Résumé d'une entrevue réalisée avec

 Mon Oncle André

Diane Couture


André et Réjeanne : 1995

Mon oncle André est né à Lambton bien que la famille est installé à Milan. Sa mère a préféré aller accoucher chez sa sœur Émilia Duquette.  Pour ceux et celles qui interpellait André en disant  Pantaléon et bien c’était le prénom de son parrain, parrain qui était absent lors du baptême. 

Ma tante Réjeanne (Talbot) est née à St-Évariste, Qué.,  elle est la fille d’Évariste Talbot.  Ils aménagent à Milan quelques années après les Narcisses.  Elle a une sœur Gisèle et un frère Donald. Les parents de ma tante possédait un restaurant à Milan, il était situé presque en face de l’église.

Oncles et tantes :  Mon oncle se souvient surtout de son oncle Joseph ( frère de Narcisse ) qui venait leur rendre visite au moins une fois par année et il croit que c’était à l’automne.  Il venait seul, il ne se souvient pas d’avoir vu son oncle Joseph accompagné de son épouse Fédélise.. « Pour nous jouer des tours, mon oncle Joseph nous crachait sur les pieds, on devait se surveiller pour que ça ne nous arrive pas. »  Il venait voir Antonio Maria (Bergeron) Lapierre qui étaient sa fille et son gendre.    Il garde aussi un beau souvenir de son oncle Léon.  Du côté des Grégoire, il y avait son oncle Léo « Titout » (Joseph) le joueur de tours et sa tante « Larose » (Rosanna).  « Ça prenait un huilier quand ma tante Larose venait voir maman parce que leurs mâchoires n’arrêtaient pas… »

Il se souvient d’un tour que son oncle Titout a joué à Narcisse.  Son oncle, son beau-frêre Côté et un ami arrive à la ferme et personne ne le savait.  Ils se font passer pour des chasseurs mais ils n’avaient pas de fusils.  Ils voulaient que Narcisse les initient à la chasse.  La blague passé, ils en ont bien ri, André avait alors 6 ou 7 ans.

4 ans « Mon père m’avait fait un traîneau mais il était trop gros pour que je puisse m’en servir pour jouer.  À la table, ma place était à côté de lui mais plus souvent qu’autrement j’étais assis sur lui ce qui me permettait de manger juste ce que j’aimais dans son assiette.  Si je devais demeurer à ma place et bien, quand je voyais le dessert arriver, je vidais ce qui me restait dans mon assiette dans l’assiette de mon père et comme j’avais fini  j’étais donc prêt à recevoir ma part.  Maman n’était pas trop d’accord mais comme mon père ne disait pas un mot alors je continuais mon manège. 

J’allais garder les petites chez ma sœur Florence durant l’été pour lui permettre d’aller faire le « train ».  Elles avaient une petite voiturette que j’aimais bien, alors j’arrivais plus tôt et je mettais mon genou dans la voiturette et je me promenais un bon coup.  J’ai fait ça deux saisons. »

8-9-10 ans Mon oncle André nous dit que son père était un homme très humain : « Lorsque je travaillais avec lui, soit à ramasser des souches, des branches, cercler, il nous disait tu travailles à ton rythme, si tu n’es pas capable, ne le fais pas.  Nous n’avons jamais été forcé de faire des travaux qu’on ne pouvait pas faire physiquement.  Par contre le travail qui nous était assigné devait être fait et bien fait. 

Certains matin, la radio annonçait de la pluie. Cela ne nous empêchait pas de nous rendre dans le bois pareil pour abattre des arbres.  On ne revenait jamais sans être trempés.  Si nous avions mit un arbre à terre et que la pluie commençait, nous terminions l’ébranchage et le sciage.  

Mon oncle raconte aussi que lorsque son père voulait lui donner un coup de pieds, premièrement il mettait son pied de travers…, le coup arrivait très lentement… tellement lentement que souvent le petit gars était déjà disparu avant même que le pied n’atteigne la hauteur souhaitée. 

