la compassion pour ses semblables qui sont demeurés
embourbés dans l'erreur (8)
Glaucon. Sans aucun doute. Glaucon. Je partage ton opinion, autant que je le puis. |
Attention !
L'allégorie de la caverne est très poétique et d'une très grande efficacité
pédagogique mais elle ne prouve absolument rien de la
dualité du monde
que nous impose Platon. Le monde des Idées, seule
réalité, distinct du monde d'illusions dans lequel
on vivrait, n'est même pas une hypothèse puisque nous n'avons aucun moyen
d'infirmer ou de confirmer. Il n'en reste pas moins que cette conception
dualiste (par opposition à moniste) du monde a été très souvent reprise et
qu'elle demeure, aujourd'hui encore, une manière de penser partagée par nombre
d'entre nous. Les empiristes anglais du XVII et XVIII è siècles
(Locke et
Hume
en particulier) ne partagent absolument pas cette manière de voir; quant à
Nietzsche il l'a condamnée vigoureusement puisqu'il
considère ce que nous vivons comme une réalité éminemment changeante et en
perpétuel devenir comme le pensait déjà Héraclite
(
présocratique).
Le mythe de la caverne nous montre également que Socrate qui prétendait nous
débarrasser des erreurs du monde illusoire que nous livrent nos sens nous
entraîne dans un monde tout aussi incertain, celui des Idées, auquel nous devons
croire, sans aucune preuve... Et si Socrate,
parfois, n'était qu'un drôle qui cherche à
nous en faire accroire ? On peut également se demander si la croyance en un
monde parfait et immuable
n'est pas pour Socrate-Platon révélatrice d'une certaine
peur du temps
qui, dans notre bas monde, grignote tout, y compris notre propre vie. Le monde
des Idées, refuge pour échapper à la réalité...pour
contrecarrer la mort ? Le monde des Idées, un monde où rien ne change, un monde
qui nous sécurise ! Un monde en or, métal qui défie le temps ...
Notons enfin que cette conception dualiste du monde a été reprise par les
gnostiques, hérésie du IIIè siècle développée essentiellement par
Manès qui nous a
donné le manichéisme auquel
Saint Augustin avait adhéré durant sa jeunesse.
(Cf.Fiche
10)
Il n'en demeure pas moins que le ''Mythe de
la caverne'' nous engage à faire un effort considérable pour
nous dégager des
idées reçues, des conditionnements divers et de toutes nos convictions pour
accéder à la vérité qui peut être divulguée par nos sens. Souvenons-nous à ce
sujet du bâton partiellement plongé dans l'eau qui, selon nos yeux, parait brisé
au point de contact de l'eau et de l'air alors que notre toucher démasque
l'erreur. A-t-on besoin du monde des Idées pour accéder au vrai ?
2) Les conceptions politiques de Platon.
Platon nous propose une société utopique dans laquelle la cité serait gouvernée
par un roi philosophe assisté de
sages désintéressés, détachés des biens matériels et dévoués à la multitude à laquelle ils ne veulent que du bien.
Platon, contrairement à Aristote,
(qui a été son élève pendant vingt ans et qui
est beaucoup plus réaliste) est bien un idéaliste .
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'' Donc, les maux ne cesseront pas pour les humains tant que la race des purs et authentiques philosophes n'arrivera pas au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettront pas à philosopher véritablement''. (Platon, Lettre VII) |
Après tout, pourquoi pas? Rien de mieux qu'une société gouvernée par les
meilleurs
(= aristocrates ), par ceux qui ont accédé à la
sagesse, laquelle permet d'agir d'une manière
droite et juste conduisant au bien de tous. Cette sagesse n'est accessible
qu'aux individus doués de vertu, qualité qui
dispose, d'une manière constante, à faire le bien et à éviter le mal.
Toutefois, en prenant de l'âge, et après avoir connu bien des déboires dans le
domaine politique
(Platon a connu de multiple aventures et a même été vendu
comme esclave !), Platon a revu sa copie et, dans
'' Les lois'' nous propose
non plus une cité idéale mais une cité, qui selon lui, éviterait le pire.
Marqué par l'expérience de Sparte, cité militaire,
Platon en arrive à une organisation très autoritaire de la société avec des enfants
précocement soustraits à l'influence de leurs parents
(comme dans la Chine de
Mao) et à une stratification
sociale rigoureuse: gouvernants, guerriers et
producteurs
(artisans,
paysans et commerçants) avec cependant une certaine évolution possible au niveau
individuel puisque les enfants doués
(Platon croirait-il à certains a priori
''génétique''?) pris en charge par l'État, peuvent
être sélectionnés pour intégrer la classe des
gouvernants. Il n'est pas étonnant que certains aient vu en Platon un ancêtre
des totalitarismes et des fascismes,
en oubliant que pour Platon ceux qui gouvernent doivent être d'une
sagesse
exemplaire et, évidemment, de bonne foi... Platon est aussi un peu
l'ancêtre de l'idée de despotes éclairés, très en
vogue au XVIII è siècle. Frédéric II de Prusse n'était-il pas un peu philosophe
? Malheureusement l'éclairage que lui apportait ''sa'' philosophie n'était
qu'une faible lueur qui masquait mal son despotisme...
Robespierre, pétri de vertu, sûr
de lui et de bonne foi était-il une sorte de roi philosophe, lui qui voulait
créer un homme nouveau et éliminer tous les corrompus? Peut-être, mais est-ce vraiment souhaitable ?
Comme Philinthe
(Cf. Le Misanthrope de Molière), ne doit-on pas nous contenter du genre humain tel qu'il est. Et
faire avec !
Malgré toute la sympathie que l'on peut avoir pour Platon il faut quand même
bien admettre que certains de ses propos font un peu peur ! N'a-t-il pas écrit
dans la République
(V):
| Former des unions au hasard serait une impiété dans une cité heureuse... Nous ferons des mariages aussi sains qu'il sera en notre pouvoir; or les plus sains seront aussi les plus avantageux [...] Il faut, selon nos principes, rendre les rapports très fréquents entre les hommes et les femmes d'élite, et très rares, au contraire, entre sujets inférieurs (!!) de l'un et l'autre sexe. |
Devrait-on voir en Platon un précurseur de l'eugénisme si cher à Gobineau ?
