Voyage à la Baie James de Doris,
le 1,2,3 et 4 août 2004.












Je rêvais à ce voyage depuis longtemps. J’étais en vacance et la météo s’annonçait passablement bonne pour les prochains jours, alors je décide d’y aller. Je prépare mes bagages et charge la moto pour le matin suivant.

Départ de Granby le premier août à 5:30h. La température était fraîche mais confortable. La route était belle et rouler aussi tôt est idéal pour traverser le grand Montréal métropolitain. J’avais beaucoup de route à faire et je ne prévoyais pas arrêter souvent. Le premier arrêt était planifié pour Mont-Laurier afin d’y faire le plein. À ma grande surprise, en entrant dans la ville, un motocycliste qui me suivait se place sur ma gauche et me klaxonne. C’était Guy Rousseau, un motocycliste de Granby avec qui j’avais déjà roulé. Il était accompagné de Raymond Jacques, aussi de Granby, que j’avais déjà rencontré ce printemps et chacun d’eux roulait en BMW 1150GS. Nous nous sommes arrêtés en bordure de la route pour nous demander où nous allions et curieux hasard, nous roulions tous vers la même destination, la Baie James. Nous avons alors décidé de faire le trajet ensemble.

Guy avait déjà fait ce trajet à quelques reprises et s’y rendait cette fois pour parcourir, en plus, la route Transtaiga de Radisson jusqu’à Caniapiscau. Une randonnée de 1400km de route de gravier. L’Aventure avec un grand A.

Nous avons roulé à bonne vitesse, en passant par le parc de La Vérendrye, l’Abitibi pour arriver en fin d’après-midi à Matagami, la porte de la Baie James, pour coucher. Nous en profitons pour faire le plein d’essence et ainsi être prêts pour la longue route du lendemain. Guy nous indique que nous pourrons installer notre camp sous un pont, pour la nuit, à quelques kilomètres plus loin. Nous installons notre campement sous cet immense pont pour ensuite se cuisiner un souper. Peu préparé à un environnement très favorable à la prolifération des petites mouches noires, Raymond a bien voulu me remettre un second filet de protection, qu’il avait en sa possession parce que le MUSKOL avait peine à suffire à la tâche.

Après une bonne bouffe, un petit feu de camp et quelques bières, c’était le temps de dormir. Le site de Guy sous le pont était bien, mais il n’avait pas parlé que le bruit des camions qui passaient sur ce pont ressemblait à s’y méprendre, au bruit du tonnerre. En plus, du transport par camion dans ce coin il y en a beaucoup, alors c’est comme si le tonnerre avait grondé toute la nuit. Je dois remercier mes bouchons pour oreilles qui m’ont permis de dormir toute la nuit.

Le lendemain, on se lève à l’aube et on plie bagage, c’est le départ pour le relais routier du km 381 À 387 km de Matagami. C’est le seul point de ravitaillement avant Radisson et pour parcourir cette distance, nous avons dû utiliser nos bidons d’essence. Nous sommes arrivés au relais pour dîner juste avant un autobus bondé de touristes, et en profitons aussi pour refaire le plein d’essence. La route et ses paysages sont très beaux et il y a quelques points d’attractions spectaculaires sur la route. Sur place, des touristes Français nous indiquent de ne pas oublier d’arrêter à la décharge municipale de Radisson pour aller voir les ours qui s’y nourrissent. Nous nous sommes arrêtés et y avons vu 2 gros ours noirs.

La température était moins clémente et la pluie s’était mise de la partie. Je ne connaissais pas les changements rapides de température de cette région, et en quelques minutes, le temps peut changer complètement sans prévenir. Nous arrivons finalement à Radisson. Guy et Jacques se logeaient chez une cousine de Guy qui habite cette ville et moi je me rendis au premier motel de la place parce qu’ il pleuvait. Après avoir vu le prix de la chambre peu invitante et réalisé que le temps s’éclaircissait, je décidai de m’installer au camping municipal.

J’installai ma tente et défait mes bagages pendant qu’il faisait beau. J’ai remarqué que les petites mouches étaient bien présentes et que mon filet de protection était toujours bien pratique. Un peu plus tard, mon voisin de terrain, s’approcha en voiture pour me dire qu’il venait de voir un ours qui se promenait sur le camping. L’instinct de survie m’emmena immédiatement à chercher un moyen de me protéger. Je me retournai vers ma moto, puis vers ma tente, pour réaliser qu’aucun d’eux n’étaient sécuritaires. J’ai enfin demandé à ce voisin si je pouvais monter dans sa voiture, lieu beaucoup plus sûr, et il a accepté.