« Mon père était la patience incarnée avec nous.  Ma mère était plus nerveuse ce qui lui donnait une apparence plus sec mais elle n’était pas plus sévère que mon père.  Elle devait intervenir plus souvent c’est tout.  Nous devions être un peu agités.  Le jeu avait sa place et nous avions du temps pour ça.  Le soir, l’été, c’était à la cachette qu’on jouait, papa et maman nous regardaient souvent jouer assis sur la galerie.  Même que j’ai vu mon père faire des signes à quelques-uns pour aider mais pas ma mère.  Moi, mon premier vrai jouet c’est ma sœur Thérèse qui me l’a acheté c’était un beau camion rouge. Habituellement nos jouets étaient fabriqués en bois provenant des 2X4 que nous avions. »

Enfants tannants ? Mon oncle André résume ainsi : « Dans le temps des fraises ma mère nous organisait pour qu’on ne soit pas ensemble trop trop. »

Mon oncle raconte qu’une, en allant ramasser des fraises, il était fâché.  Après avoir rempli la moitié de sa « tasse à boire » de fraise il décide de les écraser avec son poing.  Sa mère n’avait pas aimé ça et le lui avait fait savoir.  Des fraises tu écrases ça après le ramassage pas pendant.  Alors il décide de le faire bien et son avant-midi s’est bien terminée avec une belle tasse pleine de fraises pas écrasées.  Il récidive un peu plus tard en les mangeant.  Encore une fois, sa mère a du lui faire des remontrance.

Les fraises ne devaient pas être cueillies n’importe comment non plus.  Elles devaient être bien équeutées et le récipient ne devait pas contenir trop de brins d’herbe.  « Ma mère n’avait jamais besoin de vérifier celui de papa, il était d’une propreté exemplaire. »

Il se souvient aussi qu’il « trappait » les lièvres.  Il en aurait même vendu à Monsieur St-Laurent .  Au tout début il récoltait $0.50 cents du couple, puis les prix ont augmentés jusqu’à $1.25.  Il trappe encore aujourd’hui quand le temps lui permet sur son terrain d’Eastman, comme il y a beaucoup de cèdres, il y a beaucoup de lièvres.

Mon oncle ajoute pour son père : « Si quelqu’un passait dans le rang et arrêtait parler à Narcisse, il pouvait lui parler longtemps mais jamais son père n’aurait fait 25 pas pour aller aborder le passager. »  Ma tante Réjeanne ajoute que son noir (André) est pareil, si André est en train de travailler, il n’enverra même pas la main au passant pour le saluer.  

De temps à autre mon oncle et la famille allaient déjeuner chez Pierre et Estelle au village le dimanche.  Mais comme ils étaient nombreux; Fernand, Agathe, André, Marie-Anne, Jules, Clément, cela ne pouvait pas se faire à tous les dimanches.  Ils prenaient la voiture pour se rendre au village seulement quand leur mère les accompagnait.  Le reste du temps, les Narcisses marchaient du rang au village et du village au rang.  Ils empruntaient la voie ferrée, ce qui raccourcissait la longueur du chemin à parcourir. 

Formation scolaire :  « J’ai fait ma graduation à l’école du rang St-Joseph en 1941.

Réjeanne : « Mes parents étaient très sévères, surtout ma mère.  Ex. Si elle m’avait demander de passer dans un trou de souris, je l’aurais fait sans hésiter. Mon père était un homme lunatique, par exemple si nous revenions de chez Lédia St-Laurent à 6 heures et que l’heure d’entrée était 5 heures, la plus part du temps il ne souvenait plus de ce que nous avions convenu. »

Sa mère leur donnait de la crème glacée et du chocolat de temps à autres mais jamais de la liqueur douce.  Elle disait que ce n’était pas bon pour la santé.

« Moi j’ai remarqué André lorsqu’il servait la messe; je trouvais qu’il avait un beau sourire et un air moqueur. »

Ils ne se voyait pas si souvent que ça, mon oncle vivait et faisait ses études dans le rang St-Joseph tandis que ma tante vivait au village et les gens ne sortaient pas beaucoup.  La messe du dimanche était souvent la seule occasion de fraterniser entre villageois. 

