CLARTÉ DE L'ABSENCE

La nature exulte et je me délie
Il me semble que tout peut arriver
Ici et maintenant et que je n'ai pas vécu encore
Toutes les naissances sont miennes
Tous tes émois sont mes soupirs
Je suis ivre de ton vin inépuisable.

J'ai vu dans des ornières familières
Des paroles de feu
Signées d'une encre si fine
Qu'elles sentent encore ta peau
Qui chantent ta vie comme des psaumes sans âge
Qui relatent l'été qui colle tes boucles
À ton front blanc et pur
Elles tremblent de la vie
Qui travaille nos heures patientes.

Et soudain
Tout devient plus clair
Le noeud de nos chairs
La pluie à la fenêtre
Le soleil fauve d'automne
Les périls du voyage
La musique du havre
Les masques et la lumière
Les ombres et le cristal
La peur et l'envol
Le sel et le vin
La terre et le ciel
Tout ce vertige
 Et pourtant tous nos trésors réunis.

J'ai couru dans la plaine d'un duel
Qui résonne encore à qui veut l'entendre
Où deux protagonistes s'étonnèrent
Sans témoins et sans armes
Du bruit de la poudre.

Je n'avais pas vécu avant ce jour
Je n'avais pas aimé avant ce matin
Je n'avais pas ri avant cet instant
Où j'ose te regarder enfin:
Mais tu n'es plus là.

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(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)