Cabinets de curiosités

IMPEY ,Oliver, and MACGREGOR, Arthur, eds., The Origins of Museums: The Cabinet of Curiosities in Sixteenth- and Seventeenth-Century Europe, Oxford, Clarendon Press, 1985.

Foreword
DAVID PIPER


Ce recueil rassemble les textes des exposés qui furent présentés à l'occasion d'un colloque organisé en juillet 1983 par Oliver Impey et Arthur McGregor au Ashmolean Museum à l'occasion du trois centième anniversaire qui soulignait l'ouverture publique du musée (mai 1663) par le Duc de York (qui devint plus tard le roi James II). Les objets de John the Elder et de John The Younger constituent la base de la collection de ce musée.

Editor's preface
C'est à l'occasion du 300e anniversaire du Ashmolean Museum en 1983 qu'eut lieu pendant une semaine à Oxford le colloque ayant pour sujet les cabinets de curiosités.

Les exposés de la première partie (chapitres 1 à 20) traitent des collections individuelles ou de séries de collections qui attestent de la diversité des formes qu'ont pris les cabinets de curiosités selon le goût personnel des collectionneurs, leur objectif académique ou leur situation géographique. Aux chapitres 21 à 26, il est question des différentes catégories d'objets communs à la majorité des cabinets. Finalement, aux chapitres 27 à 33, ce sont les origines des objets exotiques qui sont analysées selon leur provenance géographique.

En privilégiant ces trois points de vue les auteurs ont tenté de présenter une perspective nouvelle et utile dans l'étude de ces premiers musées et d'apporter un éclairage nouveau sur les objets collectionnés : d'où ils venaient et quelle signification ceux qui les collectionnaient leurs attribuaient.


Introduction
p.1.
En se basant sur un extrait par Francis Bacon dans lequel il décrit ce que devait être l'apparatus (instrument) d'un gentleman instruit, les auteurs affirment que le rôle des bibliothèques, jardins botaniques et zoologiques, laboratoires de recherche, musées est similaire à celui des cabinets : conserver et classer les produits de l'homme et de la nature, propager la compréhension de leur signification.

Selon les éditeurs, l'observateur contemporain est tenté de ne voir dans les cabinets de curiosités que des accumulations étranges d'objets singuliers qui semblent un peu surannées. La terminologie utilisée pour les décrire renforce cette attitude : cabinets de curiosités, cabinets de raretés, Wunderkammer.

Se baser sur cette apparente disparité des objets des collections des cabinets pour évaluer les raisons, les motifs qui ont poussé leurs propriétaires à les amasser est inapproprié et constitue une conception erronée selon Impey et MacGregor. Selon eux il faut voir plutôt dans ces collections d'objets hétéroclites un désir d'universalité. Ce désir d'universalité, de comprendre le monde s'est traduit par un intérêt pour divers domaines. Les éditeurs énumèrent ici ces champs d'intérêt :

p.2

  1. L'intérêt pour le monde naturel constituait une préoccupation majeure à la Renaissance et les collections ont joué un rôle fondamental pour les naturalistes. Exemples : Ulisse Aldrovandi et Conrad Gesner.

  2. Pour tenter de comprendre la position de l'homme à l'intérieur de cet arrangement de choses on s'est intéressé également aux personnages de l'Antiquité. Les produits de l'Antiquité ont été avidement recherchés par les collectionneurs (monnaies romaines, inscriptions, sculptures, ustensiles, figurines et momies d'Égypte).

  3. La découverte du Nouveau-Monde et la prise de contact avec l'Afrique, l'Asie du Sud-Est et l'Extrême-Orient ont révolutionné la vision du monde des gens de l'époque ainsi que la perception de leur propre position dans ce monde. Des créatures tout aussi fabuleuses que la licorne ou le basilic étaient présentées au public : ours polaires, casoars , dodos. De même, les habitants des contrées exotiques étaient exhibés et leurs artefacts âprement collectionnés : vêtements, armes, ustensiles souvent faits de matériaux inhabituels. C'est peut-être, selon les auteurs, en réponse à cette prise de conscience croissante de la valeur des objets exotiques que les collectionneurs commencèrent à s'intéresser à des objets de leur propre culture : outils tombés en désuétude, vêtements de paysans, fossiles, fleurs séchées, coléoptères, ossements. Pour ce qui est des anormalités de la nature, la cupidité des collectionneurs était sans limite. Exemple : bois de cerfs déformés.

  4. Parmi les objets créés par l'homme, ceux qui représentaient la virtuosité technique étaient convoités à un point tel que certains collectionneurs firent produire des objets sans aucune fonction pratique pour leur cabinet. Des progrès considérables furent apportés au tour au 16e siècle qui permirent de fabriquer des objets en bois, en ivoire et des cornes d'une perfection et d'une complexité déroutante.

  5. Objets associés à des personnalités historiques célèbres (portraits, objets personnels, médailles, monnaie, etc.). Dans le cas des collections princières ces portraits étaient exécutés par des grands maîtres.

À la page 3, les éditeurs s'interrogent sur la classification des objets dans les cabinets. L'inclusion de peintures amène les auteurs à se demander si on considérait les objets collectionnés comme simple curiosité ou comme des objets d'art. Selon eux, les collections d'une Wunderkammer (Wunder= merveille, prodige, miracle; Kammer = salle, chambre) ou d'une Kunstkammer (Kunst = art) pouvaient souvent avoir des points communs. Exemple : coquillage : on pouvait tout aussi bien le retrouver dans la Kunstkammer ou même la Schatzkammer s'il comportait du travail de gravure ou s'il possédait un socle richement décoré. Les auteurs font également remarquer que les objets peuvent être perçus et classés différemment avec le temps : exemple la licorne. À partir du moment où on prit conscience dans la première moitié du 17e siècle qu'elle provenait du narval il y a eu une baisse d'intérêt. Autre exemple : un objet considéré rare qui se fait abondant (porcelaine par exemple). D'autres facteurs jouèrent un rôle dans l'inclusion ou non d'un objet : provenance, chronologie, position sociale, personnalité du collectionneur. Les auteurs affirment que ces facteurs sont uniquement associés aux grandes collections princières.

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Les éditeurs terminent cette introduction sur cette réflexion : il n'est pas difficile de décrire ce que l'on trouvait dans les cabinets mais c'est de trouver le point commun entre tous les collectionneurs d'Europe, petits et grands qui est ardu. Pas étonnant selon eux qu'il n'y ait pas eu d'ouvrage global sur le sujet de publié depuis Julius von Schlosser. Les éditeurs se gardent bien toutefois de vouloir offrir avec ce livre une sorte de somme encyclopédique sur le sujet. Il s'agit plutôt d'une présentation de divers essais aux approches variées.


I. Science-honour metaphor : Italian cabinets of the sixteenth and seventeenth centuries
GIUSEPPE OLMI


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L'auteur tente dans ces pages d'esquisser un portrait général des collections d'objets naturels aux 16e et 17e siècles en Italie. Cet exercice est difficile selon lui à cause de la grande diversité des collections : forme, divergences dans la fonction. Olmi écrit vouloir se pencher essentiellement sur les collections privées de la fin des 16e et 17e siècles et ne s'attarder que brièvement aux collections princières et aristocratiques qui constituent une référence et un point de comparaison importants pour évaluer la diversité et les buts de plusieurs des musées fondés par des individus privés au cours de la seconde moitiés du 16e siècle.

Olmi traite tout d'abord des collections princières :
Les collections des princes italiens étaient en général caractérisées par une absence de spécialisation et par la juxtaposition d'objets naturels et artificiels. Elles représentent une des réactions les plus ambitieuses du maniérisme à la crise des valeurs causée par l'effondrement de la certitude de la Renaissance (Renaissance certainty).

Selon Olmi, il y avait un certain ordre de classement dans les cabinets princiers mais celui-ci est principalement symbolique et centré sur l'homme plutôt que sur le monde naturel.

Un studiolo comme celui de Francesco I de Medici peut-être perçu comme une tentative de se réapproprier et de rassembler toute la réalité en miniature, de constituer un endroit au centre duquel le prince peut symboliquement revendiquer l'autorité sur l'entièreté du monde naturel et spirituel. C'est pourquoi selon Olmi il est incorrect de parler d'un but didactique ou scientifique lorsqu'il est question des collections princières.

Parallèlement à ces collections princières d'autres collections plus spécialisées et complètement différentes dans leur objectif, dans leur contenu et leur organisation se sont développées dans la seconde moitié du 16e siècle. Les plus célèbres sont celles de Francesco Calceolari à Vérone, Ulisse Aldrovandi à Bologne, Michele Mercati à Rome et Ferrante Imperato à Naples. Ces collections sont constituées principalement d'objets naturels ce qui fait dire à Olmi qu'il s'agit de collections scientifiques.

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La forme de ces collections était déterminée par deux facteurs principaux : le statut social et économique de leur propriétaire et leurs intérêts intellectuels et professionnels. Aucun d'entre eux n'appartenait à la vieille aristocratie et aucun n'avait de relations soutenues avec les cours princières (sauf Mercati qui jouissait du patronage du pape). Tous ont étudié la médecine et la botanique à l'université. Calceolari et Imperato possédaient les pharmacies les plus célèbres dans leur ville respective.

Mercati : médecin à la cour du pape et responsable du jardin botanique du Vatican.
Aldrovandi : professeur de philosophie naturelle à l'université de Bologne et directeur du jardin botanique de l'université.

Le but pratique de ces collections était essentiellement de proposer des objets de première main pour l'observation.

Olmi soutient que collectionner des objets naturels constituait un moyen de fournir des ressources didactiques et professionnelles. Il cite l'exemple du musée de Calceolari qui servait de lieu d'étude et de comparaison pour ses étudiants (information qu'il tire des deux catalogues sur le musée Calceolari compilés par Giovanni Battista Olivi en 1584 et par Benedetto Cerutti et Andrea Chiocco en 1622) ainsi que de lieu de travail pratique de référence pour les médecins, les pharmaciens et les botanistes.

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Olmi fait remarquer que la fonction essentiellement scientifique des musées comme ceux de Calceolari et d'Aldrovandi est très différente des collections aristocratiques contemporaines ou les studioli personnels des princes : le musée n'est pas conçu comme un lieu symbolique où toute réalité est reconstituée mais plutôt comme un instrument de compréhension et d'exploration du monde naturel. Les critères de classification des objets dans les musées privés scientifiques sont selon Olmi purement fonctionnels plutôt que symboliques. Olmi mentionne que souvent dans les collections princières on retrouve un système d'organisation complexe mais pas dans les musées scientifiques privés. Exemple : Collection de Francesco I de Médici mise sur pied par Borghini qui offre de nombreuses analogies avec le Teatro della memoria de Giulio Camillo Delminia (voir Bolzoni, 1980).

L'art était souvent perçu dans les collections scientifiques comme un moyen de compenser l'absence d'un objet et non pas comme un moyen de transformer ou d'améliorer le monde naturel (exemple : Aldrovandi). Le désir des scientifiques de posséder la documentation la plus complète sur la nature les a poussé à entreprendre des démarches importantes d'illustration systématique du monde naturel en entier.

En 1595, le musée d'Aldrovandi contenait approximativement :
  • 8000 illustrations à la tempera
  • 14 tiroirs remplis de blocs de bois ayant servis à l'impression de ses catalogues.
  • 11,000 animaux, fruits et minéraux
  • 7000 plantes séchées et collées dans 15 volumes
Olmi pense qu'il peut considérer l'entreprise d'Aldrovandi comme une tentative de transposer le monde entier de la nature de l'extérieur vers l'intérieur restreint du musée.

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Olmi souligne que malgré l'apparente similitude des collections comme celle d'Aldrovandi avec celles plus tardives de la fin des 17e et 18e siècles elle reflète aussi les aspects les plus caractéristiques de la culture de la Renaissance tardive telle que l'attrait pour la rareté, le goût typiquement maniériste pour le bizarre, d'où l'intérêt des naturalistes pour les objets exotiques de provenance lointaine = moyen d'augmenter sa notoriété et son prestige.

Olmi mentionne l'ouverture au public de ces collections dues à la popularité des objets exotiques. Elles étaient visitées non seulement par des naturalistes et des étudiants mais aussi par le grand public.

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Cela explique selon Olmi l'organisation et la présentation des objets déterminées par un souci de symétrie et d'esthétisme pensé pour plaire aux visiteurs et non pas un ordre où l'on tenterait de reproduire celui de la nature.

L'auteur se demande ensuite ce que les naturalistes du 16e siècle voyaient et classaient exactement. Olmi mentionne deux sources qui ont façonné les perceptions :
  1. Aristote : selon lui, c'est seulement par la dissection que l'on peut acquérir des connaissances rationnelles et scientifiques sur les animaux. Il créa une classification fondée sur les cadavres. Il se détachait ainsi de l'idée ancienne qui établissait des liens d'amitié entre l'homme et l'animal.
  2. Après la mort d'Aristote une nouvelle approche émergea où on insistait sur les affinités entre animaux et humains et selon laquelle on accordait une grande importance aux animaux vivants, à leur personnalité et à leur intelligence. Cette tradition a débuté avec Théophraste et s'est poursuivie à l'époque d'Antigone et de Plutarque jusqu'à Pline et Elian. On en trouvait encore des traces au 17e siècle. Olmi précise que les naturalistes du 16e siècle ainsi que les auteurs des bestiaires médiévaux connaissaient bien cette notion par les travaux des Anciens comme Théophraste et Pline mais aussi par ceux de Aesop (Les Fables) et Artemidoro (L'interprétation des rêves).
Donc les naturalistes du 16e siècle avaient plutôt tendance à s'intéresser aux animaux vivants et à leur comportement extraordinaire et cela aurait influencé selon Olmi l'organisation interne des musées. On ne rejetait pas toutefois toutes les recherches anatomiques : exemple : Aldrovandi qui procéda à plusieurs dissections.

Olmi se demande ensuite dans quel état parvenaient les spécimens sur lesquels travaillaient les naturalistes compte tenu des longs voyages et des techniques rudimentaires de préservation. Ils prétendaient travailler avec les objets sous observation directe mais lorsqu'on regarde plus en détails les catalogues on se rend compte que c'est à partir de fragments et de citations que les naturalistes travaillaient (aspect que les historiens de l'art ont identifié comme un des traits caractéristiques du maniérisme).

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Les naturalistes n'ont souvent jamais vu l'animal au complet et travaille avec des parties insignifiantes comme des dents, des défenses, des cornes, des bois, des ongles, des plumes, des ossements, etc. Étant donné qu'on ignorait jusqu'à l'apparence physique des animaux la seule chose possible sur laquelle on pouvait écrire était de décrire ses habitudes de vie en accord avec la tradition ancienne : exemple : Pline qui percevait les comportements et l'intelligence des animaux comme très similaires à l'homme et la possibilité de les utiliser comme symbole. L'influence de cette tradition est perceptible dans les méthodes de catalogage. L'auteur insiste ensuite sur le fait que malgré que des éléments de la tradition ancienne subsistaient il ne faut pas perdre de vue les signes objectifs de renouveau dans les collections scientifiques.

L'auteur mentionne qu'au cours du 17e siècle on assiste à une transition de la sphère privée vers la sphère publique. Il donne en exemple la collection des Médicis qui commença à changer sous l'impulsion de Francesco I, grand du de Toscane : ouverture de la galerie Uffizi.