3) Socrate-Platon et le christianisme
Le christianisme, avec sa trinité
(Le Père, le Fils et le Saint Esprit) est une
religion encore mal dégagée du polythéisme qui était de mise dans la Grèce
antique. Le monde parfait des Idées n'est pas sans
nous faire penser au paradis d'où l'homme a été chassé, homme qui désormais est
toujours partagé entre la réalité d'un monde changeant révélé par nos sens et
une certaine idée de la perfection immuable, que l'on exprime par les
concepts,
auxquels
on se réfère sans jamais pouvoir les atteindre. L'idée du Bien si chère à Platon
semble s'être muée en Dieu le Père que l'on doit considérer comme
contemporain, de tout temps, du Fils et du Saint Esprit. Nombreux sont les ''hérétiques'' qui, au début de la
chrétienté (jusqu'au IV è siècle notamment) ont contesté les ''vérités'' qui
leur étaient assénées; la raison qu'ils avaient
appris à utiliser au travers Socrate et Platon (et surtout d'Aristote) s'accommodait mal au dogme qu'on leur imposait et qui
était impensable sans la foi. Ainsi
les Gnostiques auraient certainement plu à Socrate étant donné le scepticisme
dont ils faisaient preuve vis-à-vis des ''vérités révélées'' ! Ce fut
Constantin
qui, au concile
de Nicée (325), mis un terme aux ''discussions'' de nature
socratique
des hérétiques en imposant des ''vérités'' d'autorité, définitives et ''indiscutables''. Dans
un premier temps l'Église se méfia de Socrate et de Platon; ce n'est que plus
tard que la pensée grecque, fut reconnue en Aristote grâce à
Saint Augustin (354-430) et
surtout à Saint Thomas d'Aquin
(1225-1274).
Protagoras prétendait que ''
L'homme est la mesure de toute chose ''
c'est-à-dire que toute ''vérité'' du monde dans lequel nous vivons dépend de
celui qui croit la détenir. Ce qui est vrai pour l'un peut être faux pour
l'autre à moins qu'on ne se réfère au monde des Idées ''inventé'' par
Socrate-Platon, monde qui ne dépend plus de nos sens trompeurs mais de notre
raison qui nous permet d'accéder au Vrai universel et immuable via un dialogue
bien conduit que l'on nomme dialectique, laquelle
est l'outil qui permet l'accouchement des idées c'est-à-dire la
maïeutique. Avec
Platon c'en est fini du monde changeant d'Héraclite
qui prétendait que:
''On ne se baigne jamais
deux fois dans le même fleuve''
notre monde n'est qu'illusion et prétendre à
la vérité au travers de son étude conduit à l'erreur. Au départ on doit adopter
la célèbre formule de Socrate:
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'' Je sais que je ne sais rien '' |
mais ne pas en rester là afin de ne pas tomber dans un
scepticisme stérile. C'est en nous-même que l'on
doit chercher la vérité que l'on a oubliée et et que l'on pourra retrouver grâce
au dialogue ( avec soi-même ou avec autrui ) guidé par la raison qui ne devra
pas se laisser piéger par des raisonnements faux si chers aux
sophistes que Socrate a toujours dénoncés.
On ne découvre pas la la vérité on se la remémore, c'est la théorie des
réminiscences en pratiquant la maïeutique.
Avec Socrate et Platon, la philosophie est devenue un outil de contestation et
de remise en question, très vite considéré comme dangereux, d'où l'interdiction
de son enseignement ou son contrôle pointilleux dans tous les
régimes politiques autoritaires.
En 386 av. JC, Platon fonda une école
qu'il nomma Académie que l'on considère comme la
première université connue.
Enfin, il ne faut pas oublier que le dualisme
''monde des sens, trompeur, monde des Idées, immuable et pafait''n'a fait
l'objet pour Platon lui-même d'aucun questionnement
car il était pour Socrate, son maître, une évidence qui cependant n'était
que du domaine de la conviction.
Socrate qui soi-disant ne savait rien a toujours cru
savoir cependant que le monde était dualiste. Il faudra plus de vingt
siècles pour que l'on remette en question cette façon de voir le monde. Ce sera
l'oeuvre de Hume et de Nietzsche en particulier.
![]() |
Aristote Dans ce célèbre tableau de Raphaël, Platon, à gauche,
pointe le ciel alors qu'Aristote, dans une sorte de mouvement d'apaisement
tourne la main vers le sol. Le peintre italien exprime d'une manière
magistrale la différence fondamentale qui existe entre Platon,
utopiste, ne
s'intéressant qu'au monde abstrait des Idées qu'il cherche en lui-même et
Aristote, son brillant élève, qui se détache du maître par son
réalisme et
sa passion pour l'observation du monde dans lequel il vit.
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1. Forme et matière
![]() |
Aristote, le plus doué des l'élèves de Platon, modifia
certaines conceptions du maître en intégrant le monde révélé par nos sens
dans le monde réel, alors que pour Platon, le
monde dans lequel nous vivons n'était qu'illusion. Pour Aristote, toute
chose appréhendée par nos sens résulte de l'association d'une
forme abstraite,
universelle, immuable qui donne à la
matière l'aspect
particulier de ce que nous observons. Les formes
(=Idées)
ne sont
plus dans un monde autre mais dans l'objet
(au sens large, vivant ou non
vivant concret)
même. |
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La réalité d'un chat en particulier, changeant et mortel, se résume à de
la matière à laquelle la forme a donné un aspect particulier, celui d'un
chat différent de tous les autres mais dans lequel on retrouve certains
caractères généraux communs à tous. La forme deviendra vite le
concept, c'est-à-dire quelque chose qui
n'existe pas mais qui nous est cependant utile, notamment dans le domaine du
langage. L'évocation verbale d'un concept nous
renvoie toujours à un aspect particulier de celui-ci,
le concept étant
inaccessible en tant que tel. Si je dis ''cheval", je vois alors une image
mentale qui se rapporte à un cheval particulier, déjà vu soit en réalité,
soit une image d'un livre, d'un film, d'un tableau etc. Mais je n'aurais
jamais accès au cheval parfait du concept. Je n'ai accès qu'à une ou des
représentations particulières. |
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2. La seule vraie connaissance est celle des causes
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Or le connaissable par
excellence, ce sont les principes et les
causes; c'est par eux et à partir d'eux que les
autres choses sont connues, et non pas les principes et les causes qui sont
connus par les autres choses... (1) |
Aristote ne s'intéresse guère à l'induction qui
consiste à accéder au général à partir de cas particuliers identiques que
l'on a observés de nombreuses fois.(1) En bref Aristote recherche le ''pourquoi'' de toute chose et de tout phénomène et, par cette attitude même, s'écarte de l'esprit scientifique qui se contente du ''comment''. Pour Aristote, le but de la science, confondue avec celui de la philosophie est du domaine de la métaphysique c'est-à-dire au delà de la physique, hors de la nature (physique = nature), hors du monde dans lequel nous vivons. En bref Aristote n'est pas encore complètement dégagé de la pensée magique qui régnait dans la Grèce de son temps. |
3. La
logique, outil au service de la connaissance
C'est Aristote qui a mis la logique au service
de la connaissance ce qui conduit à une grande rigueur dans les raisonnements.
Ainsi si je considère que A = A et A différent de non-A je peux affirmer d'une
manière certaine que que A et non-A ne sont pas identiques.
Le syllogisme, inventé par Aristote, permet, par
enchaînement logique, de passer d'une affirmation à une autre sans contestation
possible, sans pour autant mener forcément au Vrai....
| Exemples de syllogismes: | ||
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A.
