Triste Algérie

regard éperdu
sur le monde
inquiétude
l'oeil est à vif
le coeur n'en peut plus
il bat par habitude
faute de mieux
retient son souffle
anxieux
peur de se figer
crainte de s'arrêter
la mort rôde
il bat et s'essouffle
écoeuré

voilà que l'on vient
pas un mot
il faut rester silencieux
les ombres parlent
s'agitent et crient
on a peur du bruit
du bruissement
on écoute ce qui se dit
poliment
on finira bien par se réveiller
complice malgré soi
on ne peut rester immobile
qu'on se lève et proteste

tout autour
les gens crèvent
égorgés
les vautours
tournoient au-dessus de la ville
le sang coule
sous le croissant vert
la lune rougit
sur fond d'étoiles
magnifique ciel bleu

personne ne veut savoir
on fait semblant
tout va bien
sous le ciel d'Orient
comment allez-vous
très bien merci
et le sang coule
en sanglots
personne n'entend donc les cris
ils viennent de si loin
c'est vrai
de si loin, si loin
d'Algérie


1997
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