Résumé d'une entrevue réalisée avec
Mon oncle Pierre-Albert Bergeron
Diane Couture
Février 1995
Pierre:"
Quand on était jeune, on jouait à la cachette.
Papa était un homme très adroit, il nous faisait des voitures
pareilles comme celles qu'il possédait dans la grange.
C'était de vraies reproductions.
Y en avait une pour le foin, elle avait bien 5 pieds de large et de 10
à 12 pieds de long. Quand mon père
faisait les foins, ce n'était pas lui qui entrait tout le foin, c'était nous
avec nos petites voitures, on jouait à entrer du foin, pour nous c'était un
jeu.
On se servait aussi de nos voitures pour donner
des rides. On se rendait sur une
côte aux alentours de la grange, on enlevait les "ménoires" (la
conduite), on mettait des câbles à la place.
On reculait la boîte pour qu'elle soit plus loin en arrière et on
"packtait" ça de jeunes et on descendait la côte.
On avait bien du plaisirs avec ça.
Nous glissions aussi avec des "branles-culs".
Nous prenions une "dwell" (fenton) espèce de latte provenant
d'un baril de bois, on mettait une bûche dessus, on la "bréçait"
et puis on ajoutait une planche dessus pour faire le siège.
On se laissait descendre.
J'ai
jeunessé un peu, on allait dans une veillée, on s'accrochait une fille, puis
une autre veillée, une autre fille. On
était comme les autres jeunes dans le temps.
J'aide à la ferme et le père nous envoie aider Arthur Olson ; à par
ça, j'ai toujours travaillé pour le chemin de fer.
Je commence comme temporaire dans les années 38-40 et en 1942, je suis
engagé permanent et toute ma vie j'ai été à l'emploi du Canadien
Pacifique."
Estelle:"
J'ai fait mes études dans un pensionnat pour filles ;
à la fin de sa 9ième année, je pense entrer en "religion"
chez les Filles de Charité du Sacré Coeur de Jésus.
J'avais 15 ans et vu que
ma soeur Gertrude est déjà là et qu'elle y reste, les soeurs m'ont fait un
droit de faveur car elles me trouvaient un peu jeune pour prendre une telle décision.
Je tombe malade, je dois sortir pour me faire opérer pour l'appendice
et elles n'ont pas voulu que j'y retourne l'année même.
L'année suivante, l'idée d'y retourner m'enchantait plus ou moins...
Et la congrégation me demande un certificat médical... Et je commence à
travailler dans une épicerie comme caissière à Lac Mégantic.
Dans le temps, une caissière écrit plus qu'elle ne compte.
À cause de la rareté de la monnaie, les gens font marquer leurs
achats.
Je suis une femme très gênée.
Je suis élevée très sévèrement.
À la table, chez-nous, ça ne parlait pas, c'était comme dans un
monastère. On ne lisait pas la vie des saints mais...
Mon père est allé pensionnaire et il voulait nous ayons la même éducation.
Il y a 21 ans entre Gertrude, l'aînée de la famille et Monique, la
cadette. J'ai toujours été
toute seule, il y a une très grande différence d'âge avec mes soeurs.
Monique avait 11 ans de plus jeune et Gertrude, 10 ans de plus vieille. Je jouais toute seule avec mes poupées.
Je garderai toujours comme un des souvenirs de
mon grand-père Charest qu'il était très grand.
Je le revoie encore couché, malade, dans un lit de brass et ses pieds
dépassaient le pied de lit.
Maman est décédée jeune et nous sommes
devenus la maison familiale des Charbonneau.
Quand il n'y a personne, je trouve le temps long, c'est trop
tranquille" Chez-nous, ça voisinait, maman aurait été plus tranquille
mais mon père aimait le monde. C'est
peut-être pour ça que j'aime le monde aussi.
J'ai toujours été avec des gens plus vieux que mon âge, c'est pour
ça que j'ai toujours eu l'air plus vieille que mon âge. Avoir toujours quelqu'un à la maison ! J' n'en souffre pas,
je n'ai jamais connu autre chose. Nous,
on a été tout seul quand Hélène s'est mariée."
Mon oncle rencontre ma tante Estelle pour la
première fois dans une veillée orchestrée chez Mégille Audet dans le rang
St-Joseph. C'est le Jour et dans
ce temps là, quand il y a une veillée dans le rang, tout le monde est invité.
