par quel triste automne l'arbre fut-il dépouillé elle coule coule la rivière l'eau passe trépasse et s'use la pierre je suis seul face à mon regard seul avec ma peine sauvage qu'il me faut apprivoiser vent souffle de vent fraîcheur entre les branches vertes odeurs fanées qui doucement doucement se dispersent où sont les aurores où sont les crépuscules le temps seul est là déformé ridicule et je m'évade je pousse dans le rêve loin de la rade ma poupe lourde de sève le pavillon bat à la mesure du vent à la mesure du temps brusque choc vibrante ossature lorsque sur la coque grincent les déchirures je suis seul sur un récif battant dans le vent au rythme du temps mes profondes blessures seul sous les saules et se dérobe la blanche épaule à ma douleur je regarde la pluie creuser de ses doigts fins le sable qui fuit du creux de ma main 1959-1960
|