Cabinets de curiosités

JONATHAN BROWN, Kings & Connoisseurs : Collecting Art in seventeenth-Century Europe, The A.W. Mellon Lectures inte Fine Arts, Princeton, New Jersey, 1994.

Preface
6. Brown raconte comment est né ce livre : invitation à donner une série de conférences à la galerie d'art nationale de Washington dans le cadre des Andrew W. Mellon Lectures.

Il dit avoir choisi un sujet ( l'activité de collectionneur - collecting ) qui attirerait les gens à ses conférences (crainte de ne pas attirer beaucoup de monde) .

Brown révèle avoir déjà travaillé sur ce sujet : sur l'activité de collectionner à la cour de Philippe IV d'Espagne. L'intérêt de Philippe IV était partagé par les monarques et les aristocrates de d'autres cours et l'impact de leurs activités a transformé la façon de percevoir l'art de peindre en Europe. Le problème à vouloir étudier l'histoire des collections partout en Europe est l'étendue énorme du sujet d'étude : des douzaines de collectionneurs et des milliers d'oeuvres sont à prendre en compte. Les limitations dûes au cadre de présentation (six conférences) l'obligèrent à rester concis.

7. Un des plus importants arrivages d'oeuvres dans la collection de Philippe IV provient de la collection de Charles I d'Angleterre qui fut condamné à mort par ses sujets en 1649. Cette dispersion d'une collection offre une nouvelle perspective sur les grandes collections de peinture dans les cours monarchiques d'Europe et tout ce que cela comporte : l'expansion du commerce de l'art, l'intérêt croissant des questions d'authenticité, la publication de livres illustrés de collections et la réévaluation de la peinture dans le contexte de haute culture européenne.

Dans le but de garder son étude claire et concise, Brown ne s'est intéressé qu'à un nombre restreint de collectionneurs et d'oeuvres. Il a de plus établi une distinction entre les oeuvres collectionnées et les commandes (patronage).

Brown s'est intéressé à la valeur monétaire des oeuvres. C'est au XVIIe siècle qu'on commence à attribuer un prix et une valeur à l'art.

8. Brown fait remarquer qu'il est extrêmement difficile de convertir en prix d'aujourd'hui la valeur des oeuvres du XVIIe siècle. Il faut plutôt les comparer à d'autre objets de l'époque pour obtenir une idée de leur valeur. Les peintures n'étaient pas très chères à comparer à d'autres objets de luxe tels que des bijoux ou des assiettes d'argent. Exemple : en 1613, la princesse Élisabeth (fille de James I et d'Anne du Danemark) portait une robe ornée d'or et de dentelle d'argent. La dentelle seule était évaluée à 1700 £ : la dentelle avait plus de valeur que n'importe quelle peinture (sauf quelques unes) de la célèbre collection de son frère Charles I.

Les tapisseries avaient également plus de valeur que la peinture. Brown donne ici encore un exemple. Il montre aussi que le prix d'une œuvre d'art, peu élevé pour les princes, était exorbitant pour les classes inférieures. Exemples de salaires :

  • Salaire annuel d'un grand d'Espagne : 100 000 ducats
  • Salaire annuel d'un travailleur manuel : 100 ducats
  • Prix d'une peinture de qualité : entre 100 et 1500 ducats.

    9. Brown termine la préface avec les habituels remerciements à son étudiante préférée, son épouse, sa maman, etc.

     


    I. Charles and the Whitehall Group
    10. L'auteur débute le livre en relatant l'arrestation et l'exécution de Charles I.
  • 19 janvier 1649 : Charles I est ramené de Windsor pour être juger pour avoir conspuer à supprimer les droits et les libertés du peuple ainsi que pour avoir supprimer les droits et les pouvoirs des parlements successifs. Depuis 1642, les troupes du Roi et du Parlement étaient impliquées dans des guerres civiles qui se sont soldées par la défaite de l'armée royaliste à Naseby en juin 1645. Pendant les 18 mois qui suivirent, Charles a tenté de recouvrir son autorité par des négociations, ce qu'il n'avait pas réussi à obtenir par la guerre, mais sans succès. On le fit prisonnier en 1647 et on lui coupa la tête le 30 janvier 1649 sur un échafaudage au Banqueting House of Whitehall (dont le plafond avait été décoré par Rubens à une meilleure époque pour exalter la gloire des Stuart) après un procès au cours duquel il défendit courageusement ses conceptions.

    Une fois débarrassé du Roi, il fut décidé de dissoudre ses biens dont sa collection afin d'utiliser l'argent à d'autres urgences. La branche puritaine était particulièrement rébarbative à sa collection d'art qui représentait selon elle la folle tolérance à la religion de Rome. Déjà, le 30 mars 1643, un comité de la Chambre des communes fut mis sur pied afin de confisquer le contenu de la Queen's Chapel à Somerset (un retable par Rubens fut jeté dans la Tamise). Après l'exécution du Roi, le gouvernement décida d'agir plus systématiquement et le 4 juillet 1649, les Communes votèrent de liquider la collection d'art : ce sera la plus grande vente d'art de tous les temps.

    11. Brown souligne que la collection de Charles n'était qu'une parmi plusieurs collections anglaises à être démantelées à l'époque. Il y avait également celles de :

  • Thomas Howard, comte d'Arundel
  • James Hamilton (comte puis duc d'Hamilton)
  • Les héritiers de Georges Villiers, Duc de Buckingham

    Leurs vies ont été anéanties par la guerre civile et une partie importante de leurs collections, comme celle de leur maître, fut mise en marché en même temps. Des centaines d'oeuvres d'art, en particulier des peintures, devenaient disponibles aux collectionneurs du continent qui ont profité du malheur de leurs homologues Anglais. Le seul moment comparable d'une mouvement si massif d'oeuvres d'art se verra lors des guerres napoléoniennes. Selon Brown, la vente des collections anglaises au milieu du XVIIe siècle a accéléré le développement des pratiques et des attitudes de collections d'oeuvres d'art qui avaient démarrées au XVIe siècle et qui culmineront au 18e siècle. Plusieurs de ses attitudes prévalent encore aujourd'hui.

