Les petits crocodiles

             Il existe plusieurs types de mordeurs. En effet, les 0-18 mois vont mordre dans le but d’explorer leur environnement. Ils découvrent par leur bouche; c’est leur façon d’entrer en contact avec le monde qui les entoure. Comme ils ont encore tout à découvrir, il ce peut qu’ils veuillent également explorer leurs copains. Les petits découvreurs ont donc besoins que l’adulte lui procure des occasions, des jouets qui leur permettront d’expérimenter les réactions provoquées par ses gestes. Les jouets sonores remplissent bien cette fonction. La pousse des dents peut aussi expliquer les morsures répétées chez les enfants de cet âge. Il suffit alors de fournir aux enfants des jouets conçus à cette fin ou leur donner des aliments durs à mâcher. Nous pouvons aussi leur « dire qu’ils peuvent mordre dans ces objets pour faire du bien à ses dents, mais qu’il est défendu de mordre un ami ».

             Vers 18 mois, le processus de socialisation s’amorce et entraîne avec lui le désir d’affirmation et d’autonomie. Pour les enfants de ce groupe d’âge, les contacts sociaux apportent beaucoup de plaisirs, mais également, bon nombre de frustrations. Durant sa journée, chaque enfant doit faire face à un grand nombre de frustrations : luttes pour avoir un jouet, une première place ou l’attention de l’adulte, conflits à propos de la possession d’un objet et plusieurs autres. De plus, l’enfant de cet âge n’a pas conscience de l’effet de ses actes, il n’a pas acquis la conscience de l’autre. Se mettre à la place de l’autre est très abstrait pour un bambin de cet âge. Afin d’arrêter cette situation, l’éducatrice doit donner à l’enfant un moyen d’exprimer ses sentiments, de formuler ses désirs (ex : désir d’un jouet, d’avoir l’attention de l’adulte). Elle ne doit pas seulement interdire le geste, mais doit également donner une façon de s’exprimer autrement. « En lui faisant prendre conscience de l’effet de son geste […] nous l’aidons à devenir graduellement plus sensible aux autres. L’enfant qui mord a besoin d’apprendre à exprimer sa colère d’une manière acceptable »[1].

             D’autres raisons poussent les enfants à mordre. Par exemple, les difficultés à tolérer un délai ou une proximité physique peuvent déclencher une attaque de crocodile. Également, lorsque les cas de crocodiles se produisent chez des enfants un peu plus vieux (4 ans, par exemple), il y a de fortes chances que les morsures expriment les tensions que vit l’enfant à la maison. Mais quelles sont ces tensions ? « La naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, le déménagement, le départ de la mère ou du père pour un voyage d’affaires, l’hospitalisation d’un parent, le décès d’un proche ou des tensions conjugales peuvent être des sources de stress. »[2] Dans ces cas, il est fortement recommandé de pratiquer l’écoute active. En reformulant ce que vit l’enfant, en désignant les sentiments qu’il ressent, celui-ci se sentira compris et soutenu dans cette période particulièrement difficile pour lui. De plus, l’éducatrice fournit à l’enfant une manière acceptable d’exprimer ce qu’il ressent, il aura les mots pour dire sa peine ou sa colère.

             Il est parfois difficile de faire face au parent de l’enfant mordu ou du petit crocodile. Ce qu’il faut se souvenir, au départ, c’est que tout ce beau monde doit rester anonyme, autant le mordeur que le mordu. Cette façon de faire évite plusieurs situations qui pourraient devenir problématiques. De plus, il est important d’informer les parents sur les moyens utilisés pour faire cesser les attaques de crocodile, il faut expliquer les moyens d’intervention et de prévention que nous avons mis en place afin de régler la problématique. Le parent a besoin de se faire rassurer et, en leur faisant part de nos actions, ils voient que nous avons à cœur le bien-être de leurs enfants. Il faut cependant rappeler aux parents que malgré tous nos efforts, nous ne pouvons leur garantir que plus jamais leur enfant ne se fera mordre.

             Ces morsures comportent-elles des risques? La plupart de celles-ci sont sans danger puisqu’elles ne transpercent pas la peau. En effet, une infime partie la traverse, environ 1 sur 50 (2%) et aucune d’entre elles n’a nécessité de consultation médicale. Il est également rare qu’il y ait infection suite à une morsure. Pour ce qui est des risques de transmission de l’hépatite B (qui se transmet au contact des muqueuses avec le sang ou la salive de personnes infectées) et du VIH, ils sont très faible et ne peuvent ce produire que lorsque la peau est transpercée.

             Lorsqu’il a morsure, il est important de nettoyer les blessures. Si la peau n’est pas transpercée, il suffit de nettoyer la blessure à l’eau savonneuse, d’appliquer une compresse d’eau froide et, bien sûr, de réconforter l’enfant. Dans le cas d’une morsure ayant traversée la peau, les soins à apporter sont les suivant : « 

  • Laissez la blessure saigner lentement;
  • Nettoyez soigneusement la blessure à l’eau savonneuse;
  • Appliquez un antiseptique léger;
  • Vérifiez si votre enfant a bien reçu le vaccin contre le tétanos et assurez-vous que ce vaccin est à jour;
  • Surveillez la blessure au cours des quelques jours suivants;
  • Si celle-ci devient rouge ou commence à enfler, appelez votre médecin;
  • Demandez à votre médecin si votre enfant devrait se faire vacciner contre l’hépatite B.

 

Ces renseignements ne devraient pas remplacer les soins et les conseils médicaux de votre médecin. Ce dernier peut recommander des variations au traitement tenant compte de la situation et de l’état de votre enfant. »[3]

             Afin d’enrailler les morsures, il est pratique de faire de l’observation. Que doit-on observer? Voici quelques questions à se poser afin de déterminer ce qui provoque l’agression : À quel moment l’enfant mord-il? Qu’est-ce qui semble provoquer? Qui l’enfant mord-il? Comment les choses se passent-elles? Si vous voulez plus d’informations sur la façon d’exploiter ces questions et d’intervenir, je vous suggère le site suivant : http://www.mfe.gouv.qc.ca/a_nous_de_jouer/ ou bien le livre du même nom (À nous de jouer).

 

Références : Auteur inconnu. « Lorsqu’un enfant mord : quels sont les risques? », Les soins de nos enfants, http://www.soinsdenosenfants.cps.ca/securite/mordent.htm

BOURSIER, Sylvie. « Mordre dans l’ami à pleines dents! » Magazine Enfants Québec, Novembre 2001, page 26 à 28.

Auteur inconnu. « Je mords, tu mords, Ah non! », Créaction, http://creaction.qc.ca/developpement/texte-developpement/morsures.htm


[1] BOURSIER, Sylvie. « Mordre dans l’ami à pleines dents! » Magazine Enfants Québec, Novembre 2001, page 26 à 28.[2] Idem.[3] Auteur inconnu. « Lorsqu’un enfant mord : quels sont les risques? », Les soins de nos enfants, http://www.soinsdenosenfants.cps.ca/securite/mordent.htm


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