Le crime
Son fin ventre blanc,
S’est arrondi du péché,
D’une bête qui a pris
Sa pureté sans préavis.
Les bleus sur tout le corps
La souffrance de mille morts
Et la semence impure
À germé telle une blessure.
Le poids de l’enfant s’est fait lourd
Les gens sans compassion, muets et sourds
Devant le sort de la victime
Le verdict tomba unanime ;
Elle serait seule pour porter
Le fardeau qui lui avait été imposé.
La ville, la foule elle a fui.
Sous les injures et mesquineries.
Les larmes l’aveuglant
Tout son corps tremblant,
Sous l’orage elle a disparu
Dans les bois loin des grouillantes rues.
Malgré tout, c’est la tête haute
Qu’elle supporta une faute
Qu’elle n’avait point commise
Toute bonté de ses semblables omise
Nul ne lui aurait offert la moindre chemise
Avec sa réputation compromise.
Elle a couru dans les bois
Le cœur en désarroi
L’âme aux abois,
Elle, fille d’un roi.
Seule, devant son destin
Personne pour lui tendre la main.
Au détour d’un sentier
Elle s’est effondrée.
Quand elle s’est réveillée
Une nain borgne boiteux et une fée
La veillaient avec bienveillance
Elle ne pouvait croire sa chance.
Depuis la chaumière,
Est son plus sûr repaire.
Elle y a donné la vie
À l’enfant maudit.
Dans son cœur elle a trouvé
La force de l’aimer
Malgré la disgrâce des traits
Ce n’est pas laid qu’il lui apparaît,
Cet enfant de l’ennemi
À qui elle a donné la vie,
Qui ne lui ressemble en rien
Elle lui montrera le bien.
Il est sien
Elle lui veut du bien.
Loin des pénibles regards
Et des langues-poignards,
L’enfant du crime et du péché
Grandit à l’abri bien entouré.
À l’ombre des grands arbres doués de parole
Il foule le sol
De cette forêt qui l’a accueilli
Et où il est chez lui.
Dans la chaumière face au lac étincelant
D’où part avant l’hiver sa maman,
Sur un bateau qui descend
Du lac vers la mer en serpentant,
Il grandit paisiblement.
Le nain borgne lui donne les enseignements
Qui feront de lui un homme droit
La fée veille à lui prodiguer la sagesse comme il se doit.
Le sang maudit coule dans ses veines
C’est là sa peine
Mais sa mère lui a légué
Un part de son sang particulier.
Tous les jours il joue
Avec les cygnes et les loups
Il écoute les nymphes rire et chanter
Et regarde les lutins danser.
Sa mère au loin
S’acharne à faire le bien.
Elle le porte dans son cœur
Comme un secret porte-bonheur
Sans honte ni peur
Par simple pudeur.
Tous les printemps elle revient
Apparition blanche se profilant au loin
Marchant sans traces et sans bruits
Sous les arbres vénérables au coucher de la nuit.
Jamais elle ne l’oublie
Ni ne manque ce rendez-vous sacré
Son âme au loin elle nourrit
Mais près de sa chair elle vient se ressourcer.
Le fruit du crime
L’enfant d’une créature sublime.
Croît dans la sagesse
Avec au cœur la tendresse
D’une mère dont le courage
À jadis fait fi de tous les outrages.
Creirwy, 27 août 2003.