    13. Dans le restant du chapitre, Brown raconte comment et pourquoi les personnages suivants ont amassé leurs collections :

  • Charles I
  • Le comte d'Arundel
  • Le duc de Buckingham
  • Le duc d'Hamilton

    Charles I


  • Anthony van Dyck, Charles I, vers 1635
    Né le 19 novembre 1600, fils de James IV d'Angleterre (qui deviendra James I) et d'Anne du Danemark. Il a vécu à l'ombre de son frère Henri, un jeune homme à l'avenir prometteur mais qui mourut à 18 ans en novembre 1612. Charles fut fait Princes of Wales en 1616 et monta sur le trône 9 ans plus tard à la mort de son père. Pendant son règne, il fut un meilleur mécène d'art que politicien. Il fut le principal mécène de Rubens et de van Dyck. Les peintures au plafond pour la Maison des Banquets au Palais de Whitehall complétées en 1635 marquent le point culminant de la glorification picturale de la dynastie des Stuart et son intérêt soutenu pour ce peintre. Van Dyck fut nommé peintre royal en 1632. Ses portraits du Roi ont donné de lui l'image parfaite du prince alors qu'il était en réalité petit, que ses attitudes dénotaient un manque d'assurance et qu'il bégayait.

    Sa réputation de grand collectionneur princier parmi les autres princes a commencé vers 1625 alors que Rubens disait (de façon intéressée) qu'il était le plus grand amateur de peintures parmi les princes. Selon Brown, il avait un bon œil pour juger mais ses goûts suivaient les modes en cours. Sur le plan européen il n'était pas le plus grand collectionneur.

    Pour mieux évaluer sa collection Brown propose de la situer par rapport à celles du petit cercle aristocratique de collectionneurs à la cour anglaise connu sous le nom de Whitehall Group qui s'est formé vers 1615.

    17. Brown souligne qu'à l'époque élisabéthaine il n'y eut pas de collections importantes de peintures et de sculptures en Angleterre en partie à cause des difficultés de voyages sur le continent dûes aux guerres de religion (contre l'Espagne). Rome, le plus grand centre artistique, était proscrit aux protestants anglais qui risquaient d'être arrêtés et persécutés par l'Inquisition. Ce ne fut pas avant 1604, au moment de la paix entre les deux ennemis, que les collectionneurs anglais ont eu les mains libres.

    Les premiers à partir sonder le marché italien en quête de peintures italiennes du XVIe siècle ont été :

  • Prince Henry
  • Robert Carr, Comte de Somerset : il fut brièvement le favori de James I
  • Robert Cecil, Comte de Salisbury et Lord Treasurer

    Mais le plus important, celui qu'on considère comme le fondateur de la collection moderne en Angleterre, est :

    Thomas Howard, Comte d'Arundel et sa collection


  • Anthony van Dyck, Thomas Howard, Comte d'Arundel
  • Né en 1585
  • Enfance misérable
  • Son père Philippe, un catholique, fut condamné à la prison à vie après s'être attiré les mauvaises grâces de la Reine Élisabeth.
  • Anne Dacre : sa mère : c'est elle qui éveilla chez lui le goût des arts et des lettres ainsi que :
  • John, Lord Lumpley, bibliophile et collectionneur fameux qui lui léguera une partie de sa collection en 1617 dont des portraits par Holbein : le portrait de Christina du Danemark entre autres.
  • Sans moyens, ce n'est qu'en mariant la fille d'un riche aristocrate (Gilbert 7e comte de Shrewsbury), Aletheia Talbot, elle-même mécène et collectionneuse, en 1606 qu'il put devenir lui-même collectionneur.
  • 1612 : voyage en Europe. À Anvers il rencontre Rubens : l'implication de Rubens à la cour de James serait dûe à cette rencontre.
  • 1613 : voyage à Heidelberg avec sa femme : ils accompagnaient la Princesse Élisabeth (soeur de Charles) au mariage de Frédéric, l'Électeur Palatin. Inigo Jones, présent avec eux, poursuivra le voyage avec Arundel en Italie où ils resteront durant toute l'année 1614. Après ce voyage, Arundel est prêt à collectionner sérieusement.

    18. Brown mentionne les premiers achats d'oeuvres de Arundel et fait remarquer que souvent ces achats n'étaient pas faits par les collectionneurs eux-mêmes, surtout lorsqu'ils étaient des dirigeants de cours importantes : les voyages à l'étranger étaient lents et dangereux. De plus, des absences prolongées laissaient la chance aux rivaux ou aux ennemis de foutre le bordel dans la baraque. Des agents, des intermédiaires étaient donc nécessaires : exemple : Sir Dudley Carleton fut l'intermédiaire d'Arundel pour ses achats de 1615. (Aux pages 18-19, Brown fait le portrait de Carleton et donne de nombreux détails sur une des transactions de Carleton.)

    20. Souvent les intermédiaires, comme Carleton le faisait par exemple, travaillaient pour d'autres employeurs ou encore pour eux-mêmes. Arundel changera éventuellement d'agent pour le révérend William Petty qui entra au service d'Arundel en 1613 comme tuteur. Brown donne quelques détails sur sa formation et ses missions.

    22. Brown parle brièvement de deux portraits appartenant à Arundel par Daniel Mytens. Il s'agit de portraits de Arundel et de sa femme posant de façon ostentatoire devant leur collection (vers 1618). Selon Brown, ces portraits révèlent le lien entre noblesse de statut et d'esprit et l'activité de collectionner qui se faisait à ce moment à la cour anglaise.

    Brown traite ensuite brièvement de l'influence de la collection de Arundel sur Charles I. Brown affirme qu'il n'y a aucun doute que Charles observait avec intérêt la collection d'Arundel. Afin de tenter de réhabiliter la réputation de sa famille, Arundel escortait fréquemment le Roi ou le Prince de Galles. Ses prévenances ont porté fruits puisqu'il fut nommé Earl Marshal, ce qui le plaçait à la tête de la noblesse et lui donnait le contrôle sur tout le mécénat à la cour. (Ce petit paragraphe est intéressant car il montre bien à mon avis comment l'auteur bâti une hypothèse à partir de quelques faits historiques. Dans ce cas-ci il veut montrer que Charles connaissait l'existence de la collection de Arundel).

    Brown ne pense pas que Charles trouvait beaucoup d'affinités avec ce Arundel qui était plus âgé d'une génération, qui était une personne difficile d'accès et plutôt replié sur lui-même. De plus, ses intérêts de collectionneur semblaient mus par un but élevé et mystérieusement sérieux. Arundel se consacrait aux lettres comme les humanistes qu'il avait connus en Italie. Il était dans son environnement parmi les érudits comme par exemple Sir Robert Cotton et le docteur William Harvey (premier à comprendre la circulation du sang) qu'il fréquentait. Arundel était un fervent collectionneur de livres et de manuscrits ainsi qu'un profond admirateur de l'antiquité classique. En plus de sa collection de peintures, il possédait tout un groupe de dessins et de gravures.

