![]() |
Le
Parcours littéraire Le site des étudiants en littérature au collégial |
|
Le Moyen-Âge est très loin de nous. Il a été appelé par plusieurs le temps des naissances: naissance du clivage entre Occident et Orient, naissance des moulins à vent, début de la navigation avec boussole et gouvernail d'étambot, naissance de la musique polyphonique, naissance de grandes cathédrales, naissance des Universités, apparition de la brouette et du canon, naissance du francais, du premier roman, naissance de l'imprimerie, et bien d'autres encore. Je vous présente ici un très (trop) bref apercu de la vie quotidienne au Moyen Âge. J'y ajouterai des articles aux fils de mes lectures, donc revenez régulièrement nous visiter. |
L'individualitéVers le XIIe et le XIIIe siècle, il est tout bonnement scandaleux de rompre l'unanimité d'un groupe. ''Ce qui concerne la collectivité doit être approuvé par tous'' est une maxime qui fait partie de la pratique juridique médiévale. On va jusqu'à débate sur le nombre minimum de personnes ou d'animaux qui définissent un groupe ou un troupeau. Selon une définition du Digeste: '' Dix hommes forment un peuple, dix moutons une troupe, mais il suffit de quatre à cinq porcs pour constituer un troupeau''. Le péché vient de l'individu isolé, singulier. L'orgueil est définit alors comme un ''individualisme exagéré''. D'ailleurs, l'individu médiéval n'existe pas, ni dans la littérature, ni dans les arts. Il ne possède pas de traits qui lui soient propres, mais porte plutôt les caractéristiques de son rang et de sa catégorie sociale: '' Les nobles ont les cheveux blonds ou roux. Cheveux d'or, cheveux de lin, souvent frisés, yeux bleus, yeux vairs ''. Puisqu'il n'existe pas d'individu, mais des groupes, la liberté individuelle n'existe pas non plus. L'individu acquière la liberté que lui permet son rang et sa catégorie sociale, et avec cette ''liberté'' vient toute une ribambelle de responsabilités et d'obligations souvert très lourdes.
Source Jacques Le Goff, La Civilisation de l'Occident médiéval, Paris, Flammarion, 1982 (1964), 366 p. |
|
Le petit peuple Dans la littérature
et les arts, il existe un être que l'on décrira souvent au
Moyen-Âge comme étant stupide, laid et amoral par rapport
au seigneur et au moine. Il s'agit du paysan. Voici
Source Jacques Le Goff, La Civilisation de l'Occident médiéval, Paris, Flammarion, 1982 (1964), 360 p.
|
'' Les paysans qui travaillent pour tous, qui se fatiguent dans tous les temps, par toutes les saisons, qui se livrent à des oeuvres serviles, dédaignées par leurs maîtres, sont incessamment accablés, et cela pour suffire à la vie, aux vêtements, aux frivolités des autres... On les poursuit par l'incendie, par la rapine, par le glaive; on les jette dans les prisons et dans les fers, puis on les contraint de se racheter, ou bien on les tue violemment par la faim, on les livre à tous les genres de supplices... ''
|
|
Dès la fin du XIIIe siècle, cette prise de conscience de l'injustice du seigneur et de l'Église envers le paysan se transpose dans les villes entre les travailleurs manuels et ceux qu'ils appellent les ''oisifs''. Lorsqu'ils s'uniront en corporation, ils réussiront à améliorer leurs conditions de travail.Ce ne sera pas le cas de la très grande majorité des travailleurs qui sont de petits salariés ou laborates qui deviendront peu à peu une ''marchandise'' comme une autre...Cette complainte des ouvrières de la soie tirée du roman de Chrétien de Troyes Yvain parut en 1180 illustre bien cette misère.
