Résumé d'une entrevue réalisée avec

Mon oncle Pierre-Albert Bergeron

Diane Couture


PIERRE BERGERON & ESTELLE CHARBONNEAU

Février 1995

Pierre:" Quand on était jeune, on jouait à la cachette.  Papa était un homme très adroit, il nous faisait des voitures pareilles comme celles qu'il possédait dans la grange.  C'était de vraies reproductions.  Y en avait une pour le foin, elle avait bien 5 pieds de large et de 10 à 12 pieds de long.  Quand mon père faisait les foins, ce n'était pas lui qui entrait tout le foin, c'était nous avec nos petites voitures, on jouait à entrer du foin, pour nous c'était un jeu.

On se servait aussi de nos voitures pour donner des rides.  On se rendait sur une côte aux alentours de la grange, on enlevait les "ménoires" (la conduite), on mettait des câbles à la place.  On reculait la boîte pour qu'elle soit plus loin en arrière et on "packtait" ça de jeunes et on descendait la côte.  On avait bien du plaisirs avec ça.  Nous glissions aussi avec des "branles-culs".  Nous prenions une "dwell" (fenton) espèce de latte provenant d'un baril de bois, on mettait une bûche dessus, on la "bréçait" et puis on ajoutait une planche dessus pour faire le siège.  On se laissait descendre. 

 J'ai jeunessé un peu, on allait dans une veillée, on s'accrochait une fille, puis une autre veillée, une autre fille.  On était comme les autres jeunes dans le temps.  J'aide à la ferme et le père nous envoie aider Arthur Olson ; à par ça, j'ai toujours travaillé pour le chemin de fer.  Je commence comme temporaire dans les années 38-40 et en 1942, je suis engagé permanent et toute ma vie j'ai été à l'emploi du Canadien Pacifique."

Estelle:" J'ai fait mes études dans un pensionnat pour filles ;  à la fin de sa 9ième année, je pense entrer en "religion" chez les Filles de Charité du Sacré Coeur de Jésus.  J'avais  15 ans et vu que ma soeur Gertrude est déjà là et qu'elle y reste, les soeurs m'ont fait un droit de faveur car elles me trouvaient un peu jeune pour prendre une telle décision.   Je tombe malade, je dois sortir pour me faire opérer pour l'appendice et elles n'ont pas voulu que j'y retourne l'année même.  L'année suivante, l'idée d'y retourner m'enchantait plus ou moins... Et la congrégation me demande un certificat médical... Et je commence à travailler dans une épicerie comme caissière à Lac Mégantic.  Dans le temps, une caissière écrit plus qu'elle ne compte.  À cause de la rareté de la monnaie, les gens font marquer leurs achats.

Je suis une femme très gênée.  Je suis élevée très sévèrement.  À la table, chez-nous, ça ne parlait pas, c'était comme dans un monastère. On ne lisait pas la vie des saints mais...   Mon père est allé pensionnaire et il voulait nous ayons la même éducation.  Il y a 21 ans entre Gertrude, l'aînée de la famille et Monique, la cadette.  J'ai toujours été toute seule, il y a une très grande différence d'âge avec mes soeurs.  Monique avait 11 ans de plus jeune et Gertrude, 10 ans de plus vieille.  Je jouais toute seule avec mes poupées.

Je garderai toujours comme un des souvenirs de mon grand-père Charest qu'il était très grand.  Je le revoie encore couché, malade, dans un lit de brass et ses pieds dépassaient le pied de lit. 

Maman est décédée jeune et nous sommes devenus la maison familiale des Charbonneau.  Quand il n'y a personne, je trouve le temps long, c'est trop tranquille"  Chez-nous, ça voisinait, maman aurait été plus tranquille mais mon père aimait le monde.  C'est peut-être pour ça que j'aime le monde aussi.  J'ai toujours été avec des gens plus vieux que mon âge, c'est pour ça que j'ai toujours eu l'air plus vieille que mon âge.  Avoir toujours quelqu'un à la maison ! J' n'en souffre pas, je n'ai jamais connu autre chose.  Nous, on a été tout seul quand Hélène s'est mariée." 

