Historique: Lambton
Narcisse, (surnommé "Peteu"), ne quitte pas la terre en se mariant. Il épouse, le 4 juillet 1916 à Saint-Vital de Lambton, Marie-Anne Grégoire surnommée "Nenoune". Il a 35 ans et Marie-Anne 22
ans. Marie-Anne, on prononçait Marie-Âne, quitte ses parents et déménage dans la maison d'Edouard après la célébration du mariage. Les Grégoire demeuraient voisin des Bergeron. Elle emménage voisin de ces parents mais
le déménagement dans une autre famille est pénible pour elle. Elle est une personne très gênée et arriver dans une maison où il y a déjà un beau-père et trois belles-soeurs
ce n'est pas évident.
Quand Marie-Anne se marie, elle apporte avec elle un beau "set de chambre", "un set de salon", un "set de salle à dîner", de la vaisselle, un harmonium etc. Marie-Anne est aussi très bien habillée. Elle possède de beaux vêtements aussi. Tous ces biens proviennent de son travail et de toutes ses économies effectués durant cinq ans lors de son séjour à Lewiston Me. où elle travaille dans une usine qui fabrique des chemises pour hommes. Sans compter qu'elle et ses soeurs aident beaucoup à leurs parents qui sont très pauvres.
Tout ce "luxe" occasionne aussi de la jalousie de la part de ses belles-soeurs, ces dernières n'ont jamais travailler en dehors du foyer, elles doivent donc se contenter de ce qu'elles ont.
Edouard est un beau-père gentil et prévenant. Quand Marie-Anne est malade ou quand elle porte un enfant et a mal au coeur, Edouard lui apporte des choses à manger du magasin. Il lui demande "à la cachette"ce qu'elle aimerait recevoir mais elle est trop gênée pour lui dire. Édouard, sans être riche, vit à l'aise.
Valérie, belle-soeur de Marie-Anne, est aussi gentille pour M.Anne, ce n'est pas le cas de Mary et de Virginie. Elles ne mâchent pas leurs mots pour lui dire qu'elle est capricieuse à cause de ses maux de coeur. Elles ne connaissent rien à ces malaises là. Leur mère, Mathilda, n'ayant jamais éprouvé ces maux, elles ne peuvent pas savoir.
Marie-Anne raconta plus tard que Virginie, après son mariage, a éprouvé des maux de coeur à ses deux enfants, elle alla donc trouver maman pour s'excuser de ce qu'elle avait dit.
Achat de la terre d'Édouard et bisbilles
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Maison à Lambton reproduite par Fernand Bergeron |
Narcisse achète la terre de son père dans les années 20, mais, M.Anne ne se sent pas plus chez-elle. C'est Mary qui dirige tout et décide de tout, elle a fait cela toute sa vie.
Toujours que, l'année qu'elle porte Adélard, elle en a assez d'endurer les vieilles filles, elle va en parler au curé Belleau. Le curé fait venir les vieilles filles pour leur dire un mot. Il leur dit que si elles s'obstinent à demeurer à la maison paternelle, elles vont briser le ménage de leur frère.
Elles comprennent et elles s'installent dans un logis au village de Courcelles. Edouard, durant ce temps là, vit au village de Lambton avec sa deuxième femme Locade Ruel (marié le 12 novembre 1917). M.Anne dispute son beau-père seulement quand il lui parle de se remarier. Il a pris deux autres épouses: Marcelline Lachance le 7 août 1923 et Marie Bégin le 28 mai 1925. M.Anne avait pour son dire qu'il serait mieux avec ses filles, mais, il lui dit : " Des bonnes vieilles filles ce n'est pas une bonne vieille "cocotte"." Maman rajoute qu'il avait raison ce pauvre vieux.
À son troisième mariage, le même manège recommence de la part de sa brue. Édouard lui dit:" Marie-Anne, je ne te verrai pas mais d'autres te verront." Plusieurs années plus tard, lors du second mariage de M.Anne, maman lui rappellera cette phrase que lui avait dite son beau-père. Marie-Anne ne croyait pas que Rose-Hélène s'en souviendrait. M.Anne a souri, mais pas pour longtemps. Elle n'a pas connu le même bonheur que son beau-père.
La vie et la terre
Après le départ des vieilles filles, Narcisse engage un homme pour l'aider durant les récoltes du foin et à la saison des "sucres". Il trouve que c'est cher. Marie-Anne lui propose d'être cet homme engagé malgré le fait qu'elle a déjà trois enfants : Florence, née le 10 mai 1917, Fernand, né le 23 mai 1918 et Adélard, né le 17 septembre 1919.Marie- Anne propose donc à Narcisse de lui construire une petite maison "mobile" pour apporter les enfants dans les champs et aussi de lui faire une petite boîte assez grande pour mettre sur le grand râteau pour asseoir deux petits-enfants.