    Georges Villiers, Duc de Buckingham et sa collection
    23. Villiers, selon Brown, correspondait plus au goût de Charles que Arundel qui était un type admirable mais inaccessible. C'est le plus flamboyant personnage du groupe de Whitehall.

  • Né en 1592.
  • Second fils d'un petit propriétaire de Lancanshire.
  • Arrive à Londres en 1614 (22 ans) sans argent ni statut social.
  • Ses principaux atouts sont sa beauté physique et ses manières charmantes.
  • Par ses qualités physiques il est remarqué par James I, attiré sexuellement par les beaux jeunes hommes à la fin de sa vie. Une fois le favori écarté, Robert Carr, Villiers commença une rapide ascension dans les rangs de la noblesse. Au cours des premiers mois de 1616 il fut successivement nommé :
    • Master of the Horse
    • Knight of the Garter
    • Viscount Villiers
    • Baron Whaddon

    Le 5 janvier 1617, il fut nommé Comte de Buckingham. Il sera finalement fait Duc en 1623.

    24. Villiers et Arundel possédaient deux personnalités opposées et il était inévitable que les deux s'affrontent. En 1623, Arundel perdit les grâce du Roi à cause d'un mariage non sanctionné par le Roi entre le fils d'Arundel et une relation distante du Roi. Ce fut l'occasion pour Villiers de se hisser au premier rang auprès du Roi (il s'était déjà fait bien voir du Prince Charles et à la mort de James I en 1625 il conserva sa position de favori).

    Buckingham était plus connu pour son impétuosité et sa bravoure que pour son jugement et son intelligence (ces manoeuvres politiques désastreuses vont vite éveiller l'hostilité des nobles et de l'opinion publique). Charles était cependant dépendant du Duc qui possédait toutes les qualités qu'il n'avait pas. Lorsque fut le temps de suivre un modèle de collection, ce fut celui de Buckingham qu'il suivit plutôt que celui de Arundel en disgrâce.

    Caractéristiques de sa collection :

    • Amassée rapidement et à grands coups d'éclat
    • Contrairement à Arundel pour qui l'amour de l'art et de la connaissance constituait la première motivation à collectionner, pour Villiers, sa collection ne constitue qu'un attribut parmi d'autres de son statut de noble.

    C'est pourquoi, lorsque vint le temps vers 1619 de choisir un représentant, Villiers choisit quelqu'un qui comprenait ses intentions : Balthasar Gerbier (1591-1667), un personnage futé mais peu recommandable. Il était fils d'Huguenots français qui avaient fuit la France avec le cortège de l'ambassadeur flamand. Malgré sa formation de peintre, sa principale force résidait dans son connoisseurship en peinture. Il entra au service du Duc en 1619 et aussitôt il fit ses valises et partit pour plusieurs années en quête des objets convoités.

    25. Brown énumère ensuite les voyages de Gerbier et ses acquisitions. Exemples : «Les quatre saisons» de Guido Reni, «Ecce homo» du Titien.

    33. Il est question plus loin de la vente d'une partie de la collection de Rubens à Buckingham. L'intérêt de Buckingham pour les antiquités était strictement esthétique et non pas parce qu'il était un amateur d'antiquités comme Arundel. Rubens vendit la majorité de ses antiquités et deux douzaines de ses peintures à Buckingham en échange de 84 000 florins. Rubens investit cet argent dans l'achat de terrains à Anvers.

    Brown fait remarquer que la vitesse à laquelle Buckingham a assemblé sa collection est impressionnante : en 5 ou 6 ans presque 400 peintures et une centaine de tableaux.

    Le 23 août 1628, Buckingham est assassiné d'un coup de couteau par un lieutenant de mauvaise humeur.

    Retour d'Arundel à la cour du Roi après la mort de Villiers et intérêt de Charles pour l'activité de collectionneur.

    La collection de Charles Ier
    L'histoire de sa collection débute vers 1623-1624, l'année où on dresse une liste des oeuvres qu'il reçut en cadeau : il ne possédait que 21 peintures (alors qu'à la fin de ses activités de collectionneur il en aura plus de 1500). Sa collection connaîtra son apogée vers 1638 au moment où il est aux prises avec de graves problèmes financiers et politiques et qu'il se retira du marché.

    Les collections de cette envergure étaient inédites en Angleterre. Avant 1620, on en trouvait même difficilement en Europe.

    1623 : Visite surprise de Charles avec Buckingham à la cour d'Espagne. Le but de ce voyage était de tenter d'obtenir la main de l'infante Maria (soeur de Philippe IV) afin de solidifier les relations entre l'Angleterre protestante et l'Espagne catholique et aussi pour persuader l'Espagne de rendre le Palatinat à l'Électeur Frédéric. Philippe IV est intraitable et refuse. La défaite politique fut compensée par l'expérience artistique. Les collections de Philippe IV furent le point culminant de l'éducation de Charles comme collectionneur. Plusieurs experts les accompagnaient :

    • Balthasar Gerbier
    • Endymion Porter : un futur collectionneur et conseiller du Roi. Sa grand-mère était espagnole. Il était membre de la maison de Gaspar de Guzman qui figurait dans ses rangs le comte et futur duc d'Olivares, le favori de Philippe IV.
    • Toby Mathew : fils de l'archevêque de York. C'était un vétéran en matière d'art et d'achats d'oeuvres d'art.

    Ils effectuèrent plusieurs achats comprenant quelques tableaux du Titien. Brown mentionne que pour Philippe IV le fait de se départir de tableaux du Titien comptait peu puisqu'il avait hérité de la plus importante collection de Titien jamais possédée par un seul individu. Sa collection complète de tableaux comptait plus de 2000 oeuvres.

    40. Sous le règne de Philippe IV, les collections royales espagnoles ont plus que doublé en nombre. Sa collection était une source d'inspiration et même un défi pour Charles qui fit des efforts pour l'égaler.

    Brown énumère ensuite les acquisitions de Charles par l'intermédiaire de ses agents :

  • Nicholas Lanier
  • Daniel Nys

    46. À la page 46, il est question du ralentissement des activités de collectionneur de Charles. Dans les années 1630, il ne fit qu'une grande acquisition : un groupe de 23 tableaux italiens achetés par un certain William Frizell.