Mon oncle rencontre ma tante Estelle pour la première fois dans une veillée orchestrée chez Mégille Audet dans le rang St-Joseph.  C'est le Jour et dans ce temps là, quand il y a une veillée dans le rang, tout le monde est invité.  Il y avait Arthur Fontaine, Odilon Audet et ma tante Estelle.  Elle n'accompagnait pas mon oncle Pierre.  Elle est parente avec Mégille, sa grand-mère Charbonneau est une Cantin . Ils se sont peut-être présentés mais pas plus.  Ma tante n'a que 16 ans et mon oncle a 22 ans.  Ce n'est pas la musique qui manquait mais ma tante ne sait pas danser.

M Charbonneau dans les années 1945, déménage à Milan.  Ma tante a 17 ans.  Il achète le restaurant "du village"  vendu par Robert Benoît.  Il y a aussi un autre restaurant dans le village c'est celui de M Talbot.  Le restaurant se trouve en haut du village, de l'autre côté du chemin de fer, (2ième ou 3ième voisin de la gare.)  On y sert des repas pour accomoder les travailleurs du chemin de fer et des gars de "pitounes".  Sa mère garde également des pensionnaires.  Mon oncle Adélard a déjà pensionné là et mon oncle Pierre aussi.  Ca faisait trop loin voyager soir et matin de la terre au village.

Ils se fréquente 9 mois.  Pour ce qui est de leurs sorties elles se résument à veiller au restaurant le soir dans une cabine avec d'autres compagnes ou compagnons.  Leurs sorties seuls : le soir quand le courrier arrive à la gare, M Albert Murray descend la poche de courrier chez M Poulin, alors ils vont attendre que "la malle" soit débalée et ainsi ils peuvent être seuls et se prendre par la main pour se rendre de la gare à chez M Poulin. 

Ils se rendent au théatre 2 ou 3 fois à Mégantic et une autre fois à une pièce de théatre à Scotstown, mon oncle dit que ça n'a jamais été son "fort" ben-ben!  Ils se souviennent d'une veillée un jour de l'an chez Odilon Grenier.  C'est Gaston Lapierre qui va les chercher en voiture tirée par un cheval, "y faisait froid", mais ils sont bien habillés et il y a de grosses couvertures pour les réchauffer .  Pour ma tante, c'était la première fois qu'elle se rend à une aussi grosse soirée de même dans une maison privée.  À cette veillée là, elle danse le cadrille et un slow.  Les autres sorties de danses se font après leur mariage au "Hall" de Milan. Estelle:" Dans la grande salle il y a des cadrilles et du slow tandis que dans les maisons privées, le slow est plutôt interdit."

LE MARIAGE

L'obligation de demander la permission au père de la mariée pour le futur époux n'existait plus mais ma tante doit demander la permission de son père pour se marier, elle est mineure.  Comme son père est absent et que les femmes ne sont pas autorisées à le faire ! M Charbonneau envoie sa permission par écrit.  Ma tante a 18 ans 1/2. 

Elle rencontre la famille Bergeron que très rarement, la première fois c'est à Pâques  en 1946 ; et, lors d'une grande fête, toute la famille est présente ou presque.

La cérémonie du mariage a lieu à l'église St-Ambroise de Milan à 5 heures du matin le 28 juin 1946.  Nous sommes un mardi matin.  La raison de cette heure matinale ?  Ils veulent prendre le train de 6 heures pour partir en voyage de noces à  Montréal.  Ils arrêtent à Sherbrooke quelques heures, le temps de se rendre chez un photographe pour la photo de mariage et dans l'après-midi, ils reprennent le train.  Mon oncle et ma tante veulent se louer une chambre dans un motel, mais malheureusement il n'y a plus de place, car il y a un gros congrès et les places sont rares.  Une dame leur suggère d'aller dans un "Tourist room"  c'est presque identique à une chambre d' hôtel ou de motel mais il y a moins de services.  Ca leur coûte $5.00.

Ils visitent l'Oratoire St-Joseph et une tante à Pierre : LaRose.  Elle demeure à Rosemont et ça leur coûte environ .75¢ en taxi, aujourd'hui ce n'est pas beaucoup mais dans le temps c'était assez cher et ils ne sont pas riches.  Un cousin Antonio Boutillette les reconduit à leur chambre après la visite.  Le jeudi matin c'est le départ pour Sherbrooke.  Là, ils couchent un soir au Royal, coin Belvédère et Minto.  Le prix est de 5 ou 6 dollars par soir.  Pour le prix du voyage en train, mon oncle détient des passes.  C'est la compagnie cu chemin de fer qui fournit à ses employés des laisser-passer ; ce qui fait que leur voyage en train ne leur coûte rien.

