Fontenay-sous-bois
(France), le 14
décembre 2000
Bonjour,
Ma petite sœur
Agnès vient de disparaître suite à un accident d'équitation à l'âge
de 22 ans. C'était son métier (cavalière professionnelle), sa passion
(elle avait toujours voulu faire ça) et en un mot maintenant sa vie.
Chaque fois que l'idée de ne plus la
revoir me traverse l'esprit, c'est un peu comme une part de soi-même qui
s'enflamme dans une colère et une tristesse énorme.
Il
y a un point cependant qui m'aide énormément, un point qui me paraît
intellectuellement dérisoire mais émotionnellement hautement important.
Agnès a toujours vécu à fond, sans se soucier de demain, toujours plus
vite et plus pressée que tout le monde. Je dis ceci avec réalisme, c'est
à dire en bien comme en mal. Elle s'est tuée sur son cheval qui s'était
emballé, je veux dire qu'elle n'est pas tombée. Elle a heurté un arbre,
elle a été tuée sur le coup mais elle n'a pas lâché sa passion même
quand la situation semblait perdue.
C'était
une bonne cavalière, trop bonne. Et je ne vois en cette idée qu'une
chose : c'est tout elle... Agnès avait cette citation accrochée à
elle : « J'en ai assez des gens qui meurent pour une idée. Je
ne crois pas à l'héroïsme, je sais que c'est facile et j'ai appris que
c'était meurtrier. Ce qui m'intéresse, c'est qu'on vive et qu'on meure
de ce qu'on aime. » (Albert Camus, La peste). C'est ce qu'elle a
fait de façon entière, c'est ce qui donne un petit sens à sa mort, à
sa vie. Et ça aide énormément.
Bon
courage à tous ceux qui ont dû passer par là ! S'il y a quelque
chose après (je dis bien « SI »), elle sera là pour
m'attendre...
Roland

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