Source Jacques Le Goff, La Civilisation de l'Occident médiéval, Paris, Flammarion, 1982 (1964), 366 p.
|
'' Chanson de la chemise ''
Toujours
draps de soie tisserons |
|
Le mot ''symbole'' vient du grec symbolon. Le symbolon grec représentait les parties d'un objet partagé entre deux personnes. Pour prouver qui ils étaient, ils devaient être en mesure de fournir leur moitié de l'objet. Il est donc une pièce qui permet la reconnaissance et rappelle quelque chose de passé: un contrat, une promesse. Dans la pensée médiévale, ''chaque objet matériel était considéré comme la figuration de quelque chose qui lui correspondait sur un plan plus élevé et devenait ainsi son symbole''.
|
La lumière Pour cette civilisation qui ne connaît pas encore la lampe à l'huile et craint la nuit ''pleine de démons'', la lumière et tout ce qui luit jouit du plus haut prestige. La lumière symbolise la beauté, elle rassure, elle est signe de noblesse, elle est attribut de la sainteté. La lumière, c'est aussi tout ce qui brille: les pierreries, l'or, l'argent, le bronze, les trésors...
Les couleurs Le Moyen Âge
adore les couleurs éclatantes. Les vitraux des églises
en sont des témoignages éloquents.
Dans les couleurs plus pâles, le rose est particulièrement
apprécié. |
La beauté La beauté et la force physique sont aussi des symboles de sainteté. Les sept dons de l'âme sont: amitié, sagesse, concorde, honneur, puissance, sécurité,joie. Les sept dons du corps sont: beauté, agilité, force, liberté, santé, volupté, longévité.
Source Jacques Le Goff, La Civilisation de l'Occident médiéval, Paris, Flammarion, 1982 (1964), 366 p.
|
|
Qui étaient les troubadours ? Certains étaient de grands seigneurs, comme Guillaume IX, Dauphin d'Auvergne, Raimbaud d'Orange ou même Jaufré Rudel, ''prince de Blaye''. D'autres étaient des hobereaux, comme Bertrand de Born, Guillaume de Saint-Didire, Raymond de Miraval, les quatre châtelains d'Ussel. D'autres de pauvres hères, comme Cercamon, le plus ancien après Guillaume IX, dont le sobriquet signifie ''celui qui court le monde'', ou son disciple Marcabru, un enfant trouvé surnommé d'abord ''pain perdu'', ou encore les enfants de la domesticité d'un château comme Bernard de Ventadour. D'autres, des clercs, certains défroqués, comme Peire Cardenal, qui parvenu à l'âge d'homme quitta pour se faire troubadour la ''chanoinie'' où on l'avait fait entrer petit enfant, mais d'autres pas, comme le Moine de Montaudon, qui faisait vivre son couvent des cadeaux qu'il recevait pour prix de ses chansons. D'autres étaient des marchands, comme Folquet de Marseille, qui par repentir d'avoir chanté l'amour, se fit moine, devint abbé du Thoronet, puis évêque de Toulouse. D'autres, comme Gaucelm Faiditz, étaient d'anciens jongleurs, tandis qu'inversement des nobles déclassés se faisaient jongleurs, comme paraît-il, Arnaud Daniel. De château en chateau, à telle cour, auprès de telle dame ou de tel mécène, tout ce monde se rencontrait, échangeait des chansons, se citait et se répondait de l'une à l'autre, disputait des questions d'amour ou de poétique dans les poèmes dialogués que sont les jeux partis ou s'investivait dans les sirventès polémiques. Extrait de Michel Zink, Introduction
à la littérature francaise du Moyen Âge, Paris,
Presses Universitaires de Nancy et Librairie Générale Francaises,
Le Livre de Poche, coll. ''Lettres gothiques'', 1993 (1990), p. 54-55. |
|
- Au XIe siècle, les habitants connaissent 48 ans de famine en73 ans. Voici un moine décrivant une famine en Bourgogne vers 1033:
- En 1250, la population de l'actuel territoire de la France passera de 8 ou 9 millions d'habitants qu'elle était vers l'an 1000 à environ 20 millions de population. Cette croissance démographique serait en bonne partie attribuable aux développements des techniques et des outils de culture du sol (moulins à vent, brouettes, etc.) et à un climat particulièrement favorable. Des villes importantes ont été formées et le commerce s'accroît. L'extension des cultures combinée à la croissance démographique contribuent à augmenter la demande en bois à un tel niveau qu'en août 1292 Philipe Le Bel, alors roi, se voit dans l'obligation de passer un décret afin de protéger les forêts royales qui sont menacées par le défrichement et la déforestation. Le bois au Moyen Âge est une ressource indispensable: les gens ont besoin de bois pour construire et chauffer leur maison, bâtir leurs meubles et la plupart des outils, cuire leur nourriture, etc. - En 1315, des pluies abondantes d'avril à novembre anéantissent les récoltes et causent une famine atroce qui durera jusqu'en 1319 dans le nord du territoire actuel de la France. - En 1339 débute la guerre de Cent Ans qui s'accompagnera d'une désorganisation politique et administrative du Royaume. À son terme en 1475, le pays est dévasté et en ruine. - De1347 à 1352, la peste noire dévaste l'Europe. Jusqu'à 800 personnes par jour mourront à Paris. De 1348 à 1351, 50% de la polulation meurt. - En 1453, la population du royaume de France est estimée à ce qu'elle était vers l'an 1000, soit 10 millions d'habitants... Source http://www.agriculture.gouv.fr/mini/hist/Fresque%20historique/bas_moyen_age.htm |
|
À
table !