De retour à Milan le vendredi, ils vont demeurer chez Mme Charbonneau.  Le voyage de noces dure trois jours.  Le samedi, ils se rendent souper chez "Les Bergeron" et une soirée les attend à la salle "Massonik Hall" de Milan.  Les membres des deux familles sont présents, du côté des Charbonneau, ils ne sont pas nombreux ; le grand-père Charbonneau est là mais  Roland est en Angleterre.  Dans les tantes à mon oncle Pierre, il y a LaRose, Claca, Jeanne-d'Arc (une cousine), Noëlla, Milia, un cousin Patrick Grégoire etc. Il manque Rose-Hélène et Ti-Toine,  elle a fait une fausse-couche entre René et Denis et ils n'ont pu venir, les autres étaient tous là.

Ma tante LaRose demande à mon oncle et ma tante de ne pas leur dire qu'elle viendrait à la veillée donnée pour leur mariage.  Le samedi, memére était prête pour le souper et eux se trouvent toutes sortes d'excuses pour le retarder.  Ils prennent des photos à l'extérieur, Fernand fait son train. Etc.  Soudain, ils voient l'auto du petit Thomas arriver avec LaRose et Clara et là memére comprend tout et elle est très contente de revoir ses soeurs.  Après la veillée, ils retournent chez Mme Charbonneau.

Les parents Charbonneau déménagent et mon oncle et ma tante prennent le loyer situé au-dessus du restaurant et Adélard pensionne chez-eux.  Ensuite, ils demeurent au presbytère de Milan avec le curé Dickner.  Après 3 ans de mariage, Pauline vient au monde à Mégantic.  Ils habitent au presbytère jusqu'à ce que Pauline arrive à l'âge d'onze mois.  Ma tante fait les repas et le ménage et mon oncle aidait pour l'entretien du presbytère.  Ils n'ont pas de loyer à payer.

Ils déménagent dans une maison du C.P., en face de Wilfrid St-Laurent.  Le loyer est de $5.00 par mois.  Mon oncle gagne 0.92¢ de l'heure et fait 48 heures en 6 jours de travail.  On le paye les 15, 30 ou 31 de chaque mois.  Il est cantonnier.  Son patron, lui et trois autres employés dont Antoine Boisvert, font l'entretient de la voie ferrée, ils couvrent un territoire de 5miles 1/2 environ, c'est du travail dur c'est au pic et à la pelle du matin au soir, 6 jours semaines.

C'est deux semaines après la naissance de Marc que Ti-Toine meurt au moulin à scie.  C'est Clément qui va leur apprendre la nouvelle sur l'heure du midi. Pierre: " Toine est parti 10 minutes avant moi.  On pelletait la neige et après on se "camouflait" dans une cabane et avec un petit poêle, on se réchauffait."  Quand il se produisait un événement semblable, c'est le curé que les gens avertissaient en premier.  Clément devait avoir 16 ou 17 ans."  Viennent au monde après Mario, Hélène et Guy.  Adélard demeure 8 ans avec eux.  Ils ont aussi comme pensionnaires Jean-Marie et Clément.

 Pierre & Estelle " : Jean-Marie était un (roger bon temps) mais lui et Clément étaient traîneurs quant à Délard, c'était un bon gars, avec qui on s'accordait bien et qu'on aimait beaucoup, il avait bien un caractère difficile surtout quand il a été malade mais dans l'ensemble tout allait bien.

La compagnie du C.P. coupe du personnel à Milan et un poste s'ouvre à Sherbrooke.  En croyant que les jeunes seraient mieux équipés plus tard s'ils vivaient dans une ville, mon oncle Pierre "bide" sur le poste et l'obtient ; nous sommes le 1er décembre 1956.  Ils vivent sur la rue St-Louis d'abord,  ensuite sur la rue Lepage, le loyer est de $30.00 par mois et puis ils aménagent à Lennoxville.  Le loyer est de $50.00, c'est cher et la vie est difficile.  Luc est né à Sherbrooke.  Puis ils re-déménagent à Mégantic en  loyer d'abord, la maison et le terrain sont grands et le prix est plus que raisonnable $30.00 par mois (14 ans) et ensuite ils achètent une maison sur la rue Laviolette.  À la retraite de mon oncle Pierre, ils emménagent dans leur chalet de Ste-Cécile. 