Il y avait Arthur Fontaine, Odilon Audet et ma tante Estelle.
Elle n'accompagnait pas mon oncle Pierre.
Elle est parente avec Mégille, sa grand-mère Charbonneau est une
Cantin . Ils se sont peut-être présentés mais pas plus.
Ma tante n'a que 16 ans et mon oncle a 22 ans.
Ce n'est pas la musique qui manquait mais ma tante ne sait pas danser.
M Charbonneau dans les années 1945, déménage
à Milan. Ma tante a 17 ans. Il achète le restaurant "du village"
vendu par Robert Benoît. Il
y a aussi un autre restaurant dans le village c'est celui de M Talbot.
Le restaurant se trouve en haut du village, de l'autre côté du chemin
de fer, (2ième ou 3ième voisin de la gare.)
On y sert des repas pour accomoder les travailleurs du chemin de fer et
des gars de "pitounes". Sa
mère garde également des pensionnaires.
Mon oncle Adélard a déjà pensionné là et mon oncle Pierre aussi.
Ca faisait trop loin voyager soir et matin de la terre au village.
Ils se fréquente 9 mois.
Pour ce qui est de leurs sorties elles se résument à veiller au
restaurant le soir dans une cabine avec d'autres compagnes ou compagnons. Leurs sorties seuls : le soir quand le courrier arrive à la
gare, M Albert Murray descend la poche de courrier chez M Poulin, alors ils
vont attendre que "la malle" soit débalée et ainsi ils peuvent être
seuls et se prendre par la main pour se rendre de la gare à chez M Poulin.
Ils se rendent au théatre 2 ou 3 fois à Mégantic
et une autre fois à une pièce de théatre à Scotstown, mon oncle dit que ça
n'a jamais été son "fort" ben-ben!
Ils se souviennent d'une veillée un jour de l'an chez Odilon Grenier.
C'est Gaston Lapierre qui va les chercher en voiture tirée par un
cheval, "y faisait froid", mais ils sont bien habillés et il y a de
grosses couvertures pour les réchauffer .
Pour ma tante, c'était la première fois qu'elle se rend à une aussi
grosse soirée de même dans une maison privée.
À cette veillée là, elle danse le cadrille et un slow.
Les autres sorties de danses se font après leur mariage au
"Hall" de Milan. Estelle:"
Dans la grande salle il y a des cadrilles et du slow tandis que dans les
maisons privées, le slow est plutôt interdit."
LE MARIAGE
L'obligation de demander la permission au père
de la mariée pour le futur époux n'existait plus mais ma tante doit demander
la permission de son père pour se marier, elle est mineure.
Comme son père est absent et que les femmes ne sont pas autorisées à
le faire ! M Charbonneau envoie sa permission par écrit. Ma tante a 18 ans 1/2.
Elle rencontre la famille Bergeron que très
rarement, la première fois c'est à Pâques
en 1946 ; et, lors d'une grande fête, toute la famille est présente
ou presque.
La cérémonie du mariage a lieu à l'église
St-Ambroise de Milan à 5 heures du matin le 28 juin 1946.
Nous sommes un mardi matin. La
raison de cette heure matinale ? Ils
veulent prendre le train de 6 heures pour partir en voyage de noces à
Montréal. Ils arrêtent
à Sherbrooke quelques heures, le temps de se rendre chez un photographe pour
la photo de mariage et dans l'après-midi, ils reprennent le train.
Mon oncle et ma tante veulent se louer une chambre dans un motel, mais
malheureusement il n'y a plus de place, car il y a un gros congrès et les
places sont rares. Une dame leur suggère d'aller dans un "Tourist
room" c'est presque
identique à une chambre d' hôtel ou de motel mais il y a moins de services.
Ca leur coûte $5.00.
Ils visitent l'Oratoire St-Joseph et une tante
à Pierre : LaRose. Elle demeure
à Rosemont et ça leur coûte environ .75¢ en taxi, aujourd'hui ce n'est pas
beaucoup mais dans le temps c'était assez cher et ils ne sont pas riches.
Un cousin Antonio Boutillette les reconduit à leur chambre après la
visite. Le jeudi matin c'est le départ
pour Sherbrooke. Là, ils
couchent un soir au Royal, coin Belvédère et Minto.
Le prix est de 5 ou 6 dollars par soir.
Pour le prix du voyage en train, mon oncle détient des passes.
