Accueil

LE PATRIOTE
CHEVALIER DE LORIMIER
(1803-1839)

Biographie - Testament politique - Exécution - Source - Référence

Thème connexe >  Histoire nationale


BIOGRAPHIE
Après avoir fait un cours d'études classiques, de Lorimier commence sa cléricature en 1824 sous Pierre Ritchot. En août 1829 il est admis notaire. En 1832 il épouse la fille de J.M. Cadieux. De Lorimier s'implique d'abord dans la turbulante élection dans le Quartier Ouest de Montréal en 1832. Il fut secrétaire de la grande assemblée de Saint-Laurent, le 15 mai 1837, puis de celle du 29 juin.

Le 15 novembre, traqué par la police, de Lorimier se rend dans le comté de Deux-Montagnes pour y participer à la résistance autour de Chénier et Scott. Il est à Saint-Eustache le 14 décembre, mais réussit à se réfugier à Saint-Benoît. De là, il gagne Trois-Rivières, puis la frontière américaine en passant par les Cantons-de-l'Est. Il est de retour au Canada dès février 1838, accompagnant Robert Nelson lors de sa Déclaration d'indépendance.

Lors de la prise d'armes du 3 novembre 1838, il commandait à Beauharnois comme brigadier - général. Ayant recu l'ordre de venir joindre, à Napierville, le corps principal de l'armée patriote, de Lorimier s'y dirigea avec ses troupes et ses prisonniers. Dans la nuit du 12 novembre, il est fait prisonnier à proximité de la frontière américaine.

Incarcéré à la prison de Montréal, il est condamné à mort le 11 janvier 1839 et pendu le 15 février suivant avec quatre autres suppliciers. Avant de mourir, il écrit une série de lettres à ses amis et à sa famille empreintes d'un haut sens moral.

Aegidius Fauteux


TESTAMENT POLITIQUE


Prison de Montréal,
14 février 1839,
11 heures du soir.

Le public et mes amis en particulier, attendent, peut-être, une déclaration sincère de mes sentiments; à l'heure fatale qui doit nous séparer de la terre, les opinions sont toujours regardées et reçues avec plus d'impartialité.

L'homme chrétien se dépouille en ce moment du voile qui a obscurci beaucoup de ses actions, pour se laisser voir en plein jour; l'intéret et les passions expirent avec sa dépouille mortelle. Pour ma part, à la veille de rendre mon esprit à son créateur, je désire faire connaître ce que je ressens et ce que je pense.

Je ne prendrais pas ce parti, si je ne craignais pas qu'on représentât mes sentiments sous un faux jour; on sait que le mort ne parle plus et la même raison d'état qui me fait expier sur l'échafaud ma conduite politique pourrait bien forger des contes à mon sujet. J'ai le temps et le désir de prévenir de telles fabrications et je le fais d'une manière vraie et solennelle à mon heure dernière, non pas sur l'échafaud, environné d'une foule stupide en insatiable de sang, mais dans le silence et les réflexions du cachot.

Je meurs sans remords, je ne désirais que le bien de mon pays dans l'insurrection et l'indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n'ont été entachées d'aucun des crimes qui déshonorent l'humanité, et qui ne sont que trop communs dans l'effervescence de passions déchaînées. Depuis 17 à 18 ans, j'ai pris une part active dans presque tous les mouvements populaires, et toujours avec conviction et sincérité. Mes efforts ont été pour l'indépendance de mes compatriotes; nous avons été malheureux jusqu'à ce jour.

La mort a déjà décimé plusieurs de nos collaborateurs. Beaucoup gémissent dans les fers, un plus grand nombre sur la terre d'exil, avec leurs propriétés détruites, leurs familles abandonnées sans ressources aux rigueurs d'un hiver canadien. Malgré tant d'infortune, mon coeur entretient encore du courage et des espérances pour l'avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l'assurent. Voilà ce qui me remplit de joie, quand tout est désolation et douleur autour de moi.

Les plaies de mon pays se cicatriseront après les malheurs de l'anarchie et d'une révolution sanglante. Le paisible canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent; tout concourt à ce but, les exécutions mêmes, le sang et les larmes versées sur l'autel de la liberté arrosent aujourd'hui les racines de l'arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas.

Je laisse des enfants qui n'ont pour héritage que le souvenir de mes malheurs. Pauvres orphelins, c'est vous que je plains, c'est vous que la main sanglante et arbitraire de la loi martiale frappe par ma mort. Vous n'aurez pas connu les douceurs et les avantages d'embrasser votre père auxs jours d'allégresse, aux jours de fête!

Quand votre raison vous permettra de réfléchir, vous verrez votre père qui a expié sur le gibet des actions qui ont immortalisé d'autres hommes plus heureux. Le crime de votre père est dans l'irréussite, si le succès eût accompagné ses tentatives, on eut honoré ses actions d'une mention honorable. «Le crime et non pas l'échafaud fait la honte.» Des hommes, d'un mérite supérieur au mien, m'ont battu la triste voie qui me reste à parcourir de la prison obscure au gibet.

Pauvres enfants! vous n'aurez plus qu'une mère tendre et désolée pour soutien; si ma mort et mes sacrifices vous réduisent à l'indigence, demandez quelque fois en mon nom, je ne fus jamais insensible aux malheurs de mes semblables.

Quand à vous, mes compatriotes, mon exécution et celle de mes compagnons d'échafaud vous seront utiles. Puissent-elles vous démontrer ce que vous devez attendre du gouvernement anglais!...

Je n'ai plus que quelques heures à vivre, j'ai voulu partager ce temps entre mes devoirs religieux et ceux dûs à mes compatriotes; pour eux je meurs sur le gibet de la mort infâme du meutrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants et de mon épouse sans autre appui, et pour eux je meurs en m'écriant:

Vive la Liberté, vive l'Indépendance!

Chevalier de Lorimier


Source

Les Patriotes de 1837-1838 (Gilles Laporte)



RÉFÉRENCES

Chevalier de Lorimier. - 15 février 1839. Lettres d'un patriote condamné à mort. - Édition préparée par Marie-Frédérique Desbiens et Jean-François Nadeau. - Montréal: Comeau & Nadeau, 2001. - 126 p. - (Collection Mémoire des Amériques). - ISBN 2-922494-45-4.

Préface de Pierre Falardeau (première édition de 1996) :

Huit mille soldats et volontaires anglais, commandés par John Colborne, un vétéran des guerres napoléoniennes, sèment la terreur pendant deux ans. Ils pillent les maisons, brûlent les granges, rasent les villages. Ils pendent, ils violent, ils tuent. L'ordre anglais règne. De cette deuxième défaite en quatre-vingt ans naîtra l'Acte d'Union en 1840. On nous unira de force à nos partenaires. Cette union forcée sera réaménagée trente-sept ans plus tard sous le nom de Confédération canadienne.

Préface de Jean-François Nadeau (nouvelle édition critique de 2001) :

L'écrasement sanglant des révolutions de 1837-1838 marque au fer rouge du désespoir tout un peuple. Et en même temps, ces soulèvements constituent aussi la figure d'un réel espoir dont les lettres de Chevalier de Lorimier témoignent avec éloquence. [...] Il invite avec hardiesse à ne jamais nous résigner et à fonder l'action sur une mémoire.

Falardeau, Pierre. - 15 février 1839 : scénario. - Montréal: Stanké, 1996. - 169 p. - ISBN 2-7604-0548-6.


 Signaler un lien brisé  Invitation  Suggérer l'ajout d'un site

Accueil - Courriel - http://pages.videotron.com/cltr/ - Copyright © Claude Trudel

Formatic 2000