    Ce n'est vraiment qu'après 1638 que Charles abandonna ses activités de collectionneur. 1638 correspond à l'attaque des rebelles Écossais et à la diminution importante des revenus d'impôt. Ce sont donc les forces externes qui ont poussé Charles à mettre un terme à ses activités de collectionneur. Brown ne s'explique toutefois pas pourquoi Charles a ralenti son rythme entre 1630 et 1638.

    Les oeuvres qui continuèrent à entrer dans sa collection au cours de cette période étaient des cadeaux. Exemples : La république flamande fit un don en 1636 à Charles dans le but d'améliorer ses relations avec l'Angleterre. Brown mentionne d'autres exemples de cadeaux.

    Arundel
    49. Le rythme d'acquisiton d'oeuvres d'Arundel au cours des années 1630, lui, ne s'est pas ralenti. Grâce à son redoutable acheteur en Italie, William Petty, envoyé là-bas en 1633 Arundel fit d'importantes acquisitions. Petty était reconnu pour utiliser des tactiques dénuées de scrupules. Il avait aussi un goût infaillible.

    James Hamilton (1609-1649)
    49. Brown traite ensuite du collectionneur James Hamilton :

  • Il appartenait à une des grandes familles de la noblesse écossaise.
  • 1622 : Mariage avec la nièce de Buckingham, Mary Feilding (âgée de neuf ans à l'époque, lui en avait 13) qu'il haïssait autant que son oncle.
  • Rivalité avec Buckingham.
  • Après l'assasinat de Buckingham en 1628 il put commencer son ascension à la cour.
  • En 1628 à l'âge de 19 ans, il est nommé Master of the Horse.
  • 1631 : il quitta le continent pour combattre avec les armées de Gustave Adolphe pendant 15 mois (sans grande distinction) mais à son retour il obtint plus de privilèges à la cour. Inévitablement, sa position exigeait de lui de s'engager dans l'activité de collectionneur.
  • Avant 1636, on ne lui connaît aucune activité de collectionneur (sauf son père qui avait assemblé un groupe respectable de tableaux vénitiens) et rien chez lui ne laissait présager qu'il deviendrait le propriétaire d'un formidable ensemble de peintures.

    50. Brown explique son intérêt pour la peinture en partie pour des raisons politiques. Sa relation avec le Roi était fondée sur la conviction de Charles qu'il pourrait être utile dans ses rapports avec les Écossais dont les disputes religieuses avec le gouvernement commençaient à prendre de plus en plus d'ampleur. De son côté, Hamilton aspirait au pouvoir politique et espérait sans doute faire avancer sa situation en montrant qu'il s'intéressait à la peinture.

    L'auteur mentionne d'autres raisons de son intérêt pour l'art :

    • Le désir de surpasser Arundel et son agent Petty.
    • Brown perçoit tout de même dans sa correspondance avec son agent et beau-frère le vicomte Feilding l'enthousiasme d'un collectionneur consciencieux. (Cette correspondance [1636 à 1638] constitue selon Brown le document le plus détaillé sur des transactions d'oeuvres d'art au XVIIe siècle).

    Brown raconte ensuite les transactions de Feilding et de Hamilton.

    55. Brown souligne que pour un collectionneur ambigü, Hamilton s'est retrouvé avec une fabuleuse collection en un temps record. Voici quelques exemples d'artistes dont il possédait les tableaux : Giorgione, Titien, Bellini, Tintoret, Véronèse, Poussin, Guido Reni, etc.

    Au début de 1643, sa collection comprenait 600 oeuvres. Cette croissance spectaculaire sert à démontrer comment l'activité de collectionner en est venue à être perçue comme une activité essentielle pour ceux qui désiraient bénéficier des faveurs du monarque.

    La plus grande partie de la collection de Hamilton fut amassée entre 1636 et 1638.

    Brown termine ce chapitre en disant qu'en l'espace d'un peu plus de deux décennies le groupe de Whitehall a accumulé des centaines et des centaines d'oeuvres qui ornaient les palais royaux et les maisons de nobles qui seront après les troubles dispersées en un très court laps de temps.

     


    II. The Sale of the Century
    59. Brown décrit dans ce chapitre de façon assez détaillée les dispersions des collections de Buckingham, Hamilton, Arundel et Charles I. Il nous informe sur les acheteurs et leurs agents ainsi que les transactions.

    1640 : L'inventaire global du contenu de Whitehall Palace est terminé par son gardien Royal, Abraham van der Doort.

    1649 : Ouverture de la vente appelée du "Commonwealth" : 1570 tableaux sont mis sur le marché. En plus de cette vente des parties importantes des collections de Buckingham, d'Arundel et d'Hamilton seront vendues. Brown préfère prendre en compte toutes ces ventes comme formant un ensemble étant donné qu'elles ont eu lieu simultanément.

    Collection de Buckingham
    Elle est la première à être mise sur le marché.

    Buckingham s'est remarié avec Katherine Manners en 1620 de qui il eut trois enfants. Son aîné, Georges né en 1628, hérita de la collection. Il fut envoyé à l'étranger en 1645 et pendant son absence les Communes tentèrent de mettre la main et de vendre sa collection. Le comte de Northumberland réussit à contrecarrer ce plan (il prit un Titien ainsi que d'autres oeuvres pour se récompenser de ses efforts). De retour à Londres en 1646, Georges décida d'envoyer une partie de ses possessions en Hollande. Il envoya environ la moitié de sa collection de peintures à Amsterdam pour l'écouler au fur et à mesure que le besoin d'argent se ferait sentir. Après une série de transactions compliquées, les peintures furent vendues en août 1650 à l'archiduc Léopold William pour 60,000 florins (William Aylesbury = agent).

    Hamilton
    60. L'archiduc mis également la main sur une bonne partie de la collection de Hamilton qui fut le plus important général de Charles I et qui a donc subi le même sort que lui : il fut condamné le 6 mars 1649 et exécuté trois jours plus tard.

    On sait peu de choses sur comment sa collection a quitté l'Angleterre. On pense que c'est son frère William, comte de Lanark, qui en fuyant en Hollande en février 1649 emporta près du tiers de la collection.

    Une peinture de David Teniers (conservateur de l'archiduc) représentant la galerie de l'archiduc Léopold William montre plusieurs tableaux provenant de la collection de Hamilton.

