Céline, notre charmante cousine, avec laquelle nous partageons les mêmes grand-parents paternels, Alfred et Léopoldine,
nous raconte avec éloquence le passé de nos ancêtres avec qui la petite fille qu'elle était a vécu les premières années de sa vie

 

À Fabien, Samuel, Ohéna et Charlie, mes petits-enfants chéris et à tous ceux que le passé intéresse.

 

Nos grands-parents, travaillants et débrouillards

Pouvez-vous me raconter comment c’était dans l’ancien temps? Cette question, je l’ai souvent posée à « mémère » et « pépère » durant mon enfance, car ils vivaient avec nous. Avec patience mais aussi avec fierté, ils répondaient à mes questions car les souvenirs qu’elles évoquaient, bien que parfois pénibles, leur rappelaient aussi les moments agréables de leur vie.

Mon grand-père, Alfred Marquis, était le fils de David Marquis et de Marie Jouvin. Il a épousé Léopoldine Grand-Maison. Tous deux sont nés et ont habité à Cacouna. Leur mode de vie était comparable à celui de la plupart des fermiers de l’époque.

Au même moment, la vie dans les secteurs urbains déjà électrifiés différait sensiblement. Les descendants de ceux qui y sont natifs, ne se reconnaîtront pas beaucoup dans cette lecture.

Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je transmets ces confidences à mes enfants, Martin et Marc, à mes petits-enfants et à tous ceux qui sont intéressés par les us et coutumes de nos ancêtres qui oeuvraient sur une ferme du Bas-Saint-Laurent, au début des années 1900. Ces quelques paragraphes relatent brièvement et sans prétention ce dont je me souviens sur différents sujets qui ont plus particulièrement marqué ma mémoire d’enfant.

À cette époque, les mots entre guillemets et en italique étaient fréquemment utilisés, mais ne font plus partie de notre vocabulaire courant. Ils figurent encore dans certains dictionnaires.

Au moment où j’ai écrit ces articles, mon père, Laurent Marquis était vivant. Il a vérifié l’authenticité de mes propos. Il est décédé le 30 juin 2003. Il était notre mémoire sur le passé.

Travail aux champs

À la campagne, au début du 20ème siècle, les hommes et les femmes, debout avant la barre du jour, triment même la noirceur venue, afin de subvenir aux besoins de leur famille. Que font-ils au juste? La terre étant leur principale ressource, il leur faut cependant y mettre le prix de l’effort : déboiser, enlever les roches, défricher, labourer, herser, semer, récolter et tout cela, avec des instruments rudimentaires n’est pas chose facile. Imaginons, rien qu’un instant, le travail du laboureur marchant derrière une charrue tirée plus souvent par un bœuf que par un cheval et ce, pendant des journées entières pour retourner, sillon après sillon, cette terre nourricière. Et ce n’est qu’un exemple de leur dur labeur. Ces défricheurs ne peuvent se figurer les gigantesques instruments modernes utilisés aujourd’hui. Le travail aux champs est surtout le lot des hommes, mais les femmes et les enfants y contribuent pour les foins, en faisant les « veillottes » (plus communément appelées veilloches) et les « quintaux », en ramassant les pommes de terre…

Les femmes

Pendant que les hommes sont aux champs, les femmes s’occupent de l’éducation des enfants et de la confection de tout ce dont la famille a besoin pour se nourrir et se vêtir de la tête aux pieds. Elles n’envisagent pas de s’approvisionner au supermarché ou au centre commercial. Ça n’existe pas. Toutefois, il y a, dans chaque village, un magasin général où on peut acheter certains produits indispensables mais dont on ne peut fabriquer aucun substitut sur les fermes tels le sucre, le sel, le fil…


Le lait et le beurre

Avant d’aller aux champs, c’est la traite des vaches. Là encore, les hommes sont rejoints pour cette besogne par les femmes et les enfants assez âgés pour les aider. Assis sur un petit banc, tout près du pis de la vache, chacun s’affaire à faire gicler, plus ou moins habilement, le bon lait chaud dans une chaudière de fer blanc. Durant la période des semences et des récoltes, la tâche revient assez régulièrement à la mère et aux enfants. Chaque jour, en alternance, les fermiers du rang transportent les bidons remplis de lait à la beurrerie du village. La crème est alors extraite du lait et transformée en beurre par le « beurrier ». Ce beurre constituera la principale source de revenus des habitants. Quant au lait écrémé, il est rapporté à la ferme pour nourrir les veaux et les petits cochons. À la fin de l’automne, la quantité de lait produite ne justifiant plus les opérations de la beurrerie, celle-ci ferme ses portes jusqu’au printemps suivant. La transformation s’effectue alors à la ferme. La crème est, à ce moment, retirée du lait à l’aide d’un séparateur à manivelle. Ensuite, on procède à la fabrication du beurre dans une « baratte » et il est utilisé par la famille pour la consommation journalière.