Puis ma tante est allé étudier 3 ans à l’Institut familial de St-Iréné près de Baie St-Paul.  Sa sœur Gisèle était, elle, à Baie St-Paul à l’École Normal.  Ces institutions appartenaient à la communauté des Sœur Franciscaines.  Le prix du pensionnat était de $15.00 par mois et c’est le curé de Milan, l’abbé Alphonse Tremblay qui leur avait négocié ce prix là. Elle a donc quitté en septembre pour ne revenir à Milan qu’en décembre pour Noël, elle a trouvé le temps bien long.

On peut dire que c’est aux alentours de 15 ans pour ce qui est de ma tante et 17 ans pour mon oncle André que les sorties ont commencées.  Ils se retrouvent à une partie de tennis au parc à l’arrière du restaurant Talbot.  La grand-mère de ma tante Réjeanne ,(grand-mère Paradis),qui habite à l’étage supérieur du restaurant, en les regardant jouer avait dit : « Ce petit Bergeron là a un œil sur toi. »  Ma tante rajoute que mon oncle André lui payait une liqueur douce de temps en temps.

La première lettre d’André à Réjeanne :

Au premier St-Valentin suivant leur première rencontre sérieuse, Louisette St-Laurent, l’amie jurée de Réjeanne, avait fait parvenir à sa mère Lédia un Valentin lui demandant de l’envoyer à Réjeanne en prétendant que c’était de la part d’André.  Elle en poste un autre à André et elle signe Réjeanne.   Alors mon oncle André a écrit à sa Réjeanne qu’il était bien content du Valentin reçu et que ça lui avait fait plaisirs.  Et c’est ainsi que commença la correspondance entre André et Réjeanne.

Ma tante ajoute qu’à cette époque là, le contenu des lettres devaient êtres très correctes car les religieuses ouvraient les lettres et les lisaient.  Et lorsque Pâque arriva (1955), ma tante s’est rendu à la cabane à sucre des Bergeron  pour la première fois.  Jules et Louisette les accompagnaient.  Première véritable rencontre de la famille.

Mon oncle André, les études terminées, décide de s’enrôler dans l’aviation. Il avait lu dans le journal de l’Action Catholique qu’on faisait du recrutement à Montréal et comme il était impressionné par les avions, il a donc choisi l’aviation.  Sa mère voyait ce métier là comme une vraie perdition.  Mais les avenues pour un bon métier à Milan étaient rares alors il fallait s’expatrier si on voulait se bâtir un avenir. 

Il rejoint donc le 28 mai 1954 la base militaire de St-Jean.  Cet expérience a durée 3 ans.  C’est le 15 octobre 1954 qu’il obtient un premier congé, 15 jours de vacances. 

Il s’était ennuyé de son pays natal et il avait hâte de revenir. Toute la famille le trouvait bien beau dans son uniforme.  Il a eu sa première auto en 1955.  C’était une Dodge Regent rouge 1950.  Il n’a pas obtenu son permis de conduire tout de suite, il a du se contenter d’un permis temporaire pour un certain temps. 

Le 2 novembre on le transfère à Saskatoon pour un « contact training » il devait apprendre l’anglais et cela devait durer 3 mois.  Durant son séjour à Saskatoon, il est descendu à Milan pour le congé de Pâques le 6 avril 1955.  Il a fait le voyage « toute d’une traite » comme on dit.  Avec quelque amis, après la journée du vendredi terminée, à 5 heures pile, sans avoir pris le temps de souper, ils partent.  Il s’arrête la première fois à Kingston pour un plein d’essence, puis une deuxième fois pour laisser les autres gars à Montréal et file directement à Milan.  Il arrive au village aux alentours de onze heure et demi midi le samedi.  Presque 29 heures de route.  Fernand l’attendait au village.  Ils ont marché jusqu’à la maison car le chemin du rang était fermé.  « Adélard était descendu le dimanche avec son White (camion) et il est resté pris en face de chez Arthur Olson. »

Mais au bout de 2 mois il n’en pouvait plus, et comme il avait bien appris, on lui a accordé son  transfert à Borden.  Il demeure stationné là jusqu’en juillet 1955.  Ensuite on le ramène à St-Hubert.  Durant l’entraînement il va demeurer chez Auréa, une cousine, et là ça parlait de guerre et de mécanique car son mari avait été camionneur durant la guerre 39-45.  Il apprend le métier de mécanicien de moteurs d’avions.  Il a aussi eu la chance de piloter des avions. 

