Novembre 2008


Lettre aux Français colonisés.

Si vous avez eu l'occasion de feuilleter certains grands quotidiens parisiens, vous aurez pu constater que, depuis des années, la langue française n'a cessé de s'américaniser. Nous sommes passés du franglais à un jargon qui n'a plus grand-chose à voir avec le français. Bien sûr, une langue qui n'évolue pas est une langue morte ; toutes les langues empruntent aux autres des mots, des tournures, et chacune s'enrichit, mais, cette fois-ci, nous sommes devant une véritable invasion, une colonisation orchestrée par une pseudo élite.
Je note une différence entre les journaux parisiens qui poussent chez nombre de journalistes cette manie au plus haut degré et les journaux régionaux qui, en général, sont plus réticents à employer des mots d'origine américaine. Lire certaines revues et journaux parisiens devient, pour tout amoureux de la langue française, une véritable épreuve. Nous ne sommes pas obligés de les lire, ces articles, mais rares sont les journaux qui échappent à cette manie et les autres, malheureusement, donnent le ton et cela se répercute partout. Lorsque l'on a commencé à parler du franglais, plusieurs personnes ont minimisé le problème. Actuellement nous sommes dans un dérapage grotesque et vertigineux. Au Québec, tout le monde est sensible à cette caricature de français que nous entendons sur les ondes de France et voyons dans les journaux. Faut-il encore expliquer aux Français qu'au Québec nous avons sans cesse lutté, par l'histoire et par notre environnement géographique, pour protéger la langue française. Les mots américains se sont introduits avec les produits américains, de l'évier à l'enjoliveur, de l'essuie-glace à la voie ferrée. Par un effort considérable et grâce à des éducateurs chevronnés, des grammairiens passionnés, des linguistes influents et une population attachée à la langue française, le Québec est devenu le défenseur farouche de cette langue de plus en plus bafouée en France. Il y a en France beaucoup de gens qui sont mobilisés contre cette manie d'introduire des mots américains dans le langage courant, ces défenseurs sont beaucoup plus nombreux qu'on le pense, mais il reste que les grands journaux font l'inverse. Le Québec a montré que la plupart des mots américains pouvaient être traduits, et d'une belle façon, et qu'il n'était pas nécessaire de truffer chaque phrase d'une bouillie importée et sans saveur. Certaines personnes en France qui exercent à de hauts niveaux n'ont pas toujours la dignité de parler français ! Pour nous ici, au Québec, il s'agit d'une trahison. Si la France s'obstine dans cette voie, elle se perd, aussi bien culturellement qu'économiquement ; elle s'éloigne des autres francophonies ; déjà, elle s'efface et s'abaisse. Pourquoi accélérer cette invasion ? Pour vendre ? Pour se montrer à la mode ? La France est colonisée, dominée, par une pseudo élite qui dégurgite à longueur de journée un français incompréhensible. Apprendre l'anglais, nous ne sommes pas contre, mais ne nous infligez pas ce mélange à nous qui quotidiennement nous battons pour parler français. Voyez les efforts d'un Jean-Robert Gauthier dans la défense des droits des francophones au Canada et sa lutte pour une dualité linguistique. Après la francophonie, sommes-nous entrés dans la cacophonie, comme se le demande avec justesse Impératif français, qui se bat pour défendre notre langue. Je connais des Canadiens français qui se sont fait reprocher en France de mal parler ou d'avoir un accent et qui ont décidé, là-bas, de s'adresser en anglais aux Français, fatigués qu'ils étaient de se faire humilier. Je connais des Français qui recherchent toutes les expressions québécoises et qui admirent notre parler et notre ténacité à vouloir continuer à nous exprimer en français. Je connais aussi des Français, parfois éminents, qui, dès que possible, s'adressent en anglais à leur auditoire en Europe ou en Amérique. À ces derniers, je recommanderais un petit séjour dans la ville d'Ottawa, la capitale non bilingue d'un pays soi-disant bilingue. Ils constateraient parfois que leur anglais souvent appris en Europe n'est pas toujours compréhensible ici. Quant au français, il finirait par le défendre aussi bien dans les transports en commun, les compagnies aériennes, les restaurants, les magasins et le reste. Vue de la région de la capitale nationale du Canada, je me permets de dire à tous les journalistes français qui emploient sans cesse des mots américains : " Voyez le combat ici, au Québec et en Ontario, en Acadie, au Manitoba et ailleurs au Canada, et vous comprendrez que vous nous insultez pour mieux nous tuer ! Comme vous n'avez peut-être aucun intérêt pour la langue française ou les autres francophonies, alors, malgré les coups que vous portez, sachez que nous ne nous laisserons pas mourir et qu'avec la France que nous aimons, celle qui parle le français, nous resterons unis."
Pour ceux qui douteraient des raisons de ma colère, voici quelques mots recueillis dans les journaux français récemment. Parcourez les grands quotidiens et vous serez, tout comme moi, profondément déçus : les journaux prétendus de gauche ou de droite agissent de la même façon. Beaucoup de leurs écrits révèlent une volonté d'être colonisés.
Voici quelques exemples.
Goal, play list, My FNAC, low cost, remake, class action (recours collectif, vous ne connaissez pas ?) flash, fans, zoom, newsletters, shopping, match, seventies, crash, blog high teck, penalty score, starting-blocks, rush, spot, top, on live, on air, et, pour terminer en beauté, l'horrible standing ovation !
On aurait pu penser que le e-mail allait devenir un mèl (où est passée la malle-poste ?) ou au moins un courriel, que les news (niouzes !) resteraient des nouvelles… Mais non, nous sommes dans le monde des delete, back space, playlists, on book une chambre, et allons-y pour le jogging et autres zapping, ice-cream et flash, jingle et timing, planning et autres incongruités qu'on veut nous imposer d'outre-mer. Amis français, vous qui aimez tant la langue française et qui voyez les attaques qu'elle subit, sachez que nous sommes avec vous pour la défense de la langue française (Nom d'une association française) et que le français a toutes les capacités pour créer des mots en remplacement des mots américains, que nous possédons des trésors dans la langue française. Que ces voleurs de langue, d'identité, cessent leur démolition. Bannissons (Boycottage !) ces journaux, réagissons auprès des éditeurs et, finalement, privons-les de notre argent. S'ils n'ont pas mal à la langue, au moins auront-ils mal au portefeuille. Sans lecteur, ils péroreront dans le désert à moins que vienne une prise de conscience.
Saluons les efforts d'associations comme L'avenir de la langue française ou Défense de la langue française, et toutes ces personnes et organismes qui, comme l'Office québécois de la langue française, nous montrent que la bataille n'est pas perdue, loin de là. Bravo à Impératif français, qui lutte sans relâche et depuis des années pour notre dignité.
Il appartient aux Français de décider, de le dire haut et fort, de réagir : le Québec a depuis longtemps choisi.
En toute amitié avec nos citoyens anglophones ou allophones francophiles, c'est en français que nous vivons et voulons vivre.