C'est la compagnie cu chemin de fer qui fournit à ses employés des
laisser-passer ; ce qui fait que leur voyage en train ne leur coûte rien.
De retour à Milan le vendredi, ils vont
demeurer chez Mme Charbonneau. Le
voyage de noces dure trois jours. Le
samedi, ils se rendent souper chez "Les Bergeron" et une soirée les
attend à la salle "Massonik Hall" de Milan.
Les membres des deux familles sont présents, du côté des
Charbonneau, ils ne sont pas nombreux ; le grand-père Charbonneau est là
mais Roland est en Angleterre.
Dans les tantes à mon oncle Pierre, il y a LaRose, Claca, Jeanne-d'Arc
(une cousine), Noëlla, Milia, un cousin Patrick Grégoire etc. Il manque
Rose-Hélène et Ti-Toine, elle a
fait une fausse-couche entre René et Denis et ils n'ont pu venir, les autres
étaient tous là.
Ma tante LaRose demande à mon oncle et ma tante
de ne pas leur dire qu'elle viendrait à la veillée donnée pour leur
mariage. Le samedi, memére était
prête pour le souper et eux se trouvent toutes sortes d'excuses pour le
retarder. Ils prennent des photos
à l'extérieur, Fernand fait son train. Etc.
Soudain, ils voient l'auto du petit Thomas arriver avec LaRose et Clara
et là memére comprend tout et elle est très contente de revoir ses soeurs.
Après la veillée, ils retournent chez Mme Charbonneau.
Les parents Charbonneau déménagent et mon
oncle et ma tante prennent le loyer situé au-dessus du restaurant et Adélard
pensionne chez-eux. Ensuite, ils
demeurent au presbytère de Milan avec le curé Dickner.
Après 3 ans de mariage, Pauline vient au monde à Mégantic.
Ils habitent au presbytère jusqu'à ce que Pauline arrive à l'âge
d'onze mois. Ma tante fait les
repas et le ménage et mon oncle aidait pour l'entretien du presbytère.
Ils n'ont pas de loyer à payer.
Ils déménagent dans une maison du C.P., en
face de Wilfrid St-Laurent. Le
loyer est de $5.00 par mois. Mon
oncle gagne 0.92¢ de l'heure et fait 48 heures en 6 jours de travail.
On le paye les 15, 30 ou 31 de chaque mois. Il est cantonnier. Son
patron, lui et trois autres employés dont Antoine Boisvert, font l'entretient
de la voie ferrée, ils couvrent un territoire de 5miles 1/2 environ, c'est du
travail dur c'est au pic et à la pelle du matin au soir, 6 jours semaines.
C'est deux semaines après la naissance de Marc
que Ti-Toine meurt au moulin à scie. C'est
Clément qui va leur apprendre la nouvelle sur l'heure du midi. Pierre: " Toine est parti 10 minutes avant moi.
On pelletait la neige et après on se "camouflait" dans une
cabane et avec un petit poêle, on se réchauffait."
Quand il se produisait un événement semblable, c'est le curé que les
gens avertissaient en premier. Clément
devait avoir 16 ou 17 ans." Viennent
au monde après Mario, Hélène et Guy. Adélard
demeure 8 ans avec eux. Ils ont
aussi comme pensionnaires Jean-Marie et Clément.
Pierre & Estelle " : Jean-Marie était un (roger bon temps)
mais lui et Clément étaient traîneurs quant à Délard, c'était un bon
gars, avec qui on s'accordait bien et qu'on aimait beaucoup, il avait bien un
caractère difficile surtout quand il a été malade mais dans l'ensemble tout
allait bien.
La compagnie du C.P. coupe du personnel à Milan
et un poste s'ouvre à Sherbrooke. En
croyant que les jeunes seraient mieux équipés plus tard s'ils vivaient dans
une ville, mon oncle Pierre "bide" sur le poste et l'obtient ; nous
sommes le 1er décembre 1956. Ils
vivent sur la rue St-Louis d'abord, ensuite
sur la rue Lepage, le loyer est de $30.00 par mois et puis ils aménagent à
Lennoxville. Le loyer est de
$50.00, c'est cher et la vie est difficile.
Luc est né à Sherbrooke. Puis
ils re-déménagent à Mégantic en loyer
d'abord, la maison et le terrain sont grands et le prix est plus que
raisonnable $30.00 par mois (14 ans) et ensuite ils achètent une maison sur
la rue Laviolette. À la retraite
de mon oncle Pierre, ils emménagent dans leur chalet de Ste-Cécile.