Il devait participer, avec d’autres mécaniciens, à des « test flight » des sorties qui leur permettaient de vérifier le résultat de leur travail. Son lieutenant, M. Morneau, qui effectuait ces vols, après le décollage, leur permettait de conduire l’avion (beechcraft 16 passagers) dans le ciel aux alentours de St-Hubert.  « Il nous donnait l’altitude et on devait la suivre, j’aimais ça. »

Mon oncle décide donc après 3 ans d’armée de joindre les civils.  Il se décroche un travail pour la Mutuel Of Omaha, une compagnie d’assurances et aménage à Sherbrooke.

Ma tante Réjeanne de son côté, ses études terminées, enseigne un an à Milan.  Elle fait la classe aux plus grands, une classe qui comprenait la 7ième année, la 8ième et la 9ième année.  Elle a enseigné à René Boisvert (fils de sa future belle-sœur Rose-Hélène).  Ensuite elle fait application pour un poste à St-Élie, près de Sherbrooke et elle est engagée.  « Dans ce temps là, ce n’était pas difficile de se trouver un emploi dans l’enseignement, on manquait d’enseignants(tes) dans les villages.  Puis à St-Élie, ça me rapprochait d’André. »

Elle demeurait chez un madame Bédard dans le rang 6 de St-Élie jusqu'à ce que le logis de l’école soit terminé.  Elle habite ensuite à l’école et comme il n’y avait pas de téléphone à l’école, lorsque quelqu’un voulait la rejoindre, il devait téléphoner chez madame Bédard, et cette dernière envoyait un de ses enfants la chercher.  

Les fréquentations se continues et c’est avec Louisette et Jules que les sorties se font le plus souvent. Des sorties au chalet des St-Laurent étaient fréquentes.  « Lédia était une femme qui aimait voir les jeunes s’amuser.  Il y avait des normes, mais si nous respections ces normes, nous pouvions faire à peu près n’importe quoi.  J’ai vu de belles batailles d’oreillers au chalet avec Jules et Louisette et Lédia s’amusait aussi. »

Il y eut aussi un concours de Reine à Milan.  Ma tante Réjeanne et ma tante Louisette en faisait partie de même qu’une fille à Piwitt (M. Grenier) et une petite Roberge.  Pour gagner il fallait vendre le plus grand nombre de billets.  Ma tante Réjeanne avait plusieurs billets de vendu mais elle savait bien qu’elle ne gagnerait pas, ni Louisette d’ailleurs.  Elle décida de vendre des billets pour ma tante Louisette, ce qu’elle trouvait moins gênant d’ailleurs.  Le dimanche matin du grand jour elle donne tout ses billets à Louisette et là elle savait qui était pour se mériter le titre de Reine.  Louisette fut couronnée cette journée là au grand plaisir  de tous mais surtout de Réjeanne.

Le 6 juillet 1957, Jules et Louisette se marient.  Ma tante en profite pour jouer un tour à sa meilleure amie qui deviendra un an plus tard sa belle-sœur.  Grâce à Raoul, le frère de ma tante Louisette, elle met la main sur les valises de Louisette.  Elle lui dérobe ses hardes de nuit, en autre sa belle jaquette de noce avec tout plein de dentelles.  Elle n’en parle à personne.  Quand Louisette revient, elle s’empresse d’aller la voir et ma tante Louisette défaisait justement sa valise.  Elle lui dit : « Je vois que tu as un beau « babydoll » neuf. »  Il n’en fallait pas plus pour que ma tante Louisette comprenne la remarque. 

