Tendre Calabre
Montréal, le 21 mai 1996

Concours "Voyage en Italie", Radio-Canada
C.P. 6000, Succursale Centre-Ville
Montréal H3C 3A8, Canada


Cette lettre a gagné le 1er prix du Concours "Un voyage en Italie"; concours organisé par Radio-Canada et dont le prix consistait en un voyage d'une semaine, en Italie, pour deux personnes.





Mon Amour, ma tendre Calabre,

Tu m'as envoûté par ta force sauvage et par ton ardeur impétueuse. Comment oublier les traits ténébreux de ton visage de déesse antique ? Comment ne pas se souvenir de l'odeur capiteuse de ta chevelure d'ébène qui tombe, arrogante, sur tes épaules nues ? Tes yeux de feu ont brûlé mon regard et je conserve, derrière mes paupières closes, l'image de ton être tant aimé.

Depuis que je t'ai quittée, oh mon amour lointain ! je garde en mémoire la beauté farouche et aride de ton flanc escarpé qui plonge, à l'Ouest, de façon si abrupte dans la mer Tyrrhénienne. C'est là, dans ces eaux turquoises, où habitent les sirènes, que s'arrêtèrent autrefois Ulysse et son équipage. Et, comme lui, j'irai naviguer à nouveau vers ces rivages. Et, comme lui, je me laisserai bercer et ensorceler par leurs chants langoureux qui se mêlent aux mélopées que compose le vent lorsque qu'il fait vibrer, tout près du ciel, les sapins et les châtaigniers qui couronnent ton front. Je longerai, ensuite, les gigantesques falaises qui découpent ton corps sinueux. Je te contournerai et, après avoir traversé le détroit de Messine, j'irai vers l'Est où, entre Reggio de Calabre et Crotone, j'échouerai mon frêle esquif sur ton flanc sablonneux ; là où viennent mourir, en mugissant, les vagues de la mer Ionienne.

Je partirai à ta recherche. Je marcherai dans tes pas. Pas à pas. Je ferai, une à une, la myriade de plages qui constellent tes côtes. Je gravirai tes monts jusqu'à La Silla et j'escaladerai tes massifs les plus élevés d'où je pourrai, d'un seul regard, embrasser les deux mers qui bordent ton lit. J'irai au fond de tes vallées que parfument les orangers et les citronniers et où s'accrochent, depuis des millénaires, les oliviers aux bras noueux. J'irai partout à ta rencontre et, à chaque détour, je sentirai ta présence sans jamais pouvoir t'approcher. Et quand, enfin, je t'aurai retrouvée, ma chère Calabraise, je me noierai dans mes filets en allant cueillir sur l'onde la lune d'argent. Et ce sera, mon amour, notre première et notre dernière étreinte.

À toi pour toujours,

Yves


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