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Milan Marsden |
L'arrivée de la famille Narcisse Bergeron à Milan
Le premier juin 1935, Narcisse et sa famille déménagent à Milan. Un peu plus tôt, papa avait acheté un lot de colonisation. Il nous faut faire deux voyages, un le 31 mai et l'autre le 1er juin ; seul Adélard, âgé de 15 ans, reste à Lambton pour travailler chez Victor Bizier et chez l'oncle Louis Roy. Il viendra nous rejoindre plus tard, il travaillera à "charroyer" de la "pitoune" pour le commerçant Roland Roy à Milan.
On aménage pour six mois dans la maison de Georges MacDonald, un écossais, du
vrai bon monde. Sur le lot, il y a une cabane en bois rond et papa l'agrandie
d'un étage et de 2 chambres à coucher. Nous
entrons dans notre nouvelle demeure (une cabane qu'on appelle "camp"au
mois de novembre 1935. Papa ne veut
pas que nous passions l'hiver dans la maison à Georges parce qu'il n'y a pas
d'eau dans la maison et voyager l'eau l'hiver c'est toute une tâche et
la maison de MacDonald est trop grande et n'est pas bien isolée.
Papa et maman recommencent donc à neuf
comme l'ont fait avant eux les grands-parents Garand.
Papa n'a jamais montré sa peine, car il a dû en avoir ; par contre
maman est au désespoir, elle pleure beaucoup et s'ennuie aussi...
Pas de services religieux à toutes les semaines.
Il y a, par contre, une chapelle permanente qu'on a aménagé dans la
première école catholique de Milan en 1924.
Maman est enceinte d'André et ne voulant pas accoucher à Milan, car elle ne
connaissait pas encore beaucoup d'autres femmes, ni le docteur de la place, elle
décide d'aller mettre au monde son enfant à Lambton.
Elle se rend chez sa soeur Émilia et c'est là qu'elle accouche.
Le jeune André aura pour parrain et marraine Pantaléon Tardif et son épouse.
Ce sont des gens très aimables et pleins d'entrain.
Florence a déjà travaillé chez-eux quelque temps.
Donc à cette époque, Florance a 18 ans ; Fernand: 17 ; Adélard: 16 ;
Rose-Hélène: 14 ; Pierre: 13 ; Thérèse: 12 ; Agathe: 10 ; Jean-Marie: 9 ;
Marie-Marhte: 7 ; Marie-Claire:4 ; Clément 3 ; Julien: 1 et André venait de naître.
La famille a commencé à défricher
et a faire du bois car c'était le "gagne-pain".
Il y a des moments de misère puis tout à coup, le prix du bois se met a
monter et tout allait bien. C'est là
que papa commence a être malade et il n'a plus jamais été capable de
travailler comme avant.
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1ière maison de Narcisse à Milan |
Village de Milan |
Les
années 38-39
Papa aide beaucoup
à la construction de l'église de Milan et tout le travail se fait bénévolement.
Mon oncle Pierre m'a dit que pepère contribue au tracé du plan de l'église,
les grands traits du moins. On
engageait pas d'architecte dans le temps.
Commencés en avril 1938, l'église
de Milan ouvre ses portes à Noël 1938. Le
premier janvier 1939, on procède à l'élection de trois syndics. Sont élus
Messieurs Honoré Boisvert, Narcisse Bergeron et Joseph
Breton.
Le 9 mai 1938, on choisit le site de la future église catholique romaine. Le curé Gravel prépare l'emplacement du terrain et les plans de construction. En avril 1938 il revient d'un voyage à Québec avec le don d'une terre pour localiser l'église. De plus, il reçoit une subvention de $3,300. pour débuter les travaux. Les travaux sont confiés à Régis et Donat Rousseau de Nantes.
L'Archevêque du diocèse et des confrères viennent bénir le début de la construction. A la même époque on travaille également à la construction de la route 214 entre Scotstown et Nantes.