En partant pour se rendre à l’accueil du camping afin de les aviser, nous avons aperçu l’ours et nous nous sommes arrêtés. Pas très gros (un ado), il semblait chercher à manger dans les poubelles. J’abaissai la fenêtre de la voiture et pris quelques photos. Il s’approcha de la voiture et s’arrêta juste devant nous. Il se retourna et commença à se diriger vers ma portière pendant que je remontais la fenêtre. Il se leva sur ses pattes arrières et appuya ses pattes avant sur le toit de la voiture. Je peux vous dire que c’est très impressionnant et que je n’avais pas le goût de lui chatouiller le ventre même si j’aurais pu le faire facilement. Celui-ci était relativement jeune avait tout de même des griffes à faire frissonner. Il est redescendu par terre et est reparti.

À l’accueil ils ont dit qu’il n’y avait pas de danger et de laisser la nourriture dans les voitures pour que l’odeur ne les attire pas. Je n’ai pris aucun risque et me suis débarrassé de tout ce qui me restait de bouffe. Je me suis rendu par la suite à la ville pour souper et me suis acheté un appareil, pour nettoyer ma tente avant de me coucher, c’est-à-dire une cannette de RAID pour faire le ménage des petites mouches qui s’étaient infiltrées malgré toutes les précautions que j’avais prises.

Le lendemain, Raymond et moi avions planifiés de visiter la région alors que Guy partait pour son voyage à Caniapiscau. Nous avions réserver pour la visite guidée de LG2 en après-midi et avions décidés de se rendre à la Baie James le matin. Nous nous sommes retrouvés tôt,après que j’ai déjeuné dans une petite cantine, où ils prétendaient avoir vu l’ours le matin. À la ville de Radisson, construite pour le projet Hydro-électrique, il y a beaucoup d’autochtones et je les ai trouvés acceuillants et agréables.

Raymond et moi, sommes partis pour LG1 mais nous ne pouvions accéder au barrage, sans faire partie de la visite guidée. Nous n’avons donc pu accéder à ce site. La température n’était pas idéale. Il faisait froid, le temps était à la grisaille avec une pluie fine et ce n’était pas chaud. Nous avons continué jusqu’à la Baie James pour prendre quelques photos. Le temps brumeux nous empêchait de voir au loin mais le fait de savoir que nous étions là, ça soulevait quelques émotions.

Nous sommes ensuite allés visiter le village autochtone de Chisasibi. Je n’ai pas trouvé l’accueil du village très rassurant. Lorsque tu remarques en entrant dans ce village que les panneaux d’arrêts sont tous criblés de balles et que les gens te regardent avec un regard pas trop invitant, tu n’as pas le goût d’arrêter pour jaser. Une chose m’a toutefois grandement surprise, c’est leur cimetière. Celui-ci regorgeait de décorations et fleurs très colorées. Je n’avais jamais vu un site aussi coloré.

De retour à Radisson, nous en profitons pour prendre une petite collation que nous allons manger dans la petite salle communautaire du camping. Nous partons par la suite pour la visite guidée de LG2, en autobus.

Nous commençons par un exposé sur les barrages et le départ est donné. Nous sommes plusieurs, l’autobus est plein. Nous parcourons plusieurs kilomètres pour nous rendre sur ce fameux barrage. Celui-ci de très grande dimension, ne m’a pas impressionné autant, que le barrage de béton de Manic-5. Les matériaux naturels utilisés pour la réalisation de cette muraille et la végétation qui arrive à reprendre vie sur ce nouveau sol, nous cachent le côté grandiose du travail de l’homme pour réaliser de si grands projets.

Nous visitons ensuite le cœur de la centrale construite sous le rock. C’est toujours très impressionnant de descendre en véhicule dans un tunnel construit à même le bouclier canadien. La centrale souterraine est tout à fait semblable à celle de Manic-5. Raymond aura la chance de faire la visite de LG1 le lendemain, mais je n’y serai pas, je serai sur la route du retour.

La visite terminée, nous allons souper au resto puis passons à l’épicerie pour se ramasser quelques bonnes bouteilles de bière que nous allons prendre à la salle du camping.