1570 : ouverture de son studiolo
1584 : démantèlement du studiolo et transfert des objets à la galerie Uffizi.

L'auteur mentionne l'existence de la Tribuna della Galleria dans laquelle tous les objets rares et précieux qui n'étaient auparavant destinés qu'au regard du prince étaient maintenant rendus publics dans la Tribuna = moyen de légitimer le pouvoir de Grand Duc et de faire l'étalage de sa puissance.

Cette transition du privé vers le public signifiait de nouvelles organisations des collections : les oeuvres d'art et les antiquités finirent par être perçues comme des marques de standing (status symbol) et des outils de propagande. L'État augmenta le patronage de la recherche scientifique. La principale conséquence de ces changements fut que la Galleria Uffizi prit des allures de musée d'art. Il y avait des instruments scientifiques et des naturalia dans la Tribuna mais en beaucoup moins grand nombre que dans le studiolo. Ils étaient aussi complètement intégrés aux œuvres d'art.

p.11
Des lieux spécifiques finirent par être alloués à la recherche scientifique : Pise fut un des lieux favorisés par les Médicis (site de l'université). Ferdinando I supervisa la restructuration du jardin botanique de la ville et en fit un centre de recherche et d'enseignement et y ajouta un musée d'histoire naturelle. L'intérêt soutenu dans le patronage des sciences par les grands ducs de Toscane est illustré par Cosimo I qui fit venir Galilée à Pise et par la création par la suite de l'Accademia del Cimento.

En ce qui a trait aux collections privées, Olmi croit que les collections avaient tendance au 16e siècle à se spécialiser dans les collections d'histoire naturelle. Il cite comme exemple la collection de Giacomo Zanoni à Bologne (Museo di cose naturali) décrite par Paolo Boccone (in Tongiorgi Tomasi, 1980).

Au 17e siècle les collections d'objets d'histoire naturelle ne connaissent pas la célébrité des collections d'Aldrovandi ou d'Imperato du 16e siècle. Selon Olmi cela aurait été provoqué par une espèce de banalisation des objets causée par l'importation croissante de spécimens en provenance des pays lointains. Les collectionneurs qui n'étaient pas des scientifiques professionnels et qui désiraient augmenter leur prestige social par leur collection avaient deux options selon Olmi : se rabattre sur les antiquités et les objets d'art ou sur le bizarre, l'étrange. Il semble que les collectionneurs de Rome ont préféré la première voie (sauf Kircher) : ce choix était probablement dicté par la proximité et l'accessibilité aux antiquités, la présence de nombreux artistes dans la ville et la richesse des grandes familles de Rome. L'examen de la liste d'environ 150 collectionneurs de Rome compilée par Bellori révèle que plus de 90% d'entre eux préfèrent la peinture, les antiquités, les médailles, les camées et que les produits de la nature étaient totalement exclus.

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Au Nord, l'intérêt des collectionneurs privés était différent : leurs collections contenaient des objets naturels, des livres, des documents ethnographiques, des instruments scientifiques, des antiquités et des œuvres d'art. Exemples : les musées de Manfredo Settala à Milan, de Lodovico Moscardo à Vérone et de Ferdinando Cospi à Bologne. Ces musées doivent leur grande réputation en partie grâce à la publication de catalogues : aucun de ces trois collectionneurs n'a étudié la science à l'université (sauf Settala un peu) et aucun ne montrait des signes d'intérêt pour la science qui avait stimulé tant de collectionneurs au cours de la seconde moitié du 16e siècle. Certes ces gens collectionnaient des instruments scientifiques (microscopes, télescopes, compas, horloges) mais pas en tant qu'instruments de travail mais plutôt en tant qu'objets précieux appréciés plus pour leurs qualités esthétiques que pratiques. Cette tendance serait l'expression de cette nouvelle sensibilité baroque selon Olmi présente aussi dans la littérature de l'époque. Olmi perçoit un lien étroit entre les collections éclectiques et la littérature contemporaine : exemples : Giambattista Marino, Emanuele Tesauro de Turin. Son livre, Cannocchiale aristotelico connut un grand succès partout en Italie. Plusieurs des idées de Tesauro auraient pu être exprimées par des collections. Exemple : Tesauro affichait une attitude plutôt conservatrice face à la science nouvelle et regrettait la perte du sens du mystère provoquée par la découverte du télescope.

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Dans le chapitre sur le spirituel dans la nature (Argutezze della natura) Tesauro prétend que tous les phénomènes et les produits naturels de la nature représentent autant de hiéroglyphes et de figures symboliques de la nature. Selon Olmi, Tesauro croyait que derrière toutes choses créées par la nature se dissimulait l'allusion à un concept. Si la nature s'exprime par de telles métaphores alors la collection encyclopédique qui est la somme de toutes les métaphores possibles devient automatiquement la grande métaphore du monde.

L'auteur donne ensuite des exemples qui lui font croire que les musées du 17e siècle ne peuvent être considérés comme des centres de recherche. Il se base sur les raisons évoquées par les collectionneurs (Cospi, Moscardo) pour justifier leur intérêt à collectionner : passe-temps, ambition, avancement social, ennoblissement, prestige. Souvent les collections étaient un moyen de transformer sa maison en un passage obligé pour le public en général ainsi que les femmes curieuses et les voyageurs d'Angleterre, d'Allemagne et de France. Olmi croit que ces collectionneurs tentaient sûrement de faire connaître leur musée le plus possible, mettant l'emphase sur les objets les plus surprenants via le catalogue imprimé typique du 17e siècle (qui contraste avec la liste manuscrite de la seconde moitié du 16e siècle qui servait essentiellement d'outil professionnel d'échange pour les pharmaciens et les médecins dans un esprit de collaboration scientifique).

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De tous les collectionneurs du 17e siècle Moscardo est selon Olmi le plus "encyclopédique" et le plus confus. [L'utilisation du terme "encyclopédique" par Olmi est plus ou moins heureuse à mon avis. Le mot lui-même ne fait son apparition que vers les années 1750 et peut faire croire à tort qu'il s'agit de collections ou de désir de collectionner les séries complètes tels qu'on retrouvera chez les encyclopédistes au 18e siècle.]

Olmi cite ensuite Cospi qui représente bien selon lui la mentalité des collectionneurs typiques du 17e siècle en Italie. [Catalogue de la collection de Cospi rédigé par Lorenzo Legati en 1677.] À partir de l'étude de son catalogue Olmi émet les hypothèses suivantes :
  • Aspect encyclopédique : désir d'englober le monde : naturalia, artificialia.
  • La juxtaposition des naturalia et des artificialia correspond à la confrontation continuelle entre art et nature.
  • La section histoire naturelle du musée est organisée de telle façon que toute normalité est systématiquement exclue. On y retrouve très peu d'animaux ou de plantes connus en Europe.
  • Le but de Cospi était, selon Olmi, bien plus de provoquer la stupéfaction et l'émerveillement chez le visiteur que de tenter de reconstruire de façon analytique le monde naturel au complet.
  • Les descriptions de chacun des objets du catalogue de Cospi révèlent à quel point la section sur l'histoire naturelle est désuète.
  • On n'y retrouve aucune forme d'examen, de recherches anatomiques : les animaux et les plantes sont décrits à l'aide de termes utilisés par les poètes antiques et contemporains : leur présence est rappelée dans les emblèmes et les médailles.
  • Les croyances dans les habitudes et les propriétés miraculeuses des animaux sont véhiculées opiniâtrement malgré le fait que la recherche scientifique avait déjà prouvé qu'elles n'étaient pas fondées. Olmi croit que les résultats des recherches scientifiques ne pouvaient pas être complètement ignorés. Il croit qu'il y avait chez le collectionneur un désir d'obscurcir, de garder une part de mystère et de l'émerveillement des objets.
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Conclusion
Les musées comme ceux de Cospi, Moscardo et Settala représentent en quelque sorte une régression, une rétrogradation en comparaison des collections naturalistes du 16e siècle. Plusieurs autres exemples en Italie vont dans le même sens et ce, jusqu'au 18e siècle. Alessandro Knips Macoppe, médecin de Padoue, conseillait aux jeunes médecins de mettre sur pied des collections contenant des artefacts du passé et des objets monstrueux et exotiques comme moyen d'augmenter leur prestige.

Quelques décennies après la publication des inventaires de Settala, Moscardo et Cospi d'autres collectionneurs privés ont proposé une nouvelle perspective avec leur collection : par exemple Luigi Ferdinando Marsili avec sa collection d'objets naturels très spécialisée. Marsili condamnait le mélange de naturalia et d'artificialia en prétextant que les collections "encyclopédiques" ne servaient qu'à distraire les jeunes hommes et susciter l'admiration des femmes et des ignorants plutôt que de tenter d'enseigner aux chercheurs à propos de la nature. Il percevait son cabinet exclusivement comme un outil de travail et de connaissance qui devait refléter l'ordre de la nature elle-même. Marsili introduisit une nouvelle attitude dans le domaine des collections scientifiques : tous les produits de la nature, même les plus communs, ont de l'importance et doivent donc être représentés dans un musée.

D'autres collectionneurs suivirent Marsili dans cette voie : Scipione Maffei avec son musée d'épigraphes à Vérone.

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Les collections de Marsili et de Maffei représentent les premiers modèles incorporant les critères d'organisation et de formation que l'on retrouvera dans les musées du 18e siècle. Deux autres exemples de l'application de ces nouveaux critères peuvent être perçus dans la réorganisation de la Galerie Uffizi à Florence par Pelli Bencivenni et Lanzi et la création du Gabinetto di Fisica e di Stori Naturale sous la direction de Felice Fontana.


2. Museography and ethnographical collections in Bologna during the sixteenth and seventeenth centuries
LAURA LAURENCICH-MINELLI


Dans ce texte, Minelli traite essentiellement de deux collections à Bologne : celle de Ulisse Aldrovandi (1535-1598) et de Antonia Giganti (1522-1605) qui étaient situées dans le même groupe d'immeubles. Selon l'auteur, ces deux collections représentent deux courants différents de la culture de la Renaissance italienne :
  • Aldrovandi : représente le monde culturel universitaire.
  • Giganti : représente le milieu humaniste ecclésiastique après le Concile de Trente (1545-1563).
  • Cospi : représente la haute noblesse.
p.18
L'inventaire compilé par Giganti en 1586 montre que sa collection était de type encyclopédique (galerie de peintures, objets naturels, objets ethnologiques, objets archéologiques, matériels philologiques, objets en rapport à la physique et l'optique). Le grand nombre des objets ethnographiques (dont certains de l'Amérique) laissent penser l'auteur que la collection de Giganti possédait certains liens avec celle d'Aldrovandi.

Minelli traite ensuite du " display " (présentation) de la collection de Giganti et de son attitude à ce sujet mais souligne que son interprétation ne sera que de la spéculation puisque Giganti n'a laissé aucun document écrit à ce sujet :

p.19
  • Giganti concevait sa collection comme un tout (incluant la bibliothèque).
  • Pas de séparation entre naturalia et artificialia.
  • L'auteur remarque un désir d'occuper tous les espaces disponibles (après étude de son Indice).
  • Elle distingue deux types de symétrie dans l'organisation :
  1. alternate microsymmetry : concerne l'organisation d'objets individuels = alternance d'objets semblables et dissemblables
  2. repeating macrosymmetry : groupes d'objets organisés selon une base thématique.
Selon Minelli, le musée était conçu comme un theatrum naturae : ce sont l'accessibilité de la collection, l'atmosphère crée par la présence de naturalia et l'alternance régulière de naturalia et de symétrie micro et macro dans le but d'unifer les différentes catégories d'objets qui lui laisse croire cela. En résumé, Giganti a tenté d'évoquer harmonieusement tout l'art et la nature (ars memoriae).

p.20
Dans son musée, Aldrovandi accordait plus d'importance aux objets du monde naturel. Son intérêt se portait surtout sur les animaux, les plantes fossilisées et les pierres. Son Index alphabeticus rerum omnium naturalium in musaeo appensarum incipiendo a trabe prima de 1587 montre qu'il s'intéressait aussi à la sculpture, à la peinture, aux statuettes de plâtre, aux horloges, au verre brûlant (burning glasses) aux miroirs difformant et à l'homme et ses cultures diverses, en particulier à ceux des contrées lointaines. Il tentait aussi d'interpréter et de vérifier l'hypothèse d'Hippocrate selon laquelle les habitudes des populations étaient conditionnées par leur environnement. Selon Minelli, il semble qu'Aldrovandi a étudié les exotica dans le but de découvrir s'ils pouvaient aider à comprendre son propre monde = but pratique de sa collection.

Aldrovandi et Giganti entretenaient des relations étroites en ce qui concerne leur collection : aldrovandi décrivait souvent des objets qu'il ne possédait pas et qui se trouvaient dans la collection de Giganti.Giganti fit don ou vendit à Aldrovandi plusieurs de ses objets également.

p.21
Minelli traite ensuite de l'organisation, de la disposition dans le musée d'Aldrovandi. Minelli note que malgré l'impression laissée par le Musaeum Mettalicum que le musée d'Aldrovandi était organisé selon des principes comparatifs et fonctionnels mais son Index alphabeticus rerum omnium naturalium in musaeo appensarum incipiendo a trabe prima indique que ce n'est pas le cas.

Les deux musées semblent correspondre au même modèle que l'auteur appelle la " conception encyclopédique bolognaise " du theatrum naturae. Mais ils sont également très divergents à cause des différences de personnalités de leur créateur :

Giganti : il semble avoir maintenu un certain ordre entre les diverses catégories d'objets sans tomber dans l'étalage chaotique de ses voisins transalpins.

Aldrovandi : il a mis l'emphase sur les caractéristiques naturelles de ses objets et a même inclus des artificialia dans son Index alphabeticus… Minelli croit que cette inclusion pouvait être une forme de distorsion professionnelle où Aldrovandi considérait que même les œuvres d'art représentent la réalité naturelle. C'est peut-être aussi parce qu'il avait si peu d'artificialia qu'il les a inclues parmi ses naturalia.

Les deux musées peuvent être considérés comme lieux de type scientifique puisque leur contenu servaient d'outil de recherche. D'après l'Indice, il semblerait que Giganti a mené des recherches sur l'utilisation de lentilles avec la camera obscura. Le grand nombre et la qualité des objets archéologiques de Giganti attestent sa connaissance des classiques : il collectionnait aussi des dessins archéologiques de monuments antiques romains, des documents et des inscriptions dans des langues exotiques (chinois, indien, mexicain ancien = intérêt pour la recherche philologique).

p.22
Il est question à la page 22 du sort des collections de Giganti et d'Aldrovandi (de grands changements sont survenus au cours du 17e siècle dans les musées à Bologne) :
  • 1603 : le studio de Giganti était déjà démantelé lorsque Aldrovandi laissa son musée et sa bibliothèque au sénat de Bologne.
  • 1617 : toute la collection d'Aldrovandi est transférée au Palazzo Pubblico = premier exemple d'un theatrum naturae ouvert au public.
  • 1657 : le musée du Marchese Ferdinando Cospi rejoignit la collection d'Aldrovandi au Palazzo Pubblico.
Minelli traite ensuite brièvement de la collection de Cospi :

*Intéressant : Selon Minelli, l'organisation, la classification d'un catalogue ne correspond pas toujours à l'organisation du musée réel. Exemple : Lorenzo Legati qui a publié un catalogue sur la collection de Cospi. Les catalogues constituent souvent des exercices indépendants d'interprétation scientifique plutôt qu'un reflet exact de l'organisation des collections.