L'église ouvre ses portes à Noël 1938. Elle n'est pas encore complétée. Le 1er janvier 1939, trois syndics sont élus : M.. Honoré Boisvert, Narcisse Bergeron et Joseph Breton. Le nouveau temple est béni le 3 septembre 1939 par Mgr Desranleau. Il donne à la future paroisse, le patronage de St-Ambroise.
Papa et M. Boisvert vont rencontrer Monseigneur Desranleau à Sherbrooke et font une demande pour obtenir un prêtre résident. Après réflection,
Monseigneur accepte. C'est monsieur l'abbé Louis Philippe Thériault qui est natif de North-Bay en
Ontario qui prendra charge de la paroisse. Il parait que c'est un homme malade. Il est nommé le 22 octobre 1940. Le curé arrive avec sa servante Mlle Dolorèse Demontigny.
Selon Gilles Baril dans son livre : St-Ambroise, Milan ; Le premier presbytère est une partie d'un restaurant près de la station du Canadien Pacifique. Le curé demeure là quelques mois puis il déménage dans l'ancien presbytère-protestant. Là, il y reste deux ans et quand Milan sera officiellement érigé en paroisse le 11 septembre 1943, on construira un presbytère définitif. En janvier 1944, comme Milan est une paroisse, on procède à l'élection de trois marguilliers. Sont élus Messieurs Narcisse Bergeron, Joseph Breton et Wilfrid St-Laurent.
Les mouvements de la paroisse :
Le 29 décembre 1941 naît le mouvement d'action Catholique dont 20 hommes et 15 femmes sont membres. En avril, l'Association du Scapulaire du Mont Carmel
en juin, la Ligue du Sacré-coeur, en août, la confrérie du St-Rosaire.
En 1943, naît l'Union Catholique des Fermières, en juillet, les Dames de St-Anne
en août, l'Association du Chemin de la Croix. En 1944 arrive l'Union des Cultivateurs.
En 1946 l'Union de Prière.
En 1943, c'est Fidèle Aimé Beaudoin qui est élu maire. On fonde la caisse populaire de Milan en mai 1944. Wilfrid St-Laurent est bedeau, il s'occupe du chauffage de l'église.
Comme l'état de santé de papa se détériorait, c'est Fernand qui a pris la besogne. En 1941, il bâtit une maison, une étable et une remise . On commence a avoir des "commodités". Les frères et soeurs partent chacun à leur tour, soit pour travailler, soit pour se marier. (Les Narcisses)
Deux autres magasins viennent s'ajouter au magasin McLeod et Poulin, c'est celui de Donat Rousseau qui vend par la suite à Évariste Talbot (parents de tante Réjeanne); et la coopérative qui est gérée par Vital Boisvert, (cousin d'Antoine). Le magasin est situé dans le bas du village, voisin de notre maison. En 1947, le curé Thériault décède. Les écossais se sentent aussi orphelins que les catholiques. À cette époque la population se chiffre à 491 personnes réparties en 87 familles.
Les premières lumières artificielles utilisées dans les maisons sont les chandelles de cire, les lampes et les lanternes à l'huile de charbon ou de Kérosène. Quelques familles ont des lampes Coleman et Aladin. Il y a aussi un système a gaz "carbide" carbure que McLeod utilise avant de se doter d'un système a pouvoir Delco D C pour produire de l'électricité pour eux-mêmes et pour la maison d'Albert Murray.
Duncan McLeod dans son livre nous laisse les réflexions suivantes :
"Tu perds tes parents, tu perds ton passé
Tu perds ton époux(se), tu perds ton présent
Tu perds ton enfant, tu perds ton avenir."
Et aussi : "La plupart des gens ne reconnaissent pas la chance lorsqu'elle se présente
parce qu'elle est habituellement déguisée en travail dur"
On inaugure le service électrique "AC" en 1948. Une coopérative de Courcelles fait le filage dans les maisons et on se branche sur le courant aux environs de Pâques. La compagnie Shawinigan Water and Power fournit l'électricité jusqu'à sa nationalisation au début des années 1960 lorsqu'elle est englobée dans l'Hydro-Québec.