C’est le 5 juillet 1958 que mon oncle et ma tante unisse leur destiné (comme on disait).  Le mariage a lieu à 9h30 le matin à l’église St-Ambroise de Milan.  Toute la parenté était invitée, y compris les oncles et les tantes des deux époux.  Une fille d’honneur était aussi présente (tante Alice de Réjeanne).  Ma tante nous dit : « Mon père était debout très tôt ce matin là et vers 6 heures du matin, il entend parler dehors, c’était les cousins d’André, les Labonté, qui arrivaient pour la noce. »

Il manquait au mariage Narcisse, le père d’André et sa sœur Marie-Claire. Narcisse, qui habitait Sherbrooke,  était malade et c’est Marie-Claire qui le gardait, elle était enceinte de son Jean à ce moment là.  Il manquait aussi Gisèle, la sœur de ma tante.  Elle n’avait pas la permission de sortir du couvent même pour le mariage de sa sœur.

La noce a eu lieu à Lac Mégantic dans un hôtel.  Des oncles ont voulu nous jouer un tour.  Ils voulait entrer dans l’auto pour mettre la main sur nos valises. Seul Clément avait la clé et il ne l’aurait pas donné à personne.  Comme ils étaient en train de démonter les sièges, la police arrive et ils ont dû expliquer ce qu’ils étaient en train de faire.  Finalement c’est Jules qui a dû intervenir; après tout c’était lui l’instigateur. 

Ce qui n’a pas empêché mon oncle André et ma tante Réjeanne de trouver, un peu plus tard au cours de leur voyage de noces, un boîte de chaussures avec à l’intérieur un pot de vaseline et un petit mot écris par mon oncle Jean-Marie.  Et un soulier en moins….

Départ pour le voyage de noce vers 4 heures, ils se rendent d’abord visiter Narcisse et leur donner un petit compte rendu du mariage.  « Monsieur Bergeron a dit à André, une femme c’est comme un oiseau, il faut en prendre soins. »  Ensuite ils vont porter quelques effets dans leur petit appartement rue Princesse et vont prendre un repas au restaurant coin Galt et Kingston puis ils filent vers Ste-Anne de Beaupré car ils avaient des réservations de faites dans un Motel là-bas.

En montant à Ste-Anne, mon oncle voulait voir du paysage et pris de petites routes, il ne croyait pas que ça le rallongerait tant que ça.  Pour ne pas arriver trop tard, il décide d’accélérer un peu.  Malheur lui en pris, il est arrêté par la police pour accès de vitesse.  En voyant le policier mon oncle dit : « Ca commence bien un voyage de noce. »  Le policier leur donna une chance en leur disant qu’il écrira qu’il est intervenu pour une question de phares….

Ils arrivent donc vers 10h30 au motel situé sur le bord du fleuve.  Ils s’y installent pour 2 nuits.

Les déjeuners à St-Anne de Beaupré étaient dispendieux : $4.50 pour deux.  Ailleurs ça leur aurait coûté $1.80 .  Puis ils se dirigent à Baie-St-Paul voir Gisèle et finalement se rendre à Tadoussac voir un ami.

De retour à Sherbrooke dans leur logement de 2 ½ pièces, ma tante ne travaille plus. « Dans ce temps là, c’était comme ça, on restait à la maison. »  Les fin de semaine ils se rendent à Milan, ils voient souvent ma tante Marie-Claire et on oncle Guy car ces derniers demeurent rue Kingston tout près de chez eux.  Ils ont été choisis pour être parrain et marraine de Jean. 

Mon oncle travaille toujours pour la Mutuel Of Omaha.  Il se mérite le certificat du meilleur vendeur au Canada dans les 13 premières semaines de son emploi.  En février 1959, il est transféré à Québec au département des réclamations.  C’est mon oncle Jean-Marie qui les déménage avec le camion de Paul Lortitch (époux d’Agathe Bergeron).  En revenant de Québec, il n’y avait plus de  chauffage dans le camion et Jean-Marie a gelé tout rond.

Christian viendra au monde à Québec le 16 octobre 1959.  Lorsqu’elle portait Christian, Narcisse lui avait fait un beau compliment.  Il lui avait dit qu’elle était belle.  « Je crois que monsieur Bergeron trouvait toutes les femmes enceintes belles. »

Entre temps, La Cie Mutuel a introduit des clauses d’assurances-accidents et assurances-maladies ce qui a provoqué un surplus de tâches pour les assureurs.  Chacun devait passer voir tous leur clients pour les mettre au courant des changements apportés.  Mon oncle ne s’en ai pas remis.  Dans ces temps là, un bon assureur pouvait se faire jusqu’à $200.00 par semaine à la condition de vendre, sans cela tu ne gagnais rien. 