Minelli conclut son essai en prétendant que l'expression Wunderkammer devrait être bannie pour décrire la muséographie italienne parce qu'elle est inappropriée selon elle. Elle propose d'utiliser les termes suivants : studio, studiolo, guardaroba, museo qui reflètent mieux selon elle les différents degrés de recherche et de documentation que représentaient ces collections.


3. Towards a history of collecting in Milan in the late Renaissance and Baroque periods
ANTONIO AIMI, VINCENZO DE MICHELE, ALLESSANDRO MORANDOTTI


p.24
Selon les auteurs, l'activité de collectionner à Milan n'était pas influencée par les préférences culturelles d'une cour portée sur l'art à la fin de la Renaissance et au cours de la période baroque. Elle était plutôt caractérisée par une pluralité d'intérêts et par une diversité sociale et territoriale des collections due à la décentralisation administrative et à l'autonomie laissée aux classes politiques locales dirigeantes par les autorités espagnoles dans l'État de Milan au cours de cette période.

Les galeries de peintures de Milan étaient presque exclusivement détenues par des patriarches locaux, la classe de nobles gouvernant la ville, au cours de cette période. Selon les auteurs, le rôle de ces galeries se limitait à marquer le prestige social et en faire l'étalage.

Les collections d'antiquités au contraire revêtaient un caractère savant et étaient utiles pour la recherche sur l'histoire de la ville. En témoigne les collections de marbres antiques et de moulages du sculpteur Leone Leoni et du peintre Giovan Ambrogio Figino.

Les auteurs font remarquer que les collections à Milan au cours de cette période ne se limitent pas à ces deux types distincts : il existe aussi des collections d'antiquités et de peintures ainsi que d'autres contenants des objets d'art et d'autres items typiques des collections encyclopédiques. Exemple : la collection de Federico Landi qui contenait un nombre important d'objets ethnographiques américains et celle de Giovan Battista Ardemanio qui comportait deux sections substantielles d'instruments de musique et de pierres médicinales.


p. 25.
Il existait plusieurs autres collections de type "encyclopédiques" :
  • Gerolamo Cardano (seule collection de type "outil de travail pour la recherche" avec celle de Settala)
  • Lodovico Settala (riche en minéraux et en substances médicinales)
  • Gian Battista Clarici (correspondant d'Aldrovandi, plutôt liée à des recherches non-professionnelles)
  • Pietro Antonio Tolentino (correspondant d'Aldrovandi, plutôt liée à des recherches non-professionnelles)
D'autres collections se rapprochaient du type Wunderkammer et présentaient un intérêt prédominant pour les œuvres d'art, les pièces de maîtres artisan et les curiosités. Selon les auteurs, l'existence de ce dernier type de collections n'était pas surprenante à Milan qui était à la fin du 16e siècle un des principaux centres de production d'objets pour les Kunstkammer et les Wunderkammer : objets faits de bois, d'os, d'ivoire, de bijoux, de cristal, de pierres préciseuses des armes et armures, des miniatures, de la broderie, et d'œuvres d'extrême virtousité technique comme des objets miniatures tournés au tour.

Le commerce de ces objets était souvent effectué par des intermédiaires milanais. Ces agents étaient souvent des membres proéminents de la noblesse milanaise. Exemple : Pirro I Visconti Borromeo (v. 1560-1604) qui collectionnait le même type d'objets que ceux que lui commandait le duc Vincenzo I Gonzaga des ateliers milanais.

La collection de Visconti Borromeo formée à la fin du 16e siècle était en fait similaire à celles des Wunderkammern allemandes contemporaines : peintures, marbres, œuvres d'art cotoyaient des instruments mécaniques et des objets zoologiques et ethnographiques. Aucun critère scientifique n'était appliqué dans la classification des groupes de catégories d'objets selon Morandotti.

La collection de Visconti Borromeo était présentée dans 18 pièces d'un nymphaeum, une fontaine monumentale artificielle aménagée dans le jardin de la villa du collectionneur à l'extérieur de la ville. On ne trouvait pas de spécimens zoologiques accrochés sur les murs comme dans les Wunderkammern contemporaines. Par contre on trouvait deux pièces taillées en forme de grottes et décorées de coquillages et de pietra dura attestant l'intérêt du collectionneur pour le monde naturel (typique des collections encyclopédiques de la fin de la Renaissance).

Dans cet édifice où les phénomènes naturels ont été reproduits de façon artificielle (formation de grottes et de chutes d'eau) on trouve 4 peintures représentant des fruits : elles sont les premières natures mortes indépendantes jamais recensées dans une collection particulière selon l'auteur.


p.26
À partir d'ici jusqu'à la fin de ce cours texte, les auteurs traitent de la collection de Manfredo Settala. Manfredo Settala hérita de la collection de son père Lodovico Settala dans les années 1630. Manfredo avait déjà augmenté considérablement sa collection avec des objets ethnographiques. En quelques années il transforma sa collection qui devint la plus célèbre collection de la ville et une des plus importantes d'Italie, attirant chercheurs, voyageurs et têtes couronnées. Trois différentes éditions du catalogue furent imprimées : Tergazo : 1664, Scarabelli : 1666 et 1667. La célébrité de la collection de Settala était clairement due à la quantité, la variété et la rareté de son contenu mais aussi à cause des activités techniques diverses et scientifiques de Manfredo allant de la production d'objets tournés à la construction de jeux bizarres dans le goût baroque, des burning glasses, des appareils à mouvement presque perpétuel, des télescopes et des microscopes.

Les auteurs ne savent pas exactement si sa collection était ouverte au public mais l'attitude de Manfredo et de ses proches laisse croire qu'elle n'était ni privée, ni fermée à ceux qui désiraient la visiter (à l'intérieur des limites rigides de classe et de culture de l'époque). La grande pompe entourant les funérailles de Settala et les quatre volumes commémoratifs publiés immédiatement après sa mort attestent l'importante fonction sociale et la prépondérance du musée de Settala en tant qu'institution culturelle pour la ville.

La plupart de ses expositions étaient présentées dans quatre pièces (peut-être plus) de la maison familiale à Pantano. D'autres étaient présentés dans les ateliers près du cloître de l'église San Nazaro dont Manfredo était le chanoine.

Les auteurs fournissent ensuite la liste de ce que contenait la collection de Settala :
  • Instruments de mathématiques et physiques, instruments de précision, miroirs, lentilles, télescopes, armillary spheres, astrolabes, mécanisme d'horlogerie, compas, appareils à mouvement quasi-perpétuel, cadenas, automates.
  • Pierres et minéraux : quartz, minerai de fer, amiante, pierres précieuses, figured stones, aimants et magnétites, pietra fungifera.
  • Fossiles : ambre, coquillages, mammifères.
  • Restes zoologiques : coraux, mollusques, poissons, reptiles, oiseaux, mammifères.
  • Produits du monde végétal : graines, bois, huiles.
  • Objets ethnographiques : vêtements, ornements, armes de l'Amérique, d'Asie et d'Afrique.
  • Armes : artillerie, arbalète
  • Objets archéologiques : squelettes, urnes, lampes
  • Artisan européen incluant ceux fabriqués par Manfredo
  • Instruments de musique
  • Livres, imprimés, gravures, manuscrits anciens.
  • Peintures, statues, médailles
Pour plus de détails sur le contenu voir les travaux du Gruppo di Ricerca sul Collezionismo.

Trois différentes éditions du catalogue furent imprimées : Tergazo : 1664, Scarabelli : 1666 et 1667.


p.27
Pour terminer les auteurs s'attardent à démontrer que la collection de Settala a été injustement considérée par le passé comme une collection de type Wunderkammer allemand. Ils disent avoir adopté une approche multidisciplinaire pour aborder les objets de la collection et leur collocation (position d'un objet, d'un élément par rapport à d'autres ; proximité dans une chaîne) : différents chercheurs de diverses disciplines ont examiné ces objets en relation avec le développement de leur discipline respective au 16e et 17e siècles. Une des sources essentielles avec laquelle ils ont travaillé est constituée de cinq manuscrits anciens contenant 300 illustrations (tempura) des principaux objets de la collection. L'intérêt de ces manuscrits est qu'ils présentent un traitement comparatif entre les objets (???) et des concepts de classification beaucoup plus avancés que ce que l'on retrouve dans les catalogues. Les auteurs y voient la preuve de l'existence de principes scientifiques et muséologiques chez Manfredo lui-même !!! Les auteurs considèrent que ces manuscrits sont de loin supérieurs comme source aux trois catalogues imprimés. Les auteurs font remarquer que la gravure de Fiori (imprimée dans le catalogue de Tergazo) montre de nombreux objets dont l'ordre et la classification ne correspondent ni aux catalogues imprimés ni aux cinq manuscrits ! Elle devrait être considérée selon eux comme un arrangement stylisé plutôt que comme une description réaliste de la disposition des objets.

Selon les auteurs, les concepts contenus dans les manuscrits reflèteraient un souci scientifique et la collection formerait le point de départ pour la propagation de la connaissance. Exemples appuyant cette interprétation :
  • promotion de Manfredo d'un court essai sur l'origine des fossiles
  • invention d'une pâte de céramique donnant l'apparence de la porcelaine de Chine
  • Habiletés de Manfredo à construire des instruments optiques et mécaniques.
  • Manfredo aurait toujours été à la recherche d'information nouvelles chez les experts ou dans la littérature à propos de ses objets ethnographiques, archéologiques et naturels.
  • Pour fuir l'isolement de cet environnement qu'il trouvait intellectuellement stimulant, il a entretenu des relations avec des personnalités telles que Redi, Magliabechi, Oldenburg et Kircher.
p.28
Les auteurs terminent ce court texte par cette phrase : "Comme on peut voir clairement, malgré que Manfredo ne se soit pas adonné à ces activités dans le même esprit qu'un scientifique, son attitude demeure toutefois très éloignée de celle des propriétaires de Wunderkammern. "

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À partir d'ici, j'utilise l'édition suivante du même livre :
IMPEY, Oliver, and MACGREGOR, Arthur, eds., The Origins of Museums: The Cabinet of Curiosities in Sixteenth- and Seventeenth-Century Europe, House of Stratus, 2001.

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4. The collection of Archduke Ferdinand II at Schloss Ambras : its purpose, composition and evolution.
ELISABETH SCHEICHER


Sammlungen Schloß Ambras - Collections of Schloß Ambras
6020 Innsbruck, Schloßstr. 20
Tel: +43 512/34 84 46
Fax +43 512/36 15 42
info.ambras@khm.at
Director: Dr. Alfred Auer

Archiduc Ferdinand II (1529-1595)
He was the second son of the Roman-German Emperor Ferdinand I (1503-1564). His older brother was Maximilian (1521-1576) who later became Emperor Maximilian II. Archduke Ferdinand was famous for his bravery. It is probably mostly due to this reason that he became Governor of Bohemia already in 1549; a career was beginning to take shape. The impressive mineral stages of the Ambras Collection from Bohemia as well as the interesting "Handsteine" (collections of ores built into a mining scene and mounted on a monstrance - like socket) and probably also the renowned Colombian "emerald group" all date from this period.

At the Imperial Diet in Regensburg, the Archduke met Philippine Welser, the daughter of the Augsburg nobleman Franz Welser and the Duchess Anna Adlerin von Zinnenberg. The acquaintance changed his hitherto dynastically controlled life. In 1557, he secretly married Philippine Welser, thereby falling into disfavour with the Emperor. The legality of the marriage was upheld in 1561 on condition that all resultant children renounce any claim to the succession. In 1563, at the State Parliament in Innsbruck, the Archduke was introduced by his father to the Tyrolean Diet as the new provincial sovereign of Tyrol. After the untimely death of his first wife, the Archduke dedicated himself to the rapidly emerging natural sciences and to fine arts. Together with those of Emperor Rudolf II and the Elector August I of Saxony, the collection of Archduke Ferdinand II housed in the Arts and Treasure Chamber at Ambras Palace, rated as the most important of its kind.

Although Ferdinand's son and heir, Margrave Karl, sold his inheritance soon after the death of his father for a sum of 170 000 guilders to Emperor Rudolf II and the other Archdukes, (all brothers and cousins of the Emperor), the collection remained intact at first due to the particular regulation governing its existence which stipulated that the Armoury, Arts and Treasure Chambers had to remain together in their entirety. Nevertheless, the process of adding to the collection in Ambras lost momentum. In 1665, the Austro - Tyrolean male branch of the Hapsburgs died out and Tyrol and the forelands as well as the dominion of Ambras with all its treasures fell again to the main branch, which was at that time ruled by Emperor Leopold I (1640-1705). Thus began the transfer of the valuable contents of Ambras to the Imperial Collection in Vienna.

p.37
Nommé gouverneur du Tyrol en 1564 et des territoires occidentaux annexés (territoire appelé le Vorland). Il entreprit la reconstruction du château d'Ambras, une fortification médiévale datant du XI siècle qu'il termina en 1566. En 1573, il débuta les travaux de l'aile du bas-château (Unterschloss) : une série de quatre salles interreliées qui accueuilleront ses collections. Le but principal de cet édifice était d'y placer sa collection. Trois des salles étaient dédiées à sa collection d'armes et d'armures - un des ses principaux intérêts - et la quatrième pour sa Kunstkammer. Parmi ce large complexe, la Kunstkammer n'occupait qu'une toute petite partie, l'aile qui reliait la troisième salle des armes et armures à l'ancien grenier à grains, le Kornschütt, un grand édifice à deux étages aux plafonds élevés qui abritait la bibliothèque et les Antiquarium.

Scheicher limite son étude à la Kunstkammer seulement. Pour voir la Kunstkammer le visiteur était obligé de passer en premier lieu par la collection d'armes. Tout juste avant de pénétrer la Kunstkammer il devait traverser la Türkischkammer qui contenait des objets ethnographiques, essentiellement des trophées de guerre contre les Turcs.

p. 38
Les objets de la Kunstkammer étaient rangés dans 18 placards différents adossés les uns aux autres le long de l'axe principal de la pièce. En face se trouvaient deux placards nommés les Zwerchkästen. Les murs entre les fenêtres étaient recouverts de peintures du sol au plafond. Au centre de la pièce on trouvait différents coffres remplis en partie par des portraits et des œuvres graphiques.

Il n'existe pas de catalogue pour la Kunstkammer alors que Ferdinand II en publia un pour sa collection d'armes : le Armamentarium Heroicum.

Scheicher écrit que notre connaissance de la disposition des salles et de la présentation des objets est basée principalement sur l'inventaire publié immédiatement après la mort de l'archiduc en 1596 et publié plus tard dans la série Jahrbuch des Allerhöchsten Kaiserhauses en 1888. Des descriptions plus précises caractérisent l'inventaire de 1621 publié plus tard dans le même Jahrbuch en 1985. Comme il n'existe pas d'inventaire datant de l'époque où l'archiduc était vivant l'absence de documentation pour la période 1580-1595 rend impossible de savoir avec précision si les deux joyaux de la famille de la maison des Habsbourg, le bol d'agate et la corne de licorne, figuraient parmi les objets de la Kunstkammer.

