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Les accidents
En 1908, un feu de forêt, s'étendant de l'est de Scotstown vers les fermes défrichées de St-Léon, détruit plusieurs milles carrés de forêt vierge entre le village et le mont Mégantic. Il tombe heureusement de fortes pluies qui amortissent le feu puis l'éteigne de sorte qu'il ne n'ait pas nécessaire de procéder à l'évacuation totale de la population.
En juillet 1917, Nanaan McLeod écrit à sa soeur": Le jour précédent mon arrivée, lundi, notre église a été détruite, le presbytère, la grange et la maison Montgomery sont aussi en mauvais état; des gens sont blessés sans parler de la très grande peur qui s'installe. Les récoltes subissent de lourds dommages.
En décembre 1919, il y a déraillement en face de la gare de Milan. Un train de marchandises roulant vers l'ouest se range sur la voie de service pour permettre à un train de passagers filant dans la même direction de le dépasser. Mais un mauvais aiguillage lance le train de passager sur la voie de service. Il emboutit le fourgon du train de marchandises, tuant le contrôleur Walter Booth et un passager, Johnny Buchanann de Keith, Lingwick. Le train de passagers transporte des travailleurs chinois revenant d'Europe qui retournent dans leur pays. Un wagon fermé voisin du fourgon du train de marchandises contient du sucre en poches de 100 livres. Il en disparaît plusieurs avant l'arrivée de la police. On raconte bien des histoires de poches de sucre prises dans le wagon et cachées dans des tasseries, dans des hangars, etc. Et ce sucre volé est recueilli par quelqu'un d'autre et caché ailleurs.
Un peu plus tard un autre déraillement survient près de Whitton Crossing, en direction de Springhill, il coûte la vie à John "Cook"
McLeod.
Une autre vie est prise à un individu par une locomotive. Duncan ne mentionne pas le nom de la personne. M. Beauregard, un employé cu C.P.R. perd une jambe lorsque celle-ci est coincée dans la plaque tournante en train de pivoter.
John O. MacDonald aperçoit un matin Mme McAulay qui passait devant le magasin le long de la voie ferrée, en direction de l'ouest, vers McLeod's Crossing; on apprend plus tard qu'elle a été écrasée à proximité du village par le train du matin. Elle s'était de toute évidence assise entre les rails avant d'être frappée par la locomotive.
Arrivent les trains à vapeur et ils sont des gros consommateurs d'eau. Chaque localité a sont réservoir à eau le long de la voie ferrée. À l'avènement des locomotives à pouvoir Diésel qui ne nécessitent pas d'eau, le réservoir devient inutile et on le démolit vers 1960. Parmi les gens qui travaillent sur le chemin de fer, on compte plusieurs écossais et quelques canadiens: Émile Turcotte, Cyrille Poulin, Alfred Morin, Fernand, Pierre et Jean-Marie Bergeron, Antoine Boisvert etc.. Ils sont cheminots.
Les commerces
Il y a deux hôtels à Milan dans les premiers temps. Une, appelée "sec" ou hôtel de tempérance, propriété de Duncan McLeod et l'autre avec un bar, propriété de McIver. L'hôtel de McIver a la réputation d'être un établissement dur et bruyant. Après sa fermeture, plusieurs vagabonds dorment là et c'est probablement l'un d'eux que l'on impute sa destruction par le feu, une nuit.
Pendant la période de 1887-1889, alors que police et soldats sont à la recherche de Donald Morrison, le hors-la-loi de Mégantic, les officiers logent à l'hôtel McLeod tandis que les soldats séjournent dans celui que tient McAulay à l'époque.
