Fée noire

 

Ses ailes noires dans son dos

Pendantes, alors qu’elles sont au repos.

Elle darde un regard  sur ses sœurs qui batifolent,

Leurs auras les entourant comme myriade de lucioles.

 

Sa chevelure d’ébène,

Se confond dans sa robe de nuit sans étoiles,

Où l’on distingue à peine,

L’œuvre fine d’une mygale.

 

S’appuyant sur son étrange bâton,

D’ébène couvert de glyphes

Et d’une pierre d’onyx qui fut celle d’une sylphe,

Elle tourne les talons.

 

S’enfonçant dans les bois les plus sombres,

Marche celle qui n’a plus d’ombre.

Parvenue à un sinistre cercle de pierre,

Ses pieds écrasant le lierre,

 

Elle frappe de son bâton noueux,

Six coups mystérieux.

Un bruit sourd entre les arbres silencieux,

Et surgit une créature au profil hideux.

 

C’est la plus grosse des chauve-souris.

Et la plus méchante et laide aussi.

L’envie et la colère au cœur,

Elle grimpe sur le dos de l’infâme et vole vers sa demeure.

 

Une porte dans la pierre

S’ouvre au son d’une gutturale prière.

Les murs sont gris et froids,

Dans l’antre de la fée Saraba.

 

Elle se faufile dans ses couloirs,

Non sans avoir dit au revoir

À sa vile créature,

Et lui avoir offert, comme nourriture,

 

Un rat sorti des pans de sa robe.

La créature le gobe

Et s’envole dans le ciel du soir.

Et les pas de la fée noire,

 

Silencieux comme l’absence du vent,

La conduisent dans ses appartements,

Au cœur des rochers,

Dans sa caverne perchée,

 

Au-dessus des brumes d’un mont,

Dont on ne prononce plus le nom.

Sommet maudit

D’où elle a banni toute vie,

 

Autre que la sienne…

Penchée sur un grimoire

Elle se prépare à faire des siennes,

Si fébrile, qu’en brille son âme noire.

 

Sa frêle silhouette tournoie

Autour du chaudron,

Ses maléfiques sortilèges elle déploie,

L’entourant de volutes de fumée au parfum nauséabond.

 

La Fée noire sort son attirail

Sinistre arsenal

Elle se prépare à une sanglante bataille,

Elle, la fleur du mal…

 

Creirwy, 27 juin 2004.

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