En 1961, il y a eu coupures de postes à Québec, comme mon oncle était le dernier entré, forcément il a été le premier à être remercier de ses services.  Ils vont demeurer 2 mois à Milan chez les parents de ma tante Réjeanne.  Mon oncle André et mon oncle Fernand s’associent et prennent la gérance d’un garage station d’essence de la Compagnie B.P. au coin de la rue Belvédère et King Ouest à Sherbrooke. 

Pendant que mon oncle est à un cours sur l’opération, la gestion et l’administration d’une station d’essence à Montréal pour la Cie B.P.; Manon décide qu’il était temps d’entrer dans la famille.  C’est mon oncle Fernand et Mme Talbot qui conduisent ma tante à l’hôpital.  Manon vient au monde le 16 mai 1961.  Mon oncle n’a pas eu de congé alors ce n’est que 2 jours après qu’il se pointe à l’hôpital. 

« Neuf jours après la naissance de Manon, je viens à Sherbrooke avec ma mère pour nous louer un apartement rue Laurier.  Pour la préparation du loyer il y a eu un « bee » de fait par la famille.  Nous devions être une douzaine de personnes dans le loyer le vendredi soir pour faire la peinture, le lavage d’armoires, les planchers etc.. le lendemain soir, il ne restait qu’une couche de peinture à donner dans la cuisine, les meubles étaient en place et les planchers étaient lavés.  C’était extraordinaire, il y avait du monde partout.  André est arrivé peu de temps après le départ de la famille. »

En 1962 le 25 mai, Sylvain vient au monde.  Ma tante a accouché 3 fois dans 2 ans ½.

Ils s’achète une maison sur la rue Galt Ouest à Rock-Forest.  Encore une fois, ils habitaient assez près de ma tante Marie-Claire.  Le vendeur demandait qui voulait $11,000.00 pour sa maison et une mise de fonds mais mon oncle André n’en avait pas, il propose à ce dernier sa Ford 57 comme argent comptant.  Le vendeur accepte et la maison est à eux. Valeur de l’auto : $1,200.00

Puis l’aventure du garage se termine et La Cie. Pratt  lui offre un emploi comme vendeur.  La compagnie vendait des articles pour les voitures.  Puis vient un autre emploi pour la Cie Hoover.  Cette dernière fabrique des balayeuses.

Durant les étés ils font du camping avec maman (Rose-Hélène) et ses enfants. Maman a une tente de 10 pieds carrés.  Nous sommes 10 : Maman, Denis, Diane, Michel, Jean-Guy, André, Réjeanne, Christian, Manon et Sylvain.  Si, une fois couché, quelqu’un avait besoin de se lever pour aller à la toilette, il fallait presque tous se lever. 

« Nous aimions beaucoup faire du camping avec Rose-Hélène, nous nous entendions bien, nous aimions les enfants et les enfants aimaient nos enfants ce qui fait que nous nous amusions tous ensemble.  Ça nous coûtait $1.25 par jour pour louer un emplacement au Tivoli, et $0.50 de plus pour avoir l’électricité quand elle a été installé. »

Les feux de camp de mon oncle André étaient très appréciés.  Pluie douce ou pluie battante il nous en faisait un quand même.  Nous étions particulièrement fiers quand nous entendions des voisins de tentes dirent que nous étions chanceux d’avoir un feu même lorsqu’il pleut,  et qu’ils auraient aimé que leur père en fasse autant.   « Nous n’étions pas riches matériellement mais nous étions riches de joies de vivre et nous étions biens. »

Visiter les membres de la famille le dimanche était pour eux des belles sorties. Les occasions de se rencontrer ne manquait pas dans ce temps là ; ils rendaient régulièrement visite aux membres de leur famille.  Ça leur prend une raison vraiment sérieuse pour manquer un rassemblement.  En 1966 c’est chez eux qu’a lieu la veillée des Bergeron. 