10
ACCOUCHEMENTS
& 5 fausses couches
Pauline, Luc, Rock, Suzanne, Robert et Édith
viennent au monde dans un hôpital mais les autres enfants, ma tante les a reçus
chez elle, à la maison. En
attendant mon oncle fait chauffer l'eau et s'occupe du poêle, il faut aussi
de la glace en cas d'hémorragie des guenilles etc.
Mon oncle n'avait pas grand temps de s'inquiéter à cause du travail
mais parfois ils avaient hâte que le docteur arrive.
C'est Mme Talbot (la mère de ma tante Réjeanne) qui l'assiste en
attendant le médecin.
Avant Pauline, ma tante fait une première
fausse couche. Son loyer est
froid et Rose-Hélène suggère à Pierre de descendre Estelle chez elle parce
que c'est plus chaud. Ma
tante saigne toujours. Mon oncle appelle le docteur de Scotstown.
C'est un couple tchécoslovaque des Rusnak, lui et elle sont médecins.
"Ils ne parlent pas beaucoup le français et nous ne les
comprenons pas beaucoup non plus. Ils
viennent chez Rose-Hélène en snowmobile.
Le docteur me fait un curetage mais je ne connais pas ça. . Avant de
partir le docteur dit à Pierre et à Rose-Hélène demain vous prendrez le
bandage et vous "puller, puller". et vous me rappellerez.
Le lendemain mon oncle Pierre va téléphoner de
chez Albert Murray car nous ils n'ont pas de téléphone et le docteur lui
demande s'il y avait beaucoup de sang sur le bandage mon oncle dit non presque
pas et le docteur lui a dit qu'elle avait tout enlevé la veille au
soir." Quand ma tante a appris ça, elle qui a tout enduré à
froid, elle croyait que c'était un examen qu'on lui avait fait ; mais un
examen qui a fait mal. Le soir
après le curetage, Toine est allé jeter les résidus dans les bécosses
dehors et au point de vue catholique, ça voulait dire que le foetus avait été
dans les bécosses. Un peu plus
tard, quand ils habitent le presbytère, ils en reparlent avec le curé
Dickner, il leur dit " ;
quand on ne le sait pas mais"... Il a envie de les
accuser un petit peu quand même...
Estelle:"Une
autre fois, nous avions le foetus mais nous ne savent pas quoi faire avec ça.
On demande au curé et il nous dit d'aller le porter au cimetière.
Alors j'ai pris une petite boîte de bijoux de carton avec de la ouate
et j'ai mis le foetus dedans. Ca
faite mal, quand tu vois partir ça, c'est dur."
Pierre:
en écoutant ma tante raconter ce fait et de ce qu'ils ont dû faire avec le
foetus dit " : " Des vrais maudits fous ".
Estelle:"J'ai
eu 5 fausses couches ; une, avant Pauline, deux entre Rock et Robert, une après
Robert et une après Édith. La
dernière c'est un foetus de 60 jours, il y avait de gros yeux et des filets
de doigts. Pauline étudiait en
soins infirmiers et on l'a fait venir pour voir ça.
On a ouvert le caillot et on a pu le voir."
Àprès une fausse couche, j'avais des problèmes
avec mon lait. Mon lait n'était
pas bon. À Marc, j'ai emporté
un échantillon de lait chez le docteur, c'était comme de l'eau sale.
Le docteur a dit " : Donne-lui à manger."
Avec tout ça, je faisais une montée de lait, le bébé pleurait, la
mort de Toine, l'inquiétude pour Rose-Hélène et la visite de Ti-Tou et des
autres après le service funéraire...
J'ai alors subi la grande opération ; j'ai
alors 41 ans."
VOYAGES
ENSEMBLE
Pierre et
Estelle
" : Ils nous arrivent de partir tous les 12 pour faire un voyage, soit à
Ste-Anne ou à Notre-Dame du Cap ou pour visiter la famille.
Une fois, nous sommes partis le matin pour Ste-Anne et nous étions de
retour le soir même, il faisait très chaud et faire de la route toute la
journée, il fallait le faire. Je
m'assoyais avec Pauline en avant, nous avions chacune une petite sur nos
genoux et les autres étaient en arrière.