- Il semble qu'on mangeait beaucoup de pain, plus d'un kilo par jour par personne ! - Le pain était fait à la maison mais, jusqu'au XIIe siècle, il était cuit aux fours publics.C'est au cours de ce siècle que le métier de boulanger commence à exister dans les villes. - Les fourchettes n'existait pas et on mangeait avec les doigts. Par contre, tous possédaient un couteau à lame pointue et, parfois, une cuillère personnelle. - La nourriture était déposée devant le convive sur une épaisse tranche de pain posée sur une planchette qui porte le nom de tranchoir ou tailloir. Les riches ne mangent pas cette tranche de pain, ils la donnent aux pauvres. - On buvait à plusieurs dans un même vase à pied, le hanap. De même, les légumes, les soupes et les ragoûts sont souvent servis dans une écuelle commune à deux convives. On diminuait ainsi les tentatives d'empoisonnement alors courantes... - Durant le repas, on s'essuyait la bouche à même la nappe ou sur sa manche. Il en était de même, dit-on, pour se moucher. - Seuls les monastères disposaient d'une vraie salle à manger (réfectoire) où les moines mangeaient en écoutant la lecture de textes sacrés. - Dans les châteaux, la table, qui consistait à poser des planches sur des tréteaux, était dressée à l'endroit qui convenait le mieux au type de repas désiré (par exemple, au jardin l'été) et au rang social des invités (famille ou royauté). - Les convives s'assoyaient tous du même côté de la table afin de profiter des divertissements de table prévus par les hôtes. - Le lavage des mains à la fontaine avant le repas et à l'aide de l'aiguière après le repas étaient très fortement encouragés.
Sources http://users.skynet.be/dm.gerpinnes/moyenage2.htm http://table.ifrance.com/table/moyen.htm http://www.tufs.ac.jp/ts/personnel/ykawa/3nen2002/grouped.htm http://avalon.cheztiscali/moyen/vie.htm#nourriture
|
Voici brièvement ce qui était au menu des paysans et des riches bourgeois et seigneurs:
Paysans: Pain fait d'orge et d'avoine (bis ou noir) Soupe qui est en réalité le nom du pain durcit que l'on trempait dans le potage pour le ramollir qui est devenu pour nous ''de la soupe'' Bouillie d'avoine (gruau) ou d'orge Lard Légumes: fèves, chicorée, laitue, carottes, poireaux, raves, cresson, choux, oignons, beaucoup d'ail (et pas de pommes de terre puisqu'elles n'existent pas encore...) Fruits: (tous les fruits sauvages) cerises, fraises, framboises, mûres, groseilles, noix, amandes, châtaignes, etc. Breuvages: eau coupée d'un peu de vin, cidre, bière, piquette (vin aigre avec du miel ou du gingembre) Viandes (aux jours de fête seulement): porc, poule, oeufs Épices: parfois du poivre et du gingembre, plus souvent de la moutarde et de l'ail
Bourgeois et seigneurs Viandes (régime très carné): gibier sauvage (lièvre, perdrix, paon, écureuil, héron, cygne, pigeon, sanglier, cerf) et élevage domestique (porc, boeuf, agneau, oies, poules, lapins) Cuisson des viandes: pâtés en croute, en brochettes, grillées, bouillies, hachées avec du vin ou du jus de raisins aigres, farcies. Hareng, morue, baleine (alors présente dans le golfe de Gascogne) Fromages (très appréciés) Fruits: prunes, poires, raisins, cerises, fraises, amandes, figues (après les croisades, abricots et melons) Légumes: les mêmes que les paysans Desserts: gâteaux, beignets, gaufres, pain d'épices, tartes, galettes, flans, crèmes Pain de blé ou de blé mixte (pour les plus pauvres) Breuvages: Vins nouveaux (c'était les meilleurs) coupé d'eau Épices: (signe de richesse) le plus souvent possible car elles cachaient le mauvais goût des viandes mal conservées et pas toujours fraîches: poivre, sel, moutarde, ail, safran, gingembre, cannelle. |