L’eau potable

L’eau potable utilisée provient d’une « fontaine ». Celle-ci consiste en un trou de deux à trois mètres de profondeur creusé par le fermier, dans lequel s’accumule l’eau de surface filtrée par le sable environnant. Généralement, il y en avait une, près de la maison et une autre, tout à côté de l’étable. Grâce à un tuyau souterrain, une pompe actionnée à la main permet son transport jusqu’à l’intérieur du logis. Cette pompe, à elle seule, représente un luxe, car auparavant on puisait l’eau à l’aide d’une chaudière.

Les repas

Les produits de la ferme représentent une grande partie de la nourriture. Le menu de l’été est principalement composé des récoltes du potager et de la cueillette de fruits sauvages auxquelles s’ajoutent de la viande de porc ou de boeuf mise en conserve vers la fin de l’hiver, ou encore de volailles abattues lors des jours précédents. Il faut se souvenir que, chez nos ancêtres, la glacière n’est pas d’usage courant ce qui explique également la consommation fréquente de poissons frais, fumés ou salés comme source de protéines.

Comme tous travaillent très fort physiquement, le déjeuner fournit un apport calorique très appréciable : gruau, œufs et rôties, crêpes et fèves au lard se retrouvent sur la table. Il faut tenir bon jusqu’au midi. Un dîner simple mais copieux permettra de terminer la journée. Le soir, les portions sont moindres car la famille se retrouve au lit assez tôt. Je m’imagine facilement, qu’après ces rudes journées personne ne souffre d’insomnie.

Les femmes « boulangent » presque quotidiennement. L’été, elles cuisent à l’extérieur, dans le four de pierres. Même les moins gourmands salivent à l’odeur agréable du pain. Après la fournée, on déposera dans ce four, la jarre de fèves au lard qui cuira pendant le refroidissement de celui-ci.

À l’époque des fruits sauvages, la cueillette des bleuets, des fraises ou des framboises devient une occupation importante pour les mères et leurs enfants. Cette activité s’est perpétuée au fil des ans, car je me souviens y avoir participé plusieurs fois durant mon enfance. À notre retour, maman, Antoinette Michaud, nous cuisinait de bonnes tartes ou de succulents poudings. Le déplacement en valait la peine!

À l’automne, on préserve dans les caves, les récoltes qui s’y prêtent : pommes de terre, navets, choux… Les autres légumes, les tomates entre autres, sont mis en conserve. Au début de décembre, c’est la période des boucheries. Chaque fermier, aidé par ses voisins, procède à l’abattage d’un bœuf et d’un porc engraissés soigneusement durant l’automne. On sale la partie grasse du porc, le lard, qui apportera, sans aucun doute, une bonne source de calories pour la saison froide. L’hiver, « congélateur naturel » permet au fermier d’avoir, pendant toute la période des froids, de la viande en quantité suffisante sur la table. Celle qui n’est pas consommé pendant l’hiver, est mise en conserve et sera servie durant l’été et l’automne suivants ou… tant qu’il y en aura.

Les vêtements

L’hiver est rude et pendant l’été, les moustiques dérangent. Les femmes s’appliquent alors à confectionner des vêtements adaptés aux saisons. Après la tonte des moutons par les hommes, elles s’occupent du lavage et du cardage de la laine qu’elles fileront au rouet. Ensuite, elles en tricotent des bas, des mitaines, des gants, des foulards, des chapeaux, des tuques et des vestes. Pour ajouter un peu de couleur à tous ces accessoires, elles utilisent parfois la pigmentation de certains végétaux comme la betterave et la carotte. Autrefois comme aujourd’hui, un peu de coquetterie embellit la vie. Voilà une chose qui n’a pas changé!

Une partie de cette « laine du pays » est tissée sur le métier. Avec les grandes pièces obtenues, des manteaux ou des « capots » comme on les appelle familièrement, des pantalons, des jupes et des vestes naissent des mains habiles des mamans. Tout est utilisé. Même la fourrure des animaux, pris au piège ou au collet, est transformée en vêtements et fournit aussi un bon isolant contre le froid.