En 1890, une entreprise coopérative est instituée par les "Patrons of Industry", le chapitre de Milan se désigne de "Highland Star no. 19. ( Cet organisme est apparemment de nature coopérative, les cultivateurs se regroupent pour acheter en bloc les articles de première nécessité pour la maison et le bétail, sous la responsabilité d'un gérant en charge des achats et des ventes.). Lors d'une assemblée de la loge Highland Star no. 19, dans les minutes, on adopte une proposition qui stipule l'acceptation de l'offre de R. McDonald de faire le feu et l'éclairage de la salle au taux de .10 cents par soir; la location de la salle de Milan coûte .29 cents pour la soirée.
Le 25 juin 1895, toujours dans les minutes des assemblées du Highland Star, on propose de payer à McDonald son billet de Milan à Scotstown et celui de son retour, .65 cents, et son dîner, .25 cents pour un total de .85 cents. Le 10 septembre 1895, on s'entend entre la Cie et le forgeron sur les prix suivants: .70 cents pour ferrer les chevaux avec de nouveaux fers; avec retour de fers, .29 cents, ses autres prix à l'avenant. Limage des fers .35 cents.
Vous trouverez à la page 57 du livre de Duncan McLeod, les noms de ceux qui participent à la première grande guerre mondiale. Quelque-uns payent de leur vie et d'autres sont blessés. Quelques-uns font partie des Fusiliers Royaux du Canada. Donald McIver va même jusqu'a Hong-Kong avec son régiment et est fait prisonniers pour le reste du conflit quand la colonie tombe aux mains des Japonais le jour de Noël 1941. Dans les années 20-30 plusieurs garçons se joignent à l'Association des Fusiliers du Dominion du Canada. Ils s'exercent au champ de tir de Bishops Crossing, maintenant nommé Bishopton.
Les moulins à scie

Le premier moulin à scie est construit par John D. Morrison. Il le vent ensuite à Duncan et celui-ci le garde en service jusqu'en 1940 Il y a aussi des moulins "portatifs" quelques-uns actionnés par un pouvoir d'eau. On fait un barrage dans un ruisseau ou un cours d'eau, on bâtit un moulin et on traîne les billots avec un attelage jusqu'au site de la scierie. Les frères Olson (amis de Narcisse) ont un moulin à scie et font de bonnes affaires pendant bien des années.
Vers 1920, la Compagnie Mégantic Manufacturing de Philibert Cliche loue du terrain à la famille Rory MacDonald et construit un moulin a scie avec étang chauffé à l'ouest du village. Il produit principalement des traverses pour chemin de fer. Il vend à Fidèle-Aimé et Léonard Beaudoin de St-Léon qui à leur tour le vende à Roger Beaudoin. C'est à ce moulin à scie là qu'ira mourir Antoine Boisvert.
Dans les années 25-30, la grande dépression, le prix du bois de pulpe atteint $31.00 la corde et du jour au lendemain, il tombe à $8.00. Les frères Arthur et Canut Olson qui sont commerçants de bois et possèdent beaucoup de cordes de bois, essuient de lourdes pertes.
Le Matherson Silver Fox Ranch Inc.
Une entreprise connaît beaucoup de succès à Milan c'est le Matherson Silver Fox Ranch Inc. C'est la plus grande ferme d'élevage de renards argentés de la province de Québec et l'une des plus grandes au Canada. Aux alentours de 1920, James Matherson achète un couple de renards argentés pour faire de l'élevage. L'expansion de ce commerce se fait en 1928-29 jusqu'a ce qu'il atteigne 1000 bêtes. On considère Bernard Matheson comme l'un des hommes les plus "connaissants" dans l'industrie du renard argenté au Canada.
Les premiers arrivants canadiens-français et leurs occupations
(grand-mère St-Laurent et Wilfrid)
Le premier canadien français à vivre à Milan est J.B. Ouellette. Il travaille pour le C.P.R. Louis St-Pierre arrive autour de 1909-1910. Il construit une crémerie puis revend la crémerie à Normand MacDonald en 1920-21. La famille Poulin arrive vers 1911, Cyrille travaille pour le chemin de fer et achète en 1924 le commerce de Damase Breton. En 1926, lorsque John D. Morrison démissionne comme maître de poste, la fille aînée de Cyrille Poulin, Imelda est nommée maîtresse de poste et elle y reste jusqu'en 1946. Sa soeur Lucienne lui succède et remplira le rôle jusqu'en 1972. Émile Turcotte dit "Ti-Rouge" déménage de St-Léon à Milan en 1915. Il sera plus tard le contre-maître de mon père et de mes oncles.