    Arundel
    60. La collection du comte et de la comtesse d'Arundel fut l'une des dernières à être mise en vente. Brown raconte que Arundel a poursuivit ses activités de collectionneur dans les années 1630 et décrit quelques acquisitions (à Vienne entre autres).

    61. La dispersion de sa collections s'est faite petit à petit sur une assez longue période de temps.

    1653: le petit fils d'Arundel, Henry Howard, signale la possibilité de vendre la collection aux ambassadeurs d'Espagne (Alonso de Cardenás) et de France (Antoine de Bordeaux). Des histoires de partage d'héritage le pousse à vendre rapidement plusieurs des 1600 tableaux en sa possession.

    62. Cardenás informe son patron, Luis de Haro (principal ministre de Philippe IV), de l'affaire et acquiert 26 tableaux (principalement des peintres vénitiens).

    63. Autres bénéficiaires des ventes de la collection de Arundel :

  • Everhard Jabach en 1662 : surtout des Holbein (il en vendra 4 en 1671 à Louis XIV - maintenant au Louvre) et le Concert champêtre de Titien.
  • Frans et Bernhard von Imstenraedt : neveux de Jabach : Holbein, Titien.

    Brown souligne qu'on ne peut retracer plusieurs des ventes de la collection d'Arundel. Il sait simplement que des ventes aux enchères eurent lieu en 1684, 1686 et 1687 à Amsterdam et à Londres en 1686 ainsi que dans les années 1720.

    Charles I.
    66. Les ventes des collections de Charles au contraire sont très bien documentées.

  • 23 mars 1649 : Résolution du Parlement pour la mise en vente des biens du roi, de la reine et du Prince de Galles (le futur Charles II) afin de payer les dettes envers les anciens fonctionnaires royaux.
  • 4 juillet 1649 : Entrée en vigueur de la Résolution : Neuf administrateurs sont nommés, chargés de faire l'inventaire du contenu de plusieurs édifices royaux, l'évaluer et le mettre en vente. Les biens de plus de £ 10 000 furent réservés au Conseil d'État sinon tout le reste était à vendre. Lieu des ventes : Somerset House.
  • Octobre 1649 : Ouverture des ventes.

    67. Brown mentionne la situation difficile et délicate dans laquelle se déroulait ces ventes :

  • Période économique difficile
  • Les gens hésitaient à acheter les biens du roi qui déjà dans certains milieux était considéré comme un martyre.
  • La plupart des collectionneurs anglais susceptibles d'être intéressés par cette vente avaient été exécutés ou s'étaient exilés.
  • Les acheteurs étrangers étaient réticents à sanctionner par des achats l'assassinat de Charles, d'autant plus que le paiement se faisait aux assassins.

    La plupart de ceux qui ont acheté des oeuvres étaient des supporters du Parlement et des spéculateurs.

    68. Brown énumère ensuite les principaux parlementaires qui ont acheté des oeuvres :

  • Colonel John Hutchison : le plus important acheteur
  • Colonel William Webb

    Il y avait aussi des peintres :

  • Remigius van Leemput (1607-1675) : assistant de van Dyck. Il a acheté des oeuvres pas très onéreuses.
  • Jan Baptist Gaspars (ou Jasers : 1620-1691) : peintre flamand.

    Brown cite ensuite l'ambassadeur espagnol Alonso de Cardenás qui agissait très discrètement. On l'avait instruit de procéder aux acquisitions sans révéler le nom du client. C'est pourquoi il n'acheta presque jamais directement à la maison de Somerset. Il attendait qu'elles soient achetées par un premier acheteur et tentait ensuite de les lui racheter. Contrairement à ce qu'on croyait à l'époque il n'agissait pas directement pour Philippe IV mais pour son ministre royal, Luis de Haro. Haro a présenté les plus belles pièces au roi mais a gardé la majorité des oeuvres pour lui. Peu après l'ouverture de la vente à Somerset Cardenás inspecta la marchandise et dressa une liste qu'il envoya à Haro pour qu'il fasse ses choix. Sa liste recensait 60 oeuvres. Il y inscrivit les dimensions, le sujet, le prix et dans la marge une courte évaluation sur la qualité des oeuvres. Brown donne ensuite quelques exemples de ces notes pour donner une idée sur la façon que les agents informaient leur patron sur les œuvres.

    75. Intérêt de Cardenás surtout pour les oeuvres italiennes et moins d'intérêt pour les oeuvres contemporaines (XVIIe siècle).

    76. Il est question ici d'un autre acheteur : Balthasar Gerbier qui fut le conservateur de la collection de Buckingham et l'un des plus importants agents de Charles I.

    Après la mort du roi, il tenta de gagner la confiance du Conseil d'État et écrivit un pamphlet dans lequel il attaqua méchamment le roi. Il y dénonçait les grandes sommes d'argent gaspillées en vanités : les vieilles peintures pourries et les sculptures au nez brisé. Il s'agit d'un des hauts faits dans l'histoire de l'hypocrisie selon Brown, puisqu'en 1650, il reçut un Titien (Charles Quint) en guise de paiement pour dépenses (il avait été donné à Charles I par Philippe IV en 1623) et le revendit à Cardenás pour un somme inconnue. Le Titien retourna ainsi d'où il était venu.

    79. L'auteur revient à Cardenás et à ses acquisitions dans les années 1630 provenant essentiellement de deux vendeurs : le Sergent Major Robert Grovener et ???

    83. Il est question d'un autre acheteur : Alonso Pérez de Vivero, comte de Fuensaldaña qui engagea le peintre David Teniers comme agent.

    86. La domination de Cardenás comme acheteur des peintures du roi prit fin en 1652 au moment où le collectionneur passionné, le cardinal Mazarin, décida de renouer des relations diplomatiques avec le Commonwealth : Antoine de Bordeaux était son agent. À partir de ce moment Brown mentionne qu'une compétition féroce s'engagea entre la France et l'Espagne.

    Brown mentionne aussi un autre acheteur : le banquier français Jabach et son marchand Adamcour.

     

    III. "The Greatest Amateur of Paintings among the Princes of the World"
    95. Il est question dans ce chapitre des collections espagnoles. Brown parle tout d'abord de Alonso de Cardenás, l'ambassadeur d'Espagne à Londres. Il était le plus habile et le plus tenace acheteur au cours de la vente du Commonwealth. Selon Brown, il doit son succès à ses qualités personnelles mais aussi à cause de l'énorme soutien financier dont il jouissait. La source de ce soutien provenait de l'homme d'État peu connu, Luis de Haro, marquis del Carpio (1598-1661). Il est devenu le principal ministre de Philippe IV en succédant à son oncle le comte-duc d'Olivares. Il fut un collectionneur ambitieux et le principal bénéficiaire des dispersion des collections anglaises. Ses succès sont peu connus.