Tous les hommes ont un coeur (Prémisse majeure) Or je suis un homme (Prémisse mineure) Donc j'ai un coeur (Conclusion)
B.
Tous les hommes sont immortels. |
A. Nous avons là un syllogisme conduisant à une
conclusion vraie sans discussion possible car
d'une part la majeure est vraie et, d'autre
part, le raisonnement est sans faille. |
En bref le syllogisme est un excellent outil à condition
de vérifier la fiabilité de ses prémisses; le raisonnement qui le constitue n'a
rien à voir avec la foi ni avec une quelconque
croyance et en cela il entre dans le domaine des sciences. Le syllogisme est une
arme redoutable qui peut être extrêmement dangereuse quand elle est utilisée par
des individus de mauvaise foi et/ou sans bon sens ou encore, par des esprits qui
ont des convictions religieuses (voir
plus loin, St Thomas d'Aquin)
4. Aristote et le Politique
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C'est pourquoi il est évident que l'homme est un animal politique, bien plus que n'importe quelle abeille ou n'importe quel animal grégaire (1). Car, nous le disons souvent, la nature ne fait rien en vain.(2) De plus la cité est par nature antérieure à la famille et à chacun d'entre nous, car le tout est nécessairement antérieur à la partie; car si le tout est détruit il n'y a plus ni main ni pied, si ce n'est par homonymie, comme quand on parle d'un pied ou d'une main de pierre, car ils ne seront ainsi séparés du tout qu'après la mort...(3) Que, donc, la cité soit à la
foi naturelle et antérieure à chacun de ses membres,
c'est évident.(3) |
Selon Aristote, l'homme, et en particulier l'homme
grec, ne peut vivre en harmonie qu'au sein d'un tout qui est la cité.(1) |
Pour faire partager ses connaissances et sa manière de
voir le monde, Aristote a créé ''le Lycée'' où,
souvent, il enseignait tout en marchant d'où le nom de
péripatéticienne donné à son école (grec: peripateïn= se promener).
Aristote, est le premier à donner une description précise
de nombreux organismes qu'il a observés avec
minutie tout en les classant d'une manière
rigoureuse. Aristote pratiquait également la dissection
afin d'essayer de comprendre le fonctionnement de
ce qu'il observait.
Ignoré ou presque du monde romain il fut réintroduit dans le monde occidental au
XIII è siècle par Saint Thomas d'Aquin
(1225-1274) après avoir été adopté par les
Arabes. Grâce à St Thomas d'Aquin qui mit la
logique d'Aristote au service de l'Église, on
réussit pendant plusieurs siècles
(jusqu'à la renaissance et même jusqu'au XVIII
è) à concilier foi et raison,
les prémisses étant souvent du domaine de la foi et le syllogisme dont on se
servait pour ''prouver'' un peu n'importe quoi étant du domaine de la
raison.
Aristote s'inscrit si bien dans l'Eglise que l'on en vint à considérer toute
proposition qui ne figurait pas dans ses écrits (souvent
amplement remaniés par les traducteurs et/ou les copistes), comme une hérésie.
C'est ainsi que Galilée fut condamné car ce qu'il avançait
(une terre sphérique qui tourne sur elle-même) ne figurait pas dans les oeuvres
d'Aristote. De même quiconque remettait en cause les quatre ''éléments''
fondamentaux (terre, le feu, l'air et l'eau)
de
toute chose était vite mis à l'index. Certains prétendent qu'Aristote a bloqué
l'évolution des connaissances pendant des siècles, cette façon de voir est fort
contestable car ce n'est pas Aristote qu'il faut blâmer mais l'usage qu'on en a
fait.
Malgré toutes ses imperfections et l'usage abusif de sa pensée trop souvent
déformée, Aristote demeure, sans conteste, un immense penseur qui a permis à
l'humanité tout entière de sortir d'un monde magique
pour nous introduire dans l'univers de l'observation
et de la logique,
produit exemplaire de la raison ce qui fait que le
monde dans lequel nous vivons est devenu un domaine où la
science a pu s'épanouir. Avec Aristote, la raison était à l'honneur, ce
n'est pas de sa faute si, bien après sa mort la raison a été polluée par
la foi.
Retour au début du chapitre sur Aristote
Des commentaires ?
Emmanuel
Kant
(1724-1804)
Le vrai est inaccessible
Emmanuel Kant est né à
Königsberg, en Prusse orientale en
1724 et est mort dans cette même ville en
1804, pratiquement sans en être sorti ! Bien que
d'ascendance écossaise Kant n'en pas moins un authentique
Prussien, discipliné et habité par l'esprit de
système, sans pour autant être particulièrement attiré par les activités
militaires, très en vogue à l'époque dans son pays. Kant a bien connu la Prusse
de Frédéric II que l'on qualifie souvent
(à tort
?) de despote éclairé.
Kant consacrera son intelligence exceptionnelle à essayer de comprendre ce
qu'est la connaissance tout en définissant une
morale, tout à fait cohérente bien que pas
très nouvelle.
1.
Kant et la connaissance
Coincé entre le rationalisme très
déductif de Descartes
(1596-1650. - Discours de la méthode
-, 1637) et l'empirisme réducteur et évidemment
inductif de Hume
(1711-1776. - Enquête sur l'entendement humain
-, 1748) qui rejetait toute métaphysique, Kant nous propose une vaste synthèse
qui réhabilite la métaphysique sans pour autant rejeter l'empirisme.
C'est en 1781 que Kant publie l'oeuvre magistrale
de sa vie ''
Critique de la raison pure'',
( 749 pages, Flammarion 2001, Collection GF) qui semble avoir été ''grignotée''
par un grand nombre de lecteurs mais rarement explorée de fond en comble; en
allemand, son étude est parait-il très difficile pour quiconque n'a pas une
connaissance approfondie de la langue et, pour passer dans une autre langue,
la ''Critique'' exige des traducteurs d'un haut niveau, tant dans le domaine
linguistique que philosophique. Quelques exégètes bons pédagogues ont pu mettre
Kant à la portée des amateurs de philosophie, sans trop risquer de les rebuter.
Kant réhabilite la métaphysique dont Hume faisait l'économie; en effet pour Hume
la connaissance du monde dans lequel nous vivons, toute incomplète qu'elle
soit, ne peut se faire que par induction,
a posteriori, par le biais des
sensations qui sont les seules voies d'accès à une
certaine réalité que l'on considère, à tort, comme vraie. Hume, très
sceptique pour tout ce qui a trait à la
connaissance absolue, va même jusqu'à prendre congé de Dieu qui ne nous est plus
nécessaire pour comprendre le monde. Pour les empiristes anglais et pour
Locke en particulier, sans la connaissance qui nous
vient entièrement de nos sens, dès notre naissance notre naissance, notre esprit n'est qu'une
table rase. Hume pouvait afficher son athéisme
dans l'Angleterre du XVIII è siècle sans trop de risque. Notons que
Descartes, qui faisait une confiance absolue à la raison, ne croyait peut-être
pas en Dieu non plus ... mais ne s'en vantait pas, pour ne pas avoir d'ennuis!