Adélard Roberge est forgeron et exerce son métier pendant plusieurs années tout en faisant de la prospection d'or dans la région; il y aura aussi comme forgerons: Angus McDonald et Albert Bolduc. Éphrem Jacques arrive dans les années 20. Il achète la maison de Morrison et ouvre un salon de barbier et une petite épicerie. Ce lieu est pendant les années de dépression, le rendez-vous favori des joueurs de cartes et d'échecs. Il vendra sa propriété plus tard à l'Église Catholique. Romaine.
Éphrem Benoit a une boucherie ainsi que Frank Langlois. Les voitures des bouchers itinérants leur font abandonner les affaires.
On installe une première ligne téléphonique qui vient de Stornoway. Le central est situé au magasin Murry. On interrompt le service après quelques mois seulement. La Cie. de St-Léon Téléphone a une ligne dans le village dans les années 20 et il y a une demie-douzaine d'abonnés. Le service laisse a désirer, une hausse soudaine des tarifs en signe la mort dans la localité. La Cie. Canadian Téléphone de Cookshire, amène le téléphone à Milan à partir de Scots, au début des années 30. La Compagnie Eastern Township téléphone de Sherbrooke prend la relève et est a son tour relayé par la Cie de téléphone Bell du Canada en 1951 et le système de cadran arrive en 1964.
Les taxes:

Dans les années 1910-1930, je n'ai pas de reçus pour vous dire à combien se chiffrent les montants de la taxe municipale et scolaire; par contre, Adélard St-Laurent (grand-père maternel de Roméo Couture) vit à Winslow sud. Son compte de taxe scolaire est de $00.25 dans la piastre en 1909 et la facture s'élève à $10.63. En 1914, la taxe monte à 80ct sur un terrain évalué à $1,200.00 En 1917, la cotisation est à 100 dans la $, ce qui veut dire que ca lui coûte $12.00. Il doit aussi payer $1.00 pour ses 2 enfants. En 1818, on évalue sa propriété à $1100.00 toujours à 100 dans la $ plus .50 par enfants, le compte fait $12.50.
En 1920, on augmente à 1.25 dans la piastre + 3 enfants à .50 cents. Les années suivantes le "millins" baisse et il reprend des forces en 1929. C'est le cure Tétrault qui signe les reçus dans les années 29-30. En 1930, le "millins" est fixé à 1.40 dans la $.
La taxe municipale de 1914 est de 40ct (millins) dans la $, la terre est évaluée à $1,200. Le compte est de $4.80. En 1930, sur une propriété évaluée à $1,700 le montant de la taxe s'élève à $51.00 et le reçu est signé par Albert Tétrault curé.
Ce n'est qu'à partir de 1948 qu'il commence à payer des taxes à Milan. Le secrétaire de la municipalité D.A. Nickolson, lui envoie un compte au montant de $10.03. Le taux est à 2% et l'évaluation du lot $500.00, il doit payer .03 cents d'intérêt et les intérêts sont à 5%. En 1951, le taux est à 1.5% en 1952, 1.65% et en 1953 il est rendu à 1.65% et c'est Adélard St-Laurent qui est secrétaire de la municipalité.
Souvent dans ces temps de pauvreté, les colons ne peuvent payer leurs taxes, ce qui fait qu'on accumule les arrérages et ça n'en finit plus. Il faut dire que le "millins" par dollar est élevé comparé à ce que gagnent les défricheurs.
