Le Carême, itinéraire vers la lumière pascale
Avec le mercredi des Cendres, l'itinéraire du Carême s'ouvre devant nous, " signe sacramentel de notre conversion ", comme la prière (collecte) du jour nous le rappelle. Cet itinéraire est soutenu par la prière où nous apprenons à cultiver notre rapport avec Dieu. Le jeûne l'accompagne pour que nous récupérions un rapport sain avec notre corps et avec les choses qui habitent notre monde. Enfin, il s'accomplit dans la solidarité en faisant l'aumône.
Le Carême apparaît donc comme une grande école où l'Esprit Saint et l'Église nous apprennent l'art de la communion avec Dieu et avec le prochain, Par conséquent, une école de vie, et pour la vie.
Mais le Carême ne comporte pas seulement cet aspect ascétique. Au long de ces quarante jours, nous sommes introduits graduellement au mystère qui est au cœur de notre foi : la Pâque de Jésus Christ (aspect mystagogique). À propos, un ancien texte chrétien du 1e siècle (l'Epistula Apostolorum) rapporte un dialogue extrêmement significatif entre Jésus ressuscité et les apôtres. Les apôtres demandent à Jésus : " Est-ce encore nécessaire que nous prenions la coupe et que nous la buvions? ".
Jésus répond : " Oui, il le faut jusqu'au jour où je viendrai avec ceux qui ont été tués à cause de moi ". Les apôtres demandent au Ressuscité si après son retour au Père (l'Ascension) qui inaugure le temps de l'Église, ils doivent continuer à boire le calice eucharistique en réactualisant ainsi sa mort - résurrection dans le sacrement. Jésus affirme : " Oui, il le faut! ". Nous avons ici le sens profond des saints jours de Carême où nous sommes appelés à vivre - dans la Pâque du Chef (Tête), notre Pâques, la Pâques du Corps, comme saint Augustin aimait la définir. Mais, qu'est-ce que cela comporte? Il n'est point de naissance (ou renaissance) sans douleurs; il n'y a pas de vie nouvelle sans lutte contre le mal. Voilà alors qu'au premier dimanche de Carême, l'Église nous offre l'icône du Christ tenté (Mt 4,1-11). À travers le désert, vainqueurs dans le Christ vainqueur, nous pouvons gravir le mont de la transfiguration (Mt 17,1-9) (2e dimanche), où le Christ, serviteur et prophète eschatologique éclaire notre marche vers l'autre montagne, celle du Calvaire.
Tandis que nous vivons l'expérience de la croix, les premières lueurs de la résurrection brillent déjà. Le Christ, eau vive (Jn 4,5-42, - 3e dimanche) se révèle à nous. L'eau a une triple signification : elle exprime notre soif de Dieu (cf. ps. 62), le don de l'Esprit (cf. Jn 7,37-39), et notre baptême.
Avec le récit de l'aveugle né, le 4e dimanche nous place devant le Christ lumière : c'est lui qui resplendit à nos yeux, aux yeux des catéchumènes et de ceux qui, à la veillée pascale, renouvelleront leurs promesses baptismales. Comme nous le savons, le baptême a été défini comme une "illumination".
Avec le 4e dimanche, la liturgie nous offre l'extraordinaire page johannique de la résurrection de Lazare (cf. Jn 11,1-45) où le binôme mort - vie est mis en relief. Le Christ vient à nous comme le Seigneur de la vie.
Après avoir parcouru les cinq dimanches du Carême, accompagnés par la Parole de Dieu qui devient événement, nous nous préparons aux célébrations de la Semaine Sainte et particulièrement au Triduum pascal, pour arriver à chanter le cantique nouveau de la vie ressuscitée.
Alexandre C. osb