(comment vivre avec une personne qui est au prise avec la toxicomanie)

 

Le premier niveau de changement: c'est:

 

 L'ouverture. Il s'agit de s'autoriser à cesser de "cacher", camoufler, "couvrir" l'autre. Nous sortons de l'isolement. Nous dépassons les sentiments de honte et de peur tenant enfermés. Il est nécessaire d'agrandir ce mouvement au-delà du groupe collatéral (famille, personnes proches).

 

En début de démarche, très souvent "l'autre" a été mis au "pied du mur", dans un moment où la personne touche sa "dernière" limite. Il y a un besoin important sinon urgent de récupération, de ventilation, de "décrocher" et se ressourcer. L'obsession de "l'autre" est encore très forte, malgré l'état d'épuisement et l'urgence de s'occuper de soi en priorité. C'est un bon moment pour refléter de façon confrontant le manque de responsabilisation de soi dont la personne accuse " l'autre". Ce n'est pas nécessairement une "faiblesse", la vie nous met parfois à l'épreuve... Le phénomène de l'inacceptation nous conduit à l'épuisement... C'est un bon moment pour parler de caractéristiques de l'assuétude dont le fait de négliger des choses importantes (détérioration). C'est le temps de faire un parallèle entre le toxicomane avec son produit d'une part; le codépendant avec son toxicomane d'autre part. Nous sommes plongés dans le cycle de l'assuétude. Le fait de réaliser ce qui se passe risque d'amener un mouvement de grande lourdeur dans l'entourage. Plus rien n'a du sens. Et nous sommes plongés dans les dommages à la vie... C'est ici que s'impose le mouvement de passer à l'action pour réussir à "décrocher/ et retrouver certains plaisirs ressourçant... Le fait d'avoir un groupe pour partager ce que l'on vit, va faciliter grandement cette étape.

 

 

Se détacher: C'est reconnaître ses attitudes et comportements de codépendance et mettre un effort pour laisser à l'autre son espace, au risque de ressentir un malaise angoissant.

 

Le détachement, c'est plus que le fait d'accepter de s'occuper de soi dans un moment d'épuisement Quand ce n'est que cela, l'obsession de contrôler le comportement de l'autre ne reprend que plus vigoureusement. C'est plus que reconnaître son impuissance à changer l'autre. C'est commencer à cesser d'imaginer un drame selon une rechute éventuelle anticipée. Le détachement, c'est comme: "UN GRAND SAUT DANS LE VIDE". C'est sortir de l'obsession et donc surmonter une angoisse. C'est accepter le processus de distanciation, de différenciation. Sortir d'une sorte de fusion. Accepter de faire face à un malaise de vivre avec soi, revoir sa façon d'être en relation, ses croyances à propos de l'amour ou du bonheur... Bref, c'est accepter de reprendre pour soi un processus d'identité. Le détachement conduit alors non pas à une rupture mais à une transformation de la relation. Il nous fait vivre le paradoxe de "retrouver" l'autre en acceptant de prendre le risque de perdre.

À cette étape, passer à l'action commence par cesser certains comportements comme surveiller l'autre; cesser ce qui alimente l'obsession. Laisser à l'autre ce qui lui appartient en termes de conséquences à sa consommation ou à sa manière d'être. Faire différent, déstabiliser l'autre. Sortir du jeu de se laisser manipuler. Le travail du cheminement sera souvent recadré pour viser des décisions sur le quotidien, dénonçant et refusant le piège qui consiste à utiliser tout son courage pour prendre "la grande décision" (rupture). Travail d'acceptation. Le mot d'ordre sera peut-être de travailler sur ses "moyens" comme par exemple reconstruire des liens. Nous sommes à l'étape de dire non avec culpabilité. Nous devons parfois composer avec les réalités d'abus de pouvoir. Cela sera déjà visible à l'étape précédente, l'autre créant des progressions faisant obstacle à la démarche. La culture des proches dira: "on ne peut changer l'autre".

 

 

Responsabilisation: La responsabilisation de l'autre passe par la responsabilisation de soi. C'est l'apprentissage au respect de soi et de l'autre. C'est chercher à vivre selon des choix (non des réactions).

C'est plus que laisser à l'autre les conséquences de ses comportements. C'est s'appliquer à démêler ce qui m'appartient (ré appropriation) et ce qui appartient à l'autre en termes de difficultés, de besoins, de désirs... Et rester ancré en soi. Le point d'appui à mettre une limite ou dire non n'est pas du côté de l'autre (pas pour changer l'autre), mais de soi. Discernement. Le problème de consommation n'est plus un fourre "tout". Nommer les problèmes donne déjà plus de pouvoir face à ceux-ci. Il n'y a plus de victime ni de drame.. Connaître sa vulnérabilité et disposer des moyens. La reconnaissance de ses propres besoins fait surgir les sentiments ancrés dans le scénario de vie de "ne pas avoir droit". Paradoxes ( si tu veux que je t'aime, n'existe pas... ), rôles appris à l'adulte pour récupérer ce qui est fondamental à l'affirmation et la réalisation de soi. Dire non sans culpabilité ni revanche. Les besoins d'un modèle d'identité nouvelle apparaissent. C'est le temps d'alimenter le changement.

Chacun compose avec son héritage (je ne suis pas responsable de ce que j'ai reçu, mais de contribuer à défaire des difficultés qui se perpétuent...)

 

L'ANTIDOTE À LA CODÉPENDANCE = DÉVELOPPER LA VIE POUR SOI.

 

 

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