Après la mort de l'empereur Ferdinand I, ses fils s'entendirent pour garder les pièces inestimables au sein de la famille entre les mains de l'aîné. L'archiduc Ferdinand les a donc en principe reçus en 1577 à la mort de son frère l'empereur Maximilien II. On ne sait pas s'il a gardé ces objets séparés du reste de sa collection ou non de façon à former une sorte de trésor. À la mort de l'archiduc Ferdinand en 1595, l'empereur Rudolf prit aussitôt possession de ces objets et on retrouve le bol d'agate mentionné dans l'inventaire de sa collection de 1607.

p. 39
La base de l'organisation des objets de la Kunstkammer d'Ambras était fondée sur les matériaux, ce qui signifiait que les objets faits des mêmes matériaux étaient groupés ensemble dans des placards séparés. Selon ce système, le premier placard contenait des objets en or, le second en argent, le suivant en bronze et ainsi de suite. Ce principe de l'unité des matériaux était dérivé de l'histoire naturelle de Pline. Pline avait insisté sur le lien entre l'œuvre d'art et sa matière première. Malgré la connaissance générale de ces textes à la Renaissance, Pline n'avait aucun disciple au 15e siècle et au cours de la première moitié du 16e siècle.

Le plus important exemple d'une collection reprenant ce concept de l'unité des matériaux est le studiolo de Francesco de Médicis à Florence. Mais il ne partage avec Ambras que cette façon de classer les objets. Le studiolo était une petite pièce sans fenêtre ressemblant plus à un cabinet précieux qu'à un musée. Les portes des placards étaient fermées et on ne pouvait pas voir les objets. À Ambras la situation était complètement différente : la collection était disposée de chaque côté d'une grande salle sans décoration, de sorte que le regard du visiteur était dirigé sans distraction vers les objets dans les placards. Selon Scheicher, il semblait y avoir à Ambras une volonté de mettre en valeur les objets d'art. Cela se vérifie dans l'inventaire de 1596 où il est indiqué que 8 des 18 placards étaient peints d'une couleur spécifique de façon à harmoniser le fond avec les objets présentés devant eux : bleu pour les objets en or, vert pour ceux en argent par exemple. En plus de ces préoccupations esthétiques, on s'était assuré d'obtenir le meilleur éclairage possible en plaçant les rangées de placards au centre de la pièce en face des fenêtres. Cette façon de présenter l'art dans le but de satisfaire le regard du visiteur a été réalisée pour la première fois dans la cour de sculptures du palais du Vatican en1506 selon Scheicher qui cite Haskell et Penny à ce sujet. Et 20 ans plus tôt, Alberti discutait dans le quatrième chapitre de son neuvième livre sur l'architecture de la meilleure façon d'attirer l'attention des visiteurs pour la villa de Jules César.

p. 41
À la lumière de ces considérations, Scheicher affirme que la Kunstkammer d'Ambras ne semble pas du tout être un cas isolé dans l'histoire de l'évolution des musées. Toutefois, la façon de présenter la collection selon une méthode avant tout pratique (classement par matière) tout en ayant à l'esprit des considérations d'ordre esthétique (éclairage et mise en valeur des objets) se distingue des autres Kunstkammers caractérisées par la variété des objets et l'ampleur cosmologique.

L'auteur tente ensuite de comprendre ce que signifiaient les objets de la collection d'Ambras pour l'archiduc Ferdinand. Pour se faire elle s'attarde à décrire son contenu. Leur attribuait-il une quelconque valeur scientifique? L'auteur pense que non (pas de catalogue ni de listes de contenu) mais souligne que Ferdinand ne percevait pas non plus en eux une signification transcendante : il ne possédait pas de pierre de bézoard par exemple. Sa curiosité pour la nature ne constituait qu'une des facettes de ses activités de prince collectionneur qui attestait son intérêt pour l'universel.

Naturalia
Plantes, animaux, os, cornes, minéraux, corail noir et rouge : principaux objets (en nombre) parmi les naturalia. Malgré qu'il s'intéressait un peu aux naturalia dans leur forme première, Ferdinand était plutôt attiré par eux comme matériaux de sculpture, surtout lorsqu'ils préservaient quelque chose de leur forme originale naturelle = coraux sculptés en forme de figures mythologiques ou de bêtes.

Artefacta
Oeuvres ambiguës : considérées moitié naturalia, moitié œuvres d'art. Pièce démontrant l'habileté de l'homme à surmonter les difficultés inhérentes à la matière elle-même : pièces de bois et d'ivoires tournés.

Oeuvres d'art
Elles contrastent d'avec les artefacts anonymes par leur aspect unique. La plus célèbre œuvre d'art dans la Kunstkammer d'Ambras est la saliera de Benvenuto Cellini : cadeau de Charles IX de France à l'archiduc Ferdinand à l'occasion de son mariage avec Élizabeth : la fille du frère de Ferdinand, Maximilien.

Scientifica
La Kunstkammer d'Ambras contenait des scientifica : preuve de la capacité de l'homme à dominer la nature : automates, compas, astrolabes, horloges et montres remplissaient un placard à eux seuls peint de couleur " peau ".

Mirabilia
Cette catégorie englobait tout ce qui était anormal et hors du commun. Compte tenu du caractère rationnel de l'archiduc Ferdinand son intérêt se portait vers des objets dont la forme et la matière divergeaient de la norme plutôt que vers des objets auxquels on attribuait des propriétés fantastiques (exemple : pas de bézoards dans sa collection si recherchés par son neveu Rudolf). On trouvait plutôt le plus grand bol de bois connu, des jeux de cartes pour géants et pour nains, des portraits d'infirmes et de déformés.

Antiquitas
Pas d'intérêt pour les antiquités d'origines grecques ou romaines. Il ne gardait que des moulages du Laocoon avec ses sculptures contemporaines. L'intérêt de l'archiduc pour ce passé n'avait rien à voir avec les qualités esthétiques de l'objet ou sa curiosité historique. En fait, la valeur qu'il attribuait à un portrait ou à une armure était liée à l'association de sa famille à un événement mémorable. Sa collection de monnaies en est la preuve : il possédait la plus grande collection de monnaies dans l'histoire de sa famille. Au cours du 18e siècle sa collection de monnaies fut intégrée à la collection impériale à Vienne, ce qui rend impossible d'évaluer avec justesse ce à quoi celle ressemblait à Ambras au 16e siècle. Mais certaines descriptions, en particulier la Relation du Dr Charles Patin de 1673 prouvent que Ferdinand possédait une des plus grandes collections de son époque.

p.44
Exotica
Objets de provenance lointaine, d'outremer : Afrique du Nord, Asie et Nouveau Monde. Les plus célèbres : travaux de plumes pré-colombiens = preuve de l'assujettissement des populations du Nouveau Monde.

Tous les objets contribuaient à donner le caractère Kunstkammer à la collection de Ferdinand, tel un miroir du monde entier et de ses produits variés. D'après l'auteur, l'idée de présenter les objets selon un système fondé sur la matière négligeait l'idée d'évolution de l'univers et anéantissait la dimension cosmologique du tout.

Variokasten
Caisse (17e placard) placée délibérément au bout de la rangée contenant tous les matériaux dont leur nombre ne permettait pas de remplir un placard à eux seuls : jeux de cartes, objets ludiques (trick items) tels que les Schüttelkasten (shaking chest), objets faits de paille, textiles, etc.

Zwerchkasten
Les pièces dans cette catégorie sont toutes perdues aujourd'hui. Exemple : un morceau de corde utilisée par Judas pour se suicider ; une cocotte du cèdre avec lequel le temple de Salomon fut construit. Alors que le contenu disparate du Variokasten était regroupé ensemble pour des raisons pratiques uniquement (objet pas assez nombreux), le contenu du Zwerchkasten a été consciemment déterminé par les pièces individuelles qu'il contenait. L'auteur pense que le duc a voulu séparer les pièces plus sérieuses de sa collection de celles ayant une signification moins importante. La méthode adoptée pour leur présentation démontre l'inégalité, les différences dans l'importance des objets aux yeux du collectionneur.


p.45
À la page 45, l'auteur aborde la question de la provenance des objets : une grande partie des objets arrivés à Ambras provenait des héritages de Maximilien Ier et de son père Ferdinand I. L'auteur divise les provenances en trois catégories :
  • cadeaux
  • héritage
  • acquisitions personnelles de Ferdinand II


p. 46.
Elle analyse chacun des placards selon leur ordre de placement dans la salle.

Placard #1
Elle commence par celui contenant l'or et l'argent. C'est dans ce placard qu'on retrouve le plus grand nombre de présents : contenant en onyx, les gobelets de St-Michel et de Philippe de Bourgogne ainsi qu'une grande quantité de pièces de cristal milanais.

Placard #2
Dans le second placard, celui contenant les œuvres en argent, c'est là qu'on retrouve le plus grand nombre d'objets obtenus par héritage.

Placard #3
Hand stones : exclusivement des acquisitions.

Placard #4
Instruments de musique = acquisitions.

Placard #5
Mélange de cadeaux et d'acquisitions. Horloges + instruments scientifiques. Les automates : Glockenturmautomat et le Trompeterautomat proviennent de cadeaux du Duc Wilhelm de Bavière (beau-frère de Ferdinand) et il ne semble pas que Ferdinand ait acquis par lui-même ce type d'objets. Il en va tout autrement des horloges pour lesquelles il s'intéressait. Il en commanda plusieurs de Nikolaus Lanz entre autres et peut-être aussi la fameuse table clock de Jeremias Metzker.

Placard contenant les objets en bronze
Objets difficiles à identifier sauf l'Hercules florentin aujourd'hui au Kunsthistorisches Museum à Vienne.

Placard contenant les œuvres en verre, corail, bois et ivoire
Pour contenter son appétit pour les œuvres en verre Ferdinand les fit produire dans son atelier à la cour : le Glashûtte à Innsbruck qui produisit les montagnes, les gobelets et les représentations de scène de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi ques des scènes de la mythologie en verre. Ferdinand alla même jusqu'à engager des artisans originaires de Venise. Mais il était plus sensible à leurs capacités techniques qu'à leur originalité artistique.

Placard contenant les pièces en métal
Nombreux objets. Plusieurs de ces objets possèdent des points communs avec ceux du musée d'histoire de Dresde. L'auteur pense qu'ils proviennent peut-être de la même source (cadeau de l'Électeur de Dresde ?)

p. 47
On trouve une grande quantité de cabinets, la plupart en provenance d'Augsbourg, et des boîtes à bijoux. Malgré que la bibliothèque se trouvait logée dans 22 placards dans une grande salle au rez-de-chaussée du Konrschütt, il y avait aussi dans la Kunstkammer un placard contenant des livres = mélange d'acquisitions et de cadeaux :
  • Ambraser Liederbuch
  • Autobiographies de Freydal, Theuerdank, Weiskunig
  • Copie de l'histoire romaine de Tite-Live
  • Plusieurs ouvrages graphiques contemporains
Placard #9 : exotica
Ouvrages en plumes pré-colombiens (obtenus de son frère). Ferdinand avait obtenu certains objets exotiques du roi Philippe d'Espagne qui possédait selon l'inventaire de 1598 la plus grande collection d'art non-européen qui fut dispersée cependant aussitôt après sa mort.

Selon Scheicher, les acquisitions faites par Ferdinand venaient compléter sa collection de façon à la faire correspondre au concept de Kunstkammer universelle.

L'équilibre entre les différents éléments constitue l'une des principales caractéristiques de la collection d'Ambras de l'archiduc Ferdinand. Caractéristique qui contraste avec la Kunstkammer de Dresde dans les années 1580, qui, selon l'inventaire de 1587, comprenait un très grand nombre d'outils, d'instruments et d'objets tournés, mais très peu d'objets travaillés en pierre et de bijoux. Le conseil donné par Gabriel Kaldemarck en 1587 à l'endroit de l'Électeur Christian I identifie clairement cette lacune.

Une grande ressemblance en termes de forme et de contenu peut être observée entre la Kunstkammer d'Ambras et la collection bavaroise du duc Wilhelm V (beau-frère de Ferdinand) documentée par l'inventaire de Fickler en 1598. Points communs :
  • Vaste collection encyclopédique de type universel dans laquelle toutes les catégories sont également représentées.
  • Plusieurs groupes de pièces ou de pièces individuelles étaient liées par des origines communes (corail gravé, ivoire tourné, figure de l'ours représenté en chasseur). Ces recoupements sont dus aux liens qui unissaient les deux familles : Anna, la femme de Wilhelm V était la sœur de l'archiduc Ferdinand, à la proximité géographique des deux résidences et aux agents acheteurs communs à Munich et à Innsbruck : Jacopo da Strada entre autres.
La façon de présenter les objets dans les deux collections était complètement différente par contre. La collection bavaroise du duc Wilhelm V était rythmée par la présentation de pièces remarquables et il n'y avait pas de placards.

Conclusion
La particularité de la collection d'Ambras tient à sa façon esthétique de présenter les objets pour satisfaire le regard du visiteur. L'auteur affirme que : " This concept, based on prototypes of the Italian Renaissance, was novel and extraordinary in central Europe. It signified there the birth of the modern museum. "


5. The Habsburg collections in Vienna during the seventeenth century.
RUDOLF DISTELBERGER


p.51
Dans cet article, Distelberger traite du trésor de Vienne au 17e siècle. Selon lui, on accorde très peu d'importance dans la littérature au caractère spécifique des Habsbourgs de Vienne en tant que collectionneurs au 17e s. On perçoit cette période comme une période de consolidation des collections plutôt que comme une période d'acquisition. Cette perception est due à l'importance des collectionneurs comme l'archiduc Ferdinand II (1529-1595) et de l'empereur Rudolf II (1552-1612) qui ont fait ombrage à la génération suivante. Il est vrai aussi que la guerre de Trente Ans n'a pas favorisé un dévouement pour les arts aussi intense que celui dont a fait preuve Rudolf II.

Contrairement à la collection d'Ambras qui est demeurée majoritairement sur place au 17e siècle, celle de Rudolf II amassée au château Hradschin à Prague fut transportée à Vienne.

Il existait déjà avant 1553 à Vienne une Kunstkammer, dont on entendit peu parlé sous Rudolf II à cause du déménagement de la résidence impériale de Vienne vers Prague. Les trésors artistiques de son fondateur l'empereur Ferdinand I (1503-1564) furent partagés par ses fils :
  • l'empereur Maximilien II (1527-1576)
  • l'archiduc Ferdinand II (gouverneur de Bohème résidant à Prague a cette époque)
  • l'archiduc Karl II (1540-1590) : il fonda une Kunstkammer à Graz
La collection de Maximilien II connut le même sort à sa mort et ce n'est probablement que la part revenant à son fils Matthias qui demeura au Kunstkammer viennois, qui ne recommença à prospérer qu'à la mort de Rudolf II lorsque la résidence impériale fut à nouveau relocalisée sur les rives du Danube.