Ce territoire aride et froid n’attire pas beaucoup de motocyclistes. Nous en avons rencontré seulement 2 autres lors de notre visite. Lorsque Raymond a quitté en soirée et que je me suis couché, il faisait 7 degrés, une température pas très hospitalière pour des motocyclistes. Une bonne nuit m’attend parce que je veux partir tôt le lendemain.

Le lendemain je me réveille tôt, c’est glacial il fait 3 degrés, je pacte mes bagages et démarre à 6:50h. Il y a du brouillard et il pleut légèrement et je me dis : vite, descendons au sud!

Ça roule et j’ai bien hâte d’arriver au relais routier 381. Plus de 200km à cette température me donne le temps pour une bonne période de réflexion : Qu’est-ce que je fais ici ? Je devine maintenant, pourquoi je ne rencontre pas de motocyclistes ici et je comprends aussi les raisons, pour lesquelles ils préfèrent visiter les régions plus au Sud plutôt que celles du Nord.

Enfin, j’arrive au relais et ne pense qu’à une chose, me réchauffer. Je crois que je commençais à entrer en hypothermie. J’avais peine à enlever mes survêtements et lorsque j’ai commencé à manger, mes mains tremblaient, comme si j’avais fait du parkinson. Je regarde la télé en déjeunant et je vois qu’à Val-d’Or on prévoit du soleil et 20 degrés. Je n’avais jamais imaginé que l’Abitibi pouvait représenter le sud et la chaleur.

30 minutes seulement auront suffi pour me réchauffer et pour repartir. Je n’avais qu’un seul objectif, le soleil. J’ai fait le plein de la moto et de mes 2 bidons d’essence, c’est reparti.

La route est belle, large et peu occupée. La végétation illustre bien la rigueur du climat et les épinettes noires n’atteignent pas de très grandes dimensions, même après des dizaines d’années. Le couvert de roc est très présent par région et le dépaysement est total. À environ 200km plus loin, je m’arrête déjà pour vider mes bidons dans mon réservoir parce qu’à ces vitesses et avec de l’essence régulière, l’autonomie est fortement réduite. Je repars aussitôt. La température était maintenant tolérable et s’améliorait au fur et à mesure que je roulais. Arrivé en Abitibi, le soleil commença à paraître et à partager ses chauds rayons. Quel plaisir de sentir enfin un peu de chaleur.

Mon objectif était de me rendre à Mont-Laurier pour dormir. Je roulais sans cesse et ne m’arrêtais que pour mettre de l’essence à tous les 250 à 300km. La température était maintenant clémente et la route était agréable. J’ai fait ma première halte en Abitibi pour prendre le temps de faire une pause énergie de 5 minutes (manger une barre de chocolat et boire un Coke).

À ce rythme, j’arrivai finalement à Mont-Laurier assez tôt pour avoir le goût de continuer. Une autre pause énergie de 5 minutes et je repars. J’ai décidé de poursuivre le voyage et je suis finalement arrivé à Granby, à 21:30h. Ça m’a pris 14h40m pour parcourir près de 1500km. Ce fût mon plus grand voyage en un jour et j’ai roulé au total, plus de 3500km, durant ces 4 journées.

Ce trip m’a permis de réaliser que le climat du centre du Québec est très différent des régions du Nord. Ce n’est pas seulement plus froid, mais le fait que la température varie énormément et les repères que nous avons en regardant le ciel pour prédire la température à court terme, ne sont pas les mêmes là bas.

Ma préparation n’était pas adéquate. Les manches courtes ne sont pas pour ces régions. Il faut prévoir des vêtements très chauds, même au cœur de l’été. Les mouches sont très voraces et il faut avoir l’attirail lourd pour y faire face. J’aurai en plus une bonbonne de répulsif à ours pour mes prochains voyages dans ces régions. Sur la route il faut être prudent, car les conditions du sol diffèrent beaucoup d’ici comme les bordures de route qui sont très sablonneuses, il faut donc faire très attention lorsqu’on s’y arrête.

C’est une très belle région qui mérite d’être visitée et il y a suffisamment d’attraits touristiques pour y passer de 2 à 4 jours de vacances. En conclusion, même si la route pour s’y rendre est complètement asphaltée, les conditions climatiques de la Baie James font que ce type de voyage s’adresse surtout aux automobilistes ou aux motocyclistes les plus aventuriers.

Écrit par : Doris Alie
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