L’été, des fringues plus légères, en lin, en chanvre ou en coton composent la garde-robe des habitants. Pour toute cette couture, résonne très souvent, très tard dans la nuit, le ronronnement de la machine à coudre à pédalier. Il faut dire que, pour parvenir à joindre les deux bouts, mon arrière grand-mère, Marie Jouvin, et ma grand-mère, Léopoldine Grand-Maison, comme toutes les autres de ce temps, travaillent souvent le soir, à la lueur d’une chandelle et plus tard, éclairées par une lampe à l’huile, lorsque toute la maisonnée dort à poings fermés.

Les souliers de boeuf

Rien ne se perd lorsque les hommes font boucherie. Les femmes fabriquent à la main des souliers avec la peau de bœuf tannée. À partir d'un patron, le modèle voulu est tracé sur le cuir. Sur des moules ou des formes de fer, l'assemblage et l'ajustage sont faits minutieusement. Pour coudre le cuir, on se sert d'une « alène » et de fil épais que l'on cire avant de l'utiliser. Le résultat obtenu, des « souliers de bœuf  », permet aux jeunes et vieux de besogner et de faire leurs beaux dimanches les pieds bien protégés. Il est à noter que, durant la belle saison, les jeunes vont, la plupart du temps, pieds nus.

Les couvertures  

À cette époque, on connaît déjà le recyclage, car lorsqu'un vêtement de coton, de lin ou de chanvre est usé, on le taille en une lanière sans fin d'un demi-pouce de largeur environ qu'on roule en pelotes. On s'en sert pour fabriquer des catalognes sur le métier à tisser ou on le tresse pour en faire des tapis. Quant aux couvertures de laine, elles sont fabriquées avec du «  défaite  » que l'on obtient en recyclant tous les vêtements et accessoires de lainage usés. Je me souviens que, chaque printemps, mon grand-père apportait à la filature de gros sacs de ce «  défaite  » qui nous revenait transformé en couvertures de laine. Pour ce qui est des couvre-lits, c'étaient ni plus ni moins que ces jolies courtes-pointes qui se vendent aujourd'hui des petites fortunes quand on veut se les procurer. La confection de ces petites merveilles est souvent l'occasion de rencontres sociales où mères et filles du voisinage manifestent leur grande habileté. Souvent, les mignonnes petites filles s'amusent à retracer les « vestiges » de leurs jolies robes sur les couvertures de leur lit.

Le savon du pays

Les viscères des animaux de boucherie sont nettoyés et ensuite bouillis sur le feu, à l'extérieur dans un grand chaudron de fer noir. Reconnue pour sa puissance, de la résine caustique est ajoutée pour faciliter la désintégration. Lorsque le tout est refroidi, on recueille le suif durci qui flotte sur le liquide bouilli. Le suif auquel on ajoute de la potasse et du sel sert de base à la fabrication du savon. Tous connaissent la recette. Le «  savon du pays » est utilisé pour le nettoyage de la maison et des vêtements. C'est efficace mais il faut oublier l'odeur parfumée des détergents d'aujourd'hui.

Le lavage

Pas de laveuse ni de sécheuse modernes ! Le lavage des vêtements, du linge de maison et de la literie nommé familièrement la  « lessive » , est effectué dans une grande cuve. Sur la « planche à laver » , les pièces les plus souillées subissent un bon frottage. La vigueur est de mise. En été, tout sèche sur la corde à linge ou sur les clôtures avoisinantes. La même méthode est utilisée l'hiver également s'il ne fait pas trop froid. Les morceaux ainsi étendus gèlent, mais le froid et le soleil parviennent à en éliminer l'humidité et les parfums de l'air frais, qui s'imprègnent dans les vêtements, embaument toute la maison. Des fers noirs en acier poli, chauffés sur le poêle à bois, servent pour le repassage.

L'hygiène personnelle

Il va de soi que les salles de bain avec éviers et toilettes à l'eau courante, chaude ou froide, ne s'intègrent pas dans le décor. Pour l'hygiène personnelle, un bassin rempli d'eau à l'aide d'un vase, une débarbouillette, du savon du pays et très rarement du « savon d'odeur » constituent les principaux accessoires. Ne cherchez pas de baignoire ou de douche dans ces anciennes maisons. De temps en temps, les enfants prennent un bain dans une cuve, mais généralement, les mamans nettoient leur progéniture à la débarbouillette. Pendant l'été, on recourt à une toilette sèche construite à l'extérieur pour les besoins personnels tandis qu'en hiver, on utilise une chaise dont on a troué le siège et sous laquelle une chaudière est installée. Peut-être rudimentaire mais quand même efficace pour éviter d'aller se geler dehors.