Rudolf II voulait éviter que les collections de la famille ne soient dispersées et vendues pour couvrir les dettes liées à la succession et c'est pour cete raison qu'il a favorisé une Kunstkammer commun et centralisé pour toute la famille. Après sa mort en janvier 1612 son fils Matthias a tenté de persuader ses autres frères d'accepter l'idée que les trésors amassés devraient être légués à l'aîné de la famille. Dans une lettre adressée à Maximilien III et datée de septembre 1612, il justifie son intention de mettre sur pied une Kunstkammer-trésor central pour honorer la volonté de l'empereur défunt et pour rendre hommage à la gloire de la Maison d'Autriche. À la lumière de ces intentions, on comprend pourquoi la Kunstkammer de Vienne fut renommé " Schatzkammer " et pourquoi il s'est développé de façon différente des autres collections du 17e siècle. Les Kunstkammer de l'archiduc Maximilien III (1558-1618), d'Albrecht VII (1559-1621) d'Ambras, de Graz et de Prague demeurèrent intacts. Seuls quelques objets de haute valeur furenet transférés de Prague vers Vienne.

p.53
Aucun rôle scientifique n'était attribué à la collection : celui-ci revenait plutôt à la bibliothèque royale qui contenait aussi la collection de monnaies. Deux inventaires forment les principaux repères permettant d'évaluer le développement de la Kunstkammer de Vienne au 17e siècle :
  • inventaire de 1619 par Matthias
  • inventaire du Shcatzkammer de 1750
Un peu plus lointoutefois, l'auteur affirme que ces inventaires sont perdus ? et qu'on doive se tourner vers des témoignages de divers visiteurs pour en savoir plus sur l'organisation du trésor de Vienne.

1621 et 1635 : Majoratstiftung : application du droit de primogéniture mis en place par l'empereur Ferdinand II (1578-1637) : les objets de valeur et les trésors de la famille doivent être légués au membre aîné de la famille : ils ne doivent pas tomber entre les mains de l'État ou du peuple = exemple de l'absolutisme en plein essor au 17e siècle qui suivit la Contre-Réforme et les guerres de religion et qui tinta l'orientation des collections à Vienne en particulier Ferdinand II et III qui reçurent une éducation jésuite favorisèrent énormément Dûrer au détriment de l'art à thème mythologique-érotique du 17e siècle.

Entre 1640 et 1642 : Ferdinand III (1608-1657) fit construire de nouvelles pièces adjacentes au Hofburg pour loger le trésor. Le lieur demeurera intact jusqu'à la fin du siècle.

Témoignages
  • Comte Guglielmo Codebò : ambassadeur de Modène à la cour de l'empereur Leopold I (1640-1705). Il a fait une longue description de la Kunstkammer au duc Alfonso IV datée du 16 août 1659.
  • Müller : chancelier de Saxe et de Weimar : il a visité le trésor en 1660 : compte rendu dans son journal de voyage publié ensuite par son fils Johann Joachim Müller en 1714 à Jena.
  • Edward Brown : Anglais. En 1668-1669, il voyagea en Autriche et dans l'Europe du Sud-Est. En 1677, il publia à Londres ses impression sur ce qu'il avait vu.
  • Description anonyme du trésor en 1677 découverte par Arnold Luschin von Ebengreuth en 1899.
p.54
Aux pages 54 à 57, l'auteur s'attarde à décrire la Kunstkammer et son contenu placard par placard : le visiteur entrait dans une première galerie de 62 pas de long par 17 de large. Sur le mur de droite face aux fenêtres se trouvaient 13 hauts placards sous une série d'arches. Chacun était décoré de belles peintures dans des cadres de bois imitant l'ébène. Ils étaient munis de double portes et couronnés par un aigle doré portant le monogramme de Ferdinand III sur la poitrine. Sur les placards se trouvaient des bustes païens et sur les murs entre eux étaient accrochées des peintures. Des tables étaient placées contre les murs où se trouvaient les fenêtres et sur ces tables on trouvait des cabinets finement travaillés contenant divers objets rares. Sous les fenêtres se trouvaient une rangée de portraits impériaux.

Placard 1
  • Surtout des pièces tournées en ivoire.
  • Pièces faites dans une corne de rhinocéros et de nacre
  • Coffret en agate
  • Pièce faite dans du corail (étagère du bas)
Placard 2
  • Pièces d'ivoire tournées
  • Statuettes et relief en ivoire
  • Boîte ronde sur laquelle se trouvait gravé, sculpté, la naissance du Christ supposément par Dürer : valeur : 30,000 Reichstaler = preuve encore une fois de la haute estime accordée à cet artiste. Les deux premiers placards ne contenaient presqu'exclusivement que des objets du 17e siècle acquis depuis Ferdinand II.
Placards 3-4
Objets provenant de collections plus vieilles : horloges et automates. Sur les portes du troisième placard étaient accrochées des peintures dont deux étaient suppésément des portrats par Dürer. Ces portes ne devaient donc pas être vitrées.

Placard 5
Oeuvres en argent : une aiguière (ancien vase à eau, muni d'une anse et d'un bec), des vasques (ou bassins) dont plusieurs provenaient sans doute de la Kunstkammer de Rudolf II et des œuvres en filigrane dont un mouchoir très fin fait par des ladiers qui suscitait une grande admiration. Ces articles de filigrane avaient été ramenés d'Espagne par l'impératrice Margaretha Theresa, la première femme de Leopold I. Objets estimés à 7000 couronnes d'argent.

Placard 6
  • Camées artistiques et modernes : entre autres le célèbre camée de Ptolémeé
  • Intailles (intaglios) : (pierre fine gravée en creux. L'intaille est gravée en creux et le camée en relief. Intaille qui sert de sceau, de cachet.)
  • Tableaux en "pietra dura" (art of carving precious stones in walls)
  • Pierres précieuses : entre autres le Gemma Augustea
  • Vases en agate et en jaspe.
Placard 7
  • Oeuvres en argent
  • Oeuvres de nacres
  • Tasses fabriquées dans des coquillages (nautile) : très à la mode
Placard 8
  • Objets en or



6. The collection of Rudolf II at Prague: Cabinet of curiosities or scientific museum?
ELIŠKA FUCÍKOVÁ


p.63
Fuciková se base sur la publication du texte de Bauer et Haupt (Das Kunstkammerinventar Kaiser Rudolfs II, 1607-11 publié dans le Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen in Wien 72) pour tenter de faire une évaluation globale de la nature et du caractère de cette collection ainsi qu'une étude détaillée de ses différentes parties.
Rudolf II collectionnait :

Artificialia
  • Peintures (excellentes selon Fuciková)
  • Sculptures
  • Objets d'artisanat occidental
  • Artefacts
  • Objets ethniques (outils, ustensiles, etc.) de l'Inde, Perse, Turquie, Siam, Chine et autres pays de l'Orient ainsi Amériques.
Naturalia
  • Extraordinaire collection d'oiseaux-mouches, colibris
  • Crabes
  • Homards
  • Coquillages
  • Conques
  • Objets archéologiques en provenance du site de Hallstatt
  • Défense de mammouth trouvée près de Prague
  • Fossiles
Les inventaires fournissent non seulement de bonnes descriptions des spécimen individuels mais aussi des informations sur leurs dimensions, les techniques fabrication et de décoration. Selon Fuciková, ces renseignements devraient permettre d'identifier les objets aujourd'hui disséminés dans les plus grands musées du monde.

Selon Fuciková, le fait que les inventaires énuméraient les spécimens individuels selon leur espèce et fréquemment selon leur emplacement indique clairement que la collection de Rudolf était ordonnée et systématique [discutable : l'ordre qu'on retrouve dans les inventaires ne constitue pas toujours le reflet exact de la façon dont était organisée la collection].

Selon Fuciková, l'emplacement des objets à l'intérieur même de la collection n'était pas fortuit. Les changements dans la collection étaient aussitôt notés dans l'inventaire.

p.64
Selon Fuciková, personne n'a étudié les questions d'apparence physique de la collection de Rudolf II : Dans quelles pièces les objets étaient-ils logés ? Comment étaient-ils disposés ? etc.

Fuciková a tenté de construire une hypothèse concernant la nature et le caractère de la collection de Rudolf. Son hypothèse est formulée sur la base d'une comparaison entre les inventaires de 1607-1611 (compilés du vivant de l'Empereur), de 1619 (Morávek, 1933) et de 1621 (Zimmermann, 1905). Ces deux derniers inventaires ne font plus référence aux spécimens hérités par les parents de l'Empereur ni à ceux déplacés à Vienne mais ils sont plus précis que le premier en ce qui a trati à l'emplacement des objets individuels. Cette comparaison a révélé que peu de changements ont été apportés dans l'organisation de la colleciton même si les objets les plus précieux étaient disparus. En 1621, la collection était demeurée inchangée par rapport à l'époque du vivant de l'Empereur. Fuciková retrace ensuite l'historique des collections de Rudolf II et des bâtiments qui l'abritèrent et énumère leur emplacement et leur contenu.

1580 : L'Empereur s'installe à Prague. Restauration des logements du palais situés dans l'aile sud du château Hradschin quelques années plus tard.

1587 : Exiguïté des logements : travaux de construction du Sommerpalast. Les salles de réception du palais abritèrent les collections pendant de nombreuses années.

1589 : Construction du Gangbau, une structure longue et étroite de deux étages construite contre les fortifications romanes originales du château. Construction également des vastes étables cette même année. Une grande salle connue sous le nom de la salle espagnole et destinée à recevoir la collection de peintures fut construite au-dessus des étables.

1596 : Carrelage de la salle espagnole.

1597 : Les lambris du plafond complétés : Paul Vredeman de Vries et son fils Jan les décorent à ce moment.

1600-1606 : Commencement d'une nouvelle construction à deux étages : le Neubau : deux fois la largeur de la salle espagnole à une grande distance des étables. Elle contenait la vaste salle "New Room". Ces constructions constituent l'aile ouest du palais dont la principale fonction était de recevoir la collection de l'Empereur.

p.65
Lorsque le Français Esprinchard visita la collection en 1597 elle était toujours logée dans l'aile sud, apparemment trop petite et inappropriée. La collection a probablement été déménagée dans les nouvelles salles en 1605 ou 1606. Les plans originaux des logements de Rudolf et des salles abritant sa collection n'existent plus. Les pièces furent réaménagées plus tard lors d'une reconstruction du château.

La Kunstkammer qui abritait la collection de naturalia et d'artificialia (d'après les inventaires de 1619 et de 1621) était logé dans trois salles en voûte formant le devant (vordere) chacune de 5,5 m de large, d'un peu plus de 3 m de haut et tout ensemble ayant 60 m de long. L'immeuble de la Tour Mathématique séparait ces salles de la salle principale de la Kunstkammer, une salle au plafon plat équivalente en largeur en en hauteur au vordere Kunstkammer et d'une longueur d'environ 33m. L'entrée de la Kunstkammer se faisait par la salle espagnole et ensuite on y accédait par un étroit corridor à travers la "New Room". Au-dessus de la Kunstkammer se trouvait la galerie de peintures, divisée également en deux par la Tour Mathématique. Le long du mur plein de la Kunstkammer et du vordere Kunstkammer se trouvaient des placards simples et doubles contenant : globes, sculptures et grands vases. Sur le mur opposé, celui où se trouvaient les fenêtres, il y avait des tables et des coffres entre les fenêtres sur et sous lesquels étaient placés des globes, des sculptures, des miroirs, des coffrets, des secrétaires, etc. Une longue table verte placée au milieu de la Kunstkammer présentait des horloges, des instruments de musique, des automates, des vases de pierres précieuses, etc. Il n'y avait pas d'espace libre sur et autour de la table. Elle était entourée de coffres, de petites tables et de cabinets. Les inventaire de 1619 et 1621 font tous état que la Kunstkammer contenait 20 placards (confirmé par celui de 1607-1611). L'information à propos des trois salles de la vordere Kunstkammer n'est disponible que dans les deux invetaires plus tardifs. Il contenant 17 placards, 6 dans la première salle (esrtes Gewölbe) et 6 dans la troisième (drittes Gewölbe).

p.66
En comparant ces trois inventaires Fuciková s'est rendue compte que l'inventaire de 1607-1611 ne répertoriait que les objets de la Kunstkammer (le nombre de placards que celui-ci contenait, 20, était le même dans les trois inventaires). S'il y a eu un inventaire séparé pour la vordere Kunstkammer il ne s'est pas rendu jusqu'à nous. Fuciková estime que la collection de naturalia et d'artificialia devait avoir deux fois la taille de la Kunstkammer répertorié en 1607-1611.

p.67
À la page 67, Fuciková mentionne qu'en 1966 Erwin Neumann prouva à partir de l'inventaire le plus récent découvert que la collection de Rudolf n'était pas un simple cabinet de curiosités. Elle représentait plutôt une collection systématique d'objets divers provenant des différents domaines de la nature, de l'art et du savoir. Dans ses Remarks on the collections of Rudolf II : the Kunstkammer as a form of representatio, Thomas Da Costa Kaufmann suggéra plus tard que la Kunstkammer de Rudolf joua un rôle en diplomatie. Son contenu est organisé soigneusement selon un système de correspondance. Kaufmann croit qu'on peut interpréter la Kunstkammer de Rudolf comme l'expression de sa maîtrise symbolique du monde entier.

Fuciková établit un lien entre l'organisation des collections de Rudolf et celui des musées universels du XIXe siècle dont certains ont subsisté jusqu'à nos jours dans des villes de provinces ou des villages. Dans ces derniers on retrouvait des échantillons de toutes sortes de choses qui représentaient le monde habité d'objets manufacturés par l'homme et des spécimens provenant de la nature et des choses prodigieuses. En l'absence de règles de sélection, ces musées présentaient tout ce qu'ils avaient eu la chance d'acquérir. Même si les possessions des musées étaient organisées selon certains principes, la pluaprt des visiteurs en étaient inconscinets et défilaient le long de ces expositions en ne voyant qu'une succession de différentes facettes d'une même image en constant changement. Selon Fuciková, il en va de même pour les collections de Rudolf qui, malgré qu'elles aient été arrangées systématiquement, demeurent pour un chercheur moderne une énigme dont il est très dificile d'identifier les principes d'organisation.

p.68
À propos de la présentation des objets Fuciková prétend que la collection de Rudolf n'était pas destinée au grand public mais limitée à quelques initiés qui savaient comment en faire usage : aucun objet dans les placards n'était présenté de façon spectaculaire. Même si la collection de l'Empereur n'était pas un cabinet de curiosités telle que caractérisée par Julius von Scholosser, les raretés de toutes sortes formaient une partie indissociable de celle-ci, comme dans les musées universels du XIXe siècles. Fuciková suppose que les diverses curiosités dans la collection de Rudolf servaient à divertir et à amuser tout en fonctionnant comme des exemples de la volonté divine ou satanique et de créativité dans ce theatrum mundi. La collection de Rudolf servait à exprimer sans aucun doute ses aspirations politiques et de pouvoir de même que ses intérêts personnels. Sa collection de bois d'animaux montre bien cela : certains étaient des curiosités (comme les bois de deux cerfs imbriqués l'un dans l'autre ou d'autres encore déformés par des maladies) alors que les autres étaient des trophées de chasse tués par l'Empereur lui-même. Rudolf présentait donc le témoignage de ces prouesses de chasses à côté de pièces d'art acquieses pour sa collection.

La collection de Rudolf ne formait pas simplement un étalage statique pour plaire au regard : c'était également un "organisme vivant". Selon Fuciková, plusieurs pierres précieuses, coquillages, cornes, etc. y étaient rangés non seulement à cause de leur forme inhabituelle ou de leur matière rare ou de leur origine lointaine, mais aussi en attente d'être utilisés par des artisans de la cour pour qu'ils en fassent des artefacts qui retrourneraient ensuite dans la Kunstkammer. Même les restes de matériaux utilisés pour faire des artefacts étaient retournées dans la Kunstkammer en attente d'une réutilisation future. Les objets inachevés par les artisans étaient également retournés à la Kunstkammer, peut-être parce que l'artisan était décédé et que l'on attendait de trouver un remplaçant habile pour le compléter. Autre exemple : des vases de pierres précieuses ou des noix décorées qui arrivaient dans la collection en tant que produits partiellement manufacturés étaient remis à des bijoutiers pour en faire des pièces plus élaborées.