Les enfants ne sont pas tannants en auto, le plus qu'ils demandent
c'est " : On es-tu arrivé ? ".
VIE FAMILLIALE
Pour discipliner les enfants, mon oncle Pierre,
qui se décrit comme assez sévère, n'aime pas parler deux fois et il dit que
ma tante est plus molle.
Quand arrive l'heure du coucher, il n'y avait pas de sautage sur
les lit ni de tirage d'oreillers de la part des jeunes.
Quand arrive le temps du coucher, les enfants ne se cassent pas une
jambe en partant mais ils obéissent. Après
le souper ce sont les bains et le couchers ne tardaient pas.
Mon oncle aide dans la maison, ils s'occupent des jeunes, passe la
balayeuse mais il ne touche ni au mangé ni au lavage sauf par nécessité.
Quand Édith est née, comme il n'y a personne pour venir garder à
cause du décès d'Adélard, mon oncle a fait un bon pouding aux chômeurs.
Il demande la recette à ma tante et comme elle aussi à toujours des
mesures juste et bien mon oncle a réussi à peu près...
Une fois que memére gardait, elle demande à
Pierre ce qu'il aimerait manger, il répond c'est comme vous voudrez.
Elle lui suggère des crêpes. Il
lui dit que si elle fait des crêpes, elle en aura pour longtemps.
Elle lui répond qu'elle en a déjà eu une famille et elle savait ce
que c'était.
Il lui dit all right !
Mon oncle la regarde préparer sa pâte et l'étendre dans deux poêles
de fonte, elle l'égalisait, il lui dit de les faire plus "ruff" car
elle ne finirait pas. Encore une
fois elle lui dit qu'elle avait déjà vu ça etc. Il ne l'obstine pas plus
longtemps. Elle s'est aperçue
d'elle-même que flatter la pâte était de trop...
Pierre:"
Quand je suis arrivé à Mégantic, les hommes à la station ne prenaient pas
trop bien le fait que j'arrive là pour travailler.
Jhonny Turcotte et Hubert Bélanger étaient contents mais pour les
autres je n'étais pas la bienvenue. C'est
la mentalité des petites villes, les gens aiment s'écraser les uns les
autres. Le premier bonjour a été
" : Penses-tu que tu vas rester longtemps ici ?"
J'ai répondu : " Tant que je ne biderai pas ailleurs !"
Et ils m'ont dit de faire attention à moi.
Je ne voulais pas être inquiet tout le temps,
je ne voulais pas laisser les choses comme ça.
J'avais pris un loyer et je ne voulais pas re-déménager.
Dans la journée, j'ai été rencontrer mon patron, (Albert Poirier,
qui avait été aussi le patron d'Antoine à Milan), et je lui ai dit que si
je n'étais pas pour rester à Mégantic de me le dire car je ne garderai pas
mon loyer. Il m'a dit de ne pas
m'en faire avec ça et de dormir tranquille.
Pour m'aider, il m'appelait même si ce n'était pas mon tour pour
faire du temps supplémentaire et les gars ont continué à me haïr. Seulement j'ai fait du glaçage de chars tout l'été pareil.
Glaçage de chars : On réfrigérait les wagons
de fruits et légumes avec de la glace. On
mettait de la glace dans les parois du wagon.
Nous devions prendre la température avec un thermomètre et on
agissait en conséquence. La
glace provenait du lac. Les morceaux avaient quatre pieds de long par deux
pieds de haut et deux pieds de circonférence, ils étaient entreposés dans
des glacières, ils devaient être cassés et "abrillés" de brin de
scie. L'hiver, on chauffait les wagons avec du charbon."
Mon oncle et ma tante décrivent leur vie comme
une vie heureuse, ils ont connu des misères mais ils ont eu une vie heureuse,
une belle vie. C'est la période
de Sherbrooke qui a été la plus pénible ; à leur arrivée à Mégantic
tout s'est mis à aller mieux, les salaires sont meilleurs et il fait du supplémentaire.
SOUVENIRS
LE WILLIS
À Lennoxville, mon oncle possède un Wellis
comme auto. Ils sont déjà 7
personnes et quand ils viennent chercher ma mère pour aller se baigner à
Hungtingville, (tout près de Lennoxville), la voiture est remplie à pleine
capacité car nous sommes 8 chez-nous ; ce qui fait 15 personnes.
