Cabinets de curiosités
 cabinets of curiosities | wunderkammer
introduction


Monde animal
Pour des raisons de conservation ce sont le plus souvent des fragments durs (os, becs, ongles) d'animaux qui sont amassés; par exemple des squelettes de dauphin, des mâchoires de requin. En plus de son apparence étrange le tatou est un de ces animaux faciles à conserver à cause de sa peau dure.


Tatou
Musée d'histoire naturelle, Berlin.

Écrevisses, homards, anguilles, hippocampes, crabes, langoustes sont dans beaucoup de cabinets. Ils se conservent relativement bien une fois séchés et ont la particularité d'appartenir à un groupe intermédiaire entre les végétaux et les animaux et cela aiguise encore une fois la curiosité.

 



Rémora (Echeneis naucrates)
Bordeaux, muséum d'Histoire naturelle.


Le rémora, petit poisson dont la tête est pourvue d'un disque adhésif qui lui permet de s'attacher à de gros poissons, est l'animal marin le plus caractéristique des cabinets. On le recherche non pas pour son aspect mais bien pour ses propriétés fantastiques. Son nom signifie faire obstacle et à l'époque on croit que ce petit poisson a la capacité de stopper des navires en pleine course.

Les crocodiles et les tortues constituent aussi des éléments indispensables du cabinet. Le caméléon constitue un autre de ces animaux étranges qu'on ne sait où classer: quadrupède mais considéré comme un monstre marin au même titre que les crocodiles. Ses caractéristiques hors du commun, animal changeant de couleur, ne fermant jamais les yeux et se nourrissant d'air, en font un élément de collection très convoité d'autant plus que Pline le mentionne dans son Histoire naturelle.


N. Chevalier
Huitième des planches illustrant les
Remarques sur la pièce antique...
1694, gravure.

Au XVIIe siècle on regroupe sous le terme coquille ou coquillage les crustacées (crabes, crevettes, écrevisse, homard, etc.), les échinodermes (animaux marins à symétrie rayonnante: oursins, étoiles de mer, etc.) et les mollusques (embranchement du règne animal comprenant des métazoaires au corps mou [invertébrés] non divisé en segments, le plus souvent enfermé dans une coquille calcaire: huître, palourde, pétoncle, etc.) alors qu'aujourd'hui l'on associe le mot coquillage uniquement aux mollusques testacés.


Adriaen Coorte, Coquillages
1696, huile sur papier collé sur bois.

La classification des coquillages s'effectue non pas selon l'animal mais en fonction de la forme des coquilles (univalves, bivalves, à plusieurs pièces ou multivalves). La beauté esthétique des formes constitue un des motifs de collection des coquillages. Ceux d'origine lointaine et rares suscitent un intérêt particulier. On les conserve souvent dans les tiroirs du cabinet. À la fin du XVIIe siècle ce sont les Hollandais qui, grâce à leur commerce maritime répandu jusqu'à l'Océan Indien, possèdent les plus fabuleuses collections.


Alexandre-Isidore Leroy de Barde
Nature morte aux oiseaux exotiques
vers 1800, gouache et aquarelle.


Les oiseaux, presque exclusivement les espèces exotiques, sont très recherchés. Perroquets, aras, autruches (en particulier leurs oeufs), toucans (pour leur bec coloré énorme: certains le perçoivent comme un monstre volatile pour cette caractéristique), oiseaux de paradis (ou paradisier: passereaux de la Nouvelle-Guinée: typique dans les cabinets de curiosités), casoar (grand oiseau coureur dont la tête et le cou sont dépourvus de plumes et qui porte sur le front un appendice corné.

En 1547 on rapporta le premier casoar de Java à Amsterdam qui provoqua un tel engouement que l'on organisa des visites payantes pendant un mois) et l'alcyon (oiseau marin fabuleux dont la rencontre était un présage de calme et de paix. Oiseau qu'on voit peu mais dont le nid est admirable) constituent les espèces les plus recherchées.

