Cabinets de curiosités
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introduction


Monde minéral
Les pierres précieuses et non-précieuses sont recherchées non pas comme bijoux mais comme forme étrange et esthétiquement plaisante. On amasse de préférence celles se démarquant le plus fortement des autres, les plus rares du règne minéral. Elles sont perçues comme porteuses de vertus curatives. À cette fin elles sont broyées en poudre et ingurgitées ou encore portées en amulette. Les amateurs collectionnent particulièrement celles qui sont encore attachées à leur rocher ou génitrice, marque de leur passage d'un état à un autre.


Alexandre-Isidore Leroy de Barde
Minéraux en cristallisation
1813, gouache et aquarelle.

Parmi ces pierres on trouve les perles, considérées comme les plus communes. Elles sont très recherchées par les curieux, de préférence celles encore attachées à l'huître. L'amiante et l'aimant sont convoités pour leur caractéristiques prodigieuses. L'amiante, comme l'or, parce qu'elle résiste au feu et l'aimant pour son pouvoir d'attirer le fer.

La pierre d'aigle ou aétite figure dans tous les cabinets. Il s'agit d'une variété d'oxyde de fer hydraté. C'est une pierre creuse contenant à l'intérieur du sable ou une autre pierre plus petite et qui fait du bruit lorsqu'elle est secouée. Cette particularité amplifie l'intérêt des curieux qui perçoivent un indice supplémentaire du caractère organique des minéraux. On croit à l'époque qu'elle provient du nid des aigles et qu'elle constitue un élément indispensable à leur survie. Cette pierre aurait la faculté de réchauffer ou refroidir les oeufs et ainsi de favoriser l'éclosion. On pense également qu'elle tient à distance les animaux venimeux. Portée en amulette, cette pierre aurait la faculté de faciliter la grossesse et d'éliminer les fausses-couches.

Parmi les pierres non-précieuses recherchées il y a les pierres figurées, celles qui par leur forme excitent l'imagination et rappellent des récits légendaires. Les pierres de forme triangulaire en particulier suscitent fortement la curiosité. Encore une fois, on attribue à la plupart de ces pierres des propriétés curatives.

Le corail et l'ambre constituent deux produits minéraux particulièrement recherchés. Leur origine suscite de nombreux questionnements. On se demande s'ils sont de nature végétale ou minérale. L'hypothèse admise le plus souvent pour le corail est qu'il s'agit d'une plante pétrifiée. On peut donc le classer parmi les végétaux ou les minéraux. Ce consensus sur l'origine du corail correspond aux perceptions d'Ovide et de Pline qui considéraient le corail comme une plante souple qui durcit au contact de l'air.

L'ambre constitue une autre curiosité marine. Il faut toutefois faire une distinction entre l'ambre jaune et l'ambre gris. Le premier provient d'une résine de pin fossilisée, dure, transparente. Il est utilisé pour fabriquer des bijoux, en particulier des chapelets, et l'intérêt qu'on lui porte provient de ce qu'on retrouve parfois des inclusions de végétaux ou d'insectes. Il suscite également la curiosité par sa propriété d'attirer vers lui les particules légères lorsqu'on le frotte (Le mot électricité provient du grec electron signifiant ambre. L'origine du substantif électricité serait donc lié au phénomène d'électricité statique perçu chez l'ambre). Le second type d'ambre, le gris, provient des concrétions intestinales des cachalots, qui flottent à la surface de la mer une fois rejetées. On extrait un parfum très précieux de cette substance. De fait, l'ambre gris constitue selon certains auteurs du XVIIe siècle la substance la plus coûteuse.

On reconnaît difficilement les fossiles pour ce qu'ils sont vraiment: des restes d'organismes vivants. Une des raisons de cette incompréhension réside dans le fait que les organismes dont ils portent la trace constituent des espèces disparues ou inconnues. Ils demeurent inexpliqués tant et aussi longtemps que l'on ne perçoit pas la correspondance avec la stratigraphie, c'est-à-dire jusqu'au moment où l'on se rend compte que chaque couche terrestre ou strate révèle une faune et une flore appartenant à différentes époques.

Les pétrifications de bois et de fruits sont dans tous les cabinets. Les plus spectaculaires sont ceux provenant d'une partie du corps humain : pied pétrifié, crâne pétrifié, enfant pétrifié. Chez Peiresc on trouvait une grande quantité de pétrification : feuilles d'arbres, fruits, fleurs, poissons, hérissons, écrevisses, champignons, os humains.

Le bézoard constitue l'objet indispensable des cabinets princiers. Il s'agit d'un corps étranger (pierre) dans l'appareil digestif de certains animaux autour duquel se forment des couches concentriques. Lorsqu'il atteint ou dépasse la grosseur d'un oeuf de poule il constitue un objet d'immense valeur. C'est la grande curiosité de ce siècle, d'autant plus que la découverte du Nouveau Monde en a fait connaître de nouvelles espèces.


Bézoards
Musée d'histoire naturelle, Berlin.

Au XVIIe siècle, on distingue le bézoard oriental, connut en Europe depuis le XIIe siècle comme un excellent remède contre les poisons, du bézoard occidental provenant d'Amérique.

Ce dernier est souvent de taille plus importante mais moins efficace sur le plan curatif. Pour l'usage médical le bézoard est broyé en poudre et ingurgité. Même réduit en poudre il vaut extrêmement cher. On explique les vertus médicale du bézoard par le fait que les animaux chez lesquels il se forme consomment de grandes quantités d'herbes vénéneuses et fabriquent ainsi le précieux antidote concentré dans le calcul. Dans les cabinets princiers ils sont parfois orné de monture d'or ou d'argent comme par exemple ceux de la collection de Rodolphe II à Prague.

 

 

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