Pour Kant, toute connaissance nécessite bien sûr une intervention de nos sens
mais la connaissance inductive à laquelle ils nous conduisent n'est pas
satisfaisante car on ne peut connaître sans certains a
priori qui n'ont rien à voir avec l'expérience
(expérience, ici = ce qui nous vient des sens).
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Bien que la connaissance
commence avec l'expérience, il ne s'en suit pas
qu'elle dérive entièrement de l'expérience. |
Kant conteste Hume sans toutefois le rejeter: nos sens sont une condition nécessaire pour accéder à la connaissance mais absolument pas suffisante. |
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Dès les temps les plus anciens
de la philosophie, ceux qui étudiaient la raison pure
ont déjà conçu en dehors des choses sensibles ou
phénomènes (Phaenomena) qui composent le monde des sens, des êtres
intelligibles particuliers (les noumènes =
noumena) qui constitueraient un monde intelligible, et confondant phénomène
et apparence, ce qui est bien excusable, en des temps encore incultes, ils
n'attribuaient de réalité qu'aux êtres intelligibles. |
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Kant considère que la connaissance ne peut se passer de catégories, non expérimentales, comme le temps et l'espace, catégories dans lesquelles le monde des sens s'inscrit et qui ne serait rien sans elles... Pour Kant le temps et l'espace ne nous viennent pas des sens et pourtant nous en avons conscience. Après l'énorme chamboulement créé par les empiristes anglais qui nous conduisaient au matérialisme, Kant réintroduit une certaine transcendance dans la connaissance et nous insère de nouveau dans la spiritualité.
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Supposons que pour une chose
dont nous avons une connaissance empirique
(par la voie de nos sens), nous
enlevions de cette chose certaines qualités telles que la couleur, la
consistance, le poids ... on s'aperçoit par contre qu'il est impossible
d'effacer l'espace dans lequel l'objet se
situe. L'espace sera toujours là, même si l'objet a complètement
disparu... |
Ceci amène Kant à penser que la connaissance que l'on a d'un objet nécessite non seulement les donnés a posteriori qui nous sont proposés par nos sens mais aussi des catégories, tel l'espace qui échappe à l'expérience et qui est un a priori transcendant, du domaine de la métaphysique. |
Quoi qu'il en soit, Kant comme Hume ne prétend pas à une connaissance absolue et admet que, même avec l'intervention de donnés a priori on accède qu'aux phénomènes et non aux choses en soi (= les noumènes) qui nous seront à jamais inaccessibles. En bref, Kant critique la raison car, bien qu'indispensable, elle ne parviendra jamais à nous conduire au Vrai, même après une réflexion approfondie; cette manière de voir distingue Kant de Platon qui, rappelons-le, prétendait que l'on pouvait accéder au Vrai à condition qu'un ''accoucheur'' nous y fasse parvenir au travers d'une réflexion difficile réservée à un petit nombre. (Cf. maïeutique)
|
Piaget, deux siècles plus tard, en viendra un peu à la même conclusion mais en se dégageant de toute transcendance. Pour Piaget, depuis notre naissance, se poursuit un dialogue permanent entre le monde extérieur et nos structures ce qui nous conduit à une connaissance relative du monde dans lequel nous vivons car nos structures, qui sont a priori, nous imposent une interprétation de la réalité sans en donner une idée forcément juste. La couleur d'un objet par exemple dépend certes de la composition chimique dudit objet et de la qualité de la lumière* qu'il renvoie mais aussi des cellules (pour les couleurs ce sont les cônes qui interviennent) qui sont dans notre rétine. Ce que je vois bleu par exemple ne donnera qu'un gris à un achromatopsique. Qu'en est-il de la ''vérité'' de la couleur de l'objet observé ? Oui, comme le disait Kant, les noumènes nous échappent, nous sommes en deuil de la vérité absolue. Pour Piaget, les structures ne sont pas transcendantes car elles sont génétiquement déterminées et donc inscrites dans la matière alors que les catégories de Kant, dont le temps en particulier, sont transcendantes et totalement inexplicables... à moins d'avoir recours à Dieu... Kant semble avoir pressenti l'origine double de la connaissance: l'expérience et les structures. |
En bref: pour ce qui est de la connaissance même
imparfaite du monde qui nous entoure, tout individu dépend du temps, dont il
reçoit les structures via l'ADN, et du milieu
(espace) dont lui viennent les
stimuli recueillis par nos organes des sens.
Notons que pour ce qui a trait à l'infini, du temps comme de l'espace, il est
difficile de prendre congé de toute transcendance.
* Le spectre visible correspond au radiations dont les
longueurs d'onde sont comprises entre 750 nm (rouges) et 400 nm (violets).
Rappelons que 1 nm = 10-9
m
2. Kant et la morale.
Le problème de la peine de mort
Alors que la ''Critique de la raison pure'' portait essentiellement sur la
connaissance, la ''Critique de la raison pratique''
(1788) développe la question de la morale et tout
particulièrement de ses fondements.
|
Agis toujours de telle sorte
que tu puisses ériger la maxime de ton action en loi
universelle. |
D'emblée, la morale de Kant ne nous apparaît pas
comme particulièrement nouvelle puisqu'elle reprend un grand principe qui
avait déjà été adopté dès le début de la chrétienté à savoir: |
Rousseau et après lui les révolutionnaire de 1789 considéraient que la morale était une nécessité politique dictée par la loi qui émanait de la volonté générale et qui s'est exprimée, entre autres, dans l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme du 26 août 1789.
|
''La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; ainsi
l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui
assurent aux autres membres de la société la jouissances de ces mêmes droits.
Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi
.''
|
Dans l'esprit de 1789, les règles morales nous
viennent donc de l'extérieur, ce sont des donnés a posteriori alors que
pour Kant la morale ne peut s'envisager qu'au travers un
homme libre, c'est-à-dire doué de libre arbitre
ce qui lui permet de trouver en lui-même, sans causes
extérieures (donc indépendamment des lois humaines), la voie du Bien. La
liberté selon Kant est transcendante et transite
par
l'homme qui, a priori, agira par devoir.
Pour Kant
la morale doit dépasser l'intérêt personnel en se situant au niveau le plus
général possible. Dans une optique kantienne, Socrate respecte la morale car il
n'hésite pas à faire de sa mort un symbole, une protestation absolue de la
condamnation inique dont il a été l'objet tout en respectant la loi du moment
qu'il considère comme devant être appliquée à lui-même comme à n'importe quel
citoyen. Socrate aurait pu fuir ce qui aurait laissé entendre qu'il aurait menti
durant son procès, il a préféré rester et faire le sacrifice de sa vie pour le
Vrai. Toujours dans une optique kantienne, Galilée ne serait pas morale car il
a fini par mentir (il admet que la terre est fixe alors qu'il sait pertinemment
qu'elle tourne) pour sauver sa peau c'est-à-dire en faisant passer un intérêt
particulier, sa propre vie, aux dépens de la vérité.
