Suite 1 Mémorandum
Le secret de déplacer des montagnes et de réaliser l'impossible t'a été donné.
Tu n'as cru personne. Tu as brûlé ta carte routière menant au bonheur, tu as abandonné ton droit à la paix intérieure, tu as soufflé sur les bougies qui étaient placées le long de ta destinée et qui devaient te mener à la gloire. Tu as trébuché, perdu et effrayé, dans l'obscurité de ta futilité et de la pitié, jusqu'à ce que tu tombes dans l'enfer de ta propre création.
Et tu as alors pleuré et tu as frappé ta poitrine en maudissant le sort qui t'accablait. Tu as refusé d'accepter les conséquences de tes propres pensées négatives, de tes actions basses et tu as cherché un bouc émissaire responsable de tes échecs. Et vite, tu l'as trouvé!
Tu m'as blâmé!
Tu as crié que tes handicaps, ta médiocrité, ton manque d'opportunités, tes échecs... étaient la volonté de Dieu!
Tu t'es trompé!
Faisons un inventaire. Faisons d'abord le tour de tes handicaps. Car comment puis-je te demander de te construire une vie nouvelle à moins que tu n'aies les outils en mains?
Es-tu aveugle? Est-ce que le soleil se lève et se couche sans que tu ne le voies?
Non. Tu peux voir... et les centaines de millions de récepteurs que j'ai placés dans tes yeux te permettent de jouir de la magie d'une feuille d'arbre, d'un flocon de neige, d'un étang, d'un aigle, d'un enfant, d'un nuage, d'une étoile, d'une rose, d'un arc-en-ciel... et du regard de l'amour. Compte une première bénédiction.
Es-tu sourd? Un enfant peut-il rire ou pleurer sans attirer ton attention?
Non. Tu peux entendre... et les vingt-quatre mille fibres que j'ai construites dans chacune de tes oreilles vibrent sous l'effet du vent dans les arbres, des vagues sur les rochers, de l'harmonie du chant d'un rossignol, du jeu des enfants... et aux mots << je t'aime >>. Compte une autre bénédiction!
Es-tu muet? Tes lèvres ne remuent-elles que pour laisser passer ta salive?
Non. Tu peux parler... Comme ne peut le faire aucune autre de mes créatures et tes paroles peuvent apaiser la mauvaise humeur, réconforter le déprimé, stimuler celui qui abandonne, égayer le malheureux, réchauffer le solitaire, louer le valeureux, encourager le vaincu, enseigner à l'ignorant... et dire << je t'aime >>. Compte une autre bénédiction!
Es-tu paralysé? Ton corps impuissant dépare-t-il le paysage?
Non. Tu peux bouger. Tu n'es pas un arbre condamné à un carré de terre alors que le vent et le monde profite de toi. Tu peux t'étirer et courir, danser et travailler, car en toi j'ai placé cinq cents muscles, deux cents os et onze kilomètre de fibres nerveuses que j'ai synchronisées moi-même pour qu'elles exécutent tes ordres. Compte une autre bénédiction!
Est-ce que personne ne t'aime. Est-ce que tu n'aimes personne? La solitude t'étouffe-t-elle jour et nuit?
Non. Jamais plus. Car maintenant, tu connais le secret de l'amour : pour recevoir l'amour, tu dois le donner sans arrière pensé de retour. Aimer par intérêt pour sa propre satisfaction ou par orgueil, ce n'est pas de l'amour. L'amour est un cadeau que l'on donne sans demander en retour. Tu sais maintenant qu'aimer sans égoïsme est sa propre récompense. Et même si l'amour ne t'étais pas rendu il ne serait pas perdu, car cet amour-là te reviendra pour adoucir et purifier ton coeur. Compte une autre bénédiction! Compte-là deux fois.
Ton coeur est-il malade? Doit-il combattre pour te maintenir en vie? Non. Ton coeur est fort. Porte ta main à ta poitrine et sens son rythme et ses pulsations, heure après heure, jour et nuit, trente-six millions de battements par année, année après année, endormi ou éveillé, faisant circuler ton sang dans plus de cent mille kilomètres de veines, d'artères et de capillaires... pompant plus de deux millions sept cent trente mille litres chaque année. L'homme n'a jamais été capable de créer une machine semblable. Compte une autre bénédiction!
As-tu une maladie de la peau? Les gens se détournent-ils avec horreur à ton approche?
Non. Ta peau est claire et c'est une merveille de création nécessitant seulement que tu l'entretiennes avec du savon et de l'huile, une brosse et des soins. Avec le temps même l'acier ternira et rouillera mais pas ta peau. Éventuellement même les métaux les plus résistants finissent par s'user à l'usage mais pas cette enveloppe que j'ai construite autour de toi. Elle se renouvelle continuellement, les vieilles cellules étant remplacées par des nouvelles, tout comme ton ancienne vie est maintenant remplacée par une nouvelle. Compte une autre bénédiction!
Tes poumons sont-ils atteints? Le souffle de la vie lutte-t-il pour pénétrer dans ton corps? Non. Les piliers de la vie te soutiennent même dans les environnements les plus horribles que tu as toi-même créés et ils ne cessent de travailler pour filtrer l'oxygène qui donne vie à travers six cent millions de petits sacs de peau repliée et éliminent de ton corps les déchets gazeux. Compte une autre bénédiction!
Ton sang est-il empoisonné? Est-il dilué avec de l'eau et du pus?
Non. Dans tes cinq litres soixante-dix de sang, il y a vingt-deux milliards de cellules, contenant chacune des millions de molécules dans lesquelles se trouvent des atomes oscillant plus de dix millions de fois par seconde. Chaque seconde, deux millions de tes cellules sanguines meurent pour faire place à deux millions de nouvelles cellules, dans un processus de résurrection continuelle depuis ta première naissance. Comme il en a toujours été ainsi à l'intérieur de toi. Compte une autre bénédiction!
Es-tu simple d'esprit? es-tu devenu incapable de penser tout seul?
Non. Ton cerveau est la structure la plus complexe de l'univers. Je sais. Dans ton cerveau qui pèse un kilo trente-cinq, il y a treize milliards de cellules nerveuses, plus de trois fois plus de cellules qu'il y a d'habitants sur cette terre. Pour t'aider à retenir chaque perception, chaque son, chaque goût, chaque odeur, chaque action que tu as connus depuis le jour de ta naissance, j'ai doté tes cellules de plus d'un millier de milliards de milliards de molécules de protéines. Chaque incident de ta vie y est enregistré, attendant ton rappel. Et pour aider ton cerveau à contrôler ton corps, j'ai dispersé en toi quatre millions de structures sensibles à la douleur, cinq cent mille détecteurs sensibles au toucher et plus de deux cent mille détecteurs sensibles à la température. Aucune nation ne protège son or aussi bien que tu n'es protégé. Aucune des anciennes merveilles du monde n'est aussi extraordinaire que toi.