C'est sans doute pour ça que j'ai encore l'impression que la voiture
de mon oncle était petite. Quand
je lui ai posé la question, il m'a répondu que la voiture était assez
spacieuse...
Des voyages à 15, il n'y en a pas eu juste un. Il y a une visite à Beebe chez Boisvert, tout ce beau monde
dînait chez memére Boisvert, et elle était prête, (elle avait son plat de
patates), comme dit mon oncle. Le
Willis transporte aussi la famille de Jean-Marie pour un voyage sur le mont
St-Léon ; toujours à 15. Faut
dire qu'il a chauffé un peu en montant mais c'était une bonne petite auto.
LE KETCHUP
Estelle:"Cette
année là, pour faire du ketchup, on ramasse, Rose-Hélène et moi, tout ce
qui était vert : Choux, tomates, concombre, oignons etc.
Nous les passons tous au hache-viande.
Comme on en a beaucoup, on décide de prendre un grand plat. Notre choix s'arrête sur une cuve en zinc.
On a une grosse recette, nous en voulons pour passer tout l'hiver.
À cette époque là, je n'ai pas encore d'enfants et Rose-Hélène est
enceinte de Diane.
Notre ketchup bouille et je ne veux pas que
Rose-Hélène y goûte car elle attend un enfant.
J'y goûte et je dis à R.Hélène, plus ça, moins il est bon !
Elle me dit ça ne se peut pas ; comme elle a plus d'expériences que
moi ! Je me suis dit que peut-être
vu qu'on est là dedans, on goûte plus pareil...
Quand les hommes arrivent, on leur fait goûter et j'avais raison, il
est méchant. Ils nous disent que
le zinc et le vinaigre ça ne fait pas un bon ménage.
Ils vont jeter ça dehors et ils nous ramènent la cuve.
Elle est belle, reluisante et blanche.
Pour bien nettoyer un cuve en zinc ça prend du vinaigre !
VOYAGE À STE-ANNE
Rose-Hélène
et Antoine veulent prendre une fin de semaine en vacance.
Ils montent au Canada et nous embarquons avec eux avec Fernand et
Simonne Boisvert. Antoine a une
auto qu'il s'est achetée aux U.S.A., un Chevrolet 32 avec des roues de
broches. Donc une semaine après
la fête de Ste-Anne, nous partons. Comme
il y a encore pas mal de monde présent à St-Anne, nous avons de la misère a
se trouver des chambres pour la nuit. On
ne trouve rien, alors on prend le chemin du retour et là on voit des chambres
d'annoncées dans des maisons privées. Antoine
et Pierre décident d'aller voir ce que ça avait de l'air.
Les gars reviennent en disant que nous aurions de belles grosses paillasses pour coucher. La propriétaire avait dû déplacer sa servante pour laisser une chambre pour la petite Boisvert, Fernand avait la sienne et nous autres, nous devions partager la grande chambre avec des paillasses. Rose-Hélène et Pierre connaissaient ça des paillasses mais pas moi. Je n'avais jamais couché sur ça. On s'assoit sur ça et on sent le plancher... On a fait rire de nous-autres. Dans le fond nous étions contentes car on ne trouvait pas de places pour une nuit.
Le soir Rose-Hélène veut du lait au chocolat. Nous entrons dans un restaurant et elle demande du chocolat
au lait. Le gars lui montre toutes
sortes de bars de chocolat et ce n'est pas ce qu'elle veut, elle avait beau dire
du Vico, il ne sait pas ce que c'est ! Dans
la région de Sherbrooke, on dit du Vico pour du lait au chocolat mais pas à Québec.
On a eu du plaisir avec ça, elle n'en a pas eu ; elle dit " : Je
demande du chocolat au lait mais ils ne savent pas ce que c'est."
Il y en a un dans l'auto, (un beau drôle), qui lui dit " : Tu
n'aurais pas été mieux de demander du lait au chocolat
à la place du chocolat au lait..."
Le gag a ronné un peu après ça.
J'ai trouvé le chemin long, je n'avais jamais été du côté de Québec et la route n'était pas comme aujourd'hui, elle était étroite et croche. Toine ne devait pas trop trop connaître le chemin non plus. Mais, selon Pierre, ce n'est pas compliqué, tu prends la route et tu suis la rivière, on ne peut pas se mêler. Nous devions faire attention aussi car il y avait des "gunaway" de grange qui arrivaient sur la route. Ce sont des descentes de granges.