    Brown souligne que toutes leurs communications (entre Cardenás et Haro) se faisaient par courrier. Cette correspondance a presque totalement disparue dans un incendie au 18e siècle. Il ne reste que quelques lettres carbonisées de Haro.

    97. À la page 97, il est question de Vélasquez qui était officieusement conservateur de la collection royale et du fait que Haro se sentait obligé de lui montrer toutes les peintures qu'il proposait à Philippe IV. Brown mentionne que Vélasquez a désattribué certaines peintures de Haro et donne quelques exemples.

    Selon Brown, Philippe IV était sans aucun doute le collectionneur le plus fin parmi les grands collectionneurs princiers. Brown souligne que la reconnaissance de cette qualité a toujours rencontré des résistances, probablement parce que le roi est reconnu pour avoir présidé le déclin de l'Espagne.

    99. Selon Brown, les qualités de collectionneur de Philippe IV ont été mal évaluées par Rubens qui proclama en 1625 que Charles, alors prince de Galles, était "le plus grand amateur de peintures parmi les princes du monde" (vous aurez remarqué que c'est le titre de ce chapitre) alors qu'il n'avait jamais encore rencontré Charles. Brown pense que cela est peut-être dû au fait que Rubens n'a pas vécu assez longtemps pour être le témoin de l'ampleur et la qualité de la collection royale espagnole en 1665, année de la mort de Philippe IV. Brown pense qu'il aurait été obligé d'appliquer le titre qu'il avait donné à Charles à Philippe IV.

    Brown entreprend ensuite de retracer les origines de la collection espagnole et souligne que Philippe IV a été avantagé par le fait qu'il a grandi au milieu d'oeuvres d'art. Philippe IV est né en 1605 et déjà 80 bonnes années auparavant la collection d'art espagnole avait débuté et grossit de façon constante.

    Charles Quint
    Le fondateur de la collection royale espagnole est l'Empereur Charles Quint (ou Charles V : 1500-1558), qui est aussi le fondateur de la dynastie des Habsbourg. Il était un ambitieux mécène d'art qu'il reconnaissait comme moyen efficace pour promouvoir ses idées politiques. Il considérait par contre la peinture comme une forme d'art privé et elle était pour lui de moindre intérêt sauf en ce qui regarde Titien qu'il patronna à partir de 1532. L'année suivante Titien exécuta son portrait avec un chien (celui-là même qui sera donné à Charles en 1623). À partir de ce moment jusqu'à l'abdication de l'Empereur en 1556, Titien réalisa pour lui des peintures (surtout des portraits de famille et des sujets pieux). Titien devint le peintre favori de la maison des Habsbourg.

    Marie D'Autriche
    L'autre fondateur de la collection espagnole était la soeur de l'Empereur, Marie D'Autriche (Mary of Hungary en anglais : 1505-1558), gouvernante des Pays-Bas de 1531 à 1556. Elle succéda à sa tante marguerite d'Autriche, une grande mécène et collectionneuse, dont elle hérita la collection. Brown soutient que d'une certaine façon son goût imprégna celui des futurs membres de la dynastie. Elle convoitait en particulier la peinture flamande (elle possédait Les époux Arnolfini de Van Eyck et La déposition de croix de Van der Weyden!). Elle fut aussi une grande admiratrice de Titien, peut-être plus encore que son frère. Elle passa une vingtaine de commandes à Titien pour peindre des portraits de la famille et de d'autres dirigeants étrangers. Elle collectionnait aussi les tapisseries, la sculpture, les objets précieux, les bijoux ainsi que les manuscrits enluminés.

    Philippe II
    C'est sous son règne que le mécénat et la collection royale prirent une nouvelle ampleur. Si, comme l'écrit Brown, Charles Quint et Marie d'Autriche posèrent les bases de la collection royale, c'est Philippe II qui en construisit l'édifice. Il fut le plus riche et le plus grand mécène d'art durant la seconde moitié du XVIe siècle. Philippe II était selon Brown un homme doté d'une intelligence supérieure, éduqué et de goût. Ses goûts reflétaient bien sûr ceux de son père et de sa tante de qui il hérita les collections. Il collectionna :

  • Titien qu'il patronna à partir de 1550
  • Peinture flamande et du Nord : son peintre favori était Hyeronymus Bosch

    107. Les intérêts artistiques de Philippe II s'étendaient au-delà du monde de la peinture. Il était un collectionneur universel typique du XVIe siècle égalé seulement par son cousin autrichien l'Empereur Rudolphe II (qui résida à la cour de Philippe II de 1563 à 1571). Il collectionnait des livres, des manuscrits, des gravures, des tapisseries, des armes et des armures, des horloges et des instruments mécaniques, des spécimens naturels rares et exotiques, des plateaux d'or et d'argent, des bijoux et à un moindre niveau, des sculptures.

    À sa mort en 1598, il possédait plus de 1500 peintures dont seulement une petite partie était des chefs-d'œuvre selon Brown. L'idée de sélectivité qui prédomine aujourd'hui la collection n'était pas aussi importante que la quantité à l'époque, qui reflétait le pouvoir d'acquisition du collectionneur. Le nombre d'oeuvres possédé par Philippe II établissait une nouvelle norme et ce fait, selon Brown, le range parmi les méga collectionneurs. Brown classe dans cette catégorie ceux qui possède plus de 1500 oeuvres, ce qui représente le plus grand nombre d'oeuvres possédées approximativement par des individus aux 16e et 17e siècles.

    Philippe III
    111. Fils de Philippe II auquel il succéda, il ne sut pas continuer son œuvre : peu capable lui-même, il laissa le pouvoir à des favoris médiocres comme le duc de Lerma. Sa politique extérieure fut pacifique, mais, à l'intérieur, il se préoccupa surtout d'échafauder une fortune scandaleuse. (Robert II)

    Le vide créé par Philippe II autant sur les plans politiques que artistiques furent comblés par Francisco Gómez de Sandoval y Rojas (1552-1625) nommé duc de Lerma en 1599.