10 ACCOUCHEMENTS & 5 fausses couches

Pauline, Luc, Rock, Suzanne, Robert et Édith viennent au monde dans un hôpital mais les autres enfants, ma tante les a reçus chez elle, à la maison.  En attendant mon oncle fait chauffer l'eau et s'occupe du poêle, il faut aussi de la glace en cas d'hémorragie des guenilles etc.  Mon oncle n'avait pas grand temps de s'inquiéter à cause du travail mais parfois ils avaient hâte que le docteur arrive.  C'est Mme Talbot (la mère de ma tante Réjeanne) qui l'assiste en attendant le médecin.

Avant Pauline, ma tante fait une première fausse couche.  Son loyer est froid et Rose-Hélène suggère à Pierre de descendre Estelle chez elle parce que c'est  plus chaud.  Ma tante saigne toujours. Mon oncle appelle le docteur de Scotstown.  C'est un couple tchécoslovaque des Rusnak, lui et elle sont médecins.  "Ils ne parlent pas beaucoup le français et nous ne les comprenons pas beaucoup non plus.  Ils viennent chez Rose-Hélène en snowmobile.  Le docteur me fait un curetage mais je ne connais pas ça. . Avant de partir le docteur dit à Pierre et à Rose-Hélène demain vous prendrez le bandage et vous "puller, puller". et vous me rappellerez.

Le lendemain mon oncle Pierre va téléphoner de chez Albert Murray car nous ils n'ont pas de téléphone et le docteur lui demande s'il y avait beaucoup de sang sur le bandage mon oncle dit non presque pas et le docteur lui a dit qu'elle avait tout enlevé la veille au soir."  Quand ma tante a appris ça, elle qui a tout enduré à froid, elle croyait que c'était un examen qu'on lui avait fait ; mais un examen qui a fait mal.  Le soir après le curetage, Toine est allé jeter les résidus dans les bécosses dehors et au point de vue catholique, ça voulait dire que le foetus avait été dans les bécosses.  Un peu plus tard, quand ils habitent le presbytère, ils en reparlent avec le curé Dickner, il leur dit  " ; quand on ne le sait pas mais"... Il a envie de les  accuser un petit peu quand même...

Estelle:"Une autre fois, nous avions le foetus mais nous ne savent pas quoi faire avec ça.  On demande au curé et il nous dit d'aller le porter au cimetière.  Alors j'ai pris une petite boîte de bijoux de carton avec de la ouate et j'ai mis le foetus dedans.  Ca faite mal, quand tu vois partir ça, c'est dur."

Pierre: en écoutant ma tante raconter ce fait et de ce qu'ils ont dû faire avec le foetus dit " : " Des vrais maudits fous ".

Estelle:"J'ai eu 5 fausses couches ; une, avant Pauline, deux entre Rock et Robert, une après Robert et une après Édith.  La dernière c'est un foetus de 60 jours, il y avait de gros yeux et des filets de doigts.  Pauline étudiait en soins infirmiers et on l'a fait venir pour voir ça.  On a ouvert le caillot et on a pu le voir."

Àprès une fausse couche, j'avais des problèmes avec mon lait.  Mon lait n'était pas bon.  À Marc, j'ai emporté un échantillon de lait chez le docteur, c'était comme de l'eau sale.  Le docteur a dit " : Donne-lui à manger."  Avec tout ça, je faisais une montée de lait, le bébé pleurait, la mort de Toine, l'inquiétude pour Rose-Hélène et la visite de Ti-Tou et des autres après le service funéraire...

J'ai alors subi la grande opération ; j'ai alors 41 ans."

VOYAGES ENSEMBLE

Pierre et Estelle " : Ils nous arrivent de partir tous les 12 pour faire un voyage, soit à Ste-Anne ou à Notre-Dame du Cap ou pour visiter la famille.  Une fois, nous sommes partis le matin pour Ste-Anne et nous étions de retour le soir même, il faisait très chaud et faire de la route toute la journée, il fallait le faire.  Je m'assoyais avec Pauline en avant, nous avions chacune une petite sur nos genoux et les autres étaient en arrière.  Les enfants ne sont pas tannants en auto, le plus qu'ils demandent c'est " : On es-tu arrivé ? ".