Grosmaire Jean-Louis
Écrivain-géographe
Gatineau
Québec
Canada

 

 

 

Discours de Jean-Louis Grosmaire

À l'occasion de la remise du PRIX LOUIS PERGAUD 2007

Besançon, le 24 novembre 2007

Monsieur le Maire de Besançon, Président du Grand Besançon

M. le Président de l'Association Les Francs-Comtois à Paris et en Île-de-France,
M. le Président Conseil général du Doubs
Mesdames Messieurs les membres du jury
Madame Nacéra Kaïnou, artiste sculpteur
Distingués invités,
Parents et amis,

Je vous remercie pour votre présence ici aujourd'hui. C'est pour moi un jour exceptionnel. Le dimanche 11 novembre, 2007, j'ai reçu un courriel de M. Pierre Gérard président de l'Association des Francs-comtois à Paris et de l'Île-de-France. Dans ce courriel, M. Pierre Gérard me demandait de communiquer avec lui de toute urgence. J'ai pensé qu'il souhaitait que je rédige un article sur le 11 novembre tel que vécu au Canada. Mon compagnon Michel m'a suggéré qu'il s'agissait peut-être des résultats du Prix Louis Pergaud. M. Girard m'a informé que j'étais le lauréat du prix Louis Pergaud 2007et ce un 11 novembre! Quelle joie, pour un anniversaire si important
Le 11 novembre 1918 la Grande Guerre prenait fin. Mes premiers mots iront donc à la mémoire des soldats, mon grand-père Pierre Grosmaire disparu près de Verdun, le 8 mars 1916, inhumé le 24 février 1917, à son épouse Hélène. À mon grand oncle Henri Parisot lui aussi mort pour la France pendant la Grande Guerre à tous les héros qui nous permettent aujourd'hui d'être, nous les petits-enfants, dans ce beau pays de France et dans cette magnifique région de Franche-Comté. J'associe évidemment Louis Pergaud à cette date anniversaire et à ce sacrifice ultime consenti par tous les hommes et femmes, enfants qui payèrent le plus lourd tribut.
Je tiens tout de suite à saluer mes collègues écrivains qui ont proposé des ouvrages pour ce Prix Louis Pergaud 2007. Je rends hommage à leur talent et leur demande pardon. Il y a en Franche-Comté des trésors littéraires et chaque année nous voyons fleurir sur les étagères des librairies des ouvrages exceptionnels. Je remercie le jury de m'avoir honoré cette année.
La Franche-Comté que j'aime est une Franche-Comté de l'excellence, celle qui rayonne à travers la France et dans le monde et les livres en sont les ambassadeurs, on n'a qu'à penser aux ouvrages de messieurs André Besson et Bernard Clavel.
Lorsque je travaillais pour les Salons du livre des régions frontalières de langue française, nous avions la chance d'avoir dans l'Outaouais la visite des auteurs de ces régions. Permettez-moi de saluer tout particulièrement M. André Besson, qui fut un pionnier de ces rencontres et qui a plusieurs fois traversé l'Atlantique pour venir en terre québécoise. J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour M. André Besson, il est un modèle, un maître. Je souhaite qu'il soit associé à cet hommage que l'on me rend aujourd'hui, d'autant plus que lors d'un salon en Outaouais il me suggéra d'écrire un livre entre Franche-Comté et Outaouais, ce qui n'avait jamais été fait. Merci pour cette idée originale.
On peut se demander ce qu'il y a de comtois en Jean-Louis Grosmaire. Je mentionnais mes racines comtoises du côté de mon grand-père et de ma grand-mère et je veux aller plus loin pour vous dire qu'une partie de moi-même repose déjà en terre comtoise. Permettez-moi de saluer la mémoire de notre mère Suzanne Parisot-Grosmaire qui depuis le mois d'avril de cette année repose à Beaujeu, en Val de Saône, auprès de notre père. Je suis certain que cette femme de lettres est fière de ce prix. Je suis un Québécomtois d'origine africaine ! Qui dit mieux ? Tout cela est peut-être pour vous un peu troublant, tout comme mes accents qui se télescopent ! Mais le monde moderne est de plus en plus celui des métissages, d'où l'importance des racines. Je revendique mes trois appartenances et je ne me sens étranger dans aucun de ces trois foyers de mon