Le juge et le coupable

 

  Il y a, entre les patterns de juge et de coupable, une complémentarité évidente en ce sens que je juge est aussi coupable et vice versa.

 

  Le juge est précisément celui qui, pour échapper à son vécu émotif et à sa culpabilité, projette sur les autres, par des jugements péremptoires, son propre vécu et les rend responsables de tout ce qui arrive de désagréable.

 

  Le juge se libère de ses souffrances en les projetant sur les autres. Il ne prend aucune responsabilité de son vécu parce qu'il a peur de son émotion et se sent lui-même coupable de ce qu'il vit.

 

  Toute la vie de la personne marquée par ce pattern est centrée sur la peur de ne pas être ce qu'elle doit être, de ne pas dire ce qu'elle doit dire, de ne pas faire ce qu'elle doit faire. Elle est donc souvent inhibée, très retenue et très renfermée. Le jugement qu'elle porte sur elle-même, de même que la peur qui la hante d'être jugée, limite considérablement son pouvoir d'action et de création. Elle s'en protège donc par des jugements péremptoires et intempestifs, qui lui attirent le rejet qu'elle fuit. Autrement dit, le juge fait exactement aux autres ce qui le fait souffrir parce qu'il n'est généralement pas conscient de son processus psychique. Il juge pour ne pas être jugé. Il juge pour se protéger.

  Le juge est au fond un être d'une sensibilité à fleur de peau, un être qui a besoin d'être écouté et accepté sans jugement.

 

  L'on ne peut se défaire d'un pattern de juge sans s'entourer de gens qui nous font vivre une expérience d'autorité différente de l'expérience culpabilisante de l'enfance. Travailler avec un intervenant qui nous accepte tel que nous sommes sans nous juger, de façon à développer l'amour de soi et à déloger progressivement la culpabilité, c'est se libérer d'un carcan qui empêche de vivre: la peur du jugement et le jugement.

 

  C'est précisément ce rapport avec la culpabilité qui lie le juge au coupable. Hyper protégé par le mécanisme du jugement, il se défend contre sa propre culpabilité en culpabilisant. C'est pourquoi il s'attire toujours un être marqué, comme lui, par un complexe de culpabilité, un être qui s'est bâti un pattern coupable.

 

  

 

Le coupable est un individu qui, par manque de confiance en lui-même, a tendance à prendre la responsabilité de tous les problèmes des autres et à s'en défendre par l'autopunition.

Ayant été lui-même culpabilisé par ses éducateurs, le coupable a acquis le sentiment, commun au juge, de ne pas être correct et, pour se défendre contre sa souffrance, il se fait tout petit et se punit dans le but inconscient ou non avoué de punir l'autre et de le culpabiliser à son tour. L'on retrouve ici le même processus psychique que chez le juge à la différence près du mécanisme de défense. Le premier se défend par le jugement, l'autre par l'autopunition; mais dans les deux cas, il y a un grand besoin d'amour, une peur du rejet et du jugement ainsi qu'un complexe de culpabilité prononcé. L'on observe aussi un lien étroit entre ces patterns complémentaires et ceux du bourreau et le coupable s'efface et se punit comme une victime.

 

  C'est le phénomène d'autopunition qui prend de l'importance dans le cas du pattern du coupable. Par ce mécanisme de défense, ce dernier entretient les jugements du juge, qu'il confirme, mais il devient aussi, d'une façon indirecte, le juge qui, en se punissant, punit l'autre. Cette subtilité entretient par le fait même la culpabilité chez le partenaire, qui continue à se défendre par le jugement, ce qui nourrit la culpabilité du coupable. Et nous assistons à l'établissement d'un cycle interminable qui maintient la dépendance réciproque et l'insatisfaction.

 

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