La collection de l'Empereur constituait une source d'apprentissage et d'inspiration pour les artistes de la cour. Les peintres des scènes religieuses y étudiaient les oeuvres de Dürer, Bruegel, Clerck et Bols. Les peintres de scène religieuses et mythologiques y scrutaient des dessins et des gravures des grands maîtres de la Renaissance italienne et du maniérisme. Lorsque Adrian de Vries fut mandaté pour exécuté le portrait de Rudolf II, il s'inspira du schéma du buste de Charles V par Leoni qui se trouvait dans la collection de l'Empereur. Fuciková mentionne qu'elle ne désire pas suggérer avec ces exemples que la Kunstkammer de Rudolf et sa galerie étaient accessibles librement. L'Empereur y avait son bureau et y passait beaucoup de temps : il n'aurait probablement pas toléré d'être dérangé par des étrangers. Mais les invités de l'Empereur au sens artistique développé qui étaient capables d'apprécier sa collection n'y étaient sûrement pas exclus.


7. 'His majesty's cabinet' and Peter I's Kunstkammer
OLEG NEVEROV


p.71
Le texte de Neverov ne constitue qu'un survol sur l'historique et ce que contenait le cabinet de Pierre le Grand. La Russie du 17e siècle n'a pas été insensible au phénomène des cabinets de raretés ou Kunstkammer qui était répandu alors dans toute l'Europe. On retrace les premières collections du genre en Russie dès le 16e siècle :
  • Tsar Ivan le Terrible (1530-1584).
  • 17e siècle : Tsar Alexius (règne : 1654-1676). Le tsar Alexius aurait payé 100 ducats d'or à un voyageur hollandais qui lui aurait prouvé que sa corne de licorne provenait d'un mammifère marin et non d'un poisson. Information provenant de Osip Beljaev, 1800, Kabinett Petra Velikogo, Otdelenie, St-Petersburg.
  • 18e siècle : Princesse Dashkov
Mais c'est Pierre 1er Alexeïevitch, dit Pierre le Grand (1672-1725) qui apporta le plus de vigueur à ce type de collections. Fils du tsar Alexius dont il hérita la collection qu'il fit transférer de Moscou à St-Petersbourg en 1714. Son intérêt pour les raretés de la nature s'est manifesté alors qu'il était à l'étranger en 1697-1698.

p.72
Il visita les collections de Jacob de Wilde, Frederic Ruysch, Nicolas Chevalier ainsi que le théâtre d'anatomie de Leiden aux Pays-bas et la Kunstkammer de l'Électeur de Saxe à Dresden.

Le tsar établit sa première collection d'histoire naturelle au département apothicaire de Moscou. Son médecin personnel, Aryeskin fut nommé responsable. Initialement, la collection de Pierre le Grand était essentiellement privée. Johann Schumacher fut nommé libraire et responsable des raretés. À ce moment, sa collection comprenait des animaux exotiques, des monstruosités physiques, des spécimens d'anatomie, des bras, des cadeaux d'ambassadeurs, des raretés ethnographiques.

Après 1714 : capitale transférée de Moscou à Saint-Pétersbourg. Le cabinet de sa Majesté fut transféré au Palais d'été de Pierre le Grand.

1714 : Institution du premier musée public : la Kunstkammer de Saint-Pétersbourg : " I want people to look and learn " (Pierre le Grand).

1715 : Collection accrue par la célèbre collection sibérienne : cadeau de Nikita Demidov à l'épouse de Pierre le Grand, Catherine I : collection d'or scythe.

1716 : Nouvelles acquisitions : cadeaux du gouverneur de Sibérie, Matthew Gagarin : centaine d'objets similaires à ceux donnés par Demidov.

p.73
1718 : Daniel Messerschmidt est envoyé en expédition en Sibérie pour chercher des curiosités et diverses raretés. Tout ce qu'il a rapporté est entré dans la Kunstkammer.

1719 : ouverture officielle du musée logé tout d'abord dans l'hotel particuler Kikin près du Palais Smolny. Pour son nouveau musée, le tsar avait rapporté des collections entières lors de son second voyage à l'étranger : collection de Albert Seba, apothicaire d'Amsterdam, collection de l'anatomiste Frederic Ruysch d'Amsterdam et la collection du médecin allemand de Danzig, Gottwald.

1711 : Pierre le Grand envoie son libraire Johann Schumacher dans les villes européennes les plus importantes pour visiter les musées publics et privés des érudits afin d'observer jusqu'à quel point le musée de Pierre le Grand différait de ceux-ci et pour combler ses lacunes. Il rapportera des lampes, des pierres et des coquillages gravés de chez Nicolas Chevalier d'Utrecht.

1718 : Fondations du bâtiment qui logera le nouveau Kunstkammer mis en place sur l'île Wassilewsky près des principaux édifices gouvernementaux.

1728 : À cette date les collections de la Kunstkammer furent transférées dans le nouvel édifice ainsi que les raretés qui étaient gardées dans le cabinet personnel du tsar.

1734 : Édifice complété. Les plans de Pierre le Grand d'embellissement par des sculptures ne furent jamais exécutés. Les niches vides devaient recevoir des statues représentant la science, le patriotisme et le sentiment humanitaire.

Années 1730 : Prépartifs en cours pour publier un catalogue complet et illustré des collections de la Kunstkammer. Des centaines d'aquarelles furent réalisées par des artistes membres de l'Académie de gravure.

1741 : Un premier catalogue de deux tomes est publié en latin mais sans les illustrations.

1747 : le 5 décembre, un incendie détruisit plusieurs dessins et gravures pour le catalogue ainsi que plusieurs plaques de cuivre. Celles qui ont subsisté et qui sont aujourd'hui réparties dans les divers musées de Leningrad ont permis de donner une bonne idée des raretés perdues lors de l'incendie ou celles disparues des années plus tard.

p.75
Aux pages 74 à 76 l'auteur décrit certains objets de la collection de Pierre le Grand :
  • coupe en or ornée de camées (cadeau du roi du Danemark en 1716).
  • statue de Priape (aujourd'hui à Dresden)
  • clé en argent (cadeau du gouverneur de la ville de Derbent)
  • coupe fait dans une noix de coco (cadeau de son médecin Aryeskin)
  • dague de parade de la Renaissance
  • tabatière en noix de coco
  • tabatière en or
  • tête de Pierre Ier avec ses sept compagnons en cire
  • deux jarres en verre (contenant les têtes coupées des amants exécutés de Pierre Ier.
  • peintures, sculptures, reliefs, objets de cire, de plomb, de bronze, de plâtre, médailles romaines.
  • galerie connue sous le nom de "l'atelier de l'Empereur" comprenait des objets faits au burin et tournés par Pierre Ier : coquillage étrange, reliefs en ivoire représentant Énée, ambre en forme de coeur, etc.
  • la section la plus originale de sa collection comprenait des trésors archéologiques provenant de sites funéraires anciens sibériens. Montfaucon les fit connaître aux savants du 18e siècle après en avoir entendu parler en 1721 par Schumacher.
  • Les pierres précieuses, les métaux, les pierres gravées et les médailles étaient placées dans une section spéciale de la Kunstkammer. Le clou de cette collection était celle appartenant auparavant à Johann Lüders de Hambourg. Schumacher avait acheté les monnaies d'or et d'argent de ses héritiers en 1721 et en 1738 les monnaies de bronze furent acquises aussi.
1724 : la gestion de la Kunstkammer passe aux mains de l'académie des sciences de Saint-Pétersbourg : on sépara les raretés de la nature (naturalia), les raretés exécutés avec art et les antiquités.
  • Le catalogue de 1741, malgré ses lacunes, donne une bonne idée de l'organisation systématique des collections :
  • spécimens anatomiques et moulages
  • illustrations d'embryons
  • monstres
  • animaux divisés par classes, plantes, minéraux p.77

  • section des objets fabriqués par l'homme : outils, équipement des artisans, collections ethnographiques, vaisselle de Chine.
  • section contenant les objets en or, en argent, les pierres précieuses et les monnaies.
  • section à part : peintures en couleur délayées dans l'huile subdivisées en représentation du visage, groupes, peintures symboliques, paysages, natures mortes. Autre subdivision : gouaches, aquarelles et dessins de Sybilla Merian (Maria Sybilla Merian - 1647-1717, peintre et entomologiste d'origine allemande).
Il est ensuite question de la décoration et de la présentation : Mary Gsell, une artiste, est responsable de la décoration. Exemple de présentation : celle des objets anatomiques suivait le modèle de leur premier propriétaire, Frederic Ruysch : la juxtaposition audacieuse de crânes et de monstres de toutes sortes d'animaux était voulue pour mettre l'emphase sur l'extraordinaire et le merveilleux dans la Kunstkammer.

Une des spécialités du musée de Pierre le Grand était la présentation d'êtres vivants :
  • un jeune hermaphrodite (qui s'enfuit plus tard de la Kunstkammer)
  • les monstres Foma, Jakob et Stepan qui servaient également de chauffeurs. Foma n'avait que deux doigts par main et deux orteils par pied. Après sa mort Pierre le Grand le fit empailler et placer dans la Kunstkammer à côté du géant Bourgeois.
Il y avait également une galerie spéciale de personnages en cire (qui compta aussi le tsar après sa mort ainsi que son chien et son cheval Lisetta) et des sécimens de taxidermie.

Comme la plupart des collections datant des 17e et 18e siècles, les collections de Pierre le Grand ne se sont pas rendues jusqu'à nous dans leur état original. L'auteur mentionne l'aversion de Catherine II pour le type de collection dite universelle qui lui semblait être un anachronisme. Elle n'hésitat pas à détruire certains objets de la collection de Pierre le Grand même si elle avait beaucoup d'estime pour le personnage. Au 19e siècle, plusieurs des objets de la Kunstkammer furent transférés à l'Arsenal de Tsárskoye Seló (en 1851) et au musée de l'Hermitage (en 1857, 1859 et 1894). C'est grâce aux illustrations qui ont subsisté, aux descriptions manuscrites de l'époque de Pierre le Grand et au catalogue imprimé de 1741 que l'on a pu reconstruire chaque détail du premier musée universel russe.


8. The Basle cabinets of art and curiosities in the sixteenth and seventeenth centuries
HANS CHRISTOPH ACKERMANN


p.81
Ackermann propose un survol des collections d'art et de curiosités des bourgeois humanistes de la ville de Bâle aux 16e et 17e siècles. Le désir de rassembler des oeuvres d'art et des curiosités à Bâle émanerait selon lui du cercle d'humanistes gravitant autour d'Érasme de Rotterdam. Érasme est mort en 1536 à Bâle. L'auteur écrit que l'héritage d'Érasme serait à la base de la formation des 23 musées actuels de la ville. Son héritier est Bonifacius Amerbach (1495-1562), un juriste de l'université de Bâle. Il était le fils du graveur Johannes Amerbach (1430-1513) qui fut le précurseur du célèbre Johann Frobenius, le graveur des oeuvres d'Érasme. Bonifacius lui-même ne possédait pas l'esprit d'un collectionneur mais il hérita de son père entre autres de gravures italiennes, probablement de quelques esquisses par Dürer, d'une dague magnifique en argent munie d'une poignée de chalcedony (terme qui désigne plusieurs variétés de quartz : onyx, agate, bois prétrifié, ambre, etc.).

En 1536, il hérita des biens d'Érasme :
  • une partie de sa bibliothèque
  • vaisselle d'argent
  • monnaies et médailles offertes à Érasme par des personnalités importantes
  • la chevalière d'Érasme (bague faisant office de sceau, de cachet)
  • son couteau de table
  • sablier
  • et divers autres objets dont probablement un dessin de l'ami d'Érasme Sir Thomas More par Hans Holbein.
Pour conserver précieusement son héritage, Bonifacius Amerbach se fit construire un cabinet, fabriqué en 1539 (aujourd'hui conservé au Historiches Museum Basel) et qui représente le noyau des musées de Bâle. Les activités de collectionneur de Bonifacius se limitèrent à préserver son héritage. Il fit tout de même faire son portrait par Hans Holbein en 1519... (au Kunstmuseum de Basel).

82.
Le véritable collectionneur et fondateur du cabinet connu sous le nom d'Amerbach est Basilius Amerbach (1533-1591), le fils de Bonifacius. Comme son père il étudia le droit à Bâle, à Tübingen, Padoue et à Bologne où il reçut son doctorat. De Bologne il visita toute l'Italie : Venise, le nord de l'Italie, Rome, Naples où il fut fortement marqué par les antiquités romaines. Après des voyae en France et en Allemagne, il retourna à Basel en 1560. Il accumule les postes honorables : professeur, chancelier de l'université, conseiller légal pour plusieurs nobles de l'étranger. Il marie Ester Rüedin en 1561 avec qui il a un fils, Basiliolus. Après leur mort en 1562 il transfèra toute sa passion dans la collection d'un cabinet d'art et de curiosités selon Ackermann.

À la mort de son père, il hérita d'environ 500 objets dignes d'un cabinet d'art. Son plus vieil inventaire qui nous soit parvenu recense 4 103 objets. L'inventaire de 1586 liste 67 peintures, 1 900 dessins, 3 900 gravures sur bois et gravures, plus de 2 000 monnaies et médailles et une vaste bibliothèque.

83.
De nombreux autres objets sont également mentionnés : les instruments de musique et 770 pièces d'orfèvrerie. Basilius Amerbach tenait des registres très précis de ses acquisitions de sorte qu'aujourd'hui en se référant au registre laissé par son nevue et héritier Ludwig Iselin on peut suivre année après année les dépenses liées à la collection. Entre 1563 et 1591, année de sa mort, Basilius dépensa en tout £2 300 en trente ans pour sa collection dont £700 furent dépensés entre 1576 et 1578. Amerbach était particulièrement intéressé par l'acquisition d'ateliers complets et de tout leurs biens, ce qui explique sa grande collection d'orfèvrerie. Les achats furent rendus possibles par les fréquentes pestes qui décimèrent la ville de Bâle. Son intérêt pour l'artisant était si fort qu'il a même tenté de mouler lui-même certains de ses objets.

Après la mort de son père, Amerbach emménagea dans la résidence familiale Zum Kaisersthul sur la rive droite du Rhin. Vers 1580, il fit construre par Daniel Heintz une salle voûtée pour loger sa collection. De nouveaux cabinets furent fabriqués selon ses propres directives par Mathis Giger I. Un d'entre eux se trouve aujourd'hui au Historisches Museum de Basel. 45 peintures étaient accrochées sur les murs de la salle dont entre autres le portrait de famille de 1528 par Holbein et la "Résurrection" par Albrecht Altdorfer (1527). Sa collection comprenait aussi :
  • 160 dessins par Urs Graf
  • 56 dessins et les deux cahiers d'esquisses célèbres de Holbein le Vieux.
  • 104 dessins de Holbein le Jeune
  • 84 dessins et deux cahiers d'esquisses de Niklaus Manuel Deutsch
  • Médailles de la hautre Renaissance italienne acquises de la collection de Ludovic Demoulin de Rochefort (médecin personnel de Marguerite le Valois et plus tard du Duc de Savoie)
  • Merveilles de la nature : fossiles, pierres précieuses, ambre, etc.
En plus de son activité de collectionneur, Amerbach s'adonna à des fouilles archéologiques sur les ruines romaines de Augst.