Ceux qui demeurent en bas du chemin de fer vers Scotstown ont l'électricité le vendredi soir et ceux en haut du village l'ont eu le lundi. Antoine Boisvert, toujours aussi taquin a dit à son chef Ti-rouge Turcotte, un homme un peu crédule, que l'électricité prend plus de temps la première fois à passer dans des fils neufs, c'est pour ça que ça retardé au lundi pour avoir la lumière.
Fernand avec Clément, Julien et André continuent à cultiver. Ils s'occupent aussi de la petite érablière de sept à huit cents érables, puis il y a du bois de poêle à couper et du bois de pulpe a faire. Maman donne encore un bon coup de main et tous ensemble ils y arrivent. Quand les derniers petits frères partent à leur tour, Fernand vend la terre. Papa et maman vont demeurer dans un loyer dans le village.
Quand j'ai déménagée à Sherbrooke en juin 1958, ils (Narcisse et Marie-Anne) viennent demeurer avec moi. Après deux mois, maman s'ennuyait pour mourir, ils retournent donc pour Milan, (leur place comme disait maman). Après quelques années, Fernand loue un loyer sur la rue St-André à Sherbrooke, et papa et maman reviennent vivre en ville. Papa est de plus en plus malade. Il souffre de la gangrène à un pied. On l'hospitalise pour quinze jours. Il revient à la maison(rue St-André) et il meurt le 27 octobre 1961.
Il a souffert le martyre mais ne se plaignait jamais. Ça faisait vingt ans qu'il ne pouvait pas manger comme les autres. Il avait été opéré pour des "adhérences" à l'estomac, il ne mangeait que des biscuits très secs avec du lait ou avec des oeufs battus et souvent les graines ne voulaient pas passer. Il pouvait être des journées entières à ne pas manger. Vingt ans sans dire un mot, c'était un saint homme.
Deux ans plus tard, Fernand se marie, maman laisse son loyer et va demeurer quelque temps chez l'un ou chez l'autre de ses enfants. Elle se fatigue vite, elle dit qu'elle n'aime pas laisser son linge traîner ici et là et elle décide d'entrer à d'Youville. C'est un hôpital. Ça faisait vraiment pitié. Elle réside dans la vieille partie de l'hôpital dans une chambre à quatre avec des vieilles radoteuses. Elle a été mal "étrennée". Elle ne demeure pas longtemps à cet endroit. Aussitôt que les dirigeants demandent aux pensionnaires s'ils peuvent aller habiter quelque temps ailleurs, temps de faire des réparations, maman n'a pas laissé son nom pour y retourner. Elle regrette déjà son geste.
Comme maman est ennuyeuse, elle n'est pas bien nul part. Elle entre au foyer à Mégantic, là, elle retrouve sa soeur Noella. Elle quitte et cette fois c'est pour Bromptonville. Elle fait la rencontre de son deuxième mari M. Bégin et elle l'épouse le 20 février 1971. Ils se prennent un loyer sur la rue Brook à Sherbrooke; elle y demeure un an. Elle tombe malade et lui décide de la laisser tomber. Ils se séparent, sans papier légal, elle retourne vivre à Mégantic. Elle entre à l'hôpital St-Joseph à Mégantic le 25 décembre 1974, elle y séjourne jusqu'à son décès le 25 février 1975.
Papa et maman sont enterrés au cimetière St-Michel de Sherbrooke dans des *fausses communes.
*On dit "fausse commune" tout emplacement dans un cimetière qui n'a pas été payé. On enterre, les uns à la suite des autres, toutes personnes qui décèdent sans avoir au préalable réservé ou acheté un lot.
Rose-Hélène BergeronBoisvert