enfance. Ma grand-mère, quelle grand-mère! paysanne, montée à Paris faire des ménages, qui par la suite se lança avec audace dans la vente de chaussures à Gray. Elle avait une boutique nommée Le Chat Botté, Grande rue. Elle nous a donné l'exemple de la ténacité, du travail, de l'honnêteté, de l'économie, et si j'ai quelques qualités comtoises, c'est à elle, Hélène Mailley-Grosmaire, veuve de guerre, que je les dois. Nul ne peut m'enlever mes racines comtoises, et nul ne peut prétendre que je ne suis pas un Comtois. Un Comtois est une personne dont le cœur palpite devant un lac, une forêt, un château, une église, un héros de l'histoire comtoise, un paysage de brume ou de neige, de fortes chaleurs estivales, des accents qui chantent, un humour qui n'est ni celui du Midi, ni celui du Nord, et aussi une sagesse transmise de génération en génération sur cette région de passages. Je vous renvoie au récent livre de monsieur Besson, L'indomptable Lacuson. J'ai retrouvé au Québec une partie de ses qualités comtoises et j'en ai découvert d'autres et une autre famille.
Dans Tu n'aurais pas dû partir, qui est la suite de L'homme qui regardait vers l'ouest, j'ai voulu montrer comment un Franc-comtois, établi au Canada dans les années 1900, sentait en lui l'appel de la France et ce que l'on nommait le devoir sacré. Le titre peut surprendre. Il s'agit de la réflexion des enfants de Paul Javelier, un des héros de ce livre. Les enfants font remarquer à leur père, à son retour de guerre, que son absence a été lourde pour eux. Il n'est pas parti de gaieté de cœur et il ne voulait pas tuer. Pourquoi donc est-il parti ? Le père explique qu'il a fait son devoir, qu'il ne pouvait pas laisser les jeunes Canadiens se sacrifier pour un pays qui n'était pas le leur et lui, ne pas s'enrôler. Il devait être à côté des Canadiens et des Français de métropole pour délivrer son pays natal. Lorsque l'on monte au front, on n' pas d'autres choix que de tirer et qu'on le veuille ou non, on obéit aux ordres qui sont ceux de toutes les armées en guerre. Ce ne fut pas un thème facile à aborder, aller à la guerre, sans vouloir tuer, cela peut paraître paradoxal. Si tous les soldats avaient agi de même, comme le disent les enfants de Paul, il était peut-être inutile de se rendre sur le front. Je ne prétends pas avoir trouvé de réponse, et c'est la force des personnages, la réalité des personnages, de nous exposer leurs propres forces, leurs doutes, leurs faiblesses, leur héroïsme, leur humanité.
Dans cet ouvrage, j'ai aussi voulu montrer le quotidien des soldats d'origine étrangère, non seulement des Canadiens-français, mais des Sino-canadiens, d'où le personnage de James, l'ami de Louison, mais aussi des tirailleurs sénégalais. Une façon pour moi de boucler la boucle sur mes appartenances.
Tous les livres que j'ai lu sur la Grande-Guerre, tous les récits, la plupart des lettres, se ressemblent. Apparaissent au fil des années de guerre, une lassitude, un épuisement, parfois la rébellion, la mutinerie. Pour les soldats qui eurent la possibilité de s'exprimer, d'écrire, non pas ce que l'on rédigeait sur les petits bouts de carton que l'on envoyait à la famille, on voit que beaucoup de combattants n'en pouvaient plus, trop, c'était trop, jamais plus, on souhaitait que ce fut la Der des ders.
Les guerres modernes ne sont pas plus belles, et les dommages dits collatéraux, sont des horreurs qui parfois frappent les générations suivantes. Il suffit de remémorer Hiroshima, les hibakusha, les irradiés de deuxième génération, que l'on pense aux enfants déformés par les produits chimiques largués lors de la guerre du Vietnam, ou des armes radioactives utilisées de nos jours.