Les poux

Parfois, il faut lutter contre les poux. Régulièrement, les cheveux des enfants sont passés au peigne fin afin de détecter les lentes. Une lente, c'est l'œuf du pou qui se colle aux cheveux. Lorsque décelées, la lutte commence pour leur destruction avec de l'huile à lampe. Il existe aujourd'hui des shampoings qui permettent de les éliminer assez facilement. À cette époque, on sacrifiait même de beaux cheveux longs pour y parvenir. Papa me dit qu'étant donnés le grand souci de propreté de grand-mère et le soin porté à la vérification hebdomadaire des cheveux de toute la maisonnée au peigne à poux, ils n'ont jamais eu à subir le traitement à l'huile.

La maison

Considérant le nombre d'habitants résidant dans une même maison, la superficie de celle-ci est plutôt réduite. Généralement, dans la pièce principale où vit la famille, des chaises à fond de « babiche » , une ou quelques berçantes, une table servant également à la préparation de tous les repas, un poêle à bois utilisé pour le chauffage et la cuisson de mets nourrissants, un évier et une armoire de cuisine composent le mobilier. Tout ce mobilier, sauf l'évier et le poêle à bois, est de fabrication strictement artisanale. Au même étage, un salon meublé sobrement, sert à la visite du curé de la paroisse et aux fréquentations des filles de la maison qui y sont courtisés les « bons soirs ».

À l'étage, on retrouve la chambre des parents, assez grande cependant pour y accueillir le berceau du petit dernier et parfois même, la couchette de l'avant-dernier, et deux autres chambres, celle des garçons et celle des filles si la surface de la maison le permet. Dans le lit, nos aïeux dorment sur une  « paillasse ». C'est l'ancêtre du matelas moderne. Il faut retourner fréquemment pour l'aérer et lui redonner sa forme, cette grande enveloppe remplie de paille d'avoine ou de feuilles sèches. Pour éviter que les punaises n'y élisent domicile, la propreté est de rigueur. En effet, ces petits parasites de l'homme s'y installent et, par leurs piqûres, troublent sérieusement le sommeil. Par contre, la mousse de mer, utilisée pour le rembourrage de ces paillasses, contribuerait à les éloigner. Quant aux matelas de plumes, ils sont réservés aux plus riches.

Même si la maison n'est pas luxueuse, elle est propre. Le plancher de bois naturel est frotté à l'aide d'une grosse brosse rude pour faire disparaître les taches. Une « laize » protège les endroits les plus passants et parfois, on peut voir un peu de peinture sur les murs.

Le chauffage

Durant la saison froide, les hommes bûchent sur la ferme le bois nécessaire au chauffage pendant l'hiver suivant. Les gros billots, sortis de la forêt sur une «  sleigh  » tirée par un cheval, sont entassés aux abords des bâtiments. Au printemps, à l'aide d'une scie ronde, on les coupe en bûches d'environ un pied. Elles sont ensuite fendues et cordées pour accélérer le séchage. Le hangar à bois, situé souvent juste en face de la maison, doit être rempli à pleine capacité. Durant l'hiver, les hommes entrent les morceaux par brassées et remplissent la boîte à bois. Il ne faut pas en manquer. L'hiver est froid et long; le poêle à 2 corps bien vorace. Un peu plus tard, ces poêles seront remplacés par les élégants poêles Bélanger. Ceux-ci, en plus de servir au chauffage, sont équipés d'au moins quatre ronds, d'un four et d'un compartiment pour chauffer l'eau et font l'orgueil des cuisinières. De plus, un réchaud surplombe le tout et conserve aux aliments leur chaleur avant de les servir. À la campagne, pas de charbon ni d'huile et, à cette époque, on ne songe pas encore à l'électricité.