Pour Kant la liberté, condition nécessaire à la
morale, doit être sous-tendue par la volonté qui
contre sans cesse nos inclinations animales qui nous conduiraient à une société
sans morale comme celle des abeilles ou des fourmis? Une
société dans laquelle, selon la formule de Thomas Hobbes
'' l'homme serait un loup pour l'homme''
La liberté absolue de l'homme si chère à Kant contraste avec la
prédestination
de Calvin qui, il est vrai, avait un mal fou à
justifier la morale dans un monde où l'homme était entièrement
déterminé par
Dieu...
Aujourd'hui, par le biais de la sociologie, de la
psychologie et de la
génétique on se pose de plus en plus de questions sur le
déterminisme sociobiologique de l'homme d'où une
contestation constante de la morale établie qui ne peut s'envisager que dans
l'optique d'un homme libre. Ceci est lié à la survie même de la société car à
partir du moment où toute action individuelle pourrait être expliquée par une
cause indépendante de la volonté de son auteur, il n'y aurait plus de société
possible. Si toutes nos actions sont entièrement déterminées par nos gènes et/ou
par le milieu, on peut alors se poser des questions sur notre liberté !! À la
limite la question n'est pas de savoir si l'homme est libre.
Il doit être libre.
Pour Kant l'homme est libre car il possède en lui-même et
a priori la
connaissance du bien et du mal, il est donc responsable de ses actes et dans le cas où il
fait le mal il le fait en toute connaissance de cause et doit donc être
châtié. Kant est tout à fait à l'opposé des calvinistes et très proche de
Pelage
qui voulait que l'homme soit responsable.
|
Si le criminel a commis un meurtre, il doit mourir. Il n'existe ici aucune commutation de peine qui puisse satisfaire la justice. Il n'y a aucune commune mesure entre une vie, si pénible qu'elle puisse être, et la mort et par conséquent aucune égalité du crime et de la réparation, si ce n'est par l'exécution légale du coupable sous la condition que la mort soit délivrée de tout mauvais traitement qui pourrait avilir l'humanité dans la personne du patient. |
La peine de mort infligée au coupable doit-elle être interprétée comme un châtiment équivalent au mal fait à la victime dans une optique de loi du talion? Doit-on suivre le précepte biblique ''oeil pour oeil dent pour dent'' ? Ou doit-on envisager l'élimination du coupable comme une condition salutaire pour la société tout entière qui ne peut conserver un individu qui a perdu sa propre liberté puisqu'il n'a pas su dominer ses penchants animaux ce qui l'exclut automatiquement de la société des hommes ? |
Aujourd'hui dans bien des pays dits ''évolués'' la peine
de mort a été abolie. Les arguments justifiant cette abolition sont variés mais
l'un d'entre eux est souvent évoqué: l'erreur judiciaire
qui est toujours possible. L'erreur judiciaire a cependant deux faces: elle peut
certes condamner un innocent mais elle peut aussi laisser filer un coupable. Ce
second aspect de l'erreur judiciaire ne choque pas car on s'accorde généralement
sur le fait qu'il est préférable de laisser en liberté un
coupable que de condamner un innocent. Il est difficile de réfuter cette
argumentation, toutefois, si le coupable non condamné fait d'autres victimes ne
doit-on pas alors attribuer le mal subi par la victime comme étant aussi une
conséquence d'une erreur judiciaire ?
En fait l'argument de l'erreur judiciaire pour justifier l'abolition de la peine
de mort ne me semble pas très solide; par contre si, à la différence de Kant, on
considère que l'homme n'est pas libre mais entièrement ou partiellement
déterminé par sa réalité biologique et/ou par son passé social, on peut alors
considérer le coupable comme un cas pathologique et, dans ces conditions, le
condamner à mort serait un acte d'euthanasie, une
pratique dont on peut également discuter....
Quoi qu'il en soit une pavlovisation bien orchestrée nous induit à penser que
l'abolition de la peine de mort est un progrès...(tout le monde le dit, dis-le
donc!); et si l'abolition de la peine de mort dans la plupart des sociétés
occidentales actuelles n'était qu'un acte de repentance pour essayer de nous
racheter de toutes les condamnations passées non justifiées
(inquisition,
exécutions perpétrées durant les révolutions, exécutions avec des preuves
approximatives etc)? Nos erreurs passées doivent-elles justifier la non
exécution de criminels qui risquent de récidiver ? Les nouvelles victimes qui
ont subi ce risque ne sont malheureusement plus là pour témoigner !!!
Il n'en reste pas moins que Kant, compte tenu de la conviction qu'il avait de la
liberté absolue de l'homme, était très cohérent en se rangeant dans la camp des
partisans de la peine de mort.
Kant est souvent évoqué par les philosophes, il est considéré comme ''majeur'',
toutefois il est probable qu'un individu ayant un peu touché à la science, doué
de bon sens et ayant un minimum d'esprit critique, est plus enclin à en
demeurer aux interprétations plus terre-à-terre des empiristes anglais et aux
vues plus scientifiques de Piaget qu'aux cogitations de Kant, certes
intéressantes pour l'histoire de la pensée, mais
aujourd'hui dépassées, dans un monde scientifique où l'on sait très bien que la
''vérité'' n'est souvent que relative et/ou transitoire, toujours
dépassée par d'autres ''vérités'' ce qui permet de progresser sans confondre
dogme et théorie. . .
En bref, il me semble qu'aujourd'hui on se sent plus près du matérialisme de
Hume que du spiritualisme de Kant sans toutefois prendre congé définitivement de
la métaphysique. On a bien besoin d'un peu de transcendance pour ''penser''
l'infini de l'espace et du temps...
Retour au début de l'article sur Kant
Des commentaires ?
Friedrich
Nietzsche
1844-1900
Le vrai ?
Qu'est-ce que c'est que ça ?
|
Il n'y a pas d'action morale mais seulement des
interprétations morales de l'action |
Contrairement au commun des mortels, Nietzsche est mort
deux fois. La syphilis contractée par
Nietzsche dans sa jeunesse l'a conduit à une authentique folie en
1889,
toutefois, il présentait déjà des troubles mentaux avant cette date, troubles
dont il était périodiquement conscient. On est frappé, en lisant ''Ainsi parlait
Zarathoustra''(1883) par exemple, de la présence des mots
''fou'' et ''folie'' tout au
long du texte. C'est en 1900 que Nietzsche nous a définitivement quittés.