    Brown mentionne ensuite les acquisitions rapides (1431 peintures entre 1599 et 1606) de Lerma pour décorer les résidences rénovées par lui. Lerma acquit aussi plusieurs copies. Brown souligne que les copies étaient reconnues comme inférieures aux originaux mais qu'elles étaient tout de même bien considérées aux 16e siècle et au début du 17e siècle.

    112. Lerma avait un excellent conseiller artistique : Bartolomé Carducho (vers 1560-1608) qui fut aussi peintre de Philippe III.

    114. En 1607 Lerma décida de vendre ses villas de La Ribera et de Valladolid ainsi que tout leur contenu à Philippe III. Ce furent les seules acquisitions d'oeuvres que fit Philippe III et elles semblent plus motivées par l'appât du gain de Lerma que par la passion du roi pour la peinture. (Le romancier français Alain René Lesage [1668-1747] a dépeint Lerma dans l'Histoire de Gil Blas de Santillane).

    Philippe IV
    31 mars 1621 : mort de Philippe III. Accession de Philippe IV à l'âge de 16 ans au trône. Gaspar de Guzmán, comte et plus tard comte-duc d'Olivares exercera le pouvoir (homme énergique et d'une grande probité : Robert II). De 1621 à 1645 (moment où il perdit les faveur de PHILIPPE IV), il tenta de restaurer le pouvoir et la réputation de la monarchie espagnole qui avaient décliné au cours du règne précédent. Il voulut aussi rehausser l'image du roi vis-à-vis des autres cours et avait comme projet de redonner vie aux arts. En 1623, il nomma le jeune Vélasquez (1599-1660) au poste de peintre royal (décision brillante selon Brown).

    Pendant les années 1620 Philippe IV fit son éducation artistique entre autres au contact de trois groupes de visiteurs officiels selon Brown :

  • 1623 : Visite du prince de Galles (Charles), du duc de Buckingham et leur équipe de conseillers artistiques (dont Balthasar Gerbier). Brown pense que Philippe IV a dû être impressionné par Charles, ce jeune collectionneur royal.

  • 1626 : Délégation romaine : Cardinal Francesco Barberini (neveu du Pape Urbain VIII). Il était accompagné de plusieurs prélats remarquables et de son secrétaire Cassiano dal Pozzo (1585-1657), un humaniste, antiquaire et mécène d'art qui allait devenir une figure majeure de la vie artistique romaine dans les années 1630.

  • 1628-1629 : Visite de Rubens : il avait été envoyé à Madrid par l'infante Isabella Clara Eugenia, gouvernante des Pays-Bas, pour tenter de conclure la paix avec l'Angleterre. Il apporta avec lui huit de ses peintures et en produisit d'autres sur place. Philippe IV aimait voir Rubens apparemment.

    119. C'est au cours des années 1630 alors que Charles I se retirait du marché que Philippe IV y plongeait tête première.

    La construction de deux nouveaux édifices royaux, le palais de Buen Retiro et de Torre de la Parada exigeaient l'acquisition de centaines de peintures pour les décorer. Philippe IV s'occupa de faire les acquisitions de peintures alors qu'Olivares se chargea de leur construction. Plusieurs oeuvres furent passées en commande pour ces sites spécifiques. Brown énumère les plus importantes :

  • Environ 50 paysages de Claude Lorrain et de Nicolas Poussin commandés par l'ambassadeur espagnol à Rome, Manuel de Moura (marquis du castel Rodrigo).
  • Le frère de Philippe IV, Ferdinand, en poste aux Pays-Bas comme gouverneur, se chargea de passer des commandes à Rubens, Frans Snyder, Paul de Vos et Jan Wildens.
  • Vélasquez.

    122. 175 peintures furent exécutées pour la résidence Torre de la Parada :

  • Plus de 60 par Rubens et ses assistants (aujourd'hui au Prado)
  • Une soixantaine de scènes de chasses et d'animaux par Frans Snyders et Pieter Snayers.
  • Vélasquez : portraits du roi à la chasse, de l'infante Ferdinand et du prince Baltasar Carlos ainsi que des tableaux pénétrants de nains et de bouffons (toutes au Prado).

    123. État de la collection en 1640 après les constructions des résidences : environ 1000 peintures de plus que 10 ans auparavant. Au cours des 25 années qui suivront, le rythme d'acquisition sera plus lent mais leur qualité plus grande : le roi avait développé des qualités d'appréciation plus fines au fur et à mesure des acquisitions.

    1640 : mort de Rubens : occasion pour Philippe IV d'acquérir ses oeuvres : 29 peintures seront achetées. Philippe IV ignora les objets (sculptures antiques, médailles et camées).

    126. Milieu de 1640 : Relocalisation de la collection de Philippe IV à Alcázar. Vélasquez est chargé de la décoration de plusieurs galeries et pièces. En 1649, il sera envoyé en Italie pour y faire des acquisitions. La majorité des oeuvres qui entrèrent dans la collection cependant furent celles données par Haro, sélectionnées parmi ses achats à la vente du Commonwealth.

    Il est question ensuite de Haro et des autres collectionneurs espagnols qui suivaient l'exemple du monarque. Brown fait un parallèle entre ce groupe (connu sous le nom de Parentela ou le "clan") et celui de Whitehall. Les individus de ce groupe savent qu'en s'intéressant à la même chose que p4 et surtout en lui faisant un cadeau pertinent de temps en temps qu'ils obtiendront les faveurs qu'ils convoitent. Dans les pages qui suivent Brown discute de chacun d'eux :

    Marquis de Leganés (1585-1655)
    127. Diego Mexiá Felípez de Guzmán, marquis de Leganés (cousin d'Olivares) est le doyen du clan. Sa richesse provint de sa femme Policena Spinola grâce à qui il devint un méga-collectionneur. Entre 1630 et 1642, il acheta 1132 peintures. Par la vitesse et la quantité d'acquisitions qu'il fit, Brown le classe parmi les méga-collectionneurs : 1333 peintures à sa mort.

    129. Brown discute des tableaux de sa collection : l'inventaire de 1642 révèle son goût typique des collections traditionnelles espagnoles pour la peinture flamande et italienne : Rubens, van Dyck, Snyders, van Eyck, Titien, Raphael, Vinci, Véronèse, etc. et très peu de peintures espagnoles sauf celles de Vélasquez.

    131. Il est question à cetta page des cadeaux de Leganés au roi ainsi que du cadeau du prince italien de Piambino, frère du cardinal Ludovisi qui hérita d'une partie de sa collection à sa mort.

