L’été
Avait ton visage.
Ta grande chaleur
Et ton flamboyant coeur.
J’ai craint de me brûler
Sur les rayons dorés,
De ton cœur ambré,
Mais je m’y suis posée.
Non, je ne suis pas un oiseau
Même si je vole aussi haut,
Même si j’ai des ailes au dos.
Suis-je un empoisonné cadeau?
Non, je ne suis qu’un ange
Sans prétention je suis étrange.
Dans mes danses d’étincelles
Dans mes païennes ritournelles.
Un ange déchu
Un ange sans vertu,
À qui on a donné,
Le joli nom de fée.
Je suis de celle
Qui malgré ses ailes,
N’a pas voulu courber l’échine
Devant le fils-roi à la couronne d’épines,
D’un dieu à l’unique vérité.
Je n’ai pas posé
À terre le genou à ses pieds.
Insoumise à sa divine autorité.
Il s’est courroucé et m’a bannie.
Il a alors fait de moi un ange honni
C’est ainsi qu’une fée je devins,
Et que mon destin croisa le tien.
Toi, l’elfe au cœur sage
Tu m’a recueillie, blessée
Dans mon âme et dans ma foi.
J’ai grandi tout à côté de toi.
L’été m’a vue mes ailes déployées
Ô surprise, elle n’était plus immaculées!
Elle n’avaient plus ce duvet
Qui l’hiver venu me réchauffait.
Mais elles étaient bien lourdes
Et de sens et de poids
Si mes cordiales bourdes
M’ont délesté de leur poids,
Eh bien soit, je serai plus légère
De cœur et d’âme, point amère.
Je dois me faire à ces ailes
Qui bien que belles
Sont plutôt étranges.
Elles sont si fragiles
Telle l’œuvre d’une araignée agile.
Elles ne me gênent, ni ne me dérangent.
Leurs reflets irisés
Font de moi la risée
Aux yeux de mes anciens frères.
Mais ils ne percent pas mon mystère.
C’est une risée pieuse
De ces entités religieuses
Qui me toisent
D’une hautaine mine narquoise.
Sous leur mépris,
Je ne me suis pas aigrie.
Moi aussi je peux voler
Avec mes ailes de papillon colorées.
À quoi me sert d’être éplorée?
J’ai du monde, toute la chance,
Car je suis de toi aimée,
Sur eux j’ai une longueur d’avance.
Ma magie est différente
Accordée aux enfants
Depuis la nuit des temps.
Quelques grands aussi elle hante.
Pour celui qui ouvre les yeux,
Elle n’est pas hantise,
Mais un chant glorieux,
À la nature qui se grise,
De nos fois qui la caresse
Dans une pure allégresse.
Malgré le dieu qui châtie
Les gens autrement bénis,
Que par lui seul.
J’ai en moi l’amour et le pardon
J’ai en moi, tendresse et compassion
De mes convictions je suis forte et non veule.
Les saisons passent
Sans que je trépasse,
Et l’été dans mon cœur demeure
Comme ton amour jamais ne meurt.
L’ange que j’ai été
N’aurait jamais pu t’aimer.
Tant mieux si quelques cordiaux péchés
M’ont fait descendre de mon piédestal et te croiser.
Dans les étoiles du ciel
Je suis née,
Mais sur cette ter-re-belle
Je suis retournée.
Car mon âme y est attachée,
Car mon essence y est cachée.
Elle est à tous notre mère.
Si elle ne se cabre pas, silencieuse rebelle,
C’est qu’elle n’a rien à prouver
Elle tourne depuis si longtemps
Dans le firmament,
Elle est de divine lignée
Sa naissance est de haut rang
Elle est venue bien avant
Ce dieu né d’hommes prétentieux,
Aux cœur machiavéliques et vaniteux.
Ils ont fait les dieux à leurs images
C’est bien connu
Ils ont leurs visages,
Parfois sans vertus.
Et si ils se trompaient,
Et si ce dieu qu’ils ont fait,
N’était qu’un pâle reflet
De ce qu’en réalité il est ?
Je crois que ce dieu
Est bien malheureux
De ce que les hommes ont fait
De son visage, sa parole et ses secrets.
Il s’est peut-être perdu
Dans leurs mensonges, disparu.
Au fond je sais, qu’il reviendra
Retrouver sa belle qui l’attend en bas.
Cette femme ronde et belle
Sur laquelle marche l’humain
Sur laquelle je vais à tire d’aile,
Attendant de meilleurs demains.
Un jour nous célébrerons
Leurs heureuses retrouvailles
Ce sera gaies ripailles
Ou le paradis, c’est selon…
Pas de fin du monde
Juste l’amour qui abonde,
Voilà ce que je vois,
Loin dans l’avenir, là-bas.
Au-delà de nos yeux,
C’est écrit dans les cieux.
Et je serai pardonnée,
Quand le couple divin se sera trouvé
Dans les cœurs des hommes désenchantés
Par un vrai diable déguisé.
C’est lui qui le prince céleste retient,
Dans ses enfers de nous bien loi.
Hommes unis de cœurs et d’âmes
Seuls pourront le libérer
Pour le salut de son âme, et de l’humanité.
Mon visage n’est pas infâme,
Malgré mes propos décousus.
Je vous chante la complainte de l’été
Des cultes abandonnés,
Et des mémoires oubliées.
Quand la Terre et le Ciel
Seront à nouveau unis
Nous serons tous égaux et amis,
Nous aurons tous des ailes.
Creirwy, 21 novembre 2003.
Fond de Mirage