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Techniques
de l'Enluminure
Marie-Louise
Pépin
( Société
canadienne d'aquarelle)
"Enluminure", un mot
que l'on entend de plus en plus souvent, cité dans de
nombreux livres d'art ou peut-être ce mot évoque-t-il
dans votre mémoire le célèbre film "Le Nom de la Rose"
?
On
définit cette technique artistique comme l'art de décorer
et d'illustrer les livres, les manuscrits, etc. On pourrait penser
que l'enluminure tire son origine du mot "miniature"
(minus), parce qu'en fait les enluminures sont presque toujours
des miniatures dues à la complexité de cette technique.
Cependant le mot "enluminure" tire plutôt son
origine du mot latin "illuminare" qui signifie mettre
en lumière, rendre lumineux. Quoi de mieux que l'enluminure
pour illuminer l'esprit...
Historique
L'aspect le plus surprenant
des manuscrits enluminés est d'une part, leur survie,
et d'autre part l'extraordinaire état de conservation
qu'ils ont gardés au cours des siècles.
La plupart des manuscrits furent utilisés
par de nombreuses générations, incluant les moines,
les prêtres, les missionnaires, les professeurs, etc. On
s'en servait pour prier, pour étudier, les recopier, ou
tout simplement les admirer.
C'est autour du IVe s. ap. J.C.,
qu'on retrouve les premiers manuscrits dans lesquels étaient
peints des lettres de couleur (lettrines). En 529 ap. J.C., Saint-Benoït
de la Nursie, fonde le
monastère du Mont-Cassin (Italie). La lecture
spirituelle fera partie de la règle bénédictine.
Ceci amènera un essor pour l'écriture.
Durant le Moyen Âge, et
ce à partir du IXe et Xe siècles, chaque monastère
possédera son scriptorium. En général, le
scriptorium était situé près de la bibliothèque.
C'était un local en soi, et souvent le seul chauffé
dans tout l'abbaye. On y copiait des textes religieux, mais également
des ouvrages classiques, tel Horace et Cicéron.
De nombreuses enluminures illustrent
des moines à l'oeuvre. Le texte était calligraphié,
puis décoré dans un second temps par un ou plusieurs
moines enlumineurs. D'après certains témoignages
de l'époque, c'était un métier fort exigeant,
ou le temps n'était pas un critère de performance.
On y a d'ailleurs tiré l'expression "un travail de
bénédictin". Malgré les séquelles
laissées à la vue, la colonne et l'estomac dues
à la position, plusieurs moines possédaient un
véritable sens de l'humour. Fréquemment dans les
marges, on retrouve ce types de notes "Ah, ce qu'il fait
chaud aujourd'hui" ou "Encore du fromage ranci ce midi",
contournant ainsi la règle du silence.
Autre fait fascinant, dû à
la prolifération des monastères, chaque scriptorium
développa son style. Sûrement, un des plus beaux
chefs-d'oeuvre de l'époque fut le "Livre
de Kells", calligraphié et enluminé
en Irlande (île d'Iona) vers le VIIe ou le VIIIe sciècle.
Le livre de Kells est un véritable joyau. D'influence
byzantine, notamment dans la pause et les yeux des personnages,
l'inspiration est surtout celtique. On parle ici de "pages-tapis",
richement décorées de minuscules noeuds, de têtes
d'humains, d'animaux, d'entrelacs, etc. De plus les caractères
et motifs étaient abondamment rubriqués (c'est-à-dire
cernés de minuscules points rouges).
Au début du XIIIe s.,
les enluminures commencent à sortir des monastères.
La bourgeoisie est attirée par ces ouvrages. Ils deviennent
très populaires, mais également très chers.
Nombreux étaient les personnages illustrés qui
possédaient leur psautier enluminé. Ce nouveau
phénomène crée l'apparition d'enlumineurs
et de scribes laïcs logeant dans les grandes villes universitaires.
(1257: fondation de l'Université de la Sorbonne à
Paris)
Les enlumineurs les plus célèbres
de l'époque furent incontestablement les frères
de Limbourg,
originaires des Pays-Bas, venus s'installer à Paris. Ce
sont eux qui réaliseront les Très
Riches Heures (Chantilly, Musée de Gondé)
et les Belles Heures (New-York, Cloisters Museum) pour le Duc
de Berry. Ces chefs-d'oeuvre, qualifiés de style gothique
international, nous surprennent par la qualité de la composition,
l'étude approfondie de maints détails de la nature
et surtout la féerie des coloris. Les frères de
Limbourg utilisèrent entre autres, le lapis-lazuli broyé
pour peindre l'intensité du ciel. Ceci eut pour un résultat
un bleu très particulier, légèrement violacé
et d'une grande profondeur.