VIE  FAMILLIALE

Pour discipliner les enfants, mon oncle Pierre, qui se décrit comme assez sévère, n'aime pas parler deux fois et il dit que ma tante est plus molle.  Quand arrive l'heure du coucher, il n'y avait pas de sautage sur les lit ni de tirage d'oreillers de la part des jeunes.  Quand arrive le temps du coucher, les enfants ne se cassent pas une jambe en partant mais ils obéissent.  Après le souper ce sont les bains et le couchers ne tardaient pas.  Mon oncle aide dans la maison, ils s'occupent des jeunes, passe la balayeuse mais il ne touche ni au mangé ni au lavage sauf par nécessité.  Quand Édith est née, comme il n'y a personne pour venir garder à cause du décès d'Adélard, mon oncle a fait un bon pouding aux chômeurs.  Il demande la recette à ma tante et comme elle aussi à toujours des mesures juste et bien mon oncle a réussi à peu près...

Une fois que memére gardait, elle demande à Pierre ce qu'il aimerait manger, il répond c'est comme vous voudrez.  Elle lui suggère des crêpes.  Il lui dit que si elle fait des crêpes, elle en aura pour longtemps.  Elle lui répond qu'elle en a déjà eu une famille et elle savait ce que c'était.

Il lui dit all right !  Mon oncle la regarde préparer sa pâte et l'étendre dans deux poêles de fonte, elle l'égalisait, il lui dit de les faire plus "ruff" car elle ne finirait pas.  Encore une fois elle lui dit qu'elle avait déjà vu ça etc. Il ne l'obstine pas plus longtemps.   Elle s'est aperçue d'elle-même que flatter la pâte était de trop...

Pierre:" Quand je suis arrivé à Mégantic, les hommes à la station ne prenaient pas trop bien le fait que j'arrive là pour travailler.  Jhonny Turcotte et Hubert Bélanger étaient contents mais pour les autres je n'étais pas la bienvenue.  C'est la mentalité des petites villes, les gens aiment s'écraser les uns les autres.  Le premier bonjour a été " : Penses-tu que tu vas rester longtemps ici ?"  J'ai répondu : " Tant que je ne biderai pas ailleurs !"  Et ils m'ont dit de faire attention à moi.

Je ne voulais pas être inquiet tout le temps, je ne voulais pas laisser les choses comme ça.  J'avais pris un loyer et je ne voulais pas re-déménager.  Dans la journée, j'ai été rencontrer mon patron, (Albert Poirier, qui avait été aussi le patron d'Antoine à Milan), et je lui ai dit que si je n'étais pas pour rester à Mégantic de me le dire car je ne garderai pas mon loyer.  Il m'a dit de ne pas m'en faire avec ça et de dormir tranquille.  Pour m'aider, il m'appelait même si ce n'était pas mon tour pour faire du temps supplémentaire et les gars ont continué à me haïr.  Seulement j'ai fait du glaçage de chars tout l'été pareil.

Glaçage de chars : On réfrigérait les wagons de fruits et légumes avec de la glace.  On mettait de la glace dans les parois du wagon.   Nous devions prendre la température avec un thermomètre et on agissait en conséquence.  La glace provenait du lac. Les morceaux avaient quatre pieds de long par deux pieds de haut et deux pieds de circonférence, ils étaient entreposés dans des glacières, ils devaient être cassés et "abrillés" de brin de scie.  L'hiver, on chauffait les wagons avec du charbon."

Mon oncle et ma tante décrivent leur vie comme une vie heureuse, ils ont connu des misères mais ils ont eu une vie heureuse, une belle vie.  C'est la période de Sherbrooke qui a été la plus pénible ; à leur arrivée à Mégantic tout s'est mis à aller mieux, les salaires sont meilleurs et il fait du supplémentaire.

SOUVENIRS

LE WILLIS

À Lennoxville, mon oncle possède un Wellis comme auto.  Ils sont déjà 7 personnes et quand ils viennent chercher ma mère pour aller se baigner à Hungtingville, (tout près de Lennoxville), la voiture est remplie à pleine capacité car nous sommes 8 chez-nous ; ce qui fait 15 personnes.  C'est sans doute pour ça que j'ai encore l'impression que la voiture de mon oncle était petite.  Quand je lui ai posé la question, il m'a répondu que la voiture était assez spacieuse... 