Sa sœur cadette, Élisabeth
(1846-1936) l'a pris en
charge en 1897, or, elle avait été mariée à Bernhard Förster
un antisémite notoire qui avait fondé une colonie
''aryenne'' au Paraguay avant de se suicider; Nietzsche méprisait profondément
son beau-frère. Élisabeth, de retour en Allemagne après la mort de son époux, avait ramené avec elle des idées racistes et profita de la folie
de son frère pour falsifier certains de ses écrits et notamment
''
La volonté de puissance'' fut publiée après la
mort de Nietzsche avec des ajouts de la ''frangine'!. Fort heureusement, un spécialiste de Nietzsche,
Walter Kaufman, ne tarda pas à débarrasser l'œuvre
des ajouts d'Élisabeth... De plus, quand on sait qu'Élisabeth avait sympathisé avec
Hitler on a tout de suite une idée de ce que l'on
pu dire de Nietzsche... qui avait fréquenté Wagner (avec lequel il s'est ensuite
fâché !), très apprécié des nazis. Cependant,
n'oublions jamais que Nietzsche est mort plus de trente ans avant
l'arrivée de Hitler au pouvoir; toutefois il faut quand même admettre que certains de ses écrits sentent le
soufre ce qui peut porter à des interprétations politiques discutables.
Nietzsche s'inscrit dans un courant antirationaliste,
antidémocratique et
pessimiste très en vogue au XIX è siècle, en
réaction contre l'optimisme qui avait régné durant le siècle des Lumières
(XVIII è), siècle de la raison triomphante qui nous a conduit
à des excès de rationalisme... matérialisés, entres autres, par la
Terreur et
plus tard par le régime totalitaire soviétique...
1. Nietzsche en réaction: la volonté de puissance, le Surhomme
|
La Démocratie ne croit pas aux
grands hommes et dénonce toute société élitiste: tout individu est égal à
n'importe quel autre, nous faisons tous partie du
troupeau et de la populace. |
Ici, Nietzsche annonce
clairement la couleur et on ne peut lui reprocher de ne pas être clair ! Il
ne se définit contre la démocratie,
contre le socialisme,contre
le perlementarisme |
Parmi les hommes ordinaires pour lesquels Nietzsche n'a
que mépris, il en est cependant qui peuvent échapper à leur condition grégaire à
condition de prendre conscience qu'ils peuvent se créer
eux-mêmes. L'homme a la possibilité d'être responsable
de ce qu'il est dans la mesure où il le veut. Il peut être ce qu'il veut être
en se
libérant de la gangue des habitudes, des
coutumes, de la morale,
du passé, sur lequel on a aucune prise; toutefois,
on peut volontairement effacer les traces nocives qui nous empêchent d'être ce
que l'on est vraiment; on doit
également se dégager de la religion dans
laquelle on est englué.
L'homme libéré des inhibitions générées par le conditionnement devient alors un
être supérieur mais cette supériorité à laquelle il
peut accéder n'a rien à voir avec son apparence physique;
l'être supérieur de Nietzsche est un être qui s'est auto construit,
il n'a rien
à voir avec ''la race des seigneurs'' des nazis. On ne nait pas surhomme, on
le devient, mais cela n'est possible que si l'on a la volonté de vouloir... ce
qui cependant doit bien dépendre de certaines de nos structures... à la lumière
du déterminisme génétique tel qu'on le connait aujourd'hui, on ne peut pas
mettre toutes nos inhibitions, tout ce qui nous empêche de nous épanouir, sur le
seul compte du milieu ! Il semblerait qu'il existe des individus intrinsèquement
plus volontaires, plus déterminés, que d'autres, ce trait de caractère est-il de
notre ressort ? À supposer que la volonté et le courage soient la clé de voûte des conduites
humaines, il est évident que cette volonté est très inégalement répartie et il
est bien difficile de ne pas la considérer comme une qualité intrinsèque à
l'individu, bien développée chez certains et atrophiée chez d'autres.
Dans le
cas d'un déterminisme biologique de la volonté, où serait notre liberté ?
Pourquoi devrait-on prétendre à une complète liberté? Pourquoi diable la volonté
ne serait pas génétiquement déterminée comme la
couleur de nos yeux ou la texture de nos cheveux ?
Pour ce qui est de l'influence du milieu, Nietzsche, considère que nous
sommes marqués par notre inconscient
qui dépend de notre passé que l'on ne peut changer. Nos pensées, nos
actions ont une généalogie; Nietzsche nous apparait
alors comme un précurseur de Freud. Pour Nietzche nos pensées et nos actions ne sont que des
symptômes qui révèlent ce que l'on est vraiment.
|
Mais maintenant ce
Dieu est mort. Devant la
populace, cependant, nous ne voulons pas être égaux.
Hommes supérieurs, éloignez-vous de la place
publique! [...]
|
Dans une société conditionnée par une morale qui
pendant des siècles a protégé la multitude des faibles
(la populace) aux dépens des forts, le monde
était inversé et voué au déclin car les hommes
supérieurs, sel de la terre, minorité qui usait de sa volonté pour
vivre librement , étaient en danger. |
La volonté peut tout sauf agir sur
le passé, toutefois, il est probable que seul un petit nombre d'individus
qui ne doivent rien au collectif sauront s'élever au niveau du Surhomme, d'une
manière toujours transitoire car on doit sans cesse
se dépasser, sans cesse se remettre en question,
tout en ne sachant pas où l'on va. Le
Surhomme doit être en perpétuel devenir. Rien n'est
définitif, tout change; pour ce qui est du caractère non immuable des individus
et des choses, Nietzsche revient à Héraclite:
'' On
ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve''
|
Il est dangereux de passer de l'autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière, -frisson et arrêt dangereux. . . ''ce qui fut''- ainsi s'appelle la oierre que la volonté ne peut soulever (Ainsi parlait Zarathoustra) |
L'homme dégagé
de toute contrainte devient Surhomme et vit, sans a priori;
il est libre. |
Nietzsche méprise celui qui subit, celui qui se sacrifie, celui qui acquiesce pour être tranquille en étant hypocrite; seule la volonté est digne d'estime mais cette volonté est une qualité rare d'où, tant que Dieu était vivant, le troupeau informe de la populace qui étouffait les élites...
|
Pourquoi si dur ? - dit un
jour au diamant le charbon de cuisine; ne sommes-nous pas
proches parents ? |
Nietzsche
(Zarathoustra) se désole de constater que
ses semblables sont des soumis dépourvus de volonté qui pourraient se libérer de leur propre passivité. Les mous, les passifs n'ont aucun
crédit aux yeux de Nietzsche. L'homme est
effroyablement
seul , sans but, si ce n'est celui de se
dépasser constamment afin de ne pas sombrer dans l'habitude qui tarit toute
création. |
Nietzsche, est un révolté, comme de nombreux intellectuels du XIX è siècle, toutefois ce qui fait son originalité c'est d'une part la manière très poétique qu'il a de s'exprimer et, d'autre part, la solution qu'il propose pour changer non pas l'humanité tout entière mais l'individu qui doit se détacher du troupeau. Les aphorismes de Nietzsche donnent à ses écrits un aspect religieux quasi biblique; une ''bible'' qui dénoncerait Dieu et la religion. Comme Dostoïevski, Nietzsche condamne la raison et fait preuve d'un énorme pessimisme vis-à-vis de l'homme; mais alors que le romancier russe n'envisage le salut de l'homme que dans le sacré, Nietzsche prétend que l'homme ne peut compter que sur sa seule volonté qui lui permet de se dégager du conformisme et de faire de notre vie un perpétuel devenir qui se joue à chaque instant. Nietzsche apparait comme un précurseur des existentialistes: rien n'est joué tant que l'on n'est pas mort. Alors que Marx est profondément rationaliste tout en étant confiant dans l'action collective menant à une amélioration des conditions de vie de l'individu, Nietzsche est un antirationaliste qui considère que seul l'individu est la cause de ce qu'il est. La solitude est le lot de l'homme qui n'a rien à attendre ni du transcendant ni du collectif (il condamne le socialisme). Nietzsche va jusqu'au bout de son athéisme tout en se gardant bien de proposer une quelconque recette, ce n'est ni un maître, ni un gourou !
