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La narration

 

 
1) Type de narration
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2) Les adresses au lecteur
 
3) Le registre de langue
  4) La conscience linguistique du narrateur
  5) Conclusion sur la narration

 

 

 

  1) Type de narration :

Autodiégétique (c'est-à-dire que l'histoire est racontée par le personnage principal, à la première personne, selon ses propres choix linguistiques).

 

  2) Les adresses au lecteur : La narration est marquée par une relation particulière établie entre le narrateur et le lecteur : Le lecteur est régulièrement interpellé par le narrateur qui s'adresse directement à lui, ce qui lui donne l'impression que le récit lui est en fait personnellement destiné.  
 

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Le roman compte une vingtaine d'adresses au lecteur dispersées ça et là dans la narration. Grammaticalement, ce genre d'adresse se nomme une incidente et se définit comme suit :

 

 
 

Une proposition incidente = une proposition intercalée dans l'énoncé, parfois rejetée en début ou en fin de phrase, qui commence l'énoncé où elle s'insère, et porte souvent sur son énonciation.

Ce décalage énonciatif est marqué à l'oral par des pauses et une intonation distincte, et à l'écrit par la ponctuation, souvent les virgules et les tirets.

Source : HERSCHBERG PIERROT, Anne, Stylistique de la prose, Éditions Belin, Paris, 1993, p.21

 
 

 

Quelques exemples d'incidentes...

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  Incidente encadrée par les tirets :

"Douze ans après sa disparition des lignes de montage et des salles d'exposition, seuls des assistés sociaux comme nous - le genre qui est content de se promener dans un paquet de rouille, et on est moins nombreux que vous pourriez le croire - en possédaient encore." (p.8)

 

 
  Incidente encadrée par les parenthèses :

"J'étais sur le chemin qui relie Saint-Nazaire-de-Mainville à Saint-Barnabé par l'intérieur des terres et qui s'appelle le rang d'En arrière, ce qui le distingue du chemin du Bord-de-l'eau (qui longe la rivière, vous l'aurez deviné)." (p.9)

 

 
  Incidente encadrée par la virgule :

"Saint-Barnabé, c'est plein de gens qui travaillent à Montréal. Saint-Nazaire, c'est plein de gens qui ne travaillent nulle part. Même les arbres sont plus beaux du côté de Saint-Barnabé. Maman et moi, on était à Saint-Nazaire, vous l'aurez deviné." (p.25)

 

 
  Incidente constituée d'une phrase complète : "Mentir, c'est facile. Mais j'essayais de mentir en laissant croire que je pouvais peut-être mentir, peut-être dire la vérité. Ou des fois l'un, des fois l'autre. Vous essaierez, ce n'est pas si simple." (p.23-24)  
 

 

En s'adressant de la sorte aux lecteurs, le narrateur vient créer une sorte de rupture dans sa propre narration. Cette rupture pourrait s'interpréter comme une certaine conscience du narrateur face à l'autre, ce lectorat québécois ou français, une sorte de clin d'oeil complice.

L'effet est bénéfique puisque le lecteur se sent continuellement impliqué dans l'avancement du récit, comme s'il participait aussi au déroulement de l'action...

 

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  3) Le registre de langue en narration : Français standard avec intégration de français familier de France dans le lexique.  
 

 

Le lexique familier de France vient créer un décalage avec le registre standard du lexique de la narration, mais surtout, avec le registre de langue du discours (voir Le discours).

Pourquoi ? Parce que Raymond Marchildon s'affiche ouvertement de "b.s." évoluant dans un contexte totalement québécois.

 
  Pourquoi alors ne pas utiliser un vocabulaire québécois pour désigner des réalités québécoises, comme il le fait dans le discours ?  
  Par exemple, en narration, Raymond dit, mais il aurait pu dire :  
  "une bagnole" "un char"  
  "une saloperie" "une cochonnerie"  
  "une connerie" "une niaiserie"  
  "c'est moche" "c'est laid"  
  "le fric" "le cash"  
  "un paumé" "un b.s."  
  "un job" "une job"  
 

 

Ces utilisations lexicales viennent augmenter le fait que l'auteur a peut-être voulu s'adapter à un public français. C'est du moins l'impression qu'on en retire d'autant plus que Raymond ne se détache en aucun cas de sa condition sociale ni de l'environnement québécois dans lequel il évolue.

 

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4) La conscience linguistique du narrateur :  
 

 

Mis à part son choix d'insérer du français familier de France, le narrateur est aussi capable d'un discours métalinguistique sur différents usages lexicaux appelés à désigner un même concept.

Prenons par exemple le terme "policier" :

En narration, il dira "un flic" :

"Quand on m'arrêtait, je réussissais toujours à embobiner les flics." (p.71)

Puis, lorsque sa soeur s'exclame qu'elle voit des cochons sur son terrain, Raymond note dans sa narration :

"Je l'ai soupçonné d'avoir commis un américanisme et j'ai pensé que c'était un policer qui arrivait."

Puis, ses prochaines paroles sont rapportées en discours direct : "Par ici, on appelle ça un chien." (p.120)

Le narrateur utilise donc consciemment 3 termes appartenant à 3 réalités différentes pour désigner un policier : Un flic (un usage familier de France), un cochon (un américanisme) et un chien (un usage populaire québécois).

 

 
  Pourquoi cette réflexion sur l'usage des mots ? 2 raisons possibles :  
 

- Pour créer une distance : de par sa conscience linguistique et par son recours au français familier de France, nous avons sans contredit affaire ici à une forme de distanciation du narrateur. En expliquant les raisons pour lesquelles il utilise ce vocabulaire, il s'en détache.

- Pour s'adapter à la fois à un lectorat français et à un lectorat québécois.

 

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5) Conclusion sur la narration :

 

 
 

Seul le lexique standard de la narration est touché par des écarts en français familier de France.

Ce n'est pas la langue qui confère au récit l'image québécoise qu'il évoque parce que les écarts linguistiques ne sont pas attribuables au français québécois. Ce sont plutôt les références au monde québécois... (voir La langue)

Le fait que le narrateur a recours au français familier de France s'interprète de façon différente en France et au Québec :

En France, on le voit comme un usage qui est conforme au statut social du narrateur ;

Au Québec, cet usage crée un décalage important car ce français familier est considéré comme trop soutenu pour le statut social du personnage de Raymond Marchildon!

 
 

 

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