Tant de mots dans ma tête

I I

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Et si peu de ton oreille trouve la route, Et si peu pour la foule,

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Qui s´emmêlent et s´enroulent Qui se brouillent et se gênent

Sans trouver d´issues. Sans trouver l’avenue.

Et quand cela serait-il? Et quant cela serait-il?

Mes mots, à l´opposé de ceux de Cyrano, Mes mots, jamais machiavéliques,

Sont si légers de ton parfum Sont légers et doucereux.

Qu´ils iront tout là-haut. Ils s’adressent aux nuages,

Peut-être reviendront-ils Aux pays de nos rêves

En cascade de désirs, en orage d´amour, En attente d’un Zeus ou d’un Jupiter

En averse de bonheur! Qui les lanceraient, foudroyant,

Moi, à l’ombre d’un balcon, Dans tous les coeurs

Ne pèse mes mots De tous les recoins de mon pays.

Que pour trouver ceux

Qui s’accordent

À notre passion.

II II

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Tant de mots de tant de poètes Tant de mots de tant de philosophes

Qui ne sont de moi, et seraient pour toi; Qui ne sont de moi, et seraient pour vous ;

Tant de souvenirs de Ronsard ou Vigneault, Tant de souvenirs de Socrate ou Platon,

De Verlaine ou Miron, De Voltaire ou Camus,

Tant et tant de "Mignonne" ou de "Gretchen" Tant et tant de pensées d’Indépendance,

Chantés avec candeur ou hardiesse, De Volonté, de Liberté

Contés avec chaleur ou grande détresse Chantées dans l’espérance ou la détresse

Pour qu´un si pauvre rimeur Pour qu’un si pauvre penseur

N´ose N’ose

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Ou même un baiser Ou même un pavillon

À ces amours de doux papier. À notre pays de blanc papier.

III III

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Que n´ont dits les poètes, Que n’ont dits les politiciens,

Tant de mots si loin Tant de mots si loin

D´un bonheur épistolaire D’un pays magnifié

Que peut-être oserais-je Que peut-être oserais-je

Échapper Échapper

Un à un Lentement, poliment,

Ces ensembles de lettres Des pensées mises en forme

Que je veux assembler, Comme l’ont fait avant moi

Associer, Ces milliers de philosophes

Ciseler, Et tenteront encore et encore

Comme l´ont fait avant moi Ces milliers d’amoureux

Ces milliers d´inconnus, Du pays,

Et tenteront après moi De la vie,

Ces amoureux fous Des gens d’ici.

D´une langue oubliée

IV IV

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Pour exprimer l´amour, Pour exprimer la nation,

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Qui chantonnent à tous vents, Qui hurlent à tous vents,

Réclamant d’être ordonnés. Réclamant d’être ordonnés.

Et voilà enfin que j´ose les lancer Et voilà qu’en ce jour, j’ose.

Dans une ronde folle, Je jette à la volée tous les mots

Dans une tumultueuse tarentelle Retenus et défendus

Pour t´enlacer, pour t´étourdir, Pour te saisir, pour te créer,

Pour te conquérir. Pour te nommer.

Et ces mots, soldats de mon coeur, Et ces mots, soldats de l’honneur,

Prennent le pas de charge à plein régiment Prennent le pas de charge à plein régiment

Et se bousculent dans le rang Et se bousculent dans le rang

Pour monter à l´assaut de tes charmes. Pour monter à l’assaut de nos larmes,

Pour vaincre la peur et la bêtise.

V V

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Et si peu, employés. Et si peu, employés.

Tant de mots dans ma tête Tant de mots dans ma tête

Et le désir de ne plus conserver Et le désir de ne plus conserver

Que ceux à toi adressés. Que ceux pour toi adressés.

Je ne peux comme Nelligan pleurer de tristesse, Je ne peux comme Papineau

J´ai le coeur à l´allégresse; Parler de responsabilité,

Je ne peux comme Lamartine Nous nous donnons à la liberté ;

Chanter mes langueurs, Je ne peux comme Henri Bourassa

Mes sentiments font tempête; Crier à l’honnêteté ,

Je ne puis encor, imiter le passé Je ne ferais que le plagier.

En rêvant au futur Je ne puis non plus, imiter mes ancêtres

Car ta présence m´envahit Dans une révolte armée.

Entièrement Il me reste ma conscience,

Mes mots, mes rêves, ma passion.