2.
Mise en cause du
vrai et de la connaissance
Nietzsche, comme pas mal de philosophes avant lui se pose des questions sur la
nature
de la connaissance et le problème du vrai.
Rappelons que, pour Platon le vrai se situe dans un
monde immuable, étranger à nos sens, mais auquel on peut cependant accéder en
faisant un effort de réflexion guidé par la raison. Pour Socrate on doit
accoucher du vrai, que l'on a en nous même, mais que nous avons oublié; ceci
conduit Platon à la théorie des réminiscences.
Avec Kant , par
contre, il fallait faire le deuil du vrai, le domaine des noumènes
(les choses
en soi) nous échappe et l'on doit se contenter d'une connaissance approximative.
Dans le domaine de la connaissance comme dans celui de la morale, Nietzsche,
bouleverse tout, ce qui confirme l'aspect révolutionnaire de sa pensée.
|
La ''chose
en soi'' est un concept inepte. Si
j'élimine toutes les ''relations'', toutes les propriétés, toutes les
''activités'' d'une chose, il ne reste rien. La chose en soi a seulement été
inventée pour satisfaire les exigences de la logique.[...] |
En dépit de ses doutes concernant la logique,
Nietzsche a quand même parfois une pensée logique. En effet puisqu'il
condamne la raison et privilégie l'instinct, il est normal qu'il n'admette
pas ''la chose en soi'' dont on accouche
(cf. maïeutique) en pratiquant un
dialogue logique. |
Pour Nietzsche il n'y a jamais eu de vérité en soi mais que des interprétations du réel qui ont fait office de vérité, ce qui l'amène à tout relativiser. Il a littéralement dé-structuré toute la philosophie depuis Socrate pour ramener l'homme dans une réalité libérée de toute transcendance. Pour lui la recherche de la vérité est du temps perdu et toute ''vérité'' n'est qu'un leurre dont il faut se dégager. La ''vérité'' n'est qu'un symptôme qui renseigne sur celui qui l'énonce.
3.
Que penser de Nietzsche ?
Nietzsche est, incontestablement un poète,
ce qui ne l'empêche pas d'être un grand philosophe qui nous apparaît un peu
comme ''un chien dans un jeu de quilles''. Il bouleverse. Les images qu'il
nous propose, la puissance de ses aphorismes, le vocabulaire qu'il emploie
(souvent assez mal défini), sont
autant de composantes qui sonnent bien à l'oreille sans pour autant faciliter
notre compréhension qui, selon Nietzsche, devrait s'affranchir de la raison...
Comprendre avec ses tripes, ressentir... oui mais encore ? Faut-il faire un
bilan, bien que ce mot ne soit pas du tout dans l'esprit de la pensée de l'auteur ?
Nietzsche, comme Platon avant lui, est très élitiste.
Toutefois les élites de Platon et celles de Niezsche n'ont ni la même origine ni
le même ''usage''. Les
élites de Platon, incarnées dans les fameux
rois philosophes étaient
raisonnables et tout en sagesse; ''élus'' de
naissance ils devaient être au service
de leurs concitoyens qu'ils devaient conduire au Bien.
Il semblerait qu'avec Platon on naissait élite. Avec Nietzsche, l'individu
d'élite est le surhomme, enfanté par une révolte
permanente, ce surhomme est animée par une volonté de puissance;
il se crée lui même
par un effort personnel constant et se dégage ainsi des
idées reçues propre à la ''populace'' dont il se démarque, non pour le bien des
autres mais pour son propre bonheur, toujours remis en cause.
n'est pas définitif, il est en perpétuel devenir.
Le surhomme de Niezsche n'est pas un être a priori,
on ne nait pas surhomme, on le devient! Selon Niietzsche
Qu'est-ce, en définitive que ce surhomme en
perpétuel devenir se dépassant sans cesse et avançant sans but ?
.... ne croyez pas ceux qui vous parlent d'espoirs supraterrestres! Ce
sont des empoison- neurs, qu'ils le sachent ou non.
L'homme est une corde tendue entre la bête et le
Sur- humain, une corde
sur l'abîme. (Ainsi
parlait Zarathoustra) Nietzsche, nous invite à la révolte sans pour
autant être un révolutionnaire; il nous conseille de nous méfier des
habitudes, des ''vérités'' qui ne sont bien
souvent que des erreurs ou des
mensonges répétés; pour cela on ne peut le blâmer.
Il faut toujours prendre en compte la généalogie de la pensée et/ou de l'action
d'un individu en particulier qui, bien souvent, ne se rend même pas compte qu'il
n'est pas libre mais enfermé dans un conditionnement dont il n'a pas
conscience. Le Surhomme sera celui qui saura
s'affranchir de tous les faux semblants, de toutes les conventions dictées, celui
qui sera enfin libre et complètement maître de ce qu'il est; le Surhomme ne sera
pas inhibé par les forces réactives qui freinent et
empêchent, il sera maître de ses forces actives,
celles qui créent et qui viennent du plus profond de lui-même.
Tout cela est intéressant mais pratiquement, que nous apporte une telle façon de
voir si ce n'est des risques de dérives épouvantables
(nazisme, totalitarisme) à
partir du moment ou le ''Surhomme'' s'est autoproclamé tel et où, de plus, il
s'est trouvé une fin ?
|
Proclamer l'amour universelle de l'humanité,
c'est, dans la pratique, accorder la préfé-rence à tout ce qui
est souffrant, malvenu, dégénéré... Pour l'espèce il est nécessaire
que le malvenu, le faible, le dégénéré périssent. |
En bref, un certain usage de Nietzsche peut être dangereux; surtout quand on s'aperçoit qu'il a quand même écrit quelques horreurs carrément inadmissibles ! Une certaine dose d'eugénisme par une euthanasie prénatale dûment contrôlée, pourquoi pas? D'ailleurs cela existe déjà, mais attention aux excès ! Souvenons-nous que les politiques d'extermination pratiquées par les nazis avaient commencé par l'élimination des débiles mentaux. Nietzsche, aurait-il dû être éliminé dès 1889....? Nietzsche serait-il un précurseur des socio biologistes qui se réclament de Darwin pour justifier leur théorie ? Pour justifier les inégalités sociales dont les causes seraient biologiques ? |
Puisque le Surhomme à venir n'est accessible qu'à une élite très minoritaire il
s'en suit que la ''populace''
(mot très prisé de
Nietzsche qui semble pour lui être synonyme de peuple) inculte et moutonnière ne
peut être que soumise et que sa participation à la marche de la société mène
automatiquement au déclin, d'où la
condamnation sans appel de la démocratie. Que
penser de cette façon de voir? Oui la ''populace'' est souvent abusée par les
démagogues; oui la ''populace'' peut, par le vote,
s'engager sur des voies dangereuses; oui la ''populace'' n'a pas forcément la
sagesse que lui concédait Robespierre, mais, après tout, la démocratie n'est-elle
pas un moindre mal comme l'a si justement remarqué Winston Churchill ?
Pour ce qui est de la démocratie, il est sain, semble-t-il, de ne pas être d'accord
avec Nietzsche; par contre, pour ce qui est du domaine scientifique, que Nietzsche n'apprécie pas particulièrement,
on ne peut que souscrire à ce qu'il dit; pour la recherche du vrai
(que Nietzsche nie) on n'a
rien à attendre de la majorité! Une chose est
certaine, heureusement que l'on a pas attendu l'accord de la multitude pour
reconnaître certaines découvertes scientifiques fondamentales.
Avec le conditionnement que l'Église catholique
imposait aux masses qu'en aurait-il été d'un référendum
sur la rotation de la terre ? Un référendum sur la génération
spontanée des microbes par des chairs meurtries ? Un référendum sur l'évolution
? Un référendum pour savoir si la nature a vraiment horreur du vide ?
Certes, il faut parfois se méfier de la ''populace'' mais ne faudrait-il pas
aussi, même dans le domaine scientifique, se méfier d'un Surhomme dépourvu de
raison ? Il est vrai qu'il ne faut pas faire à Nietzsche un mauvais
procès puisque il
condamne aussi la science !
Le Surhomme en perpétuel devenir est-il responsable ? Il n'est pas
impossible que la volonté, quoi qu'on dise, soit un trait de caractère
déterminé par une structure, complexe certes et encore peu connue, mais qui
cependant doit exister et, par suite être, en partie tout au moins,
génétiquement déterminée. Ce déterminisme
génétique, tout à fait matériel mais dont nous ne sommes absolument pas
responsable n'est-il pas comparable à une sorte de
transcendance sur laquelle nous n'avons aucune prise? Qu'on le
veuille ou non nous dépendons aussi de notre passé biologique qui nous échappe
complètement, quoi qu'on fasse et qui, faut-il le rappeler, n'a rien à voir avec
un quelconque conditionnement.
Alors ? Nous sommes projetés dans un monde où il n'y a plus
ni vrai ni faux, ni bien ni mal, un monde où s'épanouiraient les
artistes qui, eux, n'ont rien à démontrer,
rien à
''prouver''. Pourquoi pas ? Est-ce souhaitable? Il est vrai que pour
Nietzsche la question est saugrenue, puisque nos souhaits n'ont rien à
voir à ce qu'est la vie. La vie est ce qu'elle est, elle est son propre
moteur, et pourtant elle ne serait rien sans le monde dans lequel elle est
plongée et dont elle se nourrit...
En bref, la pensée de Nietzsche,
difficile, s’inscrit
dans un courant antidémocratique et
met en doute la raison et la sagesse de
l’homme. Pour Nietzsche une minorité d’individus, dotés d’une
volonté de
puissance exceptionnelle doit accéder à un bonheur certain,
individuel, toujours remis en cause, soit. Mais il
faut bien admettre que cette manière de voir présente un grand danger: que des
surhommes autoproclamés prétendent être les
''bons'' bergers prenant soin du troupeau des
médiocres, toujours pleins de ressentiment, vis-à-vis de ceux qu’ils jalousent
faute de pouvoir les égaler. L’homme nouveau
devrait être un surhomme dégagé de la
mesquinerie et du patriotisme petit bourgeois, libéré de l’entrave des religions
puisque, selon Nietzsche, Dieu est mort.
Nietzsche, comme John Stuart Mill
est
contre la tyrannie de la majorité, essence même des
démocraties modernes, il
considère l’idée d’égalité entre les hommes comme une absurdité. Très
pessimiste, Nietzsche fait penser à Thomas Hobbes pour lequel ‘’L’homme est un
loup pour l’homme’’. L’homme est entièrement responsable de
son destin et doit sans cesse chercher à se dépasser pour arriver à un être
d’essence supérieur dégagé du troupeau. Par le fait même de sa liberté absolu,
le surhomme serait entèrement responsable puisque c'est lui seul qui forge son
destin; les existentialistes du XX è siècle ont une
certaine dette envers Nietzsche.
L’idée souvent prêtée à Nietzsche qu’une race supérieure doit
mener le monde (nazisme) est une
perversion de sa pensée car
on ne naît pas surhomme,
on le devient...
Quand on est un peu au courant des réalités actuelles et passées, il est
difficile de ne pas partager le pessimisme de Nietzsche; il est difficile de
nier que les hommes aiment bien se rassurer et qu'ils aiment retrouver chez autrui
leur propre médiocrité. L’idée d’égalité conduit souvent à un nivellement par
le bas sans forcément générer la justice.
L’existentialisme
('' l’existence précède l’essence '', Sartre) n’est pas étranger à la pensée de
Nietzsche. L’homme est entièrement responsable de ce qu’il est
et doit
sans cesse se dépasser, ''l'homme étant au singe ce que le surhomme
est à l'homme''; mais
attention rien n'est tracé à priori, il y a aucune route à suivre; il faut
cependant avancer sans se lamenter sur ce qui a été fait car la volonté n'a
aucune prise sur le passé, elle n'est qu'une force du devenir...
À la prochaine, les philosophes !
Après ces courtes
visites à quelques philosophes, je m'aperçois que la philo, jadis vaste
ensemble qui englobait tous les savoirs, a vu son
domaine se rétrécir considérablement, grignotée petit à petit par la
science à laquelle elle essaie de donner un sens.
Ce qui frappe quand on s'y remet un peu, c'est de constater que, certes la
philosophie posent des questions mais qu'elle donne aussi des réponses,
toujours très suggestives (Monde des Idées de Platon, inaccessibilité aux
noumènes de Kant, surhomme de Nietzsche) ce qui tend de plus en plus à réduire
la philosophie à la métaphysique, et par suite, à
la faire basculer dans le religieux auquel pourtant elle s'est si souvent
opposée. La philosophie dès lors qu'elle est en concurrence avec la science ne
deviendrait-elle pas, comme la science sans conscience de Rabelais, qu'une ruine de l'âme ?
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© Les Fiches à Berca. Dernière mise à jour: 09/10/2009