Des voyages à 15, il n'y en a pas eu juste un.  Il y a une visite à Beebe chez Boisvert, tout ce beau monde dînait chez memére Boisvert, et elle était prête, (elle avait son plat de patates), comme dit mon oncle.  Le Willis transporte aussi la famille de Jean-Marie pour un voyage sur le mont St-Léon ; toujours à 15.  Faut dire qu'il a chauffé un peu en montant mais c'était une bonne petite auto.

LE KETCHUP

Estelle:"Cette année là, pour faire du ketchup, on ramasse, Rose-Hélène et moi, tout ce qui était vert : Choux, tomates, concombre, oignons etc.  Nous les passons tous au hache-viande.  Comme on en a beaucoup, on décide de prendre un grand plat.  Notre choix s'arrête sur une cuve en zinc.  On a une grosse recette, nous en voulons pour passer tout l'hiver.  À cette époque là, je n'ai pas encore d'enfants et Rose-Hélène est enceinte de Diane.

Notre ketchup bouille et je ne veux pas que Rose-Hélène y goûte car elle attend un enfant.  J'y goûte et je dis à R.Hélène, plus ça, moins il est bon !  Elle me dit ça ne se peut pas ; comme elle a plus d'expériences que moi !  Je me suis dit que peut-être vu qu'on est là dedans, on goûte plus pareil...  Quand les hommes arrivent, on leur fait goûter et j'avais raison, il est méchant.  Ils nous disent que le zinc et le vinaigre ça ne fait pas un bon ménage.  Ils vont jeter ça dehors et ils nous ramènent la cuve.  Elle est belle, reluisante et blanche.  Pour bien nettoyer un cuve en zinc ça prend du vinaigre !

VOYAGE À  STE-ANNE

Rose-Hélène et Antoine veulent prendre une fin de semaine en vacance.  Ils montent au Canada et nous embarquons avec eux avec Fernand et Simonne Boisvert.  Antoine a une auto qu'il s'est achetée aux U.S.A., un Chevrolet 32 avec des roues de broches.  Donc une semaine après la fête de Ste-Anne, nous partons.  Comme il y a encore pas mal de monde présent à St-Anne, nous avons de la misère a se trouver des chambres pour la nuit.  On ne trouve rien, alors on prend le chemin du retour et là on voit des chambres d'annoncées dans des maisons privées.  Antoine et Pierre décident d'aller voir ce que ça avait de l'air.

Les gars reviennent en disant que nous aurions de belles grosses paillasses pour coucher.  La propriétaire avait dû déplacer sa servante pour laisser une chambre pour la petite Boisvert, Fernand avait la sienne et nous autres, nous devions partager la grande chambre avec des paillasses.  Rose-Hélène et Pierre connaissaient ça des paillasses mais pas moi.  Je n'avais jamais couché sur ça.  On s'assoit sur ça et on sent le plancher... On a fait rire de nous-autres.  Dans le fond nous étions contentes car on ne trouvait pas de places pour une nuit.

Le soir Rose-Hélène veut du lait au chocolat.  Nous entrons dans un restaurant et elle demande du chocolat au lait.  Le gars lui montre toutes sortes de bars de chocolat et ce n'est pas ce qu'elle veut, elle avait beau dire du Vico, il ne sait pas ce que c'est !  Dans la région de Sherbrooke, on dit du Vico pour du lait au chocolat mais pas à Québec.  On a eu du plaisir avec ça, elle n'en a pas eu ; elle dit " : Je demande du chocolat au lait mais ils ne savent pas ce que c'est."  Il y en a un dans l'auto, (un beau drôle), qui lui dit " : Tu n'aurais pas été mieux de demander du lait au chocolat  à la place du chocolat au lait..."  Le gag a ronné un peu après ça.

J'ai trouvé le chemin long, je n'avais jamais été du côté de Québec et la route n'était pas comme aujourd'hui, elle était étroite et croche.  Toine ne devait pas trop trop connaître le chemin non plus.   Mais, selon Pierre, ce n'est pas compliqué, tu prends la route et tu suis la rivière, on ne peut pas se mêler.  Nous devions faire attention aussi car il y avait des "gunaway" de grange qui arrivaient sur la route.  Ce sont des descentes de granges.

 

La Gare

Entrevue André Berg.