Que trouve-t-on de comtois dans cet ouvrage? Le héros Paul et sa fille Louison sont d'origine comtoise. Paul et Louison profiteront d'une permission, à la fin de la guerre, pour se rendre dans leur village du Val de Saône, un village que j'ai nommé Apreval. C'est une redécouverte pour ces émigrés au Canada et aussi une réconciliation avec le pays d'origine. Un des moments culminants de cette rencontre, c'est lorsque Louison et James son bon ami, comme on dit en Franche-Comté, prient devant la statuette de Notre-Dame de Gray. Cette rencontre spirituelle, malgré sa brièveté s'avère intense, car dans les moments les plus difficiles d'une vie, comme tout au long de cette guerre, j'ai constaté que la plupart des soldats soit gardaient une foi ardente, ou doutaient de tout, ne croyaient plus en rien. Pour beaucoup, la prière, pas uniquement pour eux, mais pour leurs familles, leurs compagnons d'armes, fut d'un très grand secours. N'oublions pas non plus les membres du clergé qui se dévouèrent et souvent tombèrent au milieu de leurs frères. J'ai une profonde vénération pour Notre-Dame de Gray. L'homme qui se tient devant vous aujourd'hui est un ancien de Gray, du Collège Augustin Cournot, un pensionnaire, qui rêvait d'un autre monde, celui des films de cow-boys, de Croc blanc et du Dernier des Mohicans. Lorsque je suis arrivé en 1967 à l'Exposition Universelle de Montréal, j'ai redécouvert avec surprise des mots de la langue comtoise, du parler de ma grand-mère parmi les expressions populaires canadiennes-françaises. Je me suis tout de suite senti chez moi dans une Comté dilatée, dans une Franche-Comté nord-américaine et totalement différente.
Ce Prix Louis Pergaud 2007 revêt une importance primordiale pour moi, il devient comme un passeport franc-comtois, que l'on me remet, après un long voyage. Comme je l'ai dit, je chéris trois appartenances et mon cœur navigue dans trois pays et sur trois continents. À 63 ans, le Prix Louis Pergaud couronne un parcours littéraire et un parcours humain. Il faut comprendre que l'auteur que vous avez devant vous ressemblait à un cancre nul en français, archi nul en mathématiques, j'ai donc dû travailler d'arrache-pied, avec ténacité, dans un Nouveau Monde, où je ne suis arrivé qu'avec une valise ! Cette ténacité, ce courage, je les dois à mes grands-parents et parents, mon père avait toutes les qualités d'un Franc-comtois et je ne lui connais aucun défaut.
En Franche-Comté, on n'a pas souvent l'audace de se vanter, de dire qu'on est le meilleur, et c'est parfois un peu dommage, car la Franche-Comté est une terre riche, généreuse. La Franche-Comté enrichit la France par ses artistes, ses peintres, écrivains, savants, humbles travailleurs. Je souhaite que les Franc-Comtois prônent plus leur région, se montrent plus fiers de leurs origines, le disent, fassent connaître cette terre et en valorisent le patrimoine unique. Il y a dans cette salle M. L'abbé Jean-Christophe Demard, le musée que ses parents ont bâti, avec l'aide de la région, et avec l'élan de monsieur l'abbé, reflète cette richesse de la région, dans le plus chaleureux musée du monde. Pour continuer dans le domaine culturel, j'ai nommé tout à l'heure M. André Besson, je souhaite que tout Franc-Comtois lise les ouvrages de M. Besson, ils en sortiront grandis, ils y trouveront leur identité, leur culture. Je vous recommande vivement l'abonnement à La Comté vue d'ailleurs, la revue de L'Association des Franc-Comtois à Paris et en Île-de-France que préside monsieur Pierre Gérard. Cette excellente revue valorise et fait briller la Comté à Paris et à l'extérieur de Paris.
En m'honorant, monsieur le Président, Mesdames Messieurs les membres du jury, vous donnez à ce prix un rayonnement international. C'est avec grand plaisir que je me ferai le porte-parole de la Comté et de votre association.
Je souhaite que vous lisiez mes livres, L'homme qui regardait vers l'ouest et Tu n'aurais pas dû partir. Un livre, c'est une chaine qui va de l'auteur jusqu'à vous. Je salue le travail méticuleux de mes éditeurs, le Vermillon à Ottawa et Mon Village de Sainte-Croix en Suisse.
Je vous remercie de votre présence, de votre attention. Bonne lecture !
Vive les écrivains de Comté, vive la Comté !