Narcisse n'apprécie pas beaucoup l'idée d'entendre les enfants pleurer. Elle lui suggère d'essayer, et si ça ne fonctionnait pas elle demeurerait à la maison. Narcisse construit la petite maison. Elle mesure 5 x 7 pieds et la fait sur des skis de bois, de cette façon, il peut la déménager avec ses chevaux d'un champ à l'autre. Dans la petite maison, on trouve : un berceau pour le bébé, une armoire pour le "manger" une table et de petits bancs. Quand Narcisse décidait de faire quelque chose, il le faisait bien.
La première fois qu'elle apporte les enfants, un dans le berceau et les deux autres sur le râteau, tout a bien marché et ils décident de continuer par la suite. M.Anne est capable de faire les mêmes travaux que Narcisse. Elle aime ça travailler aux champs ou dehors comme on dit.
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D'autres enfants s'ajoutent par la suite : Rose-Hélène, née le 21 mars 1921, Pierre-Albert, né le 13 juillet 1922, Thérèse, née le 27 octobre 1923, Agathe, née le 23 avril 1925, Jean-Marie, né le 29 août 1926, Marie-Marthe, née le 25 avril 1928, Marie-Claire, née le 1er mai 1931, Clément, né le 25 mai 1932, Julien, né le 23 mars 1934 et André, né le 8 novembre 1935.1928. |
| Rose-Hélène (4 ans) |
Un voisin et un grand ami de chez-nous est décédé en voulant retenir ses chevaux "partis en peur". La "pôle" de la voiture lui a enfoncé l'estomac; il est mort instantanément. J'avais 7 ans et je revenais de l'école, quand j'ai vu passer pour la première fois un corbillard attelé à deux beaux chevaux blancs; les responsables des funérailles venaient chercher le mort; cela m'a beaucoup impressionné. C'était la première fois qu'on voyait ça dans le rang.
Papa Narcisse, dans les années 27-28, fabrique de petites tombes. Il les fait surtout pour les petits enfants, mais, il en fabrique aussi pour les grandes personnes. C'est lui qui a fabriqué la tombe pour la mère de son beau-frère Louis Roy. La dame pèse au-dessus de 200 livres. Il a eu peur qu'elle ne tienne pas pour le voyage. Lorsque le temps de descendre la tombe dans le "trou", ils enlèvent le crucifix et les poignées puis ils les remettent à papa pour qu'il puisse s'en servir pour la prochaine fois; ça coûtait moins cher et ça ménageait sur tout.
Dans le temps des "sucres", nous les enfants, on prend le chemin de l'école avec le coeur
un peu triste car les autres de la famille partent à la cabane pour toute la journée. Maman a une cuisine dans la cabane pour les enfants et elle s'occupe de faire chauffer le feu pour faire bouillir le sirop d'érable, tandis que papa cueille l'eau. Tard dans l'après-midi, papa faisait une panne de sucre, et tous les jours, il nous "monte" un plat de deux pintes de belle tire que nous dévorons le même soir. Comme ça, nos plats sont prêts pour le lendemain matin.
C'est une grande fête le samedi quand maman nous emmènent dîner à la cabane. Ça ne se produit pas souvent. Il y a deux raisons à ça. La première, maman trouve que ça fait gros de l'ouvrage à préparer le repas pour autant de monde. La deuxième, ma soeur Florence est assez grande et assez raisonnable pour garder les plus jeunes.
Fernand et Adélard sont maintenant assez vieux pour aider papa. Le temps des
foins
, c'est maman qui fauche à la faucheuse, elle n'aime pas faire le tour des tas de roches. Après la récolte, elle se fait faire un "banneau". (Banneau = Voiture à deux roues pour un seul cheval). Avec son "banneau", elle commence à défaire des tas de roches, elle nous fait une belle façon pour l'aider mais avec nous les jeunes, ça ne dure pas longtemps. On part jouer. Florence est plus vieille, elle doit l'aider, c'est comme ça.
Un bon jour, maman et Florence arrivent à un tas de roches et découvrent une carcasse de tête de vache. Florence qui n'est pas contente d'être forcer de travailler dit à sa mère :" Tiens, voila la tête de ta vieille mère." Elle veut faire, aussi, de la peine à maman car elle n'a pas connu sa grand-mère, celle-ci est morte alors que Florence n'avait qu'un an. En un seul automne, maman a défait une dizaine de petits tas de roches, elle est fière de ses prairies débarrassées et elle peut faucher à son aise.
Maman est une femme très nerveuse et vite. Elle en fait de l'ouvrage en une journée. Si papa l'avait écouté, il n'aurait pas vécu jusqu'à l'âge de 80 ans. Pour elle, quand vient le temps de ramasser le foin, il faut que les chevaux attelés à la charrette de foin aillent aux trots. Quand elle voit un nuage noir monter et qu'il reste du foin à ramasser, elle voit rouge.
Pour papa, le foin restait là quand il devait aller traire les vaches, il disait que le Bon Dieu savait qu'il y avait du foin dans le champ. Ce qui n'empêchait pas la pluie de tomber quelquefois.