Lorsqu'arriva en 1471, l'invention
de l'imprimerie par Gutenberg, les manuscrits enluminés
perdirent un peu leur raison d'être. Cependant, ils devinrent
des objets à collectionner.
Il faudra attendre jusqu'au XIXe
siècle, pour redécouvrir les techniques d'enluminure.
On le doit notamment à William Morris, artiste anglais
à l'origine du mouvement Arts and Crafts.
Aujourd'hui, on peut contempler
ces chefs-d'oeuvre, (prière d'apporter vos lunettes, loupes,
etc.) dans les grands musées et bibliothèques.
La British Library de Londres possède une salle de manuscrits
à vous couper le souffle, de même que la Bibliothèque
nationale de Paris. Plus près de nous à New-York,
la Pierpont Morgan Library offre aux visiteurs une très
belle collection. Bref, le marché des enluminures attire
toujours de nombreux adeptes et collectionneurs avisés.
Supports, outils et
couleurs
1 : Support
On peut travailler l'enluminure sur un papier aquarelle non texturé,
mais l'idéal est le parchemin. Le parchemin est une peau
d'agneau ou de veau préparée avec soin, puis trempée,
grattée et étirée. Il est en général
de teinte crème ou blanche. Lorsqu'il est très
fin et de qualité supérieure, on le désignera
sous le nom de vélin. Le parchemin grâce à
sa texture et à sa translucidité donne aux pigments
de couleur, une luminosité que l'on ne retrouve point
avec le papier. Autrefois la peau était choisie selon
le format du livre désiré, puis on la pliait et
l'assemblait. De plus, le parchemin et le vélin résistent
d'avantage que le papier au temps qui passe.
2 : Outils
Les principaux outils utilisés sont le pinceau et la plume.
Il est préférable de travailler avec un petit pinceau
de soie naturelle (zibeline) ou synthétique. On se sert
surtout des no 0, 00 et 000.
Quant à la plume, les
pointes Speedball que l'on retrouve chez n'importe quel fournisseur
sont adéquates pour les contours. Cependant de nombreux
artistes préfèrent la plume d'oie. Et attention,
pas n'importe laquelle, elles doivent provenir des extrémités
de l'aile (désignées sous le nom de "premières"),
puis préparées et taillées en conséquence.
3 : Couleurs
Les couleurs utilisées sont variées. On peut se
les procurer en pigments et les broyer finement, ou pour faciliter
les choses, les gouaches extra fines Windsor et Newton sont excellentes.
Si on préfère la transparence, on peut varier en
utilisant l'aquarelle.
Les couleurs de base sont le
rouge vermillon, le bleu outremer, le vert émeraude ainsi
que le blanc et le noir. À noter que le jaune est absent,
celui-ci est remplacé par la feuille d'or.
Le plus important, c'est le liant.
Toute enluminure est faite à base de détrempe à
l'oeuf. Cela lui confère l'aspect doux et satiné
d'un véritable petit bijou. De plus, c'est une technique
qui offre une résistance supérieure. Après
avoir dépouillé le jaune d'oeuf du blanc, on le
prend délicatement entre le pouce et l'index. Puis, à
l'aide d'un exacto, on perce l'enveloppe du jaune d'oeuf afin
de conserver uniquement le liquide. Le blanc d'oeuf peut être
conservé, afin de vernir l'oeuvre finale (facultatif).
Avis aux intéressés : un traité de peinture
florentin de l'an 1400, conseillait fortement les poules de ville,
puisque les jaunes étaient plus clairs et n'altéraient
pas la couleur.
Le jaune d'oeuf est ensuite mêlé
à une quantité égale d'eau, et dans un second
temps, mêlé au pigment. L'application est différente
des autres techniques. Il faut appliquer la détrempe par
petits coups de pinceaux parallèles les uns aux autres.
les couches peuvent se superposer, mais doivent être très
sèches et minces afin d'éviter le craquelage. S'il
y a erreur il est possible de gratter au scalpel.
La couleur est rehaussée
par l'utilisation de l'or. On peut se le procurer en poudre ou
de préférence en feuilles minces de 23k, présentées
sous forme de carnet. La dorure à la feuille est assez
simple en soi, mais demande une grande minutie. Elle doit être
exécutée avant l'application des autres couleurs.
En premier lieu on peint avec une colle spéciale les endroits
que l'on veut dorer. Puis on applique délicatement la
feuille d'or. Le tout est essuyé avec un morceau de soie.
On peut également terminer par un lissage de la feuille
d'or avec une agate ou pour faire plus audacieux, une dent de
sanglier ou une patte de lièvre.
Renouveau de l'enluminure
De nombreux artistes
pratiquent l'enluminure de façon traditionnelle. La Cour
d'Angleterre possède à son service son propre enlumineur
pour les documents officiels et honorifiques.