Certains oiseaux ont été tellement pourchassés qu'ils sont aujourd'hui disparus. C'est le cas du dronte ou dodo (grand oiseau coureur incapable de voler de l'île Maurice) dont la race s'éteignit avant la fin du siècle. La plus grande part du commerce des oiseaux est effectuée par les Hollandais sauf dans le cas du paradisier qui est importé par les Portugais. Seuls les princes ont les moyens de les garder vivants. Rodolphe II possédait la plus grande volière, quoiqu'inaccessible. Les collectionneurs ordinaires devaient se contenter d'oiseaux morts qu'ils faisaient empaillés de façon précaire ou encore des parties solides (bec).

Les insectes forment le parent pauvre de la zoologie au XVIIe siècle. On les connaît mal et le peu de publications sur le sujet ne peut aider les curieux à orienter leur collection. L'insecte le plus collectionné demeure, comme aujourd'hui, le papillon. Dans les gravures et les miniatures les insectes sont souvent représentés avec les plantes.

Certaines créatures dont l'existence est attestée par les légendes dans les documents antiques sont parfois présentes dans les cabinets. C'est le cas du dragon que l'on fabrique avec des raies ou des lézards et dont l'existence est attestée par la littérature chrétienne (St-Georges et le dragon) et l'iconographie abondante. L'hydre à sept têtes, connue des Grecs et adaptée par le christianisme comme symbolisant les sept péchés capitaux est fabriquée avec des éléments de lapin et de serpent.


Agneau monocule à deux corps (agneau ensomyshalien cyclophage)
Bordeaux, muséum d'Histoire naturelle.


D'autres animaux ou parties de ceux-ci figurent dans les cabinets parce qu'ils sont rattachés à des légendes vantant certaines de leurs vertus. C'est le cas du pied d'élan qui aurait la propriété, porté en amulette, de prévenir les crises d'épilepsie. On raconte que lorsqu'il est poursuivi longtemps l'élan s'effondre subitement et ne se relève qu'après avoir frotté sa patte arrière gauche contre son oreille.


Tetrodon flascoparo (Tetraodon hispidus)
Bordeaux, muséum d'Histoire naturelle.


La plupart des cornes d'animaux sont supposées être efficaces contre quelque maladie. Elles éveillent donc aussi l'intérêt des curieux. On trouve dans les cabinets des cornes de rhinocéros, de daims, de bezoar (la chèvre qui produit ce calcul est souvent désignée par le même mot).

La licorne est le plus spectaculaire exemple de corne animale possédant une vertu extraordinaire. La licorne est cet animal fabuleux qu'on représente avec un corps de cheval, une tête de cheval ou de cerf, et une corne unique au milieu du front. Râpée et consommée elle devient un puissant antidote contre les poisons, encore plus efficace que le bézoard. Sa valeur est donc presque inestimable. Son évaluation excessive correspond également à l'usage répandu dans les cours italiennes des empoisonnements.


Licorne (défense de narval)
Musée d'histoire naturelle, Berlin.

La défense du narval, parfois celles du morse, constitue le succédané idéal. La plus célèbre est celle de Saint-Denis. Compte tenu de leur prix exorbitant seuls les grands princes ou l'Église en possèdent. À la fin du XVIIe siècle cependant les voyages vers le Nord et les pêches abondantes de narval font s'écrouler dramatiquement les prix. Toutefois la croyance en ses vertus demeure.

Et, finalement, parmi les curiosités animales on compte bien sûr celles en rapport à l'homme. On collectionne tout ce qui relève de l'anormal et du monstrueux à son sujet. À nouveau, on estime beaucoup l'anormal lorsqu'il est mentionné chez les Anciens ou lorsque des légendes le rapporte. Le cyclope, figure mythique des récits d'Homère, est sans doute le plus célèbre en France. L'amateur Borilly en possédait un dans son cabinet. La momie égyptienne constitue un autre élément fort bien représenté dans les cabinets. Les géants suscitent également la curiosité. La littérature antique et la Bible en parlent. De plus, de nombreuses découvertes d'ossements d'êtres gigantesques relancent à tout moment le débat sur leur existence passée.

 

 

Accueil
Introduction
Qu'est-ce qu'un cabinet de curiosités?
Contenu des cabinets
  Naturalia
      Monde minéral
      Monde végétal
      Monde animal
  Artificialia
Représentations de cabinets
      Cabinets de curiosités
      Théatres d'anatomie
Bibliographie
Notes de lecture