JLG

 

Le 28 novembre 2006

Assez, c'est assez!

Si vous croyez que la guerre a toujours existé et existera jusqu’à l’Apocalypse, alors tous aux abris et bonne chance! Si vous pensez que les pacifistes sont des pleutres manquant de virilité, des hippies attardés ou des écologistes utopiques, que l’on ne peut changer la marche chaotique du monde, réfléchissez aux actions du Mahatma Gandhi ou de Nelson Mandela. Si, en parcourant votre journal vous vous posez des questions, si les images de vos nouvelles télévisées vous bouleversent, si vous vous préoccupez du sort des êtres à l’autre bout du monde, si la déforestation vous inquiète, alors, comme moi, il vous arrive souvent de dire : « assez, c’est assez! »

Durant le temps que vous mettrez à lire ces lignes, des milliers d'enfants seront morts de faim, de soif, de maladie, victimes de guerres atroces, ou enfants soldats mobilisés de force, drogués, manipulés, enfants sans enfance, sans tendresse, sans jeu, puis sans vie.

Pendant le même temps, des gouvernements dépensent des sommes considérables pour l'armement. Au même instant, des médecins, des docteurs, des bénévoles, se battent, parfois avec des moyens dérisoires, contre les maladies. Des institutrices, instituteurs, professeur(e)s, souvent dans des conditions minimales, luttent contre l'analphabétisme, tandis que des avions hyper équipés surveillent les moindres recoins, scrutent tous les mouvements de troupe ou de matériel pour qui, pourquoi ?

Nous ne sommes plus dans une course aux armements, mais dans une frénésie, une folie sans fin. Beaucoup d’humains sont en guerre contre leurs voisins, la nature, les arbres, les animaux. Au nom d'une idéologie, d'une religion, d'une politique, d’un besoin énergétique, tonnent les armes. Elles ont la capacité de détruire la planète. Partout, des millions de personnes lancent des cris de détresse qui sont étouffés par les avions militaires, les chars d'assaut, mitrailleuses, mines, roquettes et autre quincaillerie dévastatrice, ruineuse et vite obsolète ou détruite. Les marchands d'armes, de tous pays, empochent les profits. La demande en armes et si forte, que même des pays pauvres fabriquent des instruments meurtriers. Un gigantesque trafic d'armes de tous styles et calibres sillonne le globe. Où cela nous mène-t-il ? À des millions de morts, blessés, déplacés, à des villes et villages détruits. Pour les survivants, ces hécatombes s’accompagnent d’un épuisement des ressources, une domination sans pareille de quelques-uns sur la multitude, un appauvrissement accru des plus misérables.