Les transports

Dans le bas de la paroisse de Cacouna, là où mes ancêtres vivent, ils doivent parcourir sept milles pour assister à la messe du dimanche. Les habitants, tout guillerets, acquièrent chez le maquignon une monture dont ils sont fiers et il n'est pas rare de les voir défier leurs connaissances en les invitant à faire la course. L'été, le cheval le plus rapide est attelé au boguey, alors que pour l'hiver, le meilleur cheval est réservé pour la carriole, les chemins étant souvent recouverts d'une épaisse couche de neige durcie. Par contre, pour le transport des marchandises, du lait ou des autres produits récoltés, le chemin est moins long car le commerce se fait surtout à l'Isle-Verte, paroisse voisine, située à seulement quatre milles. On utilise alors la «  wagon  », voiture à quatre roues recouverte d'une plate-forme d'une certaine longueur et souvent entourée de « ridelles  ». L'hiver, des traîneaux glissant sur la neige remplacent ces « wagons ». On peut toujours entendre venir de loin ces différents attelages, car le son des grelots précède les voyageurs.

Les automobiles

Les premières automobiles appartenant à des membres de la famille n'ont pas été achetées par mes grands-parents ni mes parents. Au début du siècle, de grands-oncles émigrés aux États-Unis à la recherche d'un gagne-pain rémunérateur les ont acquises. À l'aube des années 20, ils viennent visiter Léopoldine et Alfred à Cacouna. Grand-père n'a jamais conduit de voiture. Papa en a eu plusieurs et il a pris la décision de cesser de conduire à l'âge de 84 ans. Tous les jours, il aimait bien faire son petit tour, pour visiter Claude à son garage, André à son centre d'horticulture, Gérald et Christine ainsi que Claire et Roger à leur maison. Sa courte visite était toujours appréciée. Maintenant, ce sont eux qui le véhiculent pour ses déplacements.

Les loisirs

Malgré tout ce qu'ils ont à faire, nos grands-parents prennent quand même le temps de vivre. Ils se rencontrent, en début de soirée ou le dimanche, entre voisins. Ce sont surtout les hommes qui vont aux nouvelles et en profitent pour fumer une bonne pipe, jouer aux dames et aux cartes ou encore tirer du poignet.

Lorsque les femmes ont l'opportunité d'une sortie, les enfants et leur quotidien alimentent la plupart des conversations. Les petits, quant à eux, s'amusent autour de la maison ou dans les champs. Ils inventent des jeux et se fabriquent des jouets avec ce qu'ils trouvent sur la ferme. Ils sont loin d'être exigeants et gâtés comme le sont les jeunes d'aujourd'hui et ils étaient peut-être aussi heureux. Qu'en pensez-vous ? Pas de téléviseur ni même de poste de radio pour s'informer ou se distraire. Peut-on soupçonner que, dans quelques années, l'invention de Guglielmo Marconi apportera des changements considérables?

L'entraide, les corvées

Ça ne se fait plus de nos jours mais à cette époque, les voisins s'entraident fréquemment pour les grosses besognes. Plusieurs se donnent rendez-vous pour une corvée de boucherie, pour la construction d'une grange ou simplement pour la récolte chez un fermier malade. Cette entraide leur permet de simplifier leur tâche et aussi de passer plus facilement les mauvais jours. Cette coutume est demeurée d'actualité assez longtemps. J'ai vu maman qui préparait le repas pour tous les hommes qui travaillaient à aider papa et grand-papa. Les voisins, messieurs Alphée et Pierre Marquis, Thomas Bastille, Freddy et Arthur Filion, Alphée et Paul Pelletier, Napoléon Grand-Maison, Georges Beaulieu et ma parenté s'entraidaient pour les travaux nécessitant un bon nombre d'ouvriers. Notre président fondateur, Réal, qui demeurait à quelques maisons de chez nous a déjà participé à ces corvées durant sa jeunesse et dit en garder un bon souvenir.

Les soins aux malades

Connaissez-vous les propriétés curatives des plantes ? Nos grands-mères en savent assez long sur le sujet. Une tisane de plantain diminue les maux de reins, la gomme d'épinette atténue les symptômes du rhume, la graine de lin est bénéfique pour le foie et les intestins tandis que la menthe agit sur le système digestif. Il est d'usage courant d'appliquer une mouche de moutarde pour les problèmes respiratoires. De leur côté, les colporteurs des compagnies Raleigh et Familex, entre autres, passent de porte en porte et offrent des pilules et des onguents miracles. Lors de maladies graves ou très sérieuses, le médecin de famille, souvent appelé trop tard au chevet du malade, prescrit et prépare des médicaments spéciaux. Celui-ci recommande parfois l'application de ventouses, une saignée ou encore, une «  suerie  ». Ce dernier traitement consiste à faire suer le malade de façon excessive en l'enveloppant de couvertures et en l'entourant de briques chaudes après lui avoir fait boire une bonne quantité de vin chaud. Tante Jeanne, atteinte de sclérose en plaques dès l'âge de 16 ans, a subi ce traitement qui empira sa maladie.

