Les Quatre Saisons de Ville-Marie

Printemps

Je te hais, Ville-Marie ...
Je te hais de ce dédain
De tes rues encrassées,
De ce bitume inondé
Des immondices dégelées
Au printemps triomphant.

Amères palpitations des poètes amoureux,
Sourires sirupeux des têtes déballées
De leurs oripeaux hivernaux,
Images hypocrites des passants

Voyageant au Capricorne
Mûs par le soleil et le rêve

Allez Ville-Marie!

Secoue ton corps!
Secoue ton âme!
Nettoie tes artères
Avant l'infarctus fatal
Et guéris-toi de ces microbes humains
Qui te cancérisent.

Eté

Je te souffre, Ville-Marie;
Je te souffre de cette chaleur
Sur toi collée
Par ton pavage désensablé.

Repousse ta verdure ancestrale,
Recoiffe ce béret chloropyllien,
Accepte ces perruquiers des sylves
Qui se morfondent

Dans ton jardin du bout du monde
Prisonniers des grandes verrières.

Redonne vie à tes beaux quartiers
Et rejette au loin cette moiteur désespérante
Qui te convertit en ruine moderne
Ou en désert de briques.

Automne

Je te plains, Ville-Marie;
Je te plains de cette peine
Que t'impose tes piteux habitants.

Fuite d'octobre
Vers les champs labourés
Hors des briques et des pierres
De tes rues asphaltées.

Ne pourrais-tu te venger
Des blessures aveugles
Qui te furent imposées?

Ne pourrais-tu raconter
A ces pâles survivants
Ton antique beauté
Et tes colorés parements?

Ne laisse pas Octobre vider tes rues
Pour des couleurs lointaines.
Défend ta vie,
Defend ton âme citadine

Et remet ta pèlerine
Diaprée du bonnet royal.

Hiver

Je te pleure, Ville-Marie;
Je te pleure de ces glaçons
Qui s'accrochent aux encorbellements
Pour embellir ta désolation,
Qui te déguisent en Hyperborée mythique
Et secrète.

Secoue cette gangue saisonnière
Qui éloigne ton sang
Vers les pentes commercées;

Renoue avec ton peuple
Qui ne te voit plus
Sous tes déguisements toujours plus moches,
Toujours plus croches, toujours plus sloches.