Le chemineau

il bat le pavé
chemineau égaré dans la ville
ses yeux sont vagues
teintés de tristesse
venu de loin
de quel horizon
de quel pays
ses semelles endolories
le portent comme un cri
souffrance
souffrance

il marche sans gémir
il quémande
pour survivre
l'avenir n'a qu'un jour
le passé n'est que d'hier
il offre ses mains vides
à qui peut l'exploiter
il avance mal habillé
dépourvu pour l'automne
qui annonce déjà l'hiver
et le vent
et le froid
et le silence bleu
celui des gerçures
des ampoules aux pieds

douleur
celle d'être humilié
en tendant la main
celle d'être mal payé
comme tous les larbins
celle de devoir voler
pour avoir du pain
il chemine
dans les rues aveugles
où des passants le bousculent
où il croise des individus
muets et aux regards clos

il circule
devant des portes hostiles
il cueille au passage
des jurons anonymes
il serre les poings
et continue son chemin
sans savoir
de quoi sera fait demain

6 octobre 98

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