Que peut dire le simple paysan, devant un char d'assaut, une bombe? Aujourd'hui, j'écris, demain peut-être un kamikaze fera sauter l'autobus, un avion percutera un immeuble, une bombe irradiera notre région. Nul n'est à l'abri de la guerre. Pour qui, pourquoi? Des millions de personnes tentent de quitter des pays soumis à une horrible pression interne ou externe. Des millions de personnes meurent dans l'indifférence quasi absolue.

Les guerres que nous devrions mener sont des guerres contre la faim, la malnutrition, les pandémies, les maladies, l'analphabétisme, la drogue.... Pour cela, l'humain doit se hisser à un niveau qu'il a rarement atteint, celui d'une prise de conscience planétaire, celui de sa condition de terrien, sa condition d'humain parmi les humains. Il le doit pour les générations futures, les enfants et vieillards, les malades, les souffrants et en mémoire de ceux qui sont morts. L'homme doit arrêter de considérer l'autre comme un ennemi, l'école et la société, les religions peuvent transmettre ces valeurs. Pourquoi, sur les écrans et les consoles de jeux autant de scènes qui prônent la violence ? Pourquoi ces armes disponibles partout? Apologie de la violence plus armes conduisent à la tuerie.

Un indispensable dialogue doit s'instaurer. Il nous faut l’audace de tenter d’atteindre sans relâche ce que certains considèrent comme utopique : la PAIX. Si nous en sommes arrivés à la haine, il nous faut patiemment renouer les liens qui font de nous des humains responsables, solidaires, regardant ensemble l'avenir. Nous devons établir les conditions d'un mieux-être pour tous les humains, pour la végétation et pour les animaux. Nos relations pourraient être celle de gens respectueux les uns vis-à-vis des autres et vis-à-vis de cette Terre qui nous nourrit. Devant la déforestation, la destruction de nos milieux, les scientifiques sonnent l'alarme. Qu'attendons-nous? Qu’un astéroïde percute notre planète, rendant dérisoires nos conflits frontaliers pour quelques kilomètres stratégiques? Attendons-nous qu'un virus nous élimine, parce que nous avons engagé plus d'argent dans les combats fratricides que dans la lutte contre les pandémies ? Attendons-nous que tous les enfants meurent sous nos yeux tendant leur visage émacié, leurs bras squelettiques. Des enfants nous implorent, que faisons-nous pour eux ? Attendons-nous, que la Terre irradiée se couvre de déserts et que nous réfugiions dans des bunkers? Qu'attendons-nous pour rendre l'air plus respirable, la vie moins difficile pour les plus malheureux ?

Les politiciens ne sont que les reflets de nous-mêmes, de nos propres valeurs. Il est peut-être temps de changer le mode de gouvernance et d'élever nos esprits. Il est temps d‘offrir l'art et non les armes aux humains avides de paix. Accordons plus de place aux musiciens, peintres, écrivains, artistes, sculpteurs, médecins, bénévoles, boulangers, menuisiers, artisans, ouvriers, qu’aux nombreux chefs qui nous envoient à la destruction, à la mort.

Nous avons besoin de Nations vraiment unies. Renforçons, modifions, améliorons cette institution qui a le mérite d'exister, renouons avec les idéaux qui ont fondé cette assemblée mondiale, dotons-la de pouvoirs plus étendus, qu’elle soit vraiment représentative de l'ensemble de nos sociétés. Cela pourrait aider à conduire ce siècle à la paix, la lutte contre les vrais fléaux qui affligent les plus pauvres, un temps de vie et d'espérance pour ceux qui souffrent. Il nous faut des hôpitaux et non des chars d'assaut, des chercheurs engagés dans des luttes contre les maladies, des agriculteurs respectueux de l'environnement et des poètes pour chanter la vie en paix. Alors, nous pourrons nous lancer, non pas à la conquête de l'espace sidéral, mais à sa fabuleuse exploration. Nos frontières sont plus hautes, plus lointaines que celles de nos pays. Encore un effort et nous arriverons, par la paix, à remplacer les bombardiers par des tableaux et de la craie. Il y a assez de catastrophes naturelles pour occuper les armées du monde entier. Soldats à vos pelles! Car maintenant assez c’est assez! Il est temps de désarmer.