L'histoire de la petite Annette, décédée de l'appendicite à l'âge de 14 ans, grand-père n'ayant pu arriver à temps à l'hôpital de Rivière-du-Loup et la maladie s'étant transformée en péritonite, m'a toujours émue. La petite souffrait le martyr et on ne pouvait que la regarder mourir. Le retard du médecin à diagnostiquer la maladie et la longueur du trajet à parcourir en charrette suffirent à anéantir cette vie.

À cette époque, les femmes meurent souvent en couches et plusieurs enfants sont emportés dès la plus tendre enfance. C'est aussi durant cette période, qu'en l'absence de vaccins et d'antibiotiques, la poliomyélite et la tuberculose firent malheureusement plusieurs victimes.

La pénicilline, remède miracle, découverte en 1928 par Sir Alexander Fleming n'est utilisée pour la première fois qu'en 1941. C'est un véritable cadeau du ciel !

La grippe espagnole

Comme si la vie n'était pas déjà assez difficile, vers la fin de la première guerre mondiale, les soldats qui reviennent du front rapportent avec eux un terrible meurtrier, le virus de la grippe espagnole. Le premier cas est diagnostiqué le 23 septembre 1918 et c'est l'épidémie. 13 800 personnes périssent au Québec dont 452 dans la ville de Québec et 2710 à Montréal. En deux ans, le virus fait le tour de la terre et tue 21 millions de personnes. C'est la panique ! Les gens portent des masques sur leur visage pour se protéger du virus. On a peur, autant des morts que des malades, et des cercueils de fortune sont construits pour les ensevelir rapidement. Les familles de Cacouna et de l'Isle-Verte ne sont pas épargnées et plusieurs perdent parents et amis lors de cette terrible pandémie.

L'électricité

En 1944, le gouvernement libéral d'Adélard Godbout fonde l'Hydro-Québec et nationalise une des plus importantes compagnies d'électricité, la Montreal Light, Heat and Power. L'idée a germé dans les années 30 sous le gouvernement libéral d'Alexandre Taschereau et sous l'Action nationale de Philippe Hamel. Ces hommes politiques posent un geste pour favoriser la justice sociale. Les conséquences sont bénéfiques dans les campagnes. L'électricité devient disponible dans les foyers. Les globes lumineux commencent à éclairer les chaumières et petit à petit, selon leur budget, les habitants se procurent les articles ménagers ou les instruments de travail électriques qui faciliteront leurs tâches. En 1962, le gouvernement libéral de Jean Lesage nationalisera l'ensemble du réseau électrique de la province. J'étais très jeune et je me souviens du branle-bas de combat occasionné lors de la venue de deux ouvriers, Henri Morin et Paulo Rioux, posant le filage et les ampoules nécessaires à l'éclairage et quelques prises de courant en prévision des appareils électriques qui s'ajouteront ultérieurement. Que c'était beau !

Évolution

La vie du début du siècle n'avait rien de comparable à ce que nous vivons maintenant. Il est même difficile d'imaginer qu'une personne née en 1900 et ayant vécu 80 ans ait vu arriver l'automobile, l'avion, le téléphone, l'électricité, la radio, la télévision, les ordinateurs, les satellites, 2 guerres mondiales, la libération de la femme, les nouveaux médicaments, l'évolution des rapports entre les hommes et femmes et la conquête de l'univers .

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Maintenant, chers lecteurs, croyez-vous que nos ancêtres ont eu une vie ennuyeuse ?…

Ils ne manquaient surtout pas de courage et d'ingéniosité, pour nous préparer à la vie plus facile que nous menons aujourd'hui.

Chapeau à tous nos ancêtres !

Merci à Laurent, mon père, pour le partage de ses souvenirs et à Claire, ma sœur, pour sa collaboration.

Céline Marquis,
Laval.

 


Dans l'ordre habituel
Léopoldine Grand-Maison, épouse d'Alfred Marquis et ses enfants:
Laurent, Annette dont il est question dans l'article, Lydia, une amie Laura Thériault et Rose-Aimée