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Le discours

 

  1) Les types de discours Cliquez sur un lien pour accéder directement à son contenu...  
  2) Le registre de langue  
  3) Les usages syntaxiques  
  4) L'ambivalence du narrateur  
  5) Conclusion sur le discours  

 

 

 

 

  1) Les types de discours :

Les paroles des personnages sont rapportées par le narrateur autodiégétique le plus souvent en discours direct (c'est-à-dire que le narrateur reprend les paroles des autres personnages en tentant d'être fidèle à leur manière de s'exprimer).

Les autres formes de discours sont aussi utilisées (le discours indirect et le discours indirect libre), mais comme ces types de discours sont à la merci du narrateur, ce dernier a recours aux mêmes usages linguistiques qu'en narration (Voir La narration)

 

 

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  2) Le registre de langue :

La langue utilisée dans le discours direct des personnages contraste avec celle de la narration.

Il n'y a pas de place pour des mots issus du français familier de France, comme dans la narration. Les écarts lexicaux tendent vers un français populaire québécois (expressions typiquement québécoises, connecteurs québécois, sacres...)

Mais c'est avant tout la combinaison du lexique et de la syntaxe qui crée le contraste entre la langue du discours et celle de la narration.

 

 

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  3) Les usages syntaxiques du français familier :

On remarque tout d'abord des marques très générales du registre familier qui ne sont pas proprement québécoises.

L'omission du NE dans la phrase négative :

"On est pas plus avancés" (p.40)

"Je peux quand même pas te laisser tout seul" (p.63)

"J'en ai pas d'autre" (p.98)

"Elle disait jamais un mot plus haut que l'autre" (p.183)

"Je fume pas" (p.196)

 
 

 

On relève aussi d'autres marques discursives d'un usage plus familier dans le discours des personnages :

L'omission du pronom IL en début de propositions :

"Y a une autre station-service à Saint-Nicolas ?" (p.17)

"Y en avait quelques gouttes" (p.23)

"Y a personne" (p.31)

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La contraction du pronom devant un verbe à initiale vocalique :

"T'es sûr que c'était ici ?" (p.26)

"T'as du courrier" (p.41)

 

La régularisation du verbe ALLER à la 1ère personne du singulier selon le modèle de la 2e et de la 3e personne :

"Je vas pousser" (p.10)

"Je vas te dire quand arrêter" (p.11)

"Je vas tout te raconter" (p.19)

"Je m'en vas" (p.30)

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Les usages syntaxiques du français québécois :

L'auteur ne s'est pas contenté de reprendre des marques familières du français dans le discours des personnages. Il a aussi intégré l'un des usages syntaxiques les plus révélateurs du français populaire québécois :

L'interrogation en -TU :

Ce ne sont pas toutes les interrogations qui sont formées ainsi, mais la plupart des personnages y ont recours au moins une fois.

Angèle : "T'essayais-tu de te débarrasser de moi ?" (p.21)

Raymond : "Albert, bon Dieu de calvaire de Christ, tu sais-tu ce qu'on fait quand on ne sait pas boire ? On boit pas!" (p.83)

Paulette : "Ça vous arrive-tu des fois de prendre des histoires du vrai monde ? (p.99)

Paulot : "On pourrait-tu téléphoner au garage le plus proche ?

Rocky : "Tu la crois-tu, Jos-Louis ?" (p.134)

L'agent Pilon : "La Moquetterie, ça vous dit-tu quelque chose ?" (p.143)

 
 

 

Quant aux autres interrogations, elles sont très souvent formées sans inversion : registre familier;

Parfois, mais rarement, avec la locution est-ce que : registre courant;

Et très peu souvent avec inversion : registre soutenu - usage qui appartient davantage aux personnages qui se situent à un plus haut échelon social que le narrateur et son entourage...

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  4) L'ambivalence du narrateur :

La vraie grande ambivalence du discours repose sur la contradiction entre le parler du narrateur en narration et en discours.

Si le narrateur se plaît à rendre son récit en intégrant un lexique familier de France dans sa narration, il ne suit pas cette tendance lorsque vient le temps de rapporter ses propres paroles en discours direct.

 
 

 

En mode discursif, c'est en intégrant des marques lexicales et syntaxiques du français familier et du français québécois qu'il va puiser pour s'exprimer. En aucun temps il n'a recours au français familier de France, comme il le fait en narration.

Dans un passage de son propre discours, Raymond affirme que les sacres sont les marques les plus représentatives de sa "nationalité" purement québécoise. C'est en fait la tactique qu'il utilise avec une douanière alors qu'il tente de se rendre aux États-Unis sans passeport et sans preuve d'identité :

 

 
 

"Je lui ai encore dit [à la douanière], toujours dans mon meilleur anglais, que personne n'avait plus que moi une tête de Québécois né au Canada. J'ai même sacré en français: "Hostie-de-calice-de-calvaire-de-ciboire-de-tabarnac-de-saint-Christ" pour lui montrer qu'il n'y avait pas Québécois plus pure laine que Raymond Marchildon." (p.73)

 

 

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5) Conclusion sur le discours :

 

 
 

En comparant les usages linguistiques de la narration et du discours, nous constatons que l'auteur du roman a choisi de faire une utilisation mixte de la langue.

D'une part, l'environnement dans lequel il a décidé de faire évoluer son intrigue et ses personnages est typiquement québécois, comme le démontrent les références aux lieux et à diverses réalités québécoises tout au long du texte.

D'autre part, dans la narration, Raymond Marchildon, qui se qualifie lui-même de Québécois pure laine, a régulièrement recours à un lexique familier de France, ce qu'il ne fait pas en discours.

La scission est donc palpable entre narration et discours, mais elle l'est encore plus entre la langue du narrateur lorsqu'il narre le récit et lorsqu'il intervient en tant que personnage.

 

 

  Comment peut-on expliquer cela ?  
 

Puisque le roman visait d'abord un marché français, nous pourrions expliquer cette rupture par la volonté de Barcelo de se rapprocher d'un public français qui pourrait s'adapter plus facilement au contexte du texte.

Par contre, l'auteur aurait pu puiser dans le lexique du français populaire québécois en narration (et non dans celui du français familier de France) puisque après tout, il s'agit bel et bien d'un roman québécois.

C'est d'ailleurs ce qu'il fait dans "Moi, les parapluies...", publié au Québec en 1994 et réédité en 1999 dans la Série noire de Gallimard.

Ce roman, à l'instar de "Cadavres", est pris en charge par un narrateur autodiégétique qui raconte une partie de sa vie passée en banlieue de la métropole québécoise dans une langue de registre standard qui présente certains écarts lexicaux et syntaxiques en narration du côté du français québécois, mais qui ne tend jamais vers le français familier de France.

Considérant ce fait, il devient encore plus évident que les choix linguistiques de l'auteur pour "Cadavres" ont fort probablement été influencés par son lieu premier de publication...

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