Résumons : mieux vaut des crayons et des cahiers que des fusils et des balles, du riz que des bombes, c’est assez évident que l’on ne devrait pas avoir à le rappeler.

Non, l’histoire ne nous jugera pas, car il n’y a aura plus d’historiens dans un monde ravagé par des bombes nucléaires. Ce ne sera plus chacun sa bombe, mais chacun sa tombe.

En attendant, hélas, des hommes, des femmes, des enfants meurent de faim, de soif et de maladies que l’on pourrait soigner, de guerres à tout point de vue ruineuses, que l’on pourrait éviter. Assez d’horreurs, c’est assez!

Jean-Louis Grosmaire est géographe et écrivain. Il est l’auteur du roman historique "Tu n'aurais pas dû partir" (Éditions du Vermillon, 2006).

 

 

 

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Voici le texte de ma conférence à Gatineau ( Québec ),

le 29 02 04

Exil et imaginaire.

Nous sommes tous des exilés en quête d'un pays imaginaire. Nous écrivons toutes et tous le livre de nos vies, de nos espoirs.
Latcho drom, bonne route, disent les Tziganes, les Romanichels, peuple errant sur les routes d'Europe. Ces nomades vivent en périphérie de nous. Ils sont ce que nous voudrions être, libres, mais nous sommes trop attachés à notre confort, trop possédés par nos possessions, trop ficelés par nos liens aux objets, à notre compte en banque. Notre? Nos? Rien, nous ne sommes que des locataires, même notre corps ne sera plus nôtre et notre tombe, juste une tombe. Notre esprit, notre âme, partis ! De nouveau amalgamés au grand tout sidéral, fin de l'exil? Retour vers le futur?
Exil, des millions de Terriens chancellent sur les routes de la faim, la soif, la torture, la misère, l'horreur et, l'autre moitié, plus ou moins s'en fiche ! Elle les zappe ! Télévision, vision lointaine, gros plans qui nous agressent, horreur quotidienne. Que pouvons-nous? Les grands de ce monde sont-ils des nains de la pensée, des froids du coeur, des alpinistes des sondages, des drogués des baromètres de leur opinion publique, qu'ils manipulent avant d'être eux aussi éjectés, exilés. Tous finissent dans le panier au fond percé, dans la poubelle amnésique de l'histoire : " Je me souviens ", mais plus très bien et c'est parfait ainsi.
Qui suis-je, où vais-je? À 7ou 8 ans, la question éclate, la réponse fuit toute la vie ! Cordon ombilical coupé, finie la douceur, la vie est un combat. Il y a Dieu, le diable, Adam et Ève, les exilés, la jarre de Pandore et, au fond ne reste que l'espérance. Ouf ! Il y a elle! L'imaginaire, la beauté, le rêve, l'indomptable, l'esprit, Dieu finalement. Alors, c'est Rodin, Camille Claudel, Giacometti, la Vénus de Milo, Picasso, et les oliviers de Van Gogh, et les Bretonnes de Gauguin et " l'inaccessible étoile " de Brel. Il y a Glen Gould, Mozart et Bach, Hugo et son exil, la Bible et Homère, et l'humanité qui s'élève jusqu'à la beauté, l'imaginaire, l'immensité rebelle, le souffle, la recomposition constante du monde, la fusion créatrice, le plaisir des sens, le plaisir, ce vol, cette vengeance sur " la laideur des faubourgs " l' imaginaire qui rejoint tous les exilés.
Le pays perdu, le temps pas retrouvé, les défunts, les marginaux, les paumés, les perdus, les drogués, les bonnes soeurs et les curés, les dépressifs et les exaltés, les grands et les petits, les champions et les mal foutus, toutes races confondues, écoutent le violoniste du Violon rouge, le poète, et s'extasient devant la mer qui se prend pour une peinture d'Hokusai.
Pays exsangues, déracinés, émigrés, déportés, Shoah, crient que " La vie est belle " et font un bras d'honneur au malheur et aux dictateurs! Emporte-nous dans tes ondes, Beethoven, donne-nous tes poèmes, Francis Jammes, et ta petite voix, sainte Thérèse. Des rayons de livres, de soleil tendre, des multitudes de pistes, des routes infinies, des appels immenses, des esprits en dormance prêts à nous atteindre pour nous toucher, nous délivrer. Et l'écrivain, le musicien, le porte-plume des personnages, aussi vrais, peut-être plus, que les réels; le crayon, le pinceau, le piano, le regard du chat, la feuille qui n'en finit pas de tomber, les nuages qui sourient à l' enfant, les outardes au-dessus des villes, d'un trait de plume, leurs vols ondulants, la neige folle, qui attend Nelligan, pas fou, les musées qui s'ennuient, des jeunes et des vieux à qui l'on a pas enseigné, montré, la beauté ! Des " responsables " qui oublient la beauté, la beauté, la beauté! Ville-dortoir, ville-autos, ville-asphalte, sans arbres, sans poésie, sans âme.
Chaque bosquet que l'on saccage, forêt que l'on détruit, marais que l'on assèche m'éloignent de ce pays " Ne suis pas fais pour ce pays, le bonheur m'alourdit et m'ennuie, avec les loups suis à l'abri... " Félix Leclerc.
Plus de guerres, plus de frontières, plus de drapeaux, je n'y crois plus, mon pays est celui des loups, plus aimables que les humains et leurs bombes. Mon pays est celui des chats, pays infini, infiniment recommencé, imaginaire !
Exilés de tous pays, de toutes langues et religions, victimes,<< je pense à vous>>, comme le chantait Pauline Julien. Des mains se tendent vers vous, des coeurs saignent, s'exiler, partir pour ne plus revenir, pas de choix, Pleure Ô mon pays bien-aimé. D'où viens-tu, où vas-tu ? Je viens d'un ailleurs dans mon coeur. Je vais où le vent me porte, chargé de souvenirs et de plaies. Donne-nous la paix !