84.
Après la mort d'Amerbach, sa collection passa aux mains de la famille Iselin. En 1661, le cabinet fut menacé d'être vendu à l'étranger. Sous l'instigation de Remigius Faesch et du maire de Bâle, Johann Rudolf Wettstein, le conseil de Bâle décida d'acheter le cabinet d'Amerbach pour 9000 thalers le 20 novembre 1661 et de le rendre accessible au public en tant que propriété de l'université. Cela constitue d'après Ackermann la première collection publique à être achetée par une ville et dont les origines ne proviennent pas d'une collection princière.

Les activités de collectionneur de Basilius Amerbach dans la seconde moitié du 16e siècle ne furent pas isolées mais plutôt accompagnées d'une recrudescence d'entreprises similaires par de nombreux autres collectionneurs amis d'Amerbach. À partir d'ici, Ackermann nous informe sur ces collectionneurs.

LUDOVIC DE ROCHEFORT
Il vint à Bâle de Savoie et sa collection nous est parvenue par le cabinet d'Amerbach. Malheureusement en ce qui concerne les autres collections peu de choses nous sont parvenues. On connaît leur existence par les récits des voyageurs et par les notes personnelles des collectionneurs eux-mêmes.

FELIX PLATTER (1536-1614)
Après le cabinet de Amerbach, c'était sans doute la collection la plus importante de Bâle. Hanc Bock fit un portrait de ce médecin. Son cabinet était riche en curiosités naturelles amassées lors de ses nombreux voyages et par des échanges avec d'autres savants. Il acquit un partie de la succéssion de Conrad Gesner de Zürich dont il avait annoté personnellement les dessins colorés. À la bibliothèque de l'université de Bâle se trouve deux volumes de ces peintures qui ont été malheureusement coupées au 18e siècle et collées dans des albums de collectionneurs.

En plus des curiosités naturelles, Platter collectionnait également :
  • des monnaies
  • des objets d'art antiques et contemporains
  • il possédait 88 peintures de grand format (Amerbach n'en avait que 67)
  • des exotica : en particulier des vêtements et des artefacts des Indiens de l'Amérique du Nord.
  • des curiosités : mandragores, monstres, animaux vivants
  • des intruments de musique (il était lui-même un musicien talentueux : luth)
Sa collection était logée dans la grande maison connue sous le nom Zum Samson, décrite par Michel de Montaigne en 1580 comme " la plus peinte et enrichie de mignardises à la française qu'il est possible de voir ; laquelle le dit médecin a bâtie fort grande, ample et somptueuse. "

85.
THEODOR ZWINGER (1532-1588)
Autre cabinet important dont nous ne savons presque rien. Beau-frère de Basilius Amerbach.Professeur de grec, d'éthique et finalement médecin à l'université de Bâle. C'est grâce à lui et à Felix Platter que Bâle posséda déjà au 16e siècle un théâtre d'anatomie. Son portrait peint par le très en demande à l'époque Hans Bock se trouve au Kunstmuseum Basel. Tout ce que nous savons sur sa collection c'est qu'en 1706 ses descendants possédaient une collection de 1600 gravures et peintures.

86.
ANDREAS RYFF (1550-1603)
  • marchand de soie et homme d'État
  • il écrivit une histoire de la confédération suisse
  • connu pour son rôle dans la guerre Rappenkrieg entre Bâle et les régions dépendantes avoisinantes.
Rien ne subsiste de sa collection sauf un cabinet datant de 1592 au Historisches Museum de Bâle.

REMIGIUS FAESCH (1595-1667)
Le musée de Faesch est aussi important que le cabinet d'Amerbach pour les musées de Bâle parce qu'il a été intégré à leurs collections en 1823 selon le désir de son fondateur. Remigius Faesch provient d'une des familles les plus importantes de Bâle d'où sont issus plusieurs maires, orfèvres et tailleurs de pierre. Un de ces ancêtres était le maire de Bâle Jakob von Meyer Zum Hasen qui fut l'un des premiers à encourager le jeune Hans Holbein qui fit plusieurs fois son portrait et celui de sa femme.
  • Juriste lui aussi
  • 1620-1621 : voyage en Italie
  • Professeur à la faculté de droit
  • Conseiller légal du duc de Wüttemberg et du margrave de Baden.
  • Pas d'ambition politique et célibataire : il a donc pu se consacrer entièrement à son activité de collectionneur.
  • Intéressé surtout par la peinture (en particulier allemande)
  • Deux inventaires de sa collection d'oeuvres graphiques : 1641 et 1648
  • 1823 : sa collection devient la propriété de l'université : 8 322 oeuvres.
  • Meuble-cabinet préservé au Historisches Museum : fabriqué en 1619
  • Le musée Faesch occupait une vaste maison sur le Petersplatz près de la résidence Platter. Bibliothèque au rez-de-chaussée et cabinet à l'étage.
  • Curiosités et merveilles naturelles étaient également présentes.
Conclusion de l'auteur :
Ackermann a tenté de montrer que les collections de Bâle ne devaient pas être perçues comme des phénomènes individuels mais plutôt comme faisant partie de la tradition humaniste qui était à cette époque très forte parmi les membres de la bourgeoisie de Bâle. Des développements similaires sont survenus dans plusieurs autres villes germaniques : à Augsburg et à Nürnberg entre autres.


9. Elector Augustus' Kunstkammer, an analysis of the inventory of 1587
JOACHIM MENZHAUSEN


p.91
  • Augustus (Freiberg, 1526-Dresden,1586) : Auguste 1er, dit le Pieux. Électeur de Saxe. Il passa du calvinisme au luthéranisme avec une égale intolérance et persécuta les partisans de Melanchthon. Il sut cependant donner à la Saxe une nouvelle impulsion (Robert II.)
  • La Kunstkammer de Dresden serait le second du genre au Nord des Alpes.
  • Fondé vraisemblablement en 1560.
  • Situé au 4e étage de l'aile ouest de la Residenz
  • Kunstkämmerer : Tobias Beutel (suivit de David Uslaub ?)
  • Premier inventaire rédigé en 1587.
  • Constitué de sept salles : Selon l'auteur il y aurait une hiérarchie de l'importance des objets selon leur emplacement : les objets les plus importants se trouvaient dans la première salle et les moins importants dans la dernière. Dans la première salle ontrouvait entre autres :
  • items rares et précieux comme une corne de licorne, le célèbre minerai colombien d'émeraudes, des pièces de cristal dont une boule de cristal pour prédire l'avenir
  • peintures (environ 90) : surtout des portraits : dans l'ordre : les 12 Empereurs romains, des représentations d'Auguste et de sa femme et des dirigeants contemporains.
  • ce n'est que dans cette première salle qu'Auguste présenta des objets naturels (18 objets).
p.94
Le groupe d'objets de loin le plus important dans la collection était formé par les outils. Il y en avait 7 353 soit 75% de toute la collection. On les trouvait dans toutes les salles, ordonnés selon la profession qu'ils représentaient. La plupart étaient rangés dans des tiroirs de secrétaires, des coffrets et de cabinets. Les plus grands étaient accrochés aux murs ou déposés sur des tables. Les outils et les meubles étaient normalement fabriquées par des artisans bien connus du milieu princier.

Beaucoup d'emphase était mise sur les instruments chirurgicaux dont la plupart se trouvaient dans la première et la troisième salle. Il en va de même pour les instruments de géodésie qui occupaient les places les plus en vue dans les premières et deuxièmes salles. Plusieurs plans et cartes géographiques en particulier des territoires Saxes étaient accrochées dans toutes les pièces.

Les armes étaient également importantes dans la collection. Il y avait plusieurs outils et instruments associés à elles ainsi que des plans et des dessins de forteresses, de sièges. On trouvait aussi beaucoup d'objets en rapport avec la chasse : armes spéciales, sifflets, peintures, trophées, moulages de plâtre de traces d'animaux domestiques et sauvages, cannes à pêches. Menzhausen remarque que les outils et les instruments se retrouvent avec leurs produits (exemples : caractères d'imprimeries avec les timbres et les livres; tours et leurs outils avec les pièces tournées en ivoire). Menzhausen remarque aussi que ce sont les objets qui intéressent le plus la cour qui se retrouvent dans la collection. Par exemple, importance de la chasse dont le produit, la viande, est la base de l'alimentation de la cour. Autre exemple : La collection d'outils ne couvrait par tous les métiers contemporains. Sa composition semble avoir été déterminée par un mélange d'intérêt personnel et professionnel.

p.96
Intéressant, à la page 96 Menzhausen fait un petit tableau présentant le pourcentage qu'occupait chaque catégorie d'objets dans la collection :

Outils 7 353 75%
Instruments scientifiques et horloges 442 4,5%
Livres 288 3%
Pièces d'ivoires tournées 271 2,5%
Peintures et sculptures 135 1,5%
Naturalia (trophées, coraux, coquillages, échantillons de bois exotiques) 100 1%
Meubles 80 1%

Selon l'auteur, la Kunstkammer d'Auguste était différent et innovateur comparé à d'autres collections. Menzhausen tente d'expliquer les raisons du développement d'une telle collection, unique pour l'époque. La collection serait une des mesures de stabilité promues par Auguste pour encourager l'éducation à l'intérieur de la famille princière et pour améliorer les arts et l'artisanat dans la province. Ce n'était pas un musée dans le sens strictement d'exposition d'objets mais plutôt une collection de travail. Il y avait partout dans la Kunstkammer des endroits pour y travailler et plusieurs objets de la collection furent tournés par l'Électeur et son fils.


10. The Munich Kunstkammer, 1565-1807
LORENZ SEELIG


p.101
L'auteur traite tout d'abord de l'histoire de la Kunstkammer de Munich.
  • 1565 : Décret rédigé par le Duc Albrecht V et sa femme Anna qui déclarait 19 objets de valeur comme étant un héritage royal inaliénable devant rester entre les mains de la famille pour toujours. Ces objets devaients demeurés dans le Silbertrum der Neuveste.
  • Samuel Quiccheberg, conseiller artistique du duc Albrecht V d'origine flamande,mentionne la Kunstkammer pour la première fois en 1565 dans ses écrits sous le l'appellation de Theatrum ou Theatrum Sapientiae.
  • 1568 : construction de l'Antiquarium destiné à recevoir les sculptures antiques et pseudo-antiques, en particulier des bustes. Situé entre le Neuveste et la Kunstkammer.
  • 1571 : le premier étage du même édifice est terminé et loge la bibliothèque royale.
  • L'édifice prévu pour la Kunstkammer était situé entre l'Alter Hof et le Neuveste. Plans dessinés par Jakob Sandter. Complété en 1570.
  • À cette époque la Kunstkammer pouvait être visité. Exemple : sur recommendation du marchand Max Fugger et du spécialiste en numismatique Adolf Occo, le géographe Abraham Ortelius et le peintre Georg Hoefnagel reçurent la permission de visiter la Kunstkammer pendant deux jours. Le Duc ouvrait donc sa Kunstkammer pas seulement qu'aux princes et aux ambassadeurs mais aussi aux artistes et aux érudits.Cette ouverture fut maintenue sous Wilhelm V mais fut restreinte plus tard. En 1611 d'après Philipp Hainhofer, plusieurs objets avaient été volés et l'accès fut réduit.
Seelig propose ensuite une reconstitution schématique de la Kunstkammer. Le plan est inspiré d'un dessin signé de Gärtner de 1807 auquel l'auteur a incorporé des informations provenant des inventaires de Fickler de 1598 et de Hainhofer de 1611.
  • Livres.
  • Arts graphiques.
  • Tête de veau difforme ; statuettes en terracotta ; Marsyas (?) et Actaeon.
  • Livres ; cartes ; représentations graphiques d'anormalités.
  • Deux coffres protégés de verre avec uns structure tournée en bois et des cornes de chamois (également sur la plupart des menaux de l'aile nord. Meneaux = montants de pierre qui divisaient la baie des anciennes fenêtres. )
  • Plantes aquatiques.
  • Ustensiles juifs en métal.
  • Tête d'aurochs (grand boeuf d'Europe, proche du zébu d'Asie, dont la race est éteinte) ; corne difforme.
  • sur le dessus : Vaisselle et textiles indiens ; sous la table : armes indiennes ; dans les tiroirs : moulages en plomb.
  • Pièces de bois veiné ayant l'apparence de pains.
  • sur le dessus : Vaisselle d'ivoire et sculptures ; vaisselle de bois indienne et moscovite ; sous la table : habillement historique (William IV).
  • Fontaine de cuivre.
  • Oeuvres de nacre ; vêtements historiques ; tiroir : moulages en plomb.
  • Coffre en nacre avec deux poupées reliées mâle et femelle.
  • Portraits miniatures de princes, de papes et de cardinaux ; tiroir : sculptures miniatures.
  • Trois poupées mâles et femelles reliées ensemble ; support à bol en bois.
  • sur le dessus : Petits coffrets, divers objets pour écrire ; robes de noce de l'Impératrice Éléonore ; sous la table : chaussures .
  • sur le dessus : épées, dagues, couteaux ; sous la table : bâtons.
  • sur le dessus : coutellerie, rosaires, objets de la Terre Sainte, moulages naturels, bézoards ; dessous :cornes d'animaux.
  • Ceinture de religieuse ornée d'argent.
  • Reliefs : en particulier des portraits, images égyptiennes, sculptures miniatures, oeuvres subtiles.
  • Pièces d'ivoires tournées européennes et exotiques ; vases en bois.
  • Récipient en bois de la duchesse Jabobaea.
  • Monnaies dans un cabinet à monnaie.
  • " Enclosed Room ".
  • Buffet à quatre compartiments avec tasses, bols, aiguières et chandeliers en argent plaqué.
  • Coffret cingalais en ivoire contenant des bagues et des camées.
  • Table florentine en pietra dura avec globe céleste.
  • sur le dessus : objets (vases entre autres) en or, argent, cristal, pierre semi-précieuses ; dessous :cibles.
  • Armes perses.
  • Coffret cingalais en ivoire contenant 12 camées d'empereurs romains ; Table d'Or.
  • Miroir.
  • Buffet à quatre pattes avec objets d'argent.
  • Sculptures religieuses. dessous :oeuvres turques et indiennes de textiles et de plumes.
  • sur le dessus : sculptures de métal, cornes d'animaux, mâchoires et dents ; dessous :étain.
  • Pupitre indien.
  • Oeuvres en fer : horloges, instruments de torture, blocs d'impressions.
  • Coffret avec miniatures.
  • Porcelaines
  • Coffrets avec de la coutellerie, pommeaux de dague, chevalières, intaglios.
  • Escargots de mer et coquillages dont certains inscrustés de pierres précieuses.
  • sur le dessus : Téléscope de camouflage (?) ; sous la table : 2 bols en albâtre
  • sur le dessus : vases en albâtre ; sous la table : cotes de baleines
  • Urnes sépulcrales de Carinthia (?) ; ossements d'un géant.
  • sur le dessus : vases en pierre ; sous la table : majolique (faïence italienne, spécialité de la Renaissance).
  • sur le dessus : sculpture en albâtre ; dessous :sculptures en marbre et en plâtre de Paris.
  • Bureau avec lapides manuales (als "lapides manuales" = eine Hand voll Stein. In Handsteinen, (Gesteinsstücke, sogenannte Erzstufen (rang de minerai) in Form kleiner Gebirge) die als Schaustücke dienten, wurden häufig szenische Darstellungen eingeschnitten oder die kleinen Gebirge mit - aus Silber, Elfenbein oder Koralle gefertigten - Figuren bestückt. Oft haben solche Exemplare einen aus Silber geschmiedeten Standfuß. Handsteine sind typische Objekte der Kunst- und Wunderkammern der Spätrenaissance. Schöne Beispiele gelangten in die Kunstkammer auf Schloss Ambras bei Innsbruck. Sie stammen zum Teil aus der Silbergrube von Schwaz (Tirol). Frühe Handsteine waren durchwegs hochformatig und meist religiösen Themen gewidmet. Ab den 17./18. Jh gingen die Handsteine etwas in die Breite und hatten überwiegend profane Motive.) http://www.beyars.com/lexikon/lexikon_2614.html
  • sur le dessus : Deux urnes sépulcrales dessous : Cinq nageoires de baleines
  • Mine de lapidesmanuales fabriquée par le duc Ferdinand de Bavière.
  • Crucifix de pierres précieuses ; chapelet en corail ; Caritas (?).
  • Buffet ; sur le dessus : rosaires ; tiroir : moulage en plomb et plaques de cuivre.
  • Sur le dessus : verres, miroirs ; en-dessous : crocodile.
  • Pyramides de marbre et colonnes.
  • Cabinet de corail ; moulages en plâtre de Paris de bras humains et de pattes d'animaux.
  • Moulages en plâtre de Paris de repas (meals ?) et de déformations.
  • en dessous : Moulages en plâtre de Paris.
  • Curiosités aquatiques ; animaux inconnus.
  • en dessous : Moulages en plâtre de Paris.
  • Objets turcs.
  • en dessous : Moulages en plâtre de Paris.
  • Oeuvres de qualité en plumes et de textiles.
  • en dessous : Moulages en plâtre de Paris.
  • sur le dessus : Portraits de cire ; en dessous : Textiles indiens.
  • Objets turcs et exotiques (surtout des textiles).
  • Quatre tête de curiosités marines.
  • Objets indiens (surtout de l'Amérique Latine).
  • sur le dessus : Céramiques (découvertes à Luben en Lusatia) ; en dessous : éventail en plumes ; pied de porc difformes.
  • sur le dessus : Sculptures sur bois ; en dessous : textiles (surtout de la soie).
  • Pierres gravées ; reliefs en pierre et en bois.
  • Instruments de mathématique, de physique, de géométrie et de géographie.
  • Oeuvres de qualité en bois ; tiroir : textiles turcs et indiens.
  • Globes ; instruments d'astronomie ; tiroir : textiles turcs.
  • sur le dessus : Instruments d'astronomie ; tiroir : textiles tunisiens et indiens ; cape et épée de Francis I ; pourpoint et pantalon du prévôt Nußdorf.
  • Maquettes de Juelich et du monastère Frauenchiemsee ; tiroir : textiles exotiques et historiques (Francis I).
  • Maquette du château Burghausen.
  • sur le dessus : Maquettes de Munich, Ingolstadt, Landshut ; en dessous : maquette des fortifications de Ingolstadt ; arc de triomphe de l'Empereur Maximillien I.
  • Maquettes de Jérusalem et de Straubing.
  • Blocs d'imprimerie de la carte de Bavière par Apian et des armoiries de Bavière.
  • Cruche en albâtre, jeux de cartes historiques.
  • sur le dessus : Vase en écailles de tortue ; en dessous : livres du château Taufkirchen provenant de la famille Fugger.
  • sur le dessus : galère (?) ou galée (?) en bois ; en dessous : oeuvres en cire.
  • Curiosités naturelles ; pétrifications ; cristal.
  • Lapides manuales ; encrier tourné.
  • Oeuvres en marbre ; oeuvres en cire.
  • Quatre coffres contenant des lapides manuales, des minéraux et des métaux.
  • Lapides manuales et des "croissances"de pierres.
  • Mirabilia (maïs tombé du ciel) ; mandragores.
  • " Mines " et Lapides manuales.
  • Table indienne , chaise pliante et damiers en maquetterie de nacre.
  • Jeux (de société ?).
  • Pistolet à ressort (jeu-attrape).
  • Reliefs en plâtre de Paris ; oeuvres en cire ; verres étranges (?) ; émails de Limoges ; argent.
  • Antichambre (Tennelein).
  • Entrée de la Kunstkammer.
  • Table peinte par Bocksberger.
  • Table et coffre (with simple implements ?).
  • Table avec pierre gravée d'une carte de Bavière.
  • Coffre et moulages simples.
  • Passage vers Neuveste.
p.107
L'édifice abritant la Kunstkammer de Munich était le plus vaste pour abriter une collection du genre.