|
Du temps de Charlemagne, le livre est un objet rare et précieux. Il circule peu et reste accessible à un nombre très restreint de personnes. Fabriqué dans un monastère, il est rare qu'il en sorte sinon par la menace normande. Sa conception réclame beaucoup de temps, de patience et de travail. Le papyrus est encore utilisé comme support. Cette plante se trouve habituellement sur les rives du Nil. Elle était découpée en rubans dans la moelle, deux couches collées perpendiculairement par une substance végétale et vendue par rouleaux de vingt feuillets fixés entre eux en maintenant la fibre verticale à l'intérieur, la fibre horizontale à l'extérieur et les feuilles par des baguettes aux extrémités. Le parchemin a été inventé à Pergame en Asie mineure (actuelle Turquie). Le mot parchemin vient d'ailleurs du nom de la ville. Le parchemin est en fait une peau d'animal travaillée. Seul le derme est utilisé; les poils côté externe sont retirés, la couche de graisse sous-cutanée de la chair, la couche superficielle d'épiderme: c'est le travail de rivière. Ensuite, le parchemin est tanné afin de rendre la peau imputrescible. Des tanins végétaux ou d'alun sont utilisés. Une lame est utilisée pour la surface extérieure, un couteau et une pierre-ponce pour la surface intérieure. La peau sèche ensuite sur des claies (des sortes de cadres). Les fibres du collagène (protéine de la substance inter cellulaire du tissu) se disposent en couches lamellaires parallèles. L'ensemble est aminci. Le résultat est plus ou moins réussi : l'aspect du parchemin est plus ou moins fin, gris ou jaunâtre. Le scribe peut alors peaufiner le résultat: blanchir ou dégraisser à la chaux, à la craie, aux cendres; lisser à la pierre ponce, découper les feuillets, racler à la spatule, coller des pièces appelées "mouches" sur les troues. Le moine peut écrire,contrairement au papyrus,sur les deux faces de son support. Chèvres, moutons, veaux donnent les meilleurs parchemins. La tablette de cire est une planche de bois fine, creusée en cuvette, remplie de cire teintée. La tablette de cire était prisée comme brouillon. Le moine écrivait avec un stylet d'os ou de métal; il effaçait avec le bout arrondi du stylet. Les tablettes étaient reliées entre elles pour former un diptyque ou un triptyque à l'aide d'un pivot ou en codex (livre en cahier). Une planche en bois appelée "ais" sert de reliure ; elle fixe les cahiers cousus à une bande de cuir (nerf). Les reliures sont faites avec des peaux de cerf ou de daim généralement. Des fermoirs et agrafes sont posées. Le plat est renforcé de cloues appelées "boulons ou bouillons" et de ferrures. Des piqûres ou trocarts, réalisées avec une pointe sèche aident le scribe à se repérer sur sa feuille. Des réglures avec des marges organisent la page. L'encre carbone mêle des glucides (gomme d'arbre, arabique à partir d'acacias et de miel), protéines (blanc d'oeuf, gélatine et colle de peau), lipides (huiles), de l'eau pour diluer. L'encre résiste aux réactions chimiques. Une recette a été donnée par Théophile: à partir de la noix de Galle (excroissance due à une piqûre d'insecte sur une feuille de chêne) et après macération, décoction, filtrage, ajout de sel métallique, de sulfate de cuivre ou de fer (vitriol), de gomme arabique. Le résultat est assez corrosif. Le scribe s'entoure
d'un équipement complet: couteaux, éponge, pierre ponce. Pour écrire,
le copiste s'arme d'une plume d'oie aux possibilités plus variées
que le pinceau de roseau. Elle est choisie parmi les cinq premières remiges
du volatile (c'est-à-dire la grande plume de l'aile gauche de l'oiseau).