JLG

 

 



 

Voici un article qui a été publié dans plusieurs journaux canadiens:

Aylmer, le 3 février 2003

 

Aylmer dévastée !

Après avoir perdu son nom, cette ville perd son âme. En quelques mois, abattus des arbres parfois centenaires, des bosquets fourmillant de vie, des arbustes ! Et ce n'est que le début, d'autres lots vont y passer. Quelques heures suffisent pour transformer un parc naturel, une forêt de quartier, un boisé voisin, en un tas de gravats. Des arbres charcutés sans ménagements, des espaces aplanis, des ruisseaux canalisés, au nom de quoi ?
Si je ne reconnais plus ma ville, je devine celle qui émerge: une agglomération anonyme, sans âme.
Il faudra des années pour que repoussent les arbres dans ces nouveaux quartiers, mais " je serai mort mon frère ". Quel saccage, quelle désolation !
Il y a plus qu'urgence à davantage consulter les citoyens, les informer, les écouter. Pourquoi tout ce chambardement se fait-il si vite ? Allons-nous encore engendrer des confrontations, des luttes sans fin, laissant, de part et d'autre, amertume et tristesse ? N'est-il pas tout simplement possible de protéger ces espaces verts appréciés de tous ? Ces espaces que tant de villes dans le monde nous envient ? La ville peut-elle devenir une vraie cité qui apporte à ces nouveaux arrivants un sentiment d'appartenance, une fierté de vivre dans un paysage harmonieux et respectueux de l'environnement initial ? Est-ce rêver ?
En quelques jours, sous les tronçonneuses et les coups des puissantes machines, nous détruisons des siècles de végétation. Certains arbres sont des patriarches, il faut les respecter, ils doivent nous survivre ! Dans de nombreux pays on vient s'asseoir auprès de chênes ou d'oliviers centenaires, pourquoi, ici, tuer nos amis qui ne nous donnent que du bien ? Que sommes-nous devenus ? Respectons ces richesses gratuites pour tous, accessibles à tous, ces sources de vie animales et végétales, ces terres non bâties, ces bosquets refuges de vie, ces forêts urbaines qui nous régénèrent en ces périodes de hautes turbulences. Peut-on plaider pour un urbanisme intelligent, harmonieux, collectivement accepté ?
Aylmer fut une ville-parc, elle devient un secteur déboisé.
Aylmer et ses habitants méritent mieux que cela !

Grosmaire Jean-Louis
Écrivain-géographe