Le bain
Quand j’ai jailli de la source,
As-tu eu la frousse?
Tu es le brave,
Qui contempla ma face sauvage,
Loin de ce faux visage,
Que préfère
Nos frères,
Qui se prétendent sages…
Leur unique science,
Leurs faux silences,
M’ont fait gémir,
Mais jamais périr…
Jamais mon sang ne s’est tari,
Tout au long de ces vies…
Elles sont inscrites dans mes yeux,
Qu’ils soient bruns ou bleus…
Je me baignais nue sous la lune,
Tu était perché sur la dune,
Ce ventre de la Mère,
Fécond, doux et fier,
Dressé tout rond s’offrant,
Au bien aimé vent…
Je suis sortie de mon bain de lune,
Ma face était mille et une…
Tu as cessé ta danse,
Et d’un regard intense,
Tu m’as, non dévisagée,
Mais bien contemplée…
Visage tordu,
Corps et âme à nu,
Trempée et tremblante,
L’âme plus que le corps, vacillante.
Mon reflet sur l’eau bien différent,
De ces traits offerts à ton regard.
Le plus clair et le plus noir,
Se mélangeant indifférents,
À la lueur des étoiles.
Ni masque, ni voile,
Pour me couvrir,
Pour me sertir,
Ou me parer pour un roi…
Il n’y avait que moi…
Ce moi jamais révolu,
Ne t’a pas déçu…
Tu ne t’en es pas allé,
Tu n’as pas reculé…
Tu m’a accueillie comme ton destin,
Tu m’as pris la main…
Creirwy, 8 avril 2004.