Mais de plus en plus d'artistes
contemporains utilisent la calligraphie et l'enluminure de façon
très audacieuse et personnelle. On pense aux magnifiques
abstractions de l'artiste français Claude Mediavilla.
À Montréal, des
cours d'enluminure se donnent notamment au centre Saidye Bronfman.
De plus, une Société des Calligraphes fort active,
présente de temps à autres une exposition de ses
membres. En 1995 on présenta une exposition magnifique
à la Chapelle historique du Bon Pasteur sous le thème
de la Passion selon Saint-Mathieu de Jean-Sébastien Bach.
Sur internet, plusieurs sites dont le livre de Kells, la Bibliothèque
nationale de France, etc. En conclusion, un art parfois
relégué aux oubliettes, mais d'une grande beauté
pour l'oeil et l'âme et Dostoïevski disait "la
beauté sauvera le monde".
Liens sur
la calligraphie et l'enluminure
Bodeliean
Library (
Des images superbes du serveur de la bibliothèque d'Oxford
)
The Book of Kells - CD Rom
( Pour avoir le
livre en CD)
Le
Book of Kells, un manuscrit de l'an 800 ( Site sur le magnifique Book of Kells
par Jocelyn Blanc )
Charles
Edwin Puckett - Illuminated Manuscripts ( World's largest collection of Illuminated
Medieval manuscript leaves for sale )
Choix de
miniatures des manuscrits de l'Université de Liège
Codex
Manesse (
reproductions du codex Manesse en allemand )
Cynscribe ( plus de 700 liens sur la calligraphie
sun internet )
DScriptorium
( Site devoué
à recueillir entreposer et diffuser des images de manuscrits
médiévaux )
Enluminath
- Calligraphie et Enluminure (
site d'initiiation à la passion de la calligraphie et
de l'enluminure )
Enlumineur.com
( Site de Thierry
Mesnig qui enseigne l'enluminure, très bien et èlaboré
)
Enlumineur
Benoît Billion (
Site de Benoït Billion à Nantes. Excellent enlumineur
qui recrée dans ses dessin les styles de l'époque
médiévale)
Enluminure Celte
( Quand l'entrelac
devient un art, site de Gilles Herrier)
Enluminure Claire Travers
la feuille d'Or (
Site de Claire Travers, très belle gallerie, cours, matériel)
Enluminure
et calligraphie (
Site de Christian Belouin )
Enluminure
médiévale (
Site de Yves Gack )
Enluminure traditionnelles
( Site de Marc
Coindet, création et reproduction d'enluminures selon
les méthodes médiévales)
Enluminures
( Site d'Isabelle
Mousseau )
The
Gutenberg Bible (
Site très bien illustré sur la bible de Gutemberg
- the British Library )
Histoire
du livre et de l'enluminure (
matériaux, pigments, couleur, parchemin )
Manuscripts,
Paleography, Codicology (
Liste de nombreux liens (site The
Labininth )
Mulder media
: Manuscript Gallery (
Manuscrits enluminées et cartes anciennes )
Or et lumière
( Site de Béatrice Van
Den Bocche, peintre enlumineur
installée à Vézelay )
D'or et de pigments ( L'association a pour but
la promotion de l'enluminure,
de la calligraphie et des couleurs naturelles )
Marc
Hébert (
cours de calligraphie, enluminure à la feuille d'or, vitrail,
etc.. )
Parchemin
et par pot (
Site sur l'enluminure mediavale par HéloÏse Audry
)
Le roi Charles
V et son temps (1338-1380) (
Bibliothèque Nationale de France, 1000 enluminures )
Le
Scriptorium St-Luc (
Le Scriptorium Saint Luc représente un atelier d'enluminure
au Moyen Age. )
La Société
des Calligraphes (
Site de la sociét à Montréal )
Les très riches heures
du Duc de Berry (
Enluminures médiévales des frères Limbourg
)
www.lucscribe.com ( Site de Luc Saucier, sur
la caligraphie, très intéressant, pédagogique
et de belle facture )
Ressources
Marie-Louise Pépin ( Enluminures médiévales,
cours d'enluminure )
La Société des Calligraphes de
Montréal
Polices
de caractères à télécharger (
fichier Zip )
Anglo-Saxon
8e siècle
Battle
Abbey 8e siècle
British
Block Flourish
10e siècle
British
Museum 14e
siècle
Curved Manuscript
17e siècle, Caractères de la renaissance de Robert
D. Anderson.
Decorated
Majuscules
14e siècle
Floral
Majuscules
11e siècle
German Blackletters 15e siècle
King
Arthur
Merlin Police utilisé dans ce site
Old
Germen
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Ziba Arabe
Spanish
Round Bookhand 16ème
siècle
Vatican
Rough Letters 8ème
siècle
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de Symboles à télécharger
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Symboles Héraldiques
Production ©
2001, Claude Laurent
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