Maman a une santé de fer. Une fois, papa et elle chargeaient un voyage de foin, maman avait mal au ventre. Papa, lui dit d'entrer à la maison mais elle n'écoute pas. Après un moment, n'en pouvant plus, elle se dirige vers la grange à foin, entre et fait une fausse couche. Papa l'a transporté jusqu'à la maison dans ses bras et l'a mis au lit.
Dans le temps des framboises, presque à tous les matins avec notre chaudière de 5 livres et nos petits plats, Pierre, Thérèse, Agathe et moi partons pour cueillir ces petits fruits. Maman nous fait souper aux grandes tartes aux framboises à tous les soirs, nous les mangeons avec du bon lait, c'était un régal. Pour agacer Jean-Marie, quand on le voyait à côté de papa, on lui disait ":Si tu ne viens pas avec nous ramasser, tu ne mangeras pas." Papa disait " : Va mon Jean, va ; s'ils te "magannent" tu t'en reviendras." Jean écoutait et venait ramasser. Il était bon mais c'était à recommencer à tous les matins. Je suis certaine que si papa avait dit la même chose aux autres, ils n'auraient pas obéis. Jean avait le coeur tendre et tout ce que son père disait était bon.
Papa, lui, a une patience d'ange. Quand on prend des outils à la cachette pour nous fabriquer quelque chose, on ne la remet pas toujours à la bonne place et il arrive même que
l'outil soit
"ébréché", tout ce que papa trouve à dire c'est "Maillieu" (son juron) et c'est tout.
Il y a des matins où maman, encore couchée, crie à papa pour lui demander s'il est dans la cuisine car il y a un vacarme dans la maison. Papa est bien là mais ça ne le fatigue pas qu'on "s'amuse".Il se lève le premier le
matin chauffer la maison durant les saisons froides car les maisons ne sont pas très chaudes, et fait un chocolat chaud a maman. Elle aime bien boire son chocolat, au lit, le matin et il aime bien sa "nenoune".
Il aime les choses bien rangées. Dans le hangar, dans la remise et dans l'étable, chaque chose avait sa place. Même avec les enfants autour, tout doit être ramassé et rien ne devait traîner. Quand le travail est fini avec un instrument oratoire, il la graisse et la place au fond de la remise. C'est lui qui nous fabrique nos souliers en vrai cuir. Il possède plusieurs formes qui lui ont été données de son père, qui lui, les a reçues du sien etc. Il se sert de la peau de ses animaux de boucherie, et la fait tanner. (La peau de vache en particulier).
Quand on attend le retour de Courcelles de papa le soir pour souper, l'un de nous ouvre la porte et écoute, pas de bruit, on referme. On répète le petit manège jusqu'a ce qu'un d'entre-nous entende une chanson en ouvrant la porte. C'est papa qui chante en approchant de la maison. Il chante "Ah dis-moi donc comme t'as un beau casque". Les Bergerons sont de bons chanteurs. Ils aiment chanter le soir, assis sur leur galerie et c'est tout un plaisir pour leur voisin Grégoire de les écouter. Marie-Anne adore ça.
Financièrement, tout va bien durant les premières années qu'il prend possession de la terre de son père. Vers les années 29-30, c'est la grande dépression. Tous les prix tombent du jour au lendemain. Papa, avec sa grosse famille, commence à ne plus rencontrer ses payements. Il a donc été obligé de vendre leur belle terre qui leur avait coûté bien des sueurs. Ils la vendent à un prix dérisoire. Il fait un encan pour payer ceux à qui il devait de l'argent. Il possède beaucoup de "machineries" : Il a des outils de toutes sortes pour différents travails, il possède des formes différentes pour les chaussures ces formes données de père en fils. C'est triste de ne pas pouvoir garder des choses aussi précieuses pour travailler. Il ne garde que l'essentiel, tout le reste se vend à l'encan. Papa demande la permission au nouveau propriétaire de demeurer l'hiver dans sa maison. Permission accordée.
Un beau-frère du propriétaire, M.Laurendeau répand des faussetés sur Narcisse, celui-ci prétend que Narcisse est en train de défaire la grange. En réalité, Narcisse qui a gardé une vache, décide de lui faire un petit enclos dans l'étable pour la garder plus en chaleur, l'étable est devenue trop grande pour une seule vache. Les médisances de Laurendeau ont le dessus et le nouveau propriétaire demande à papa de quitter la maison. Ils iront demeurer le restant de l'hiver chez les Bizier. Les Biziers ne demande pas mieux que de les accueillir chez-eux. Ca fait même leur affaire, car ils vont passer l'hiver ailleurs. Que quelqu'un voit au bon entretient de la maison et des bâtiments sans parler de l'entretient des animaux c'est excellent pour eux et pour Narcisse.
En 1935 ils quittent Lambton pour Milan