À la page 110, Seelig compare la Kunstkammer de Munich avec les autres Kunstkammern princiers de la seconde moitié du 16e siècle. Munich serait un des premiers du genre. Chronologiquement, il vient après celui de Ferdinand I à Vienne et quelques années seulement après celui de Dresden mais la Kunstkammer de Munich peut être considéré comme la première collection à réaliser l'idéal encyclopédique de façon significative. À Dresden on s'intéressait surtout aux instruments et aux minéraux dans les premières années.

À la page 111, l'auteur énumère les liens entre le livre de Quiccheberg " Inscriptiones vel titutli theatri amplissimi " et la Kunstkammer de Munich publié à Munich en 1565 et considéré comme le premier véritable traité muséologique selon Seelig. Ce livre offre des recommendations pour mettre sur pied une collection extensive du genre de celles qui florissaient à cette époque : suggestion d'un système de classification détaillé et informations pratiques. Quiccheberg percevait la Kunstkammer de Munich comme une collection encyclopédique et non pas comme une simple collection d'art.

Au dernier pararagraphe de la page 111 jusqu'à la fin du texte l'auteur traite du démantèlement de la collection :
  • 1606 : fondation par Maximilien 1er de la Kammergalerie. Il retira les oeuvres de qualité de la Kunstkammer. Il prétexta que les objets dans la Kunstkammer n'étaient pas suffisamment protégés contre la poussière, la saleté, le feu et le vol. Selon l'auteur, derrière ce déplacement d'objets se cachait le désir du prince - en accord avec les principes de l'absolutisme naissant - de soustraire les trésors de la Kunstkammer de la vue publique pour les transférer dans un lieu réservé uniquement au souverain. Des connaisseurs contemporains tels que Hainhofer n'étaient même pas admis à la Kammergalerie qui était située dans les logements personnels de Maximillien 1er dans la Residenz.
  • 1603 : transfert de la collection de monnaie vers l'Antiquarium. Il ne restait à la Kunstkammer que des objets historiques et ethniques de peu de valeur artistique.
  • 1632 : pillage de la Kunstkammer par les Suédois et leurs alliés. Destruction de la montagne de corail. L'essence de la Kunstkammer était perdue et jamais elle ne sera restaurée.
  • Après 1632 : le contenu de la Kunstkammer fut répartit dans les collections munichoises.
  • 1637 : Maximillien 1er transfert divers spécimens naturels d'importance à l'armurerie : l'éléphant empaillé de Maximillien II et le kayak.
  • 1655 : le dépôt des textiles et des meubles, le Gardemeuble, est installé dans l'édifice Marstall où se trouvait auparavant la Kunstkammer.



11. Philipp Hainhofer and Gustavus Adolphus' Kunstschrank in Uppsala HANS OLOF BOSTRÖM

p.121
Il est question dans ce texte du marchand d'Augsburg Philipp Hainhofer (1578-1647) et de sa Kunstkammer mais surtout de ses Kunstschränke (de ses cabinets en tant que meubles. Littéralement, « Schrank » signifie « armoire »).
  • Marchand de soie italienne.
  • 1604 : fondation de sa Kunstkammer
  • Origines : vieille famille marchande ennoblie par l'Empereur Rudolf II.
  • Établit à Augsburg
  • 1605 : il est élu au grand conseil de la ville
  • 1607 : il succède à son oncle Hieronymus Hörmann en tant qu'agent politique de Henri IV de France = début de sa carrière diplomatique
  • Il devint également l'agent de plusieurs princes allemands
  • Études en Italie, Cologne, Hollande où il fit l'apprentissage des langues et reçut une éducation humaniste poussée. Son principal champs d'étude était le droit mais toute sa vie il s'intéressa à la théologie.
  • Luthérien convaincu mais faisant preuve de grande tolérance (ou d'opportunisme ?)envers ses opposants religieux. Il n'hésita pas, par exemple, à se procurer des reliques de princes allemands du Nord pour le compte du fervent catholique Wilhelm V.
  • p.122 Il aurait été chargé entre autres d'obtenir un mouton anglais pour le duc Maximillien de Bavière, un étalon ou un chien pour l'archiduc Leopold II d'Autriche, des chevaux, des chiens, des horloges, des musiciens, des domestiques, des épices, des provisions et surtout des livres pour le duc Augustus le Jeune de Brünswick-Lünegburg, le plus grand collectionneur allemand de livres de l'époque.
Sa Kunstkammer joua un rôle dans ses activités commerciales : il échangeait ou vendait de ses objets.

Il n'existe pas d'inventaire de sa collection. Ce n'est que par la correspondance de Hainhofer que nous avons un aperçu de son contenu. Au départ, sa Kunstkammer semblait essentiellement constitué de coquillages (conchylia) et d'ethnographica. Hainhofer étendit rapidement sa collection aux médailles et aux monnaies ainsi qu'aux antiquités.

Boström mentionne le réseau de contacts dans plusieurs villes européennes de Hainhofer qu'il nommait « ses représentants et amis » :
  • La famille italienne Lumaga occupait une place importante de ses activités commerciales. Elle avait des ramifications à Nürnberg, Paris, Lyon, Gênes et Turin.
  • Son frère Christoph à Florence.
  • La compagnie Fugger à Augsburg.
Hainhoffer était très fier de sa collection de coquillages. Il était très curieux de voir d'autres Kunstkammern et il visita plusieurs collections princières de l'époque :
  • Munich en 1603 et en 1611
  • 1616 : celle du duc de Wüttemberg à Stuttgart
  • 1617 et 1629 : Dresden
  • 1628 : delle de l'archiduc Ferdinand II à Ambras.
Dans ses récits de voyages, Hainhofer est extrêmement reconnaissant envers ceux qui l'ont laisser visiter leur collection.

p.123
Plusieurs visiteurs distingués visitèrent aussi sa collection :
  • Plusieurs princes allemands
  • Le roi Christian IV du Danemark
  • L'archiduc Leopold V d'Autriche
  • Le roi Gustavus Adolphus de Suède
  • L'Électeur palatin Frederic V
  • Certains princes de Médici
  • Thomas Howard, second comte d'Arundel. Lors de sa mission diplomatique chez l'Empereur Ferdinand II en 1636, Arundel passa une semaine à Augsburg vers la fin de juillet. Dans le journal tenu par William Crowne pendant cette mission aucune mention de cette visite à Hainhofer n'est faite mais Hainhofer a lui-même fièrement noté que le comte était venu voir ses curiosités. Déjà en 1626, Hainhofer avait demandé au poète Georg Rudolf Weckeherlin, à l'époque sous-secrétaire d'État pour Charles I, de le mettre en contact avec le comte d'Arundel.
La réussite de Hainhofer selon Boström ce sont ses meubles polyvalents (Mehrzweckmöbels), en particulier ses célèbres Kunstschränke. Fabriqués sous sa supervision par des douzaines d'artistes et d'artisans de différentes guildes, ils étaient conçus comme des Kunstkämmer miniature. Boström en mentionne cinq mais s'attarde surtout sur celui de Uppsala :

p.124
Kunstschrank de Florence (stipo tedesco)
  • Fabriqué entre 1619 et 1626
  • 1228 : Hainhofer le vend à l'archiduc Leopold V d'Autriche qui en fit cadeau au neveu de sa femme, le Grand duc Ferdinand II de Toscane.
  • Aujourd'hui au Museo degli Argenti au Palais Pitti à Florence.
Pommersche Kunstschrank
  • Fabriqué entre 1610 et 1617
  • Détruit lors de la seconde guerre mondiale.
  • Contrairement aux autres cabinets, il ne contenait pas de naturalia ni d'artificialia mais plutôt une série d'instruments et d'outils relatifs à presque toutes les occupations humaines. Ce cabinet était probablement destiné à ne former qu'une partie d'une Kunstkammer plus vaste dans le château ducal de Stettin.
  • Im August 1617 fuhr Hainhofer nach Stettin, um Herzog Philipp II. persönlich den berühmten Pommerschen Kunstschrank zu bringen. Diesen Schrank hatte Philipp II. bereits 1610 in Augsburg für seine Kunstkammer bestellt. (http://www.lki.lt/leidiniai/ar_lith4.htm)
Kunstschrank du Rijksmuseum à Amsterdam
  • Fabriqué à la fin des années 1620.
  • Petit cabinet.
  • Hainhofer prit l'initiative de l'envoyer au duc Augustus de Brunswick en 1631 en lui disant qu'il ferait un cadeau tout désigné pour la femme du roi de Suède, la reine Maria Eleonora. Le duc n'était pas intéressé de l'acheter mais trouva probablement un acheteur parmi la dynastie Orange. Selon Hainhofer, son contenu fut perdu au cours du transport chez le duc Augustus.
Kunstschrank du Kunsthistorisches Museum à Vienne
  • Présente des similitudes avec le cabinet d'Amsterdam et sa couronne de minéraux et de coraux sur son sommet trouve sa contrepartie dans la " montagne " au-dessus du cabinet d'Uppsala. Ces correspondances font croire à l'auteur qu'il daterait des années 1620 et que la traditionnelle description qui le désigne comme étant le Kunstschrank de Rudolf II serait fausse.
  • Aucun document ne prouve qu'il provienne de chez Hainhofer mais Boström trouve que les similitudes de ce cabinet avec les autres de Hainhofer lui font croire qu'il pourrait venir de chez le marchand d'Augsburg.
Kunstschrank acheté par le Duc Augustus de Brunswick
  • Fabriqué entre 1631-1634
  • Acheté en 1647 par Ernest Augustus von Braunschweig-Lüneburg, Duc de Braunschweig (Brunswick) (1629-1698) pour la somme de 6000 thalers, soit l'équivalent de 230 selles ordinaires pour chevaux. Le duc l'aurait donné en cadeau au maréchal Carl Gustaf Wrangel, commandant de l'armée suédoise en Allemagne. Le Kunstschrank se serait rendu en Suède mais nous avons perdu toute trace de lui par la suite.
Kunstschrank de Uppsala
  • Fabriqué entre 1625 et 1631
  • Il resta en possession de Hainhofer jusqu'à l'entrée à Augsburg des troupes de Gustave Adolphe*, roi de Suède, en avril 1632. *Gustave II Adolphe : (1594-1632) Roi de Suède (1611-1632). Aidé du chancelier Oxenstierna, il rétablit la situation de la Suède : paix avec le Danemark (traité de Knäred, 1613), avec la Russie (Stolbova, 1617), avec la Pologne (trève d'Altmark, 1629). Il accomplit une profonde réorganisation de l'État et de l'armée. Après quoi, il intervint avec éclat