Elle est trempée, séchée puis durcie au sable chaud, taillée enfin au
couteau. La plupart des scriptoria sont chauffés et sont aussi appelés "chauffoirs". Il arrive pourtant qu'il y fasse froid et que l'encre gèle en hiver. Des pupitres (parfois pivotants ou à double plan incliné), des sièges, des armoires et des étagères où les livres sont posés à plat, des réserves de plumes, d'encres de couleur, de poudres, de vernis sont entreposés dans la pièce. Le travail est minutieusement organisé et réparti sous la direction de l'armarius, moine expérimenté qui veille au bon approvisionnement en matériel et qui répartit les tâches. Souvent, il cumule ces charges avec celles de bibliothécaire. Le travail se fait en équipe; plusieurs personnes travaillent sur un manuscrit, par cahiers, en corrigeant par exemple, en marge ou dans les interlignes. Il est fréquent que le modèle soit emprunté quelques jours seulement à un autre monastère. Il faut faire vite pour le recopier. La division s'opère en fonction des compétences: copiste, rubricateur (il écrit les décorations mineures avec son encre de couleur), enlumineur, doreur, censeur (il supervise), correcteur, relieurs. La décoration est assurée le plus fréquemment par le scribe qui a calligraphié le manuscrit et par un spécialiste pour les miniatures et les enluminures. La révision consiste en une relecture et une confrontation avec le modèle: c'est le travail du chef d'atelier. Le scribe travaille en moyenne au rythme de quatre in-folios par jour (un in-folio représente une feuille de 35 à 50 cm de hauteur et de 25 à 30 cm de largeur). Il ne s'arrête que pour la prière. Il écrit parfois sous la dictée ce qui explique certaines fautes. Le livre coûte cher en raison du matériel utilisé, de la main d'oeuvre et de la faible productivité. Il est donc réservé à une élite. L'offrir donne de l'importance auprès d'un homme illustre et riche. Ce coût (bien que le parchemin soit commandé par les abbayes et non fabriqué par elles) explique l'usage du palimpseste. Ce sont des parchemins grattés, lavés puis poncés qui sont réutilisés pour d'autres copies. Par des méthodes scientifiques modernes, nous pouvons retrouver la nature du premier texte écrit. Ainsi, 103 palimpsestes ont été recensés entre le Vie siècle et le Xe siècle (45 fragments bibliques et patristiques, 24 textes liturgiques et 40 textes classiques). Par ailleurs, vols, dilapidations, destructions menacent les ouvrages en dépit des précautions (certains livres sont enchaînés). L'usure, les voyages (parfois forcés en raison des guerres), peuvent avoir raison des livres. Les écritures
sont classées en fonction de la taille des lettres: onciales
(lettres mesurant une once) ou minuscules. Les écritures sont combinées,
brisées, fixées ou solidaires; elles peuvent être cursives (il
n'est alors pas besoin de relever souvent la plume) ou à main posée
(inscription lettre par lettre). La minuscule caroline apparaît à l'époque
de Charlemagne. Elle scelle la semi-onciale et semi-cursive en une écriture
ronde, bien formée, claire et lisible. Elle apparaît à la fin du Vllle
siècle au scriptorium de Corbie dans l'actuelle Somme. Son développement
relaye et accompagne l'établissement de la liturgie gallicane chassant
la liturgie romaine et la révision des textes liturgiques entamée dès
la fin du règne de Pépin le Bref. Progressivement l'écriture caroline
gagne l'ensemble du monastère franc par l'intermédiaire des scriptoria
dynamiques de la renaissance carolingienne.
Seuls le midi aquitain et provençal traînent un peu à l'adopter. La hampe
ou haste des lettres "b, d, h, i" s'épaissit (c'est-à-dire la partie
supérieure de la lettre). Le "e" se différencie par sa boucle.
Les ligatures (réunion de plusieurs lettres en une seule) sont rares.
La capitale antique et l'onciale se limitent aux titres et majuscules.
Les scribes se permettent parfois quelques fantaisies. Ainsi les notaires
carolingiens prolongent leurs lettres en bas des diplômes en sinuosités
à partir des hampes. De même, les premières lignes des chartes sont l'objet
d'enjolivures; l'attaque
se fait par une initiale dépouillée. Parmi les procédés décoratifs prisés,
distinguons l'entrelac (motif entremêlé) ou la torsade (en
spirales). La tâche du peintre chargé des enluminures est balisée par le chef d'atelier au moven de notes ou d'esquisses. Plusieurs enlumineurs peuvaient travailler sur la même peinture. Les seuls témoignages de peinture de cette époque se trouvent d'ailleurs dans les livres. L'enlumineur s'inspire de divers modèles répertoriés dans un carnet. Ces modèles proviennent de sources antiques (la "Comédie" illustrée de Terence par exemple), lombardes ("L'Évangile de Gundohinus"), orientales ("La fontaine de vie", "L'Évangéliaire de Godescalc"), insulaires ("Le livre de Kells"). Les personnages sont représentés en fonction de l'idée que l'on s'en fait: ainsi, les tailles expriment une hiérarchie. L'allégorie tient toujours une grande place dans la décoration. Le manuscrit enluminé témoigne pour l'histoire, il est source de détails. La "Genèse" a été étudiée fréquemment. L'initiale ornée distingue nombre d'oeuvres. Le "T" y devient le Christ crucifié, les "I" des saints en statue. Les lettrines en feuilles d'or débutent un paragraphe, les initiales d'or et d'argent de "l'Évangéliaire de Lothaire" sont des marques de distinction. Des lettres représentent des fleurs, des personnages, des paysages aux couleurs vives, des calligrammes (représentations d'êtres vivants ou d'objets inanimés comme des coupes dans un semis de lettres c'est-à-dire un ornement fait de motifs répétés). Le rôle précurseur du monachisme irlandais est connu. Les entrelacs et la tendance figurative du "Livre de Kells" caractérisent ce chef-d'oeuvre baroque. La lettre décorée est d'abord tracée au crayon dans tous les éléments de décor puis le peintre la passe à l'encre, insère éventuellement des touches entrelacées et soulignées d'une encre sombre. Toutes les sortes de livres sont illustrés mais les bibles et les ouvrages iconographiques sont plus soignés du fait des commandes des souverains. À cet égard, de nombreux manuscrits furent ornés au scriptorium du palais. L'influence byzantine et antique portent le style du palais. "L'Évangéliaire de Godescalc", celui dont Louis le Pieux fit don en 827 à l'abbaye Saint- Médard de Soissons, celui qu'Angilbert donna à Saint- Riquier, "L'Homère" sont autant d'oeuvres de cette école. D'autres ateliers ont laissé un style particulier: Corbie avec ses influences orientales; Fleury imprégné du style irlandais et de résurgences de l'époque mérovingienne. D'autres centres ne sont pas rattachés aux pouvoirs souverains: Saint-Gall et son "Psautier de Wolfcoz", le "Psautier d'or" et le "Psautier de Folchard" vers 860. L'époque carolingienne
est marqué par une renaissance, un retour aux anciens. Les personnages
les plus connus de cette époque se prétendent de grands latinistes. Les
réformes ont pour but d'améliorer l'éducation mais elles se limitent
aux clercs et aux nobles. Le peuple paysan n'en profite pas. Au contraire,
les initiations qui leur sont destinées sont supprimées. L'ordre bénédictin,
à la faveur de sa réforme en 817, se referme sur lui-même. Charlemagne,
qui impulse cette réforme, est pourtant illettré. Son but n'est pas
d'éduquer le peuple ou de faire naître un quelconque sens critique mais
il est d'uniformiser, de souder durablement l'empire après les
importantes conquêtes. D'ailleurs les livres ne circulent pas et restent
peu lus. Une entreprise de rénovation est menée qui ne se penche que très
peu sur le contenu des livres. Le traducteur est une sorte de savant. Il doit connaître le fond du livre pour en saisir la substance (ce sont les "res" et les "verba" de Saint-Augustin : les choses et les paroles; la lettre (littera) et l'esprit (sensus) qui se complètent: "la lettre tue mais l'esprit vivifie" écrit Saint-Paul). Cela n'empêche pas les inévitables erreurs: l'invention de mots nouveaux, de concepts nouveaux, les contresens, la déroute face aux abréviations et aux coupures. Malgré le glossaire, le sens du texte se trouve parfois gravement altéré surtout si le traducteur travaille avec un interprète qui lui lit le texte et le traduit en langue vulgaire pour le reproduire enfin en latin. Le traducteur est néanmoins le véritable analyste de la renaissance, quelqu'un qui doit sans cesse choisir. Le "De mundo" d'Aristote, "De natura hominis" de Nemesius d'Emèse, "La vie de Sainte Pélagie", "Le livre des causes", Denys l'Aréopagite dont la oénétration en Occident est due au hasard d'une ambassade de l'empereur byzantin Michel le Bègue auprès de Louis le Pieux en 827 (le livre fut apporté en présent) sont de fameuses traductions. À la base de la connaissance du moine, il y a le psautier. C'est aussi le livre de chevet du novice. Tout bon moine devait connaître en principe par coeur les 150 psaumes. Dans les écoles monastiques, le latin est en principe enseigné ainsi que la prosodie pour la lecture et le chant, des anthologies d'auteurs classiques. Le maître ou "scolasticus" a sous son autorité un groupe homogène; sa méthode est orale utilisant le dialogue, le commentaire, la glose (en digressions parfois). L'élève est pourvu de tablettes de cires, de papyrus et de parchemins. Avec le capitulaire de 789, les écoles vont se développer autour de plusieurs points: un programme inchangé (l'instruction des clercs est confirmée à la charge des évêques) et l'étude de la grammaire et des arts libéraux se généralisent. L'école est en principe ouverte à tous et gratuite. Mais si Alcuin y veille, la réalité se révéle plus disparate.
Extrait de: Jean Glenisson, Le livre au Moyen-Age, Presses du CNRS.Pierre Riché, Éducation et culture dans l'Occident barbare (VI-VIII), Paris, 1972. Pour le texte complet voir: http://www.histgeo.com/moyenage/livre.html |
|
Martin Blais, Sacré Moyen-Âge, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2002 (1997), 253 p. Céline Thérien et coll., Anthologie de la littérature d'expression francaise des origines au romantisme, Anjou, Éditions CEC inc, 1997, p. 48-49. Philippe Walter, Naissances de la littérature francaises IXe-XVe siècle; anthologie, Montréal, PUM, 1998, 254 p. Le musée national du Moyen-Âge - Thermes et hôtel de Cluny: Une visite d'un musée virtuel présentant une collection d'objet du quotidien médiéval. La peinture médiévale dans le midi de la France (Alpes méridionales): Tout sur costumes, les activités, les repas, et le quotidien médiévale à travers sa peinture. Le Patrimoine et la citoyenneté canadienne: Un site éducatif monté par deux professeurs et qui contient plusieurs liens sur différents aspects du Moyen-Âge. La vie quotidienne se retrouve sous la rubriquee ''contenus d'apprentissage''. La vie quotidienne au Moyen-Âge: Un site personnel où l'auteur nous a gracieusement résumé quelques faits tirés du ''Que sais-je ?'' sur La vie quotidienne au Moyen-Âge. |