Ce n’est qu’en 1967 qu’ils se procureront une roulotte.  Les roulottes appartenaient au père de Pierre Marcotte, l’animateur de télévision.  Il l’obtient pour  2,100.00.  Elle leur servira pour se loger sur leur terrain de Eastman. 

Le terrain à Eastman faisait partie de la succession d’un monsieur Larrivière de Granby; de même que la maison que ma tante Florence a acheté rue Denison et le duplex (situé à l’arrière de la maison) que Gaëtan Audet s’est procuré.  C’est ma tante Florence qui a parlé du terrain à mon oncle André.  Leur attachement à Eastman commence là.  Ils se procurent un ski-doo et été comme hiver la famille passe de belles fin de semaine.  Les membres du clan Bergeron iront leur rendre visite assez régulièrement même l’hiver.  Lorsque quelqu’un prévoyait s’y rendre, il le disait à mon oncle ou ma tante et mon oncle André faisait la navette de la roulotte au grand chemin pour aller les chercher en ski-doo car le chemin n’était pas ouvert l’hiver.

Mon oncle est nommé directeur pour la compagnie Hoover à Rimouski.  Il part le 12 décembre 1967.  Ma tante va le rejoindre quelques jours pour trouver un  logis.  Comme les loyers sont rares, ils décident de se faire construire une maison.  Ils reviennent de Rimouski en avion le 31 décembre pour assister à la fête des Bergeron et là on leur annonce qu’ils ont un acheteur pour leur maison sur la rue Galt.  Ils signent donc le contrat de vente $14,500.00) avant de se rendre à la fête.  Ils arrivent au rassemblement  en retard mais avec une bonne nouvelle.

Après avoir travailler pour la compagnie Hoover, mon oncle travaille pour la G.E, Shuk et  comme agent d’immeuble à Ste-Thérèse . Ils ont demeuré 22 ans à Ste-Thérèse.  Ma tante avait un petit commerce à cet endroit.  Aujourd’hui en 1995 ils demeurent à Eastman dans les cantons de l’Est. Ils ont possédé un commerce de bijoux que la récession de 1982 a fortement ébranlé.. Mon oncle André l’appelle son coup de masse.  Cette première récessions n’était pas tout à faite terminée qu’une deuxième s’installe en 1990 et cette dernière a tout fait basculer.  Elle a duré 4 ans ½.

Les bijoux étaient vendus dans des magasins de vêtements prêts à porter et pour eux aussi les récessions ont fait mal.

« Ce n’est pas facile le commerce.  Nous dépendons toujours du marché, de la mode, rien n’est stable et surtout rien n’est acquis d’avance. Les salaires ne sont jamais assurés »

Ils retroussent les manches et aujourd’hui ils font de l’aménagement paysager. Ma tante a même appris à faire les plans sur ordinateur.

Ma tante a toujours fait beaucoup de bénévolat à travers ses occupations quotidiennes.  Avec l’aide de sa sœur Gisèle et de la communauté Franciscaine, elles soutiennent financièrement des personnes dans le besoin quels qu’elles soient; des gens de la famille aussi.  Si elle voit ou apprend que quelqu’un a vraiment besoin, elle se met en marche silencieusement et leur vient en aide.

Mon oncle André disait et dit encore : « Pour moi le repos ce n’est pas de me coucher ou d’arrêter de faire des choses; c’est de faire autre chose. »

J’ai demandé à ma tante Réjeanne si mon oncle était sévère.  « Oui, André était plus sévère que moi, je suis plus conciliante. Il est plus bouillant et plus mauvais que moi mais aussi plus calme que moi.  André m’a toujours soutenu dans tout ce que j’ai voulu faire; dans ce sens là je peux dire que j’ai faite et que je fais encore une belle vie.»

Mon oncle André ajoute : « Mon grand-père Edouard disait : « je l’ai dit, je l’ai dit ». »

Nous avons interpréter cette phrase du grand-père dans le sens du « je t’avais prévenu ».  Mon oncle André se retrouve dans cette phrase, il est du genre à dire à quelqu’un : Je l’ai dit, je l’ai dit.

La Gare