En 1927, une tondeuse à mouton coûte à Adélard St-Laurent $28.75. Il achète des graines de semence pour la somme de $14.14. En 1938, il a un reçu fait par Alex M. MacDonald au montant de &36.00 pour son loyer. La Presse, quotidien et hebdomadaire le plus fort tirage de tous les journaux du Canada, coûte $1.50 par année en 1928.
Il fait affaires avec la Compagnie Révillon Frères (Trading Company Limited) en 1918; il vend des fourrures: renard rouge, bêtes puantes, belettes, hermines, rats et 1 chat maison pour une valeur de $52.50. Dans son catalogue de la Pharmacie Vétérinaire de 1916 du docteur Grignon de Saint-Adèle, nous trouvons le nom et le prix des médicaments pour les animaux. Nous y retrouvons aussi des huiles pour toutes sortes d'utilités de "graisser les souliers" à "parfumer les pièges destinés aux visons" etc... (voir photos)
La vie religieuse
C'est l'abbé Louis H. Nicole qui fonde la mission de Milan en 1911. Le milieu compte 25 personnes. Il vient à Milan un fin de semaine par deux mois. Il arrive le samedi après-midi, rend visite aux familles, confesse les pécheurs et distribue conseils et encouragements Pendant 6 ans, le curé loge chez Louis St-Pierre et c'est dans cette maison qu'est célébrée la messe le dimanche matin. En 1917, il est remplacé par Raoul Dubé. La messe est alors dite dans l'école anglaise du village.
De 1911 à 1930, la future paroisse est connue sous le vocable de St-Joseph de Milan. Au début des années 20, c'est le curé Alphonse Roy qui est curé de Springhill et c'est lui qui vient desservir Milan une fois par mois. Lorsqu'il fait beau, il marche jusqu'à Springhill en empruntant la voie ferrée. En 1921, le curé Edmond Lacombe prend la cure de Springhill. Il n'est pas un vrai curé; en effet, un jeune prêtre en visite chez ses parents, réalise que le curé Lacombe escamote des gestes liturgiques durant la messe et qu'il ne récite jamais son bréviaire. Il confie ses doutes à un curé d'une paroisse voisine et à l'évêque. On fait enquête. Le curé réalise la situation et il s'enfuit. Il finira par avouer qu'il ne n'a jamais été prêtre. Il est un imposteur. Il voulait perpétuer la vocation de son frère-prêtre mort au combat à la première guerre mondiale. On s'organise pour étouffer cette histoire.
En 1924, on construit la première école française. Cet édifice sert aussi au service religieux. On construit aussi une école primaire dans Victoria, près de la traverse vers le Dell et une autre petite école "école de rang" le long du prolongement de la route de la "Yard"
1930-1940
Quand les automobiles font leur apparition dans les années 30, les marchands commandent leur essence par baril de 45 gallons. Un dépôt d'essence est installé à Scotstown par Impérial Oil Ltée. La livraison à Milan se fait dans un wagon-citerne tiré par des chevaux. Charles Bennett est l'agent. McLeod et Louis St-Pierre ont les premières pompes à essence. Le premier modèle pompe l'essence dans une jauge d'un gallon; on le verse ensuite au moyen d'un entonnoir dans le réservoir à essence de l'auto. Arrive alors une pompe à main qui met jusqu'à 5 gallons, plus tard encore, avec le compartiment vitré, on peut pomper 10 gallons d'un coup et ensuite arrivent les pompes électriques.
Lors de la dépression dans les années 30, le gouvernement ouvre à la colonisation les terres à l'est de la "Yard" (aujourd'hui, rang St-Louis) et déménagent 5 ou 6 familles sur les lots à bois. On trace la route du rang et on l'ouvre à la circulation. Il y a parmi les premières familles canadiennes-françaises à coloniser cette section, celles d'Antonio Lapierre, d'Edward Bergeron, d'Edmond Roberge, de Joseph Maheu, d'Odilon Grenier et de Joseph Dumont.