    Monterrey
    Beau-frère d'Olivares. Petite collection. À sa mort en mars 1653 : 265 peintures. Monterrey était une âme rapace selon Brown et ne fit jamais de cadeaux à Philippe IV. (une ville au Nord du Mexique porte son nom. En son honneur ?)

    Duc de Medina
    134. Ramiro Núñez Felípez de Guzmán (Comme Leganés il changea son patronyme en l'honneur du roi Felipe et le comte-duc Gaspar de Guzmán). Noble aux origines modestes, il maria la fille unique d'Olivares, Maria, ce qui lui permit de sortir de l'ombre. Medina était un dépensier extravagant et maria une succession de femmes riches pour subvenir à ses besoins financiers :

  • 2e femme : la princesse italienne de Stigliano, Anna Carafa.
  • 3e femme : 1660 : comtesse d'Oñate

    Il fut nommé viceroi de Naples (1637 à 1644) où il acheta des peintures pour la résidence de Retiro et acquis une petite collection d'environ 75 peintures (son goût personnel l'inclinait plus vers les bijoux et les métaux précieux). Il donna à Philippe IV l'un des plus fins tableaux : Raphaël La madonne au poisson, qu'il avait extorqué du monastère napolitan de San Domenica : le prêtre en poste tenta de l'empêcher mais Medina le bannit du royaume !

    Haro
    137. Comme les autres membres du clan, il entretint sa relation avec Philippe IV par des cadeaux de peintures. Haro, qui connaissait intimement les goûts du roi, ne lui offrait que les meilleures peintures de Londres telles que la Sainte-Famille de Raphaël et Le lavement de pieds de Tintoret. Brown cite plusieurs autres cadeaux de Haro à Philippe IV à la page 138.

    Gaspar de Haro, marquis de Eliche
    138. À la mort de Haro, son fils Gaspar hérita de sa collection. Il était passionné par l'art mais il était un vaurien notable. Il maria la fille d'un noble d'une extrême beauté, María de la Cerda, mais après avoir récolté la dot de 100 000 ducats, il la quitta pour une série d'actrices de théâtre de Madrid.

    139. Gaspar perdit les faveurs du roi à la suite de son refus de donner à Philippe IV une peinture que son père avait léguée au roi. Gaspar complota une vengeance (avortée), fut emprisonné pendant cinq ans et finit ses jours en Italie (à Rome comme ambassadeur puis à Naples comme viceroi). À sa mort en 1687, il possédait 3000 peintures dont 1200 étaient en Espagne et le reste à Naples.

    Philippe IV
    141. Brown termine ce chapitre en revenant à la collection de Philippe IV. Il est question tout d'abord des cadeaux qui continuèrent à arriver même vers la fin de son règne :

  • 1654 : la reine Christine de Suède lui envoie le dyptique de Dürer : Adam & Ève (très beau).
  • 1664 : Le prince de Piombino envoie un 2e don au roi : six peintures dont deux de Guerchin. Brown pense que Piombino devait avoir été satisfait par le résultat de son premier cadeau en 1638 (deux Titien) et c'est pourquoi il fit ce second don.

    141. Malgré la situation économique excessivement difficile Philippe IV continua à acheter des oeuvres. En 1661, il acheta Le Christ en route pour le calvaire de Raphaël qui fut probablement la peinture la plus chèrement payée à l'époque.

    143. Une année avant sa mort, il fit d'autres acquisitions : il acheta plusieurs oeuvres (Reni, Lotto, Parmesan, Annibal Carrache, etc.) d'une vente d'un de ces généraux italien qui venait de mourir : Giovanni Francesco, marquis de Serra.

    145. Mort de Philippe IV le 17 septembre 1665 ;

  • Règne de 40 ans : décisif pour le sort politique de l'Espagne.
  • À partir de 1665, c'est Louis XIV qui devint le monarque par excellence en Europe.

    Selon Brown, Philippe IV était un collectionneur fabuleux et sûrement le plus grand de son temps. La qualité de sa collection ne fait aucun doute.

    Inventaire d'Alcazár de 1686 : Selon Brown, il n'y eut peu de changements à la collection même vingt ans après la mort de Philippe IV :

  • 77 Titien
  • 62 Rubens
  • 45 Tintoret
  • 43 Vélasquez
  • 29 Véronèse
  • 26 par les Bassano

    À cela s'ajoute les trésors de l'Escorial où on trouvait :
  • 19 autres Titien
  • 11 autres Véronèse
  • 8 autres Tintoret
  • 5 Raphaël
    pour ne nommer que les plus prestigieux peintres italiens.

    Il est difficile de se prononcer sur le nombre exact d'acquisitions de Philippe IV. Il est courant de dresser un inventaire après décès mais cela n'a pas été fait dans le cas de Philippe IV à sa mort en 1665 et l'inventaire complet de toutes les résidences et palais ne fut pas compilé avant la mort du dernier Habsbourg, Charles II, en 1700. À ce moment, les 12 emplacements royaux contenaient pas moins de 5539 peintures en comparaison des 1500 laissées à la mort de Philippe II.

    Brown tente de chiffrer les acquisitions de Philippe IV et propose le chiffre de 3000 peintures acquises par Philippe IV. Ce nombre est énorme selon Brown même si le nombre d'oeuvres de piètre qualité dépasse celui des chef-d'oeuvres.

    Philippe IV était vraiment un amoureux de la peinture. Il s'est désintéressé de tous les autres médium. Sa passion s'est répandue sur tous ceux à Madrid qui démontraient une quelconque aspiration sociale : les grands, les magnats, les banquiers, les marchand et les bureaucrates royaux.

    Si on tient compte uniquement du nombre, la collection de Philippe IV était sans égal à son époque. C'était à tout le moins l'opinion d'un clerc français, Jean Muret, qui visita Madrid en 1667. Il prétendait qu'il y avait plus d'oeuvres à Buen Retiro seulement que dans tout Paris.

    Brown termine en approuvant la déclaration de Muret malgré celle de Rubens à propos de Charles I. d'Angleterre : "The Greatest Amateur of Paintings among the Princes of the World".

     


    IV. " Amator Artis Pictoriae : " Archduke Leopold William and Picture Collewcting in Flanders

    Né : 16/5/1609 in Madrid
    Décédé : 9/11/1641 in Brussels
    Cardinal-Infante, Governor General of the Southern Netherlands, third son of King Philipp III (fils de Maximilien 1er et de Marie